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N’ayons pas peur de multiplier les Noël!

Sermon pour le jour de Noël.

Dans le sens le plus théologique, la solennité de Noël nous invite à méditer sur l’apparition dans le monde du mystère du Verbe incarné. Dans son Incarnation, Dieu a voulu prendre la forma servi, la forme du serviteur, comme le dit saint Paul, il a voulu nous ressembler en tout sauf en ce qui concerne le péché, il a voulu assumer nos faiblesses et nos fragilités. Et ce mystère de l’humanisation du Verbe, mystère insondable, pour la première fois, aujourd’hui, est manifesté au monde de manière visible, pour ceux qui sont là pour le contempler : la Vierge, Saint Joseph, les bergers, puis les mages, les anges, et toute la création.

Avec la manifestation du mystère du Verbe incarné, la nouveauté de l’Évangile commence à se manifester en même temps. Le Christ prêche dès sa naissance avec une puissance qui contraste avec sa complexion de nouveau-né. Et il prêche ce qu’il réalisera plus tard dans sa vie et sa mort. Le Christ nous enseigne dès sa naissance qu’il est venu pour renouveler les choses, toutes les choses, pour leur donner un sens nouveau, différent et contraire au sens que leur donnent le monde et le péché. Charles de Foucauld aimait à rappeler comment le Christ a déjà choisi la dernière place depuis sa naissance, et ne la cède à personne. Ce premier choix de la pauvreté, du rejet, de l’obscurité, du froid, du besoin, est la dernière place. En la choisissant, le Christ commence à renverser les valeurs du monde, et nous montre que celui qui veut le suivre doit valoriser toutes les choses, matérielles et spirituelles, d’une manière nouvelle, qui est fondée sur la croix.

En fait, nous pouvons nous arrêter et penser au paradoxe de la présence de Dieu dans une crèche, dans une grotte pour animaux. Personne n’aurait pu imaginer que le Dieu fait homme apparaisse en un tel lieu pour la première fois. Pas même ceux qui l’ont vu. Notre Dame et Saint Joseph ont cherché un meilleur endroit. Les bergers et les mages sont arrivés, étonnés d’avoir entendu une grande nouvelle, mais sans découvrir toute la profondeur de ce qu’ils allaient voir. Aucun d’entre eux, en fait, n’aurait pu deviner que Dieu serait dans une crèche. Et Dieu renverse ces critères.

Et ce qui s’est passé alors se produit encore, et très souvent. Dieu apparaît là où personne ne l’attend. Cela peut nous arriver, par exemple, dans les épreuves que nous devons traverser, dans les situations difficiles de la vie. Cela nous arrive quand nous sommes méprisés pour le nom du Christ, quand nous sommes oubliés, quand nous sommes humiliés, laissés de côté. Qui peut imaginer que Dieu est là dans de telles situations ? Et pourtant, il est là. Dieu attend dans ces moments-là notre abandon, notre confiance et notre sacrifice.

Cela peut aussi se produire dans notre vie fraternelle, dans notre relation avec notre prochain. Quand une personne est difficile à vivre, quand elle nous scandalise, ou même quand elle nous fait du mal… qui peut imaginer que Dieu est là ? Et pourtant, il est là. Il attend notre aide, il attend notre pardon, il attend la diffusion de notre joie et l’exemple de nos bonnes actions.

Cela peut nous arriver dans la vie spirituelle. Dans ces moments où notre âme semble à bout de force, où nous nous trouvons incapables de respecter les commandements, où nous retombons toujours dans les mêmes fautes, où nous ne savons pas bien prier, nous donner vraiment à Dieu, où les tentations nous assaillent, et où Dieu semble disparaître, comme s’il nous laissait seuls pour lutter. Personne ne peut imaginer que Dieu est là. Et pourtant il est là, il attend notre fidélité, et non seulement il l’attend, mais il la travaille en nous si nous faisons l’effort de reconnaître son action.

Nous pouvons même l’appliquer à la vie sociale du monde dans lequel nous vivons. Il semble parfois qu’il n’y ait pas de place pour Dieu dans la société d’aujourd’hui. En cette période de déchristianisation, aucun des critères communément admis n’est basé sur le surnaturel. Nous pouvons parfois rencontrer des scandales, même parmi les membres les plus importants de l’Église. Et nous pouvons penser qu’il n’y a plus de place pour Dieu. Et pourtant, Dieu est toujours là. Silencieux, caché, toujours le maître de tous les cœurs. Dieu attend notre témoignage, notre chant et notre culte.

C’est pourquoi, aujourd’hui, nous pouvons réécouter le conseil donné par saint Étienne Harding, l’un des fondateurs des cisterciens, à ses moines : « Soyez toujours attentifs au Christ ». Rechercher sa présence, découvrir son intelligence, sa bonté, sa puissance, dans chacune des choses qui nous arrivent, adverses ou prospères, car tout arrive pour le bien de ceux qui l’aiment. Et de savoir comment voir la réalité selon la crèche. Savoir voir Dieu là où personne ne l’attend, parce que de cette façon nous pouvons aussi l’amener au seul endroit où il n’est pas, c’est-à-dire dans l’âme des pécheurs. N’ayons pas peur de multiplier les Noël, en étant forts, en étant persévérants, en savant pardonner, en savant faire le bien, en nous sacrifiant pour faire la volonté de Dieu.

Que la Vierge Marie, qui, comme nous l’enseigne saint Jean de la Croix, a contemplé avec stupeur un admirable troc : que Dieu pleure pour que l’homme se réjouisse ; que la Vierge Marie nous donne de vivre toute notre vie face au Christ, face à son berceau et face à sa croix.

