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«Vos œuvres sont comme une lampe»

Homélie pour le Dimanche XXXII, année A (Mt 25, 1-13)

Ce dimanche, l’Eglise nous propose à la méditation la parabole des dix vierges. Souvenons-nous que nous sommes déjà dans les derniers dimanches du temps ordinaire. Et que nous sommes aussi à la fin de la vie publique de Notre Seigneur, dans l’évangile de saint Matthieu. Cette parabole se trouve dans le chapitre 25 avec la parabole des talents et les enseignements sur le jugement dernier (que nous méditerons les deux dimanches prochains). Jésus après avoir confronté à plusieurs reprises les chefs religieux d’Israël, et aussi avoir annoncé les conséquences de ne pas vouloir reconnaître en lui le Messie d’Israël, se tourne maintenant vers ses disciples pour leur indiquer de quelle manière ils doivent attendre son retour, car Il partira bientôt au Ciel mais Il n’a pas révélé la date de son retour. Si certains de son peuple ne l’ont pas reconnu lors de sa première venue, Il veut que les siens du nouveau peuple qu’Il va fonder avec son sang soient prêts à l’attendre. 

Lisant la parabole aujourd’hui, nous pouvons affirmer que tout chrétien sait qui est cet époux présenté par la parabole, qu’il peut se faire attendre. Il est aussi facile de distinguer qui sont les vierges sages et prévoyantes et celles qui sont insouciantes ou bien comme dit le texte en grec, celles qui ont perdu la raison, folles, stupides. Il n’est pas difficile non plus de voir l’image de la vie éternelle dans la fête des noces et surtout nous pouvons imaginer l’angoisse que produit le fait que les portes de cette vie éternelle soient fermées pour toujours.

L’histoire raconte une coutume maintenue en quelque sorte, jusqu’à nos jours dans les cultures sémitiques. Ce qui va donner le sens à cette parabole c’est le fait de s’endormir dans l’attente et de se réveiller dans l’urgence de tout apprêter pour la venue de l’époux ; c’est là où l’on peut voir le résultat de la négligence de cinq des vierges.

Elles n’ont pas rechargé leurs lampes d’huile. Selon saint Augustin, par les lampes symbolisent les œuvres : «Vos œuvres sont comme une lampe» dit l’écriture, le même Seigneur dans l’évangile de saint Matthieu (5, 16) : Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. Prendre des lampes, c’est donc préparer son âme ou se disposer aux bonnes œuvres.

Saint Jérôme a une interprétation semblable, mais c’est par l’huile que sont signifiées les bonnes œuvres. Et pour quelle raison? La foi est la lumière des âmes par laquelle les lampes sont éclairées. La foi est alimentée par les bonnes œuvres. Il est tout à fait vrai que la foi est un don de Dieu, mais un don que nous devons veiller à protéger et à faire grandir, les bonnes œuvres incluent tous les actes réalisés pour nous approcher de Dieu, comme le sont :  l’approfondissement dans les vérités de la foi (la formation chrétienne), l’accomplissement en tout de la loi de Dieu et l’effort de vivre en plénitude les dix commandements et tout ce que l’Eglise me prescrit de faire et évidement, aider notre prochain spirituellement et matériellement. Tout ce que nous venons de dire est donc représenté dans l’huile des lampes.

Ensuite, l’histoire nous raconte que les vierges sages n’ont pas voulu donner de leur huile et qu’elles ont suggéré aux autres d’aller en acheter, ce qui peut aussi nous étonner et mérite toujours une explication.     

Saint Augustin nous donne l’interprétation suivante. D’habitude lorsque quelqu’un est préoccupé par quelque chose, il a coutume de recourir à ce qu’il espère. Les insouciantes mettaient leur confiance à l’extérieur, car elles cherchaient à être louangées par d’autres. Elles disent donc : «Donnez-nous de votre huile », c’est-à-dire, de votre louange, louangez-nous pour ce que nous avons fait. Mais cela ne leur servira à rienElles mettent donc leur confiance dans la faveur humaine qui ne peut être utile.

« Allez plutôt chez les marchands vous en acheter » c’est la solution proposée par les sages. Selon saint Augustin toujours, cela est exprimé comme un reproche. En effet, les marchands d’huile seraient les adulateurs. Voyant donc que [les insensés] demandent de l’aide, les sages disent : « Allez chez les marchands et achetez-en pour vous », comme si elles disaient : «Vous n’avez jamais recherché que de l’huile vaine, c’est-à-dire la gloire humaine ; maintenant allez vers le monde et achetez ce témoignage que vous avez toujours recherché.»

Finalement, certaines vierges apportent l’huile avec elles, mais les autres n’apportent que des lampes vides. L’huile est enfin l’Évangile réalisé dans la vie. Celui qui n’a pas d’huile n’apporte pas d’œuvres ; seulement, des paroles comme la confession « Seigneur, Seigneur » (Kyrie, Kyrie), mais pas la vie selon cette confession. Les vierges s’exclament : Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! « Comme beaucoup se diront ce jour-là (à la fin du temps) : «Seigneur, Seigneur! N’avons-nous pas prophétisé en ton nom, et en ton nom nous avons chassé les démons, et en ton nom nous avons fait beaucoup de merveilles ? Mais alors je vais vous dire ouvertement : je ne vous ai jamais connus; éloignez-vous de moi, exécuteurs d’iniquité »(7,22s). Le juge ne reconnaît que ceux qui auparavant, tout au long de leur vie, l’avaient reconnu. Les autres ne lui appartiennent pas, le juge ne les connaît pas. Celui qui « connaît » un autre, selon la conception biblique, est celui qui lui dit « oui » et l’aime. Il les accepte comme sien et comme s’ils lui appartenaient. Ainsi le Fils connaît le Père et le Père le Fils (11,27). Ainsi, le Seigneur connaîtra les siens et les acceptera définitivement dans son royaume, ou il ne les connaîtra pas et les refusera pour toujours.

Pour conclure, lorsque l’Époux arrive, les dix vierges se réveillent à la hâte et commencent à préparer leurs lampes. Cela signifie qu’elles fixent la mèche, enlèvent le peu d’huile qui reste et, si elles en ont, en ajoutent de nouveau. Pour dire «préparer», le grec original utilise le verbe kosméo, qui signifie «orner», «décorer», «embellir». En fait, la Vulgate de Saint Jérôme le traduit par le verbe « ornare ». Ce verbe kosméo vient du mot kósmos, qui signifie un tout ordonné et harmonieux. C’est la raison pour laquelle les Grecs ont utilisé ce mot pour désigner le «monde». En grec classique kosméo signifie «mettre en ordre». Quelque chose est paré et beau lorsqu’il est en ordre, lorsqu’il est en harmonie. Or, dans le cas particulier de la parabole d’aujourd’hui, «préparer» les lampes, «les décorer», «les embellir», c’est les charger d’huile. En fait, le mot «cosmétique» vient, sans aucun doute, de ce verbe. Et l’huile est la charité qui travaille avec les œuvres. Par conséquent, le véritable cosmétique d’une personne est une charité authentique, diligente, attentive.

Préparons nos âmes pour la rencontre avec le Christ à la fin de notre vie, au jour de son retour, à travers la charité née des bonnes œuvres : avec saint Ignace d’Antioche : « Ceux qui professent appartenir au Christ se distinguent par leurs œuvres ». Les sages devant Dieu sont ceux qui « agissent selon ce qu’ils parlent et se font connaître par ce qu’ils font sans parler ».

Prenons pour nous le conseil de sainte Thérèse de Jésus : « l’amour (au Christ), mes filles, ne doit pas être fabriqué par notre imagination, mais prouvé par des œuvres et ne croyez pas que le Seigneur ait besoin de nos œuvres, mais de la décision de notre volonté. »

Que Marie, la Mère de la Sagesse nous donne la grâce d’agir dans ce monde regardant le moment où Jésus se présentera comme juge à la fin de cette vie.  

P. Luis Martinez IVE.

“ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau”

Solennité de Tous les Saints

Ce dimanche, l’Eglise interrompt le cycle des dimanches du temps ordinaire, pour célébrer cette belle solennité de Tous les Saints. 

La solennité de la Toussaint s’est consolidée au cours du premier millénaire chrétien comme une célébration collective des martyrs. En 609, à Rome, le Pape Boniface IV avait déjà consacré le Panthéon, le dédiant à la Vierge Marie et à tous les martyrs. Mais dans tout le monde chrétien de l’époque (soit en orient comme en occident), les églises des différentes nations avaient déjà donné une date précise pour commémorer les saints tous ensemble. Avec le temps, la date s’est déterminée pour ce jour, premier novembre.

Cette solennité nous fait d’abord regarder le Ciel, notre destination commune ; dans le sens que tout homme et femme dans ce monde y est appelé. Mais elle nous fait regarder le monde, de quelle manière doit vivre dans ce monde celui qui est appelé à la vie éternelle du Ciel.

La liturgie de la Parole nous démontre ce qu’on vient de dire à travers les lectures proposées pour cette fête, les deux premières appartiennent au Nouveau Testament, avec comme d’habitude le psaume et l’évangile des Béatitudes, selon saint Matthieu.

La première lecture est tirée de l’Apocalypse de saint Jean. L’apôtre, à travers un tableau d’images symboliques nous décrit l’histoire théologique du monde, de quelle manière Dieu conduit le monde jusqu’au retour de son Fils, en même temps, saint Jean nous fait aussi déjà contempler la réalité du Ciel. Alors, il est évident que, s’agissant des choses d’une telle hauteur, l’auteur de ce livre cherche des images pour nous les faire comprendre. Et pour cela, la façon de lire l’Apocalypse c’est en dépassant la matérialité de l’image et en découvrant la vérité que l’Esprit Saint veut nous apprendre à travers elle.

Le passage du livre de l’Apocalypse que nous venons d’entendre déclare qu’un ange marquera d’un seau le front des serviteurs de notre Dieu, un sceau qui imprime la marque du Dieu vivant.

Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau. D’abord, comment devons-nous comprendre ce sceau ? On vient de dire qu’il ne faut pas tomber dans le matérialisme de l’image. Et pour cela, nous pouvons dire qu’il s’agit d’une image de la grâce, déjà présente aussi dans le langage de la bible, c’est-à-dire, ceux qui sont choisis par Dieu sont marqués, configurés avec le même Christ, par l’Esprit Saint à travers la grâce.

Les marqués par le sceau étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël. On ne peut pas encore tomber dans l’interprétation matérialiste, défendue (malheureusement) par certaines sectes modernes, qui comprennent cette quantité comme un chiffre exact : « seulement 144.000 personnes seront sauvées » ; on peut dire qu’elle est une interprétation plus que pessimiste et totalement défaitiste, puisqu’une telle quantité ne représente même pas l’infime partie de l’humanité qui au long de toute l’histoire a déjà vécu dans ce monde. De plus, cela ne tient pas compte non plus des paroles de ce même livre qui mentionnera seulement quatre versets plus tard que les sauvés sont une foule que « personne ne pourrait dénombrer »

Il s’agit plutôt d’un nombre symbolique qui indique une foule immense dont Dieu connaît parfaitement la quantité, qui dans les desseins de Dieu est une quantité parfaite (car en Dieu tout est parfait). Ils semblent correspondre à tous ceux qui doivent entrer dans l’Église à travers les âges.

Mais l’image continue avec maintenant ceux