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Il est Seigneur dans sa Passion

Homélie pour le Dimanche des Rameaux. Année A (Passion selon saint Matthieu)

Comme chaque année, l’Eglise proclame dans le Dimanche des Rameaux le récit tout entier de la Passion de Notre Seigneur. Cette année d’après l’évangile de saint Matthieu. Nous avons aussi proclamé l’évangile de l’Entrée à Jérusalem, racontée aussi par le même évangéliste.

Bien que tous les évangélistes nous font parvenir les moments essentiels de la Passion (la trahison, les jugements, la crucifixion et la mort du Seigneur), chacun d’eux a pourtant décrit la passion en cherchant à mettre en relief des aspects particuliers avec lesquels, l’évangéliste voulait communiquer un message spécifique ou bien un aspect de la Personne de Jésus ; ayant toujours cette liberté que l’Esprit Saint donne à ceux qui ont été les instruments pour transmettre la vie de Jésus.

Dans le cas de saint Matthieu, cet évangéliste a comme but de montrer la Seigneurie du Christ, car libre et volontairement le Seigneur souffre sa passion. Comme dit le Catéchisme de l’Eglise Catholique : « dans la souffrance et dans la mort, son humanité est devenue l’instrument libre et parfait de son amour divin qui veut le salut des hommes (cf. He 2, 10. 17-18 ; 4, 15 ; 5, 7-9). Jésus a librement accepté sa passion et sa mort par amour de son Père et des hommes que Celui-ci veut sauver : ” Personne ne m’enlève la vie, mais je la donne de moi-même ” (Jn 10, 18). D’où la souveraine liberté du Fils de Dieu quand il va lui-même vers la mort (cf. Jn 18, 4-6 ; Mt 26, 53) :

Saint Matthieu veut aussi confirmer la manière dans laquelle en Jésus s’accomplissent toutes les prophéties de l’Ancien Testament. Ces deux aspects sont confirmés dans le moment de son arrestation par exemple, lorsqu’un des disciples (saint Pierre) prend la défense de Notre Seigneur en attaquant avec l’épée, alors Jésus lui dit : « Rentre ton épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges. Mais alors, comment s’accompliraient les Écritures selon lesquelles il faut qu’il en soit ainsi ? ».

Un troisième aspect que Saint Matthieu va souligner dans son récit de la Passion, c’est le passage de l’ancien au nouveau peuple de Dieu. L’ancien peuple refuse Jésus, demande sa mort et finira par l’obtenir. Devant ce refus et ce mépris, il y a aussi des signes que le nouveau peuple de Dieu est en train de naître, c’est l’Eglise, qui sera composée par ceux qui vont accepter et confesser que Jésus est le Juste, Celui qui vient au nom du Seigneur, le Fils de Dieu, comme c’est la confession de soldats après la mort de Jésus.

Alors, la Semaine Sainte du Seigneur avait commencé avec l’entrée à Jérusalem, Il y rentre monté sur une ânesse et un petit âne, image de la douceur dit le prophète. Mais c’est sans doute image du Messie, les mêmes scribes et pharisiens connaissaient cette prophétie, il est évident que certains ont aussi compris le signe.

Mais dans les différentes acclamations qui viennent de la foule, Notre Seigneur est révélé comme le Messie : Fils de David, était pour le peuple juif un titre sans doute messianique. Ils l’acclament en disant aussi « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! », qui correspond à la salutation d’un prophète, les foules vont le reconnaître après : « C’est le prophète Jésus ». Et par deux fois nous entendons le cri « Hosanna », pour nous cette parole est très habituelle, car elle est depuis les premiers temps de l’Eglise, présente dans la liturgie de la messe, au moment du Sanctus. Mais dans l’Ancien Testament, cette parole n’apparaît qu’une seule fois : c’est dans le psaume 118, 25, « Dieu, sauve-nous », c’est une supplication adressée à Dieu. Les gens qui recevaient Jésus, étaient, peut-être sans le savoir, en train d’acclamer ce que Jésus est vraiment, le Messie, le Christ, le Fils de Dieu que comme Roi s’avance sur Jérusalem, pour la conquérir non par les armes, mais par sa mansuétude et sa douceur ; pour cela Il s’offre librement à la mort, parce qu’Il sait que le Père lui a déjà accordé la victoire : Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats.

Le Seigneur nous montre sa souveraineté tout au long de sa Passion aussi. Déjà, dans son arrestation au Jardin des Oliviers, Il s’adressera à Judas, commandant qu’il doit accomplir sa tâche de le livrer aux mains des ennemis, Jésus s’adresse aussi aux soldats reprochant la manière qu’ils ont choisi pour arrêter quelqu’un qui est innocent de tout. Jésus corrigera son disciple, car la violence ce n’est pas le chemin pour sauver l’humanité. Il sait que l’heure est arrivée, par contre, où doivent s’accomplir toutes les écritures. Cette expression revient deux fois, d’abord dans les mots adressés au disciple (26,54), puis à la fin de l’apostrophe aux foules (26,56).

