« La mort est la compagne de l’amour, est celle qui ouvre la porte et nous permet d’arriver à Celui que nous aimons »

Lire l’évangile de Dixième Dimanche C (Lc. 7,11-17)

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L’Evangile de ce dimanche nous met devant une réalité que nous ne considérons pas toujours : c’est la mort ; réalité qu’il est même difficile à accueillir (concevoir) dans nos vies, de même qu’il est difficile de parler de notre propre mort.

Les pères de l’Eglise ont vu dans ce passage évangélique une sorte d’image de ce que le Seigneur a accompli dans le monde. La foule, l’humanité qui sort sans aucune espérance vers le destin commun, le tombeau, la sépulture. Mais le Seigneur arrête cette triste procession pour rendre la vie. Avec son triomphe le Seigneur a donné un nouveau sens à notre destin.

Dans ce passage ce qui est étonnant c’est que personne ne demande au Seigneur de faire le miracle. Jésus prend l’initiative, on dirait qu’Il le fait à cause de la douleur de cette mère pour qui l’enfant était tout ce qu’elle avait dans la vie, le texte nous dit : En la voyant, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle, « Ne pleure pas. » ce sont les mots qu’Il lui adresse pour la consoler.

Naïm est un petit village, aujourd’hui il appartient à l’Etat Israélien, c’est un village de population pourtant totalement musulmane. Sortant du village, les pères franciscains de la custodie de la Terre Sainte ont édifié une petite chapelle, en face d’une mosquée bâtie sur les ruines d’une église byzantine des premiers siècles qui honorait ce miracle du Seigneur.

Alors, nous pouvons nous demander : Si les pères de l’Eglise ont vu dans ce miracle de Naïm l’image du triomphe du Seigneur sur la mort, même si nous confessons qu’Il a vraiment vaincu la mort comme nous le chantons dans la nuit de Pâques, pourquoi donc continuons-nous à mourir ? Pourquoi ne nous est-il pas possible de ressusciter, ou bien de ne pas mourir ?

Ce que nous devons nous répondre et répondre à ceux qui nous posent cette question c’est que Notre Seigneur a vraiment vaincu la mort, il a détruit la mort ressuscitant le troisième jour après sa mort sur la croix. Mais ce qu’Il a fait par rapport à notre mort, c’est qu’Il l’a renouvelée, c’est-à-dire qu’Il a changé le but et la finalité, Il lui a donné un nouveau sens.

Avant le péché originel, l’homme aussi devait finir son existence dans ce monde, pour passer après à la vie céleste, c’était aussi la mort mais sans souffrance et sans douleur, c’était un passage à l’autre vie. Après la chute, et hors de la grâce, la mort est marquée par la douleur, et notre nature refuse la douleur et la souffrance, aucun de nous ne veut souffrir.

Avec la Rédemption le Seigneur donne à la mort un sens nouveau, il est vrai, nous souffrons de voir mourir les gens que nous aimons, nous séparer d’eux c’est une souffrance, comme il est vrai aussi que notre nature refuse de mourir, et parfois on a une certaine peur de mourir, et cela s’explique sachant que nous n’avons pas été faits pour la mort.

Avec sa mort et sa résurrection, le Seigneur nous fait par sa grâce voir le moment de la mort, qui est toujours difficile et douloureux, comme le triomphe d’une guerre, comme la Pâque nécessaire à passer pour la rencontre avec le Père, pour arriver au Ciel. Rien n’est gagné gratuitement, sans notre participation, c’est un prix pour nous. C’est pour cela que l’Apocalypses dit : Heureux dès maintenant les morts qui meurent dans le Seigneur!  »  » Oui, dit l’Esprit, qu’ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent. « MORT_II_INSTITUT_V_DU_VERBE_INCARNE

Dans cet évangile le Seigneur demande à la mère de ne pas pleurer, et nous avons dit la raison dans ce nouveau sens de la mort ; mais pourtant quelques temps après, Jésus, lui-même va pleurer au moment de la mort de son ami, Lazare. Cela semblerait contradictoire.

Il faut dire que ce que le Seigneur avait fait devant la mort de son ami, nous sert encore pour voir que la mort implique une véritable souffrance, une croix, qu’elle produit en nous la douleur et que c’est légitime de pleurer ceux qui ne sont plus avec nous. Mais, elle doit être une souffrance pleine d’espérance et de confiance en Dieu, en sa Divine Miséricorde à laquelle nous recommandons nos défunts.

La position morale de l’Eglise face à la mort

Le fait d’accompagner nos êtres aimés et de vivre aussi la préparation pour affronter notre propre mort nous met devant une question très actuelle et parfois mal comprise par beaucoup de chrétiens. D’un côté, nous avons par nature même, un refus de mourir et de voir mourir les autres ; et pour cela, il est légitime de prendre soin et de tout faire de notre part pour conserver la vie.

Mais, on voit parfois que cela implique pour les malades des grandes souffrances, d’agonies difficiles et longues et on se pose la question : jusqu’où aller avec les soins ? Est-il légitime d’abandonner à la mort un être humain, soit par sa décision personnelle ou soit par la nôtre ? Suivons l’enseignement du Catéchisme de l’Eglise (cf. 2076-2079):

Ceux dont la vie est diminuée où affaiblie réclament un respect spécial. Les personnes malades ou handicapées doivent être soutenues pour mener une vie aussi normale que possible.

L’Eglise condamne donc ce qu’on appelle de nos jours « l’Euthanasie ». Quels qu’en soient les motifs et les moyens, l’euthanasie directe qui consiste à mettre fin à la vie de personnes handicapées, malades ou mourantes, est moralement inacceptable.

Ainsi une action ou une omission qui, de soi ou dans l’intention, donne la mort afin de supprimer la douleur, constitue un meurtre gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur. L’erreur de jugement dans laquelle on peut être tombé de bonne foi, ne change pas la nature de cet acte meurtrier, et cela est toujours à proscrire et à exclure.

EUTHANASIE_INSTITUT_V_DU_VERBE_INCARNEC’est le contraire lorsque les procédures médicales deviennent onéreuses, périlleuses, extraordinaires ou disproportionnées avec les résultats attendus. Alors, cesser de donner ces procédures « extraordinaires » peut être légitime. C’est le refus de  » l’acharnement thérapeutique « . On ne veut pas ainsi donner la mort ; on accepte de ne pas pouvoir l’empêcher.

Même si la mort est considérée comme imminente, les soins ordinairement dus à une personne malade ne peuvent pas être interrompus. L’usage des analgésiques pour alléger les souffrances du moribond, même au risque d’abréger ses jours, peut être moralement conforme à la dignité humaine si la mort n’est pas voulue, ni comme fin ni comme moyen, mais seulement prévue et tolérée comme inévitable. Les soins palliatifs constituent une forme privilégiée de la charité désintéressée. A ce titre ils doivent être encouragés.

Une autre question : et notre mort ? Comment nous attendons notre mort ?

Comme disait un poète : en nous habituant chaque jour à mourir un peu c’est la façon de vivre. Enfin en nous préparant à la rencontre avec le Christ, en essayant de vivre une vie de justes, de bons chrétiens, mourir à ce qui n’est pas Dieu, de façon que lorsque la mort arrivera, elle n’aura pas grand-chose à faire, car tout ce qui nous empêchait de nous unir à Dieu, nous l’avons déjà enlevé auparavant.

Saint Augustin disait en fait « que la mort est la compagne de l’amour, est celle qui ouvre la porte et nous permet d’arriver à Celui que nous aimons ».

Et un écrivain chrétien disait : la vie nous a été donnée pour chercher Dieu, la mort pour le trouver, l’éternité pour le posséder.

Un dernier exemple de comment vivre ce passage de cette vie à la vie éternelle. C’est l’exemple de l’enfant qui est dans le sein de sa mère. Il ne connait pas l’autre vie, la vie d’après, il se sent bien dans son petit monde, protégé, là il a tout et il n’aimerait pas partir parce qu’il a peur de ce qui vient. Mais le moment de passer arrive. Mais une fois qu’il est né à ce nouveau monde, il ne veut plus retourner où il était avant. Parce que cette nouvelle vie est beaucoup plus belle que celle qu’on a laissée. Mais dans cette nouvelle vie qui nous vivrons après la mort, il n’y aura rien qui nuise à notre joie.

A la Vierge Marie, à qui nous demandons chaque jour de prier à l’heure de notre mort, nous demandons encore une fois, la grâce d’une bonne et sainte mort.

P. Luis Martinez V.E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

Institut du Verbe Incarné 

« Je lui donnerai une pierre blanche, et sur cette pierre est écrit un nom nouveau »

Solennité du Corps et du Sang du Seigneur

C’est avec une grande joie que nous célébrons cette solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Seigneur.  Joie qui grandit encore parce que trois enfants vont recevoir pour la première fois dans leur cœur Notre Seigneur présent dans l’Eucharistie, ils vont ainsi devenir de petits tabernacles où le Seigneur demeure comme un roi.

Les lectures de ce jour nous rappellent les grandes vérités eucharistiques ; d’abord le Sacerdoce du Christ : Notre Seigneur est prêtre pour l’Eternité selon le sacerdoce de Melchisédech qui offrait comme offrandes, du pain et du vin, images de notre Eucharistie. Et voilà le premier des mystères à contempler ce dimanche, c’est notre Seigneur qui consacre ce pain et ce vin pour qu’ils deviennent son Corps et son Sang ; nous, les prêtres nous ne faisons que lui prêter notre voix et notre corps.

Le Christ nous demande pourtant, à nous les prêtres de chercher son imitation, à vivre ce que nous célébrons, à être une image du Christ, et pour cela il nous faut du travail et le soutien de vos prières. Priez donc, pour nous les prêtres, aidez-nous à devenir un autre Christ à chaque moment de notre vie.

La deuxième lecture nous présente le mystère de ce que la Théologie nous apprend par le nom de transsubstantiation (changement de substance) ; l’apôtre saint Paul donc nous rappelle l’essentiel de la messe, les paroles de la consécration qui, dites par le prêtre ont le pouvoir de changer la substance et que ce pain et ce vin deviennent le Corps et le Sang du Christ. Il n’y a pas de messe si ces paroles de notre Seigneur à la dernière cène ne sont pas prononcées sur le pain et le vin offerts sur l’autel.

Et finalement le troisième mystère, prophétisé dans la multiplication des pains. L’Eucharistie fait que le Seigneur est présent en tout endroit et à tout moment, là où il y a une église, là est présent le Seigneur : laissons le saint Curé d’Ars nous apprendre cela :

Le Seigneur veut, pour le bonheur de ses créatures, que son corps et son âme et sa divinité se trouvent dans tous les coins du monde, afin que, toutes les fois qu’on voudra, l’on puisse le trouver, et qu’avec Lui nous trouvions toute sorte de bonheur. Si nous sommes dans les peines et le chagrin, il nous consolera et nous soulagera. Sommes-nous malades, ou il nous guérira, ou il nous donnera des forces pour souffrir de manière à mériter le ciel. Si le démon, le monde et nos penchants nous font la guerre, il nous donnera des armes pour combattre, pour résister, et pour remporter la victoire. Si nous sommes pauvres, il nous enrichira de toute sorte de richesses pour le temps et pour l’éternité.

FETE_DIEU_INSTITUT_III_DU_VERBE_INCARNE (2)Mais nous disions toute à l’heure que  nous avions encore une autre raison de plus de nous réjouir, c’est la première communion de ces trois enfants, rien dans cette vie n’est par hasard, nous le savons très bien, Dieu est toujours en train de guider notre vie, Dieu écrit une très belle histoire d’amour avec chacun de nous.

Il est beau d’écouter ce passage du prophète Isaïe qui dit : ainsi parle le Seigneur, celui qui t’a créé ô Jacob, celui qui t’a formé ô Israël : Ne crains point, car je t’ai racheté ; je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi !  Vois, je t’aie gravée sur la paume de mes mains… C’est ainsi que le Seigneur agit avec chaque homme ou femme, chaque enfant.

Ce dimanche le Seigneur dit à ses enfants : Tu es à moi, parce que moi je t’ai créé, tu es à moi parce que je t’ai racheté sur la croix, et maintenant je viens transformer ton âme dans mon plus beau palais.

Elles sont aussi belles, ces paroles que le Seigneur dit dans le livre de l’Apocalypses : A celui qui vaincra, je donnerai de la manne cachée ; et je lui donnerai une pierre blanche, et sur cette pierre est écrit un nom nouveau, que personne ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit. Elles nous parlent aussi d’un nom nouveau, écrit dans cette petite pierre blanche. Sainte Thérèse de l’enfant Jésus voyait dans cette pierre blanche l’image de la petite hostie, parce que le Seigneur révèle des mystères inconnus dans les cœurs de ceux qui Le reçoivent, comme ces enfants qui deviennent les amis plus intimes de Jésus.

Ils sont trois enfants, comme Dieu avait choisi trois enfants à Fatima pour révéler de grandes choses qui viendront, mais surtout pour se montrer aux hommes que l’amour du Seigneur pour eux ne trouve pas de réponse, et que les hommes ne cherchent pas à se tourner vers Lui.

Ces trois petits bergers ont eu la grâce de recevoir le Corps du Christ, bien qu’ils fussent encore petits. C’était parce que Dieu leur préparait une grande mission dans ce monde.  Dieu prépare aussi une grande mission à nos trois enfants ici présents: la sainteté, ils ont déjà cet aliment qui les rend forts.FETE_DIEU_INSTITUT_IV_DU_VERBE_INCARNE

Nous allons finir en demandant pour ces petits et pour nous tous ce que demandait notre premier séminariste parti très tôt au Ciel, Marcelo Javier Morsella. Avant de mourir, il avait écrit cette belle prière :

« Seigneur, je veux être une hostie, Pure, sans tache, par ta grâce et pour Toi. Fragile, seulement fort en toi. »

P. Luis Martinez V.E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

Institut du Verbe Incarné