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Je sais que mon Rédempteur est vivant!

Homélie de la Veillée Pascale

Dans une ancienne homélie qu’on lit tous les samedis saints, au moment où Adam est libéré du limbe des justes par Notre Seigneur, il lui adresse ces paroles: « Je me suis endormi sur la croix, et la lance a pénétré dans mon côté, à cause de toi… Mon côté a guéri la douleur de ton côté ; mon sommeil va te tirer du sommeil des enfers ».

Jésus s’est endormi sur la croix, le sommeil de la mort. Mais si l’amour à triomphé au moment où Il mourait sur la croix, dans la Résurrection triomphe la Vie. La mort n’a pas le dernier mot, nous sommes appelés à la vie et une vie qui ne finira jamais.

Le mystère pascal que ce Triduum Pascal nous a fait revivre, ce n’est pas le seul souvenir d’une réalité du passé, c’est une réalité actuelle : aujourd’hui aussi le Christ est vainqueur par son amour du péché et de la mort. Le mal, en toutes ses formes, n’a pas le dernier mot. Le triomphe c’est du Christ, de la vérité et de l’amour. Saint Paul nous l’a rappelé il y a quelques instants dans la dernière lecture avant l’évangile, si nous sommes disposés à souffrir et à mourir avec le Christ, sa Vie devient notre vie (cf. Rm 6, 9). Dans cette certitude est fondée et s’édifie notre existence chrétienne.

Dans les évangiles, Notre Seigneur avait accompli des grands prodiges, parmi eux Il avait ressuscité des morts et les évangiles nous décrivent trois de ces miracles. Mais, il est aussi évident que ces personnes sont revenues à la vie de ce monde pour quelque temps pour mourir encore une autre fois ; il s’agissait donc d’une résurrection imparfaite car aussi longtemps que l’on vit soumis à la nécessité de mourir, on demeure dominé en quelque façon par la mort.

Alors, lorsque Jésus a fait ces faits prodigieux de ressusciter les morts, il avait aussi comme but de prophétiser sa propre Résurrection et d’annoncer en même temps la nôtre. 

A différence de ces miracles, la Résurrection du Seigneur est unique. Pour cette raison, notre foi, depuis les apôtres, reconnaît que Notre Seigneur est « le premier des ressuscités » ; car, en ressuscitant, lui-même est parvenu le premier à la vie pleinement immortelle, « Le Christ, ressuscité des morts, ne meurt plus » nous a dit aussi saint Paul dans lettre aux Romains (6, 9). Il est libéré désormais non seulement de la mort mais même de la nécessité, et encore plus, de la possibilité de mourir.

« A quoi te servirait mon sang si je descendais dans la tombe ? » dit le Psaume 29, des paroles qu’un père de l’Eglise a appliquées avec sagesse à Notre Seigneur en ajoutant encore : « si je ne ressuscite pas aussitôt et que mon corps se corrompe je ne l’annoncerai à personne, je ne gagnerai personne. »

La Résurrection donne sens à notre foi

Si Celui qui nous confessons comme Seigneur avait été vaincu par la mort, Il ne serait pas vraiment Seigneur de tout. Mais un sépulcre vide depuis presque deux mille ans nous dit que l’Homme qu’il gardait enfermé par une grosse pierre n’est plus là ; ni le tombeau, ni la pierre, ni les liens de la mort n’ont pu le retenir. Parce qu’Il est ressuscité et qu’Il est Seigneur de la vie et de la mort nous pouvons annoncer notre foi et notre prédication a un fondement et c’est parce que surtout notre foi est fondée sur la résurrection.

La Résurrection relève notre espérance

Si elle est le fondement de notre foi, la résurrection du Seigneur soutient et relève aussi notre espérance. Le juste Job (19, 25), soumis à de grandes épreuves mais poussé par l’espérance mise en Dieu, prononçait des paroles prophétiques, paroles dont on peut dire qu’elles s’accomplissent dans nos vies. Job avait d’abord la certitude la foi : «  je sais que mon Rédempteur est vivant -ressuscité d’entre les morts – et qu’au dernier jour je me lèverai de terre ; telle est l’espérance qui est fixée dans mon cœur ».

Une vie nouvelle dans l’amour

D’après l’apôtre saint Paul, le miracle de la Résurrection est la raison principale pour vivre une vie nouvelle soutenue par la charité qui ne passe pas. ” Le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père ; de même, nous, marchons dans une vie renouvelée. ” Et Saint Paul ajoute : ” Le Christ ressuscité des morts ne meurt plus ; de même vous, croyez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu ” (Rm. 6, 4). 

La Justice de Dieu

Mais la Résurrection du Fils de Dieu nous parle admirablement de la justice divine. Dieu qui élève les humbles, ceux qui s’abaissent devant Lui, comme avait chanté Notre Dame dans son Magnificat (cf. Luc 1, 52), devait rendre justice à son Fils Jésus-Christ qui s’était humilié jusqu’à la mort de la croix par charité et par obéissance à Dieu ; il fallait donc que Dieu l’exalte jusqu’à la résurrection glorieuse.

Finalement, le miracle de la Résurrection du Christ complète l’admirable œuvre de notre salut. En mourant sur la croix, Jésus a supporté tous les maux pour nous en délivrer, maintenant qu’Il ressuscite d’entre les morts et il est glorifié par le Père, il nous pousse vers le bien, sa vie nouvelle est un modèle pour chaque chrétien.

Chantons maintenant le chant de joie, unissant notre joie à la joie de la Reine du Ciel : Regina Coeli laetare alléluia, parce que Celui que a tu as mérité de porter en ton sein vit désormais ressuscité, comme Lui-même l’avait dit. Que Marie nous donne la grâce de vivre la vie nouvelle dans le Christ. Amen !

P. Luis Martinez IVE.

“les rois marcheront vers la clarté de ton aurore”

Solennité de l’Epiphanie

Nous célébrons aujourd’hui la dernière des fêtes qui ont relation à la naissance de Jésus, c’est la fête de l’Epiphanie. Le temps liturgique de Noël va continuer pourtant, un peu plus, jusqu’au dimanche prochain, avec la fête du Baptême du Seigneur qui nous ouvre vers sa vie publique et qui a aussi comme finalité celle de commencer à nous préparer pour le temps de carême.

Cette fête de l’Epiphanie est très ancienne dans l’Eglise. Son nom signifie en grec « Manifestation » parce qu’elle célèbre précisément la manifestation du Seigneur au peuple païen, le peuple gentil (c’est-à-dire tous les autres peuples en dehors du peuple d’Israël). La première « épiphanie » du Seigneur s’est accomplie avec la visite de ces savants d’Orient qui sont présentés par la tradition comme les trois rois mages de toutes nos crèches.

Dans l’art chrétien des premiers siècles, le passage de l’Evangile de ce dimanche a été le plus évoqué parmi les mystères de l’Enfance du Seigneur. D’ailleurs, l’image de Notre Dame de Carthage est inspirée d’une autre représentation en marbre retrouvée à la Basilique « Domus el Caritas » qui n’est pas loin d’ici, dans ce marbre on pouvait voir les trois rois rendant visite à l’Enfant Jésus qui est assis sur les genoux de sa Mère, la Vierge.

Ainsi, ces mages ont été guidés par une étoile, comme nous le dit l’Evangile, à la différence des bergers, à qui Dieu annonçait sa Venue par la voix de l’ange. Pour ces savants d’Orients qui étaient habitués à étudier les astres, Dieu choisit un moyen auquel ils étaient familiarisés pour se révéler. Cela nous sert aussi, cette étoile est un signe de cette illumination intérieure que chacun de nous a reçue pour suivre le Christ et sa Vérité, cet appel de Dieu à la conversion, et enfin à la sainteté. A tous, Dieu donne cette lumière nécessaire et cela est un dogme de l’Eglise, parce que révélé par l’Esprit Saint dans la première lettre à Timothée de saint Paul, que Dieu veut que tous les hommes parviennent au salut éternel et qu’ils arrivent à la pleine connaissance de la Vérité.  Les hommes, disait le pape Benoît, sont appelés à adhérer à la connaissance et à l’amour de Dieu, et l’Église a la mission de les aider dans cette vocation.

A la fin des temps, personne ne pourra dire que Dieu l’a abandonné, ce signifierait une contradiction en Dieu, une contradiction qui va non seulement contre la bonté de Dieu (Il serait un dieu méchant), mais encore contre la justice même (Dieu serait injuste lorsqu’Il crée un être pour le condamner à souffrir éternellement).

On peut dire que, sans doute, l’Etoile qui nous guide vers Dieu (comme ces rois mages) est différente pour chacun de nous, mais sa lumière est assez visible pour que chaque cœur de bonne volonté puisse la reconnaître et la suivre, découvrant l’appel de Dieu en elle. Dieu a des chemins qui sont incompréhensibles pour nous les hommes, parce qu’ils sont au delà de ce que notre intelligence peut comprendre.

O profondeur inépuisable et de la sagesse et de la science de Dieu! Que ses jugements sont insondables et ses voies incompréhensibles!  Car ” qui a connu la pensée du Seigneur ou qui a été son conseiller? ” Ou bien ” qui lui a donné le premier, pour qu’il ait à recevoir en retour? » , nous dit saint Paul dans la lettre aux Romains.

Alors pour nous, qui avons eu la grâce d’avoir vu l’étoile et d’avoir reconnu Dieu dans l’Enfant de la Crèche, nous avons la grâce d’appartenir à l’Eglise, venant des peuples gentils, dont les prémices ont été les rois mages.

L’aspect essentiel de la célébration est cet appel des tous les hommes à la foi. Comme l’avait déjà préfiguré Isaïe dans la première lecture : Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Regarde : l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore.

En conséquence, la première action sainte c’est de rendre grâce à Dieu pour le don de la foi chrétienne ; parce qu’Il nous a délivré de la puissance des ténèbres, pour nous faire parvenir au royaume de son Fils bien-aimé (c’est-à-dire l’Eglise). C’est appel à vivre la foi en plénitude contient aussi comme germe la vie éternelle : nous appelant à la vie de la foi, le ciel est déjà vécu ici sur terre. C’est cela que nous avons demandé au commencement de la messe : « à nous qui connaissons Dieu déjà par la foi, d’être conduits jusqu’à la claire vision de sa splendeur, de la vision au Ciel ».

Dieu nous demande en suite de protéger cette foi, de la défendre contre l’esprit du mal, l’esprit du monde, de l’indifférence religieuse et du respect humain ; et de confesser la foi devant les autres. C’est une obligation des chrétiens, celle d’être fidèles aux principes de notre foi dans la vie de chaque jour.

Demandons aussi la grâce de ce don très précieux qu’est la foi pour ceux qui ne l’ont pas encore reçue et vivent dans les ténèbres, pour qu’ils reçoivent la visite de l’astre d’en haut, le Soleil de justice, le Seigneur Jésus-Christ.

Qu’Il soit reconnu comme Sauveur et glorifié par tous les hommes, ce que nous demandons chaque jour dans le Notre Père : Seigneur que ton règne arrive, que ton règne vienne. A la Vierge très sainte nous demandons cette grâce.   

P. Luis Martinez.

Institut du Verbe Incarné