P. Juan Manuel Rossi IVE.

“Il est enveloppé de langes parce qu’Il a pris sur lui nos péchés”

Sermon de Noël

Nous avons la grâce de célébrer ce soir la Nativité de Notre Seigneur. L’amour jaloux du Seigneur de l’univers, nous a dit le prophète Isaïe, ne nous a pas abandonné et Il nous donne le salut, la libération de ce grand poids qu’est le péché, symbolisé par le même prophète comme l’oppression d’un tyran.

Nous venons avec notre imagination encore une fois à la crèche, nous voulons contempler l’Enfant Jésus. Rien de mystérieux visiblement, un Enfant, mais en Lui la foi nous fait découvrir le Dieu, ce Dieu jaloux d’amour qui vient nous chercher, qui se fait proche de nous, qui se fait petit pour nous montrer de quoi il est capable pour nous.

Nous sommes aussi habitués à voir les personnages de la crèche qui entourent Jésus, la sainte Vierge, saint Joseph, les bergers et les rois mages.

Depuis très tôt dans l’histoire, les chrétiens ont aussi représenté le bœuf et l’âne ; d’abord parce qu’avec du bon sens, ce lieu était destiné pour ces animaux, sans que l’évangile en fasse mention. Mais cette tradition a aussi son origine dans un passage du prophète Isaïe :  « Le bœuf a reconnu son propriétaire et l’âne la crèche de son maître » (Is 1, 3).  Ainsi, Origène voit dans le bœuf un animal pur figure d’Israël (image du sacrifice), et dans l’âne un animal impur, les païens qui reconnaitront le Sauveur dans cet enfant nouveau-né.

Le grand saint Ambroise fait aussi référence à cette tradition : « Voilà le Seigneur, voilà la crèche par laquelle nous fut révélé ce divin mystère : que les Gentils, vivant à la manière des bêtes sans raison dans les étables, seraient rassasiés par l’abondance de l’Aliment Sacré. Donc l’âne, image et modèle des Gentils, a reconnu la crèche de son Seigneur. Aussi dit-il : “Le Seigneur me nourrit, et rien ne me manquera” (Ps 22, 11) » (In Luc. II, 43).

En effet, Jésus est couché dans une mangeoire, et cela était une belle image eucharistique, le Christ se fera la nourriture pour tous les peuples, Il est l’Aliment Sacré duquel tous les peuples mangeront.

Encore une autre belle application d’après les paroles de la nuit de Noël. Selon Saint Luc, l’ange annonce aux bergers que le signe est un nouveau-né, « emmailloté et couché dans une mangeoire. »

« Il est enveloppé de langes, écrit un père de l’Eglise, parce qu’il a pris sur lui nos péchés, comme des langes, ainsi qu’il est écrit : “Il porte nos péchés et souffre à notre place” (Is 53, 4). Il a donc été enveloppé de langes pour nous dépouiller des langes de nos péchés ». Et saint Ambroise, par une allusion implicite aux linges entourant le défunt, met en lumière la valeur salvifique des langes : « Il est, lui, enveloppé de langes pour que vous soyez, vous, dégagés des liens de la mort […] Qu’il soit dans les langes, vous le voyez ; mais vous ne voyez pas qu’il est dans les cieux ».

Les langes représentent aussi la tunique du Christ, c’est-à-dire l’Église, selon ce qui est écrit par un autre écrivant chrétien des premiers siècles : « Il a été enveloppé de langes afin de tisser par le Saint-Esprit la précieuse tunique de l’Église ; on peut dire aussi qu’il a été enveloppé de langes afin d’appeler les différents peuples qui croient en lui. » On peut penser aussi à notre saint Cyprien qui voyait dans la tunique sans couture du Seigneur au moment de la Passion la belle image de l’unité de l’Eglise, sans division.

Et nous voyons comme les deux extrêmes se touchent ici, la Nativité et le sacrifice Suprême du Christ en sa Passion, les pères de l’Eglise ne cessent de nous offrir des images dans cette crèche qui renvoient toujours à la Passion et à la Croix, parce qu’en fait, le Christ est né pour nous sauver. C’est son nom qui le dit, cela est aussi annoncé dans les prophéties qui parlent de sa naissance, c’est le mystère que contemple saint Paul : « il s’est donné pour nous, afin de nous racheter de toutes nos fautes ». Et la liturgie nous le rappelle à chaque prière dans cette messe.

« Il est venu prendre sur lui les péchés du monde moribond pour abolir la souillure du péché et la mort de tous en lui-même […], nous écoutons encore saint Ambroise, et l’évangéliste saint Luc nous montre les voies du Seigneur qui grandit selon la chair […] Il a donc été petit, Il a été enfant, pour que vous puissiez, vous, être des hommes parfaits ; Il est, lui, enveloppé de langes, pour que vous puissiez, vous, être délivrés des liens de la mort […] Il a préféré pour Lui l’indigence, afin d’être prodigue pour tous. C’est moi que purifient ces pleurs de son enfance vagissante, ce sont mes fautes qu’ont lavées ces larmes ». Il ne faut donc pas s’en tenir aux apparences : « Ne calculez pas ce que vous voyez, mais reconnaissez que vous êtes rachetés […] Il sort du sein maternel, mais il resplendit dans le ciel ; Il est couché dans une auberge d’ici-bas, mais baigné d’une lumière céleste. Une épouse l’a enfanté, mais une vierge l’a conçu ; une épouse l’a conçu, mais une vierge l’a enfanté » (In Luc. II, 42-43).

Contemplons encore une fois cet Enfant, contemplons-le avec les yeux de sa Mère. Comme dit la belle pétition de saint Jean Paul II :

« Toi, Marie, qui veilles sur ton Fils tout-puissant, donne-nous tes yeux pour le contempler avec foi; donne-nous ton cœur pour l’adorer avec amour. »

P. Luis Martinez IVE.