Dans les tribunaux, Il se confessera Roi, Fils de Dieu. En effet ces deux titres reviendront à chaque moment, toujours de la bouche des autres personnages de la Passion, c’est comme si saint Matthieu voulait rythmer la narration avec ces deux vérités.

Mais l’évangéliste n’oublie pas qu’il est en train de raconter une histoire pour toute l’Eglise, et il souligne à plusieurs reprises le refus de ceux qui devaient accepter Jésus comme leur Sauveur, refus qui se transforme en mépris et haine, et d’autre part, remarque comme la foi commence à conquérir les cœurs de païens, la femme de Pilate déclare que Jésus est juste.

À la rupture du voile du Temple s’ajoute le tremblement de terre ; c’est la fin de l’ancienne Alliance. Le début de la nouvelle Alliance est immédiatement marqué par la mention de quelques résurrections. Au pied de la croix, la confession de foi du centurion s’étend aussi à ses compagnons et va clôturer le moment de la crucifixion de la mort de Jésus.

Finalement, la paix revient lorsqu’on dépose le corps de Jésus dans le tombeau, grâce à l’intervention de Joseph d’Arimathie, roulant une grande pierre et Marie Madeleine et l’autre Marie demeurent en face comme témoins de cela, tandis que Pilate met un groupe des soldats pour le garder. C’est comme si tout allait terminer sans espoir.  Mais pour nous, les lecteurs, cette description nous invite à croire et à attendre car nous devons rester aussi fidèles aux promesses du Seigneur, ce sépulcre fermé par la grande pierre sera ouvert et le Seigneur resurgira victorieux de la mort.

La lecture de la Passion doit nous impulser à vivre une vie chrétienne plus fervente, à suivre le Christ dans sa passion, comme nous dit la lettre aux Hébreux (12, 1-2) : « Courons avec patience vers le combat qui nous est préparé, les yeux fixés sur Jésus, l’auteur de notre foi qui la conduit à son achèvement, lui qui, alors que la joie lui était offerte, a souffert la croix sans regarder à la honte ».

Car, en dehors de la Croix il n’y a pas d’autre échelle par où monter au ciel (Ste. Rose de Lima, vita). Que Marie nous donne cette grâce.

P. Luis Martinez IVE.

La guérison de la cécité de l’âme

Homélie pour le IV Dimanche du Carême, année A

La liturgie d’aujourd’hui nous présente un texte qui est l’un de plus beaux exemples de la narrativité de saint Jean. Le sujet est la cécité : la cécité physique d’un homme guéri dans la piscine de Siloé, qui grandit ensuite dans une vision surnaturelle, et la cécité spirituelle des juifs, qui augmente au cours du récit.

Cette histoire de l’aveugle de naissance, présente aussi le symbolisme de la fête appelée « des Tentes » : la lumière et l’eau. En effet, Jésus proclame encore qu’Il est la « lumière du monde » ( Jn 9, 5 ; cf. 8, 12). Le parcours de l’aveugle vers la confession de foi au Fils de l’Homme, qu’il voit et entend (9, 34-35), nous montre de quelle façon Jésus est la lumière. D’autre part, l’eau de la piscine appelée Siloé est utilisée pour la guérison. Le nom de Siloé se traduit par « Envoyé». C’est une autre image de Jésus, qui se révèle comme « l’eau qui donne la vie éternelle ».

D’abord, nous voyons Jésus avec ses disciples. En sortant du Temple, Jésus « vit sur son passage un homme aveugle de naissance ». Les disciples demandent à Jésus la cause de la cécité de cet aveugle. Il répondit : « c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ». Il y a une situation providentielle où Dieu va agir.

Alors a lieu à ce moment la rencontre entre Jésus et l’aveugle. En appliquant de la boue sur ses yeux, Jésus envoie l’aveugle se laver dans la piscine. Comme nous avons dit, Siloé se traduit par « Envoyé ». Le contact avec les eaux de Siloé produit la guérison. C’est le contact avec l’Envoyé qui l’a vraiment produit. L’aveugle fait, sans contester, ce que Jésus lui a commandé : « il y alla donc, et se lava ; quand il revint, il voyait ». Jésus, l’eau vivante (Jn 7, 37), et la lumière du monde (Jn 8, 12) ; à travers les eaux de Siloé, vient de donner la vue à un homme qui n’avait jamais vu la lumière.

Ensuite, il y a la rencontre entre l’aveugle et ses voisins et ses connaissances. L’action de Jésus a engendré une interrogation sur l’identité de « l’homme qui avait été aveugle ». Il disait : « c’est bien moi ». Mais il ne peut pas donner des indications précises sur la façon dont il a obtenu la vue. Il ne peut que décrire les faits : la boue, l’ordre reçu, etc. ; et un nom : « L’homme qu’on appelle Jésus », mais il ne sait même pas où il est.

Donc, l’aveugle est conduit aux pharisiens. Saint Jean dit : « c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue ». Les pharisiens demandent comme il a obtenu la vue, et ils constatent que Jésus a violé le sabbat, en faisant de la boue. Ils sont divisés entre eux: certains prétendent que Jésus ne peut pas venir de Dieu parce qu’il « n’observe pas le sabbat » ; d’autres se focalisent sur le signe, le miracle, qui ne peut pas être fait par un pécheur. Ils discutent sur l’identité et la provenance de Jésus, et demandent à l’homme guéri son opinion ; il répond : « C’est un prophète ». Il y a un progrès de l’aveugle vers une lumière plus claire, car auparavant il ne pouvait parler que d’un « homme appelé Jésus ».

Les pharisiens font le contraire : « ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir », et donc ils appellent ses parents. Mais le problème n’est pas résolu. Il est seulement clair que l’homme est né aveugle. Ses parents avaient peur des juifs, parce qu’ils « s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ ». C’est pourquoi les parents de l’aveugle répondent : « Il est assez grand, interrogez-le ! ». Ils ne sont pas prêts à prendre le risque d’être jetés hors de la synagogue. Le doute qui subsiste est de savoir si leur fils, qui était aveugle, sera disposé à accepter ce risque pour confesser le Christ.

La confrontation entre les pharisiens et l’aveugle est centrée sur la connaissance de Jésus. Les pharisiens lui disent : « Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur » ; mais l’aveugle n’accepte pas leur « connaissance ». Il leur dit directement : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois ». Il pense qu’un pécheur ne peut pas faire un tel miracle. Certains des pharisiens l’ont pensé aussi, mais ils ont ensuite   refermé leurs esprits. Tandis que l’aveugle, dans son « ignorance », marche vers la lumière du Christ , les Pharisiens, dans leur « science », marchent vers les ténèbres.

Il s’agit de le « savoir ». Les pharisiens se déclarent disciples de Moïse, parce que ils « savent » que Dieu lui a parlé , et « savent » d’où il est. Mais ils ne savent pas d’où est Jésus. Ils ignorent Son origine, en rejetant qu’Il vienne « de Dieu ». Les juifs, comme l’aveugle, « savent » que Dieu « n’exauce pas les pécheurs », sinon celui que l’honore et fait sa Volonté. Cependant, si l’aveugle reconnaît son ignorance, les juifs prétendent fermement avoir des connaissances suffisantes pour ne pas accepter l’origine divine de Jésus. Mais le miracle est sans précédent, c’est un fait incontestable : « Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance ». C’est pourquoi celui qui était aveugle peut confesser : « Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire ». Bien que la confession qu’il fait soit encore imparfaite, on peut toutefois constater combien il a déjà progressé dans sa connaissance de la vérité de Jésus-Christ.

À cause de cette interprétation des faits, les juifs « le jetèrent dehors ». Quand Jésus apprend « qu’ils l’avaient jeté dehors », Il intervient à nouveau, et demande à l’aveugle un attachement de foi. C’est à Jésus de le conduire vers le pas définitif dans son chemin. L’homme qui était aveugle et qui maintenant voit, fait confiance à Jésus, et attend de Lui la révélation de l’objet de sa foi. La réponse de Jésus est totalement satisfaisante à cet égard : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle ». Lui alors croit et adore Jésus.

L’aveugle, mis en cause par ses voisins, abandonné par ses parents, est contesté et insulté par les juifs ; il a fait son chemin vers la foi en Jésus, qui nous fait connaître Dieu ; vers Jésus le Fils de l’Homme, l’Envoyé de Dieu, la Lumière du monde.

Nous aussi, en présence de Jésus, nous devons accepter ses commandements et ses ordres, Le confesser devant les autres, et nous prosterner à ses pieds, sur l’autel de notre cœur, afin qu’Il nous montre Dieu. Les idées et les critères qui sont simplement humains ne nous profitent pas, car ils sont une science pour le monde, mais une ignorance absolue aux yeux de Dieu, dont la seule science est « Jésus Christ, ce Messie crucifié », en dehors duquel nous ne devrions rien vouloir connaître (cf. 1Cor 2, 2).

Que la Très Sainte Vierge Marie nous conduise vers son Fils pendant ce carême, afin que mourant avec Lui, la source d’eau vivante ; nous ressuscitons avec Lui dans la Lumière éternelle que ne passe pas.

P. Juan Manuel Rossi IVE.