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« Pour guérir notre misère, il n’y avait pas de moyen plus adapté »

Dimanche des Rameaux, année C (Lc. 22, 14 – 23, 56)

La Semaine Sainte de l’Eglise commence depuis des siècles avec la procession des Rameaux, mais l’évangile qui est proclamé à la sainte Messe reprend l’histoire de la Passion.

Bien que le dimanche soit le jour consacré à la mémoire de la Résurrection, le chrétien doit aussi faire mémoire du grand triomphe, le triomphe du Christ sur la croix.

Ce souvenir de la passion nous aide à considérer le prix auquel nous avons été rachetés, tout ce que le Seigneur a dû souffrir pour que chacun de nous puisse entrer au Ciel.

Ce qui aux yeux des hommes serait une grande défaite comme la douleur et la mort d’un innocent, pour Notre Seigneur est déjà une victoire, et pour nous un motif de foi, d’amour et d’espérance.

Mais nous pouvons nous poser la question : Le Seigneur, étant Dieu, pouvait-il choisir un autre genre de mort ? A été-t-il obligé de subir cette mort, si cruelle, si douloureuse ? 

« Pour guérir notre misère, il n’y avait pas de moyen plus adapté » que la passion du Christ, écrivait S. Augustin, autrement dit, si Dieu le Père depuis toute l’éternité avait décidé que son Fils nous libère par sa Passion et sa Mort c’est parce que cela a été la meilleure façon de le faire.  

Un moyen est d’autant plus adapté à une fin qu’il procure à cette fin un plus grand nombre d’avantages (lorsque je trouve plus d’avantages, meilleur est aussi le moyen que je choisis) .

Par la passion du Christ, nous avons obtenu tout d’abord le plus important, qui était la libération du péché, mais aussi d’autres grands privilèges que nous recevons avec la Passion.

Le grand docteur de l’Eglise nous apprend que par la souffrance et la mort de Jésus-Christ :

« L’homme connaît combien Dieu l’aime et par là il est provoqué à l’aimer, et c’est en cet amour que consiste la perfection du salut de l’homme. Saint Paul dit (Rm 5, 8) : ” La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous. “

Par la passion, encore une autre raison, le Christ nous a donné l’exemple de l’obéissance, de l’humilité, de la constance, de la justice et des autres vertus nécessaires au salut de l’homme. C’est Saint Pierre qui l’écrit dans sa première épitre (1 P 2, 21) : « c’est pour vous que le Christ a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. »

Une troisième raison c’est que Le Christ, par sa passion, n’a pas seulement délivré l’homme du péché ; il lui a en outre mérité la grâce de la justification et la gloire de la béatitude, car il était impossible à l’homme de pouvoir se sanctifier et d’atteindre le Ciel par ses seules forces.

Du fait de la Passion, enseigne toujours saint Thomas, l’homme comprend qu’il est obligé de se garder pur de tout péché lorsqu’il pense qu’il a été racheté du péché par le sang du Christ, selon Saint Paul (1 Co 6, 20) : « Vous avez été rachetés assez cher ! Glorifiez donc Dieu dans votre corps. »

Et la dernière raison agit sur la sublime dignité que la Passion a conféré à l’homme : vaincu et trompé par le diable, (dans le Christ) l’homme devait le vaincre à son tour ; ayant mérité la mort, il devait aussi, en mourant, la dominer elle-même, Saint Paul nous dit (1 Co 15, 57) : « Rendons grâce à Dieu qui nous a donné la victoire par Jésus Christ. ».

Et comme la Passion du Seigneur a été l’école de tous les saints, écoutons ces petits conseils que saint Pierre d’Alcantara donnait à ses fidèles :

« Six choses doivent être méditées sur la passion du Christ :

La grandeur de ses douleurs, pour les partager avec lui. La gravité de notre péché, qui en est la cause, pour le détester (le péché). La grandeur du bienfait, pour le remercier. L’excellence de la bonté et de la charité divines qui s’y découvrent, pour l’aimer à notre tour.

La convenance du mystère, pour s’en émerveiller. Et la multitude des vertus du Christ, qui y brillent, pour les imiter.

Ainsi lorsque nous méditons, nous devons incliner nos cœurs, parfois à la compassion pour les douleurs du Christ, puisqu’elles étaient les plus grandes du monde, tant à cause de la délicatesse de son corps, que pour la grandeur de son amour, et aussi pour souffrir sans aucune forme de consolation. Parfois, nous devons obtenir de la passion les raisons de la douleur de nos péchés, considérant qu’ils étaient la cause de tant de souffrance et de ses douleurs atroces.

D’autres fois encore, il faut puiser dans la Passion, des motifs d’amour et de reconnaissance, vu la grandeur de l’amour qu’il nous a démontré et la grandeur du bienfait qu’il nous a fait en nous rachetant si copieusement, tant de ses sacrifices pour notre avantage. »

A la très sainte Vierge Marie, elle qui est spécialement présente et qui participe intimement de ce grand mystère de notre rédemption, demandons la grâce de contempler et méditer souvent la Passion du Seigneur, pour dire avec saint Jean Paul II : “Seigneur, tu ne pouvais pas m’aimer davantage!”, et se rendre immédiatement compte que le responsable de cette souffrance est le péché:  le péché de chaque être humain.

P. Luis Martinez IVE.

De la Transfiguration à la Croix

Dimanche II Carême, année C

Chaque année, l’Eglise nous invite à méditer, dans ce deuxième dimanche de Carême, le mystère de la Transfiguration, cette année à partir de l’évangile de saint Luc. Comme nous pouvons l’apercevoir, cet évangéliste ne nomme pas le mystère, il le décrit sommairement, avec pour but de montrer la relation que ce mystère de la vie de Jésus entretient avec sa Pâque, la Passion du Seigneur.

Saint Luc, en effet, ouvre le récit en disant que Jésus monte pour prier. Dieu a manifesté Jésus pendant qu’il priait. Rappelons que pendant la prière de Jésus, l’Esprit est venu sur lui au moment du baptême, où Jésus a eu une manifestation aussi de sa divinité.

L’agonie de Gethsémani est aussi un grand moment de prière, où Notre Seigneur se prépare pour sa Pâque et dans ces deux moments, les trois disciples, « Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ». Et saint Luc nous présente ensuite le Seigneur qui meurt sur la croix toujours en prière, en dialogue avec son Père, puis après sa mort, sa gloire qui commence déjà à briller dans la confession du centurion (cf. Lc. 23, 46-47).

Dans ce mystère de la Transfiguration, le rayonnement de la gloire de Dieu enveloppe également les deux hommes qui apparaissent et les montre comme des figures célestes. Les trois évangélistes, Mathieu, Marc et Luc, nous révèlent la présence de Moïse et d’Elie.

Quelle est la raison de leur présence ?

Ils sont la représentation de l’Ancien Testament, de la loi et des prophètes ; ces deux saints ont aussi contemplé la Gloire de Dieu sur une montagne, ils ont subi, eux aussi, une passion, une anticipation du mystère de la croix.

Les Actes des Apôtres présentent Moïse comme un serviteur de Dieu incompris et répudié (Actes 7, 17-44), Elie se plaint à Dieu de ce que ses adversaires conspirent contre sa vie (I Rois 19,10). Les deux grandes figures de l’Ancien Testament revivent l’éclat de la gloire de Dieu, mais toutes deux devaient d’abord passer par la souffrance. En fait, en eux se dessine le chemin de Jésus : par la passion à la gloire de Dieu, par le destin de serviteur de Dieu à la splendeur divine du Messie. Saint Luc est l’unique évangéliste qui nous dit que les deux grandes figures du Messie parlaient de la mort que Jésus devait subir à Jérusalem, son départ, « son passage » ou bien, sa Pâque.

Alors, cette épiphanie, cette manifestation de la divinité de Jésus, dure très peu, les trois apôtres sont enveloppés d’une nuée, image de l’Esprit Saint et du mystère de Dieu, et tandis qu’ils écoutaient la voix du Père, la vision va cesser. « Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. »

Les effets de la Gloire disparaissent et ils ne voient que Jésus, sous son apparence humaine. Cette vision les avait tant bouleversés qu’ils vont garder le silence, jusqu’après la Résurrection du Seigneur.

Ce dimanche, où l’Eglise nous prépare déjà pour le mystère du Calvaire à travers cet évangile et par ce temps de carême, nous pouvons méditer l’importance de la Croix dans nos vies. Précisément dans notre époque où la croix et tout ce qui fait référence à la valeur de la souffrance sont tant relégués dans la prédication. Il semblerait que le chrétien ne doive pas souffrir, que la douleur ne fasse pas parti du plan de sanctification tandis que le Seigneur nous a révélé c’est à travers la croix que nous pouvons le plus parfaitement l’imiter.

Voilà deux beaux exemples pour déceler l’importance de la croix dans nos vies :

Le premier nous fait voir la puissance de la Croix.

C’est un fait réel. Il y avait une grande actrice, célèbre à l’époque, elle s’appelait Eve Lavallière. Elle était très belle. Mais elle remarquait en se regardant dans le miroir qu’elle vieillissait.

Et voilà qu’elle n’a pu penser à rien de pire que de conclure un pacte avec le diable. Elle va donc à une séance et par un médium elle fait un pacte pour rester belle, pour demeurer jeune.

Mais, Eve constate alors qu’elle ne cessait de vieillir. Elle retourne chez le spiritiste, chez le médium et c’est à ce moment, comme en transe, elle réprimande le diable :

Elle lui dit : – « Tu es un menteur ! Tu m’as promis que j’allais garder ma beauté et il s’avère que de jour en jour je la perds.

Et l’autre répond : « Ce qui se passe, c’est qu’il y a des forces très puissantes qui te défendent. Arrête de faire le signe de croix au passage d’un cercueil ! »

Elle dit : – « Depuis toute petite je fais le signe de croix quand un cercueil passe et je ne peux m’empêcher de faire le signe de croix »

– « Eh bien, tu ne peux pas t’empêcher de faire le signe de croix, je ne peux pas te garder belle ».

Et c’est ainsi que d’une manière merveilleuse, Eve Lavallière fut sauvée d’un pacte qui ne devrait jamais être fait tant ses conséquences sont périlleuses. C’était le début de sa conversion, elle est morte en sainteté.

 La Croix a un grand pouvoir sur les puissances du mal. La Croix est toujours plus puissante. Et pourquoi la Croix est-elle plus puissante ? Parce que sur la Croix le Fils de Dieu est mort.

L’autre exemple nous enseigne comment la Croix pardonne nos péchés.

Il s’agit du cas d’un crucifix –encore conservé – dans l’église de Sainte Eulalie, dans l’île de Majorque, aux Baléares, en Espagne.

Il y avait un pénitent qui se confessait souvent. Répétant toujours les mêmes péchés, promettant toujours de se repentir et ne cessant jamais de les commettre . Alors le prêtre avait réfléchi : « Non, je ne peux plus donner l’absolution à celui-ci. Je ne peux pas lui dire : ‘Je pardonne tes péchés’. Non, car il n’a pas d’objet d’amendement ». Et, à la prochaine confession il dit à ce pénitent : « Je ne peux pas pardonner tes péchés : tu ne veux pas changer. Tu es toujours stupide. Au lieu de réaliser que Jésus te parle, tu perds ton temps. Au lieu de voir que Jésus t’aime, tu es un imbécile. Donc je ne te donne pas l’absolution.”

Mais  à l’intérieur du confessionnal se trouvait un Christ crucifié. Et à ce moment, on entend Christ parler : « Je te pardonne tes péchés. Et il dit à ce prêtre : « Je suis mort pour lui. J’ai versé mon Sang pour lui. Qu’as-tu fait pour lui ?”

Ce qui nous fait comprendre que la Miséricorde de Dieu, cette Miséricorde qui jaillit de la Croix du Christ, est plus grande que tout ce que nous pouvons penser. De telle sorte que jamais, jamais, personne ne puisse désespérer du salut de quelqu’un, aussi mauvais soit-il. Pourquoi ? Parce que le Fils unique de Dieu a versé son sang sur la Croix pour l’amour de chacun de nous.

Demandons la grâce de savoir accepter la Passion du Christ, d’aimer la Croix et de nous préparer pour la Semaine Sainte, où l’Eglise revive tous les mystères de l’amour extrême de Jésus. A la sainte Vierge, nous demandons cette grâce. 

P. Luis Martinez IVE.