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L’utilité de la Passion du Seigneur selon saint Thomas d’Aquin

passionLa passion du Christ, dit saint Augustin, suffit à nous instruire complètement de la manière dont nous devons vivre. Quiconque en effet veut mener une vie parfaite, n’a rien d’au­tre à faire que de mépriser ce que le Christ a méprisé sur la croix et de désirer ce qu’il a désiré.

Il n’est pas en effet un seul exemple de vertu que ne nous donne la croix.

Cherchez-vous un exemple de charité ? Per­sonne, dit le Christ (Jean 15, 13), ne possède une charité plus grande que celui qui livre sa vie pour ses amis. C’est ce que lui-même a accompli sur la croix. Si donc il a donné sa vie pour nous, il ne doit pas nous être pénible de supporter pour lui n’importe quel mal. Le Psalmiste n’a-t-il pas chanté (Ps. 115, 12) : Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu’il m’a donné.

Cherchez-vous un exemple de patience ? Vous en trouverez un très excellent sur la croix.

Deux caractères manifestent la grandeur de la patience ou bien souffrir patiemment de grands maux, ou endurer ceux qu’on pourrait éviter mais qu’on ne cherche pas à éviter.

Or le Christ sur la croix a enduré de grandes souffrances. Aussi il peut s’appliquer les paroles de Jérémie dans ses Lamentations (1, 12) : O vous tous, qui passez par le chemin, regardez et voyez s’il y a une douleur semblable à ma dou­leur. Et ses grandes souffrances, le Christ les a souffertes avec patience, lui qui, maltraité, dit saint Pierre (I, 2, 23) : ne faisait pas de menaces. Il était, déclare Isaïe (53, 7) : comme la brebis que l’on mène à la tuerie, et semblable à l’agneau muet devant ceux qui le tondent.

En outre, le Christ aurait pu éviter ses souf­frances, et il ne l’a pas fait. Lui-même le dit à son Apôtre Pierre lors de son arrestation à Geth­sémani (Mt. 26, 53) : Crois-tu que je ne puisse prier mon Père et il me donnerait aussitôt plus de douze légions d’anges ? Grande fut donc la patience du Christ sur la croix. Aussi l’Apôtre écrit-il aux Hébreux (12, 1-2) : Courons avec patience vers le combat qui nous est préparé, les yeux fixés sur Jésus, l’auteur de notre foi qui la conduit à son achève­ment, lui qui, alors que la joie lui était offerte, a souffert la croix sans regarder à la honte.

Cherchez-vous un exemple d’humilité ? Regardez le crucifié Dieu en effet voulut être jugé sous Ponce-Pilate et mourir. Votre cause, Seigneur, pouvons-nous lui dire, a été jugée comme celle d’un impie (cf. Job 36, 17). Oui, vraiment comme celle, d’un impie, car ses enne­mis ont pu se dire entre eux (Sag. 2. 20) : Con­damnons-le à une mort honteuse. Le Seigneur voulut donc mourir pour son serviteur et la vie des anges, s’immoler pour l’homme.

Comme l’Apôtre l’écrit aux Philippiens (2, 8) : Le Christ Jésus s’est abaissé lui-même, se faisant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix.

Cherchez-vous un exemple d’obéis­sance ? Suivez celui qui s’est fait obéissant à son Père jusqu’à la mort. L’Apôtre dit en effet aux Romains (5, 19) : De même que, par la désobéis­sance d’un seul homme, la multitude fut consti­tuée pécheresse, ainsi par l’obéissance d’un seul la multitude sera constituée juste.

Cherchez-vous un exemple de mépris des biens, de la terre ? Suivez celui qui est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, en qui, se trouvent tous les trésors de la sagesse (Col. 2, 3) : et qui, cependant, sur la croix, apparaît nu, objet de moquerie, est conspué, frappé, couronne d’épines, abreuvé de fiel et de vinaigre et mis à mort. Ne vous laissez donc pas émouvoir par les habits et par les richesses, car les soldats se par­tagèrent mes vêtements (Ps. 21, 19). Ne vous lais­sez pas émouvoir non plus, ni par les honneurs, car “moi, Jésus, j’ai été l’objet de leurs risées et de leurs coups”, ni par les dignités, parce qu’ils tressèrent une couronne d’épines et la pla­cèrent sur ma tête”, ni par les délices, car dans ma soif, ils me firent boire du vinaigre (Ps. 68, 22). Au sujet de ces paroles de l’épître aux Hébreux (12, 2) : Jésus, alors que la joie lui était offerte, a souffert la croix sans regarder à la honte, saint Augustin écrit : L’Homme-Dieu Jésus-Christ a méprisé tous les biens de la terre pour nous apprendre que nous devons les mépriser.

Solennité de Tous les Saints

Vous êtes ceux qui avez persévéré avec moi dans mes épreuves. Lc. 22, 28

 

imagesLes saints manifestent de différentes manières la présence puissante et transformatrice du Ressuscité; ils ont laissé le Christ se saisir si pleinement de leur vie qu’ils peuvent affirmer avec saint Paul: «Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi» (Ga 2, 20). Suivre leur exemple, recourir à leur intercession, entrer en communion avec eux, «nous unit au Christ de qui découlent, comme de leur source et de leur tête, toutes grâces et la vie du Peuple de Dieu lui-même» (Conc. Œc. Vat. II, Const. dogm. Lumen Gentium n. 50).

Que veut dire être saint? Qui est appelé à être saint?

On est souvent porté encore à penser que la sainteté est une destination réservée à de rares élus. Saint Paul, en revanche, parle du grand dessein de Dieu et affirme: «C’est ainsi qu’Il (Dieu) nous a élus en lui (le Christ), dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour» (Eph. 1, 4). Et il parle de nous tous. Au centre du dessein divin, il y a le Christ, dans lequel Dieu montre son Visage: le Mystère caché dans les siècles s’est révélé en plénitude dans le Verbe qui s’est fait chair.

La sainteté, la plénitude de la vie chrétienne ne consiste pas à accomplir des entreprises extraordinaires, mais à s’unir au Christ, à vivre ses mystères, à faire nôtres ses attitudes, ses pensées, ses comportements. La mesure de la sainteté est donnée par la stature que le Christ atteint en nous, par la mesure dans laquelle, avec la force de l’Esprit Saint, nous modelons toute notre vie sur la sienne.

Quelle est l’âme de la sainteté?

Le Concile Vatican II précise à nouveau: «Dieu est charité et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu et Dieu en lui (cf. 1 Jn 4, 16). Sa charité, Dieu l’a répandue dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné (cf. Rm 5, 5). La charité qui nous fait aimer Dieu par-dessus tout et le prochain à cause de lui est par conséquent le don premier et le plus nécessaire. Mais pour que la charité, comme un bon grain, croisse dans l’âme et fructifie, chaque fidèle doit s’ouvrir à la Parole de Dieu et, avec l’aide de sa grâce, mettre en œuvre sa volonté, participer fréquemment aux sacrements, surtout à l’Eucharistie, et aux actions sacrées, s’appliquer avec persévérance à la prière, à l’abnégation de soi-même, au service actif de ses frères et à l’exercice de toutes les vertus. La charité en effet, étant le lien de la perfection et la plénitude de la loi (cf. Col 3, 14; Rm 13, 10), oriente tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin» (Lumen Gentium, n. 42)

Qu’est-ce qui est essentiel?

Il est essentiel de ne jamais laisser passer un dimanche sans une rencontre avec le Christ Ressuscité dans l’Eucharistie; cela n’est pas un poids en plus, mais une lumière pour toute la semaine. Il ne faut pas commencer ni finir une journée sans avoir au moins un bref contact avec Dieu. Et, sur la route de notre vie, suivre les «panneaux routiers» que Dieu nous a communiqués dans le décalogue lu avec le Christ, qui est tout simplement l’explicitation de ce qu’est la charité dans des situations déterminées. «C’est donc la charité envers Dieu et envers le prochain qui marque le véritable disciple du Christ» (Lumen Gentium, n. 42). Telle est la véritable simplicité, grandeur et profondeur de la vie chrétienne, du fait d’être saints.saints

 Au cours de l’Année liturgique, l’Eglise nous invite à faire mémoire d’une foule de saints, c’est-à-dire de ceux qui ont vécu pleinement la charité, qui ont su aimer et suivre le Christ dans leur vie quotidienne. Ils nous disent qu’il est possible pour tous de parcourir cette voie. A toute époque de l’histoire de l’Eglise, à toute latitude de la géographie du monde, les saints appartiennent à tous les âges et à tous les états de vie, ils ont le visage concret de chaque peuple, langue et nation. Et ils sont de types très divers. En réalité, je dois dire qu’en ce qui concerne ma foi personnelle également, de nombreux saints, pas tous, sont de véritables étoiles dans le firmament de l’histoire. Et je voudrais ajouter que pour moi, ce sont non seulement certains grands saints que j’aime et que je connais bien qui «indiquent la voie», mais précisément les saints simples également, c’est-à-dire les personnes bonnes que je vois dans ma vie, qui ne seront jamais canonisées. Ce sont des personnes normales, pour ainsi dire, sans héroïsme visible, mais dans leur bonté quotidienne, je vois la vérité de la foi. Cette bonté, qu’elles ont mûrie dans la foi de l’Eglise, est pour moi la plus sûre apologie du christianisme et le signe qui indique où se trouve la vérité.

Dans la communion des saints, canonisés et non canonisés, que l’Eglise vit grâce au Christ dans tous ses membres, nous jouissons de leur présence et de leur compagnie et nous cultivons la ferme espérance de pouvoir imiter leur chemin et partager un jour la même vie bienheureuse, la vie éternelle.

Benoît XVI. Audience Générale – 13 avril 2011
Source: www.vatican.va