Archives par mot-clé : eucharistie

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour (Deuxième Partie)

Par ces paroles, Jésus nous a appris à éviter cinq péchés qui se commettent habituellement par un désir immodéré des choses temporelles.
  1. Pour voir en quoi consiste lepremier de ces péchés il faut savoir que l’homme, insatiable des choses qui conviennent à son état et à sa condition, au même temps poussé par un désir déréglé, demande des biens qui sont au-dessus de sa condition. Il en est de lui comme d’un soldat qui voudrait s’habiller comme un officier, ou d’un prêtre, qui voudrait porter des vêtements d’évêque.

Ce vice détourne les hommes des choses spirituelles, parce qu’il attache avec excès leur désir aux choses temporelles.

BléLe Seigneur nous a enseigné à éviter un tel péché, en nous apprenant à demander seulement du pain, c’est-à-dire les biens nécessaires à chacun, en cette vie, suivant sa condition particulière.

Le Seigneur ne nous a donc pas appris à demander des choses délicates, des choses variées, des choses exquises, mais du pain, sans lequel l’homme ne peut vivre et qui est la nourriture commune à tous. La première chose pour vivre, dit l’Ecclésiastique (29, 28), c’est l’eau et le pain. Et l’Apôtre écrit à Timothée (l, 6, 8) : Lorsque nous avons nourriture et vêtement, sachons nous contenter.

  1. Undeuxième vice consiste pour certain à commettre des injustices et des fraudes dans l’acquisition des biens temporels.

C’est un vice très dangereux, parce qu’il est difficile de restituer des biens volés, et que, d’après saint Augustin, « un tel péché n’est pas pardonné, si on ne restitue pas ce qui a été dérobé ».

Le Seigneur nous a enseigné à éviter ce vice, en nous apprenant à demander pour nous, non pas le pain d’autrui, mais le nôtre. Les voleurs, en effet, mangent le pain d’autrui et non le leur.

  1. Letroisième vice consiste dans une sollicitude excessive pour les biens terrestres.

Certains en effet ne sont jamais satisfaits de ce qu’ils possèdent, ils veulent toujours davantage. Une pareille disposition d’esprit est un désordre, puisque le désir doit se régler sur le besoin.

Seigneur, ne me donne ni la richesse, ni la pauvreté, disent les Proverbes (30, 8), mais accorde-moi seulement ce qui est nécessaire à ma subsistance.

Jésus nous enseigne à éviter ce péché par ces paroles : Donne-nous notre pain quotidien, c’est-à-dire le pain d’un seul jour ou d’une seule unité de temps.

  1. Lequatrième vice, causé par l’appétit démesuré des choses d’ici-bas, consiste en une insatiable avidité des biens terrestres, une véritable voracité.

C’est le vice de ceux qui veulent consommer en un seul jour ce qui pourrait leur suffire pour plusieurs jours. Ceux-là ne demandent pas le pain d’une journée, mais le pain de dix jours. Dépensant sans mesure, ils en arrivent à dissiper tous leurs biens, selon cette parole des Proverbes (23, 21) : Buveur et glouton se ruinent, et suivant cette autre parole (Ecclésiastique 19, 1) :L’ouvrier ivrogne ne s’enrichit pas.

  1. Le désir excessif des biens terrestres engendre un cinquième péché, l’ingratitude.générosité

Ce vice déplorable est le vice de l’homme qui s’enorgueillit de ses richesses et ne reconnait pas qu’il les tient de Dieu, auteur de tous les biens spirituels et temporels, selon cette parole de David (1 Chr 29, 14) : Tout vient de vous, Seigneur, et ce que nous avons, nous le tenons de vos mains.

Pour écarter ce vice et nous apprendre que tous nos biens viennent de Dieu, Jésus nous fait dire :Donne-nous notre pain.

Commentaire au Notre Père

Saint Thomas d’Aquin

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour (Première Partie)

Multiplication Il arrive fréquemment que la grandeur de sa science et de sa sagesse rendent l’homme timide (on parle de la science de se connaître face à toute la création et devant Dieu). Il est nécessaire la force à son cœur pour ne pas perdre courage dans la considération de ses besoins.

Le Seigneur, dit Isaïe (40, 29), donne la force et aux êtres anéantis ; Il prodigue vigueur et courage. L’Esprit entra en moi, dit aussi Ezéchiel (2, 2), et il me fit tenir fermement debout.

L’Esprit-Saint donne donc la force, et il la donne d’une part pour empêcher le cœur de l’homme de défaillir dans la crainte de manquer des choses nécessaires, et d’autre part pour lui faire croire fermement que Dieu lui accordera tout ce qui lui est nécessaire.

 C’est pourquoi l’Esprit-Saint dispensateur de cette force, nous apprend à dire à Dieu : Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Et on l’appelle Esprit de force.

Il faut savoir que, dans les trois demandes précédentes du « Notre Père », nous demandons des biens spirituels dont la possession, commencée en ce monde, ne sera parfaite que dans la vie éternelle.

En effet, demander à Dieu la sanctification de son nom, c’est demander la reconnaissance de sa sainteté ; demander l’avènement de son règne, c’est lui demander de nous faire parvenir à la vie éternelle ; prier pour que la volonté de Dieu se fasse, c’est prier Dieu d’accomplir en nous sa volonté. Tous ces biens, partiellement réalisés dans ce monde, ne le seront pleinement que dans la vie éternelle.

Il est aussi nécessaire de demander à Dieu quelques biens indispensables, dont la possession parfaite est possible en la vie présente. C’est pourquoi l’Esprit-Saint nous a appris à demander ces biens nécessaires à la vie présente et possédés ici-bas parfaitement.

Et c’est aussi pour montrer que Dieu veille sur nos nécessités temporelles elles-mêmes, qu’il nous fait dire : Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien.

Commentaire au Notre Père

Saint Thomas d’Aquin

Saint Augustin résumait en quelques lignes ce que cette pétition nous fait demander :

Trois sortes de pain

Soit que nous demandions au père la subsistance nécessaire à notre corps – pain signifiant tout ce qui nous est nécessaire – soit que nous comprenions par pain quotidien celui que vous recevez de l’autel, il est bon de faire cette demande aujourd’hui, c’est-à-dire en ce temps présent.

Car le pain nous est nécessaire en ce temps, quand nous avons faim. Quand nous serons dans l’autre vie, la faim sera finie. Qu’aurons-nous besoin de demander du pain ?

Quant au Pain que recevons de l’autel, il est bon de demander qu’il nous soit donné. Que demandons-nous, en effet, sinon de ne commettre aucun mal qui nous séparerait d’un tel Pain ?

La parole de Dieu qui nous est annoncée chaque jour est, elle aussi, du pain. Si ce n’est pas du pain pour le ventre, n’est-ce pas du pain pour l’intelligence ?

Or quand cette vie aura passé, nous ne chercherons plus le pain que réclame la faim. Et nous n’aurons plus à recevoir le sacrement de l’autel, puisque nous serons là avec le Christ, dont nous recevons le Corps, et nous n’aurons plus à prononcer les paroles que nous vous annonçons, ni à lire le livre, quand nous verrons en personne la Parole de Dieu par qui tout a été fait, dont se nourrissent les anges, qui illumine les anges, et par qui les anges acquièrent la science, non pas en scrutant les paroles d’une langue tortueuse, mais en buvant l’unique Parole dont l’ivresse les fait éclater en louanges, sans qu’ils puissent s’épuiser de louanges. “Bienheureux, dit le Psaume, ceux qui habitent dans ta maison ; dans les siècles des siècles ils te loueront” (Ps 83, 5).687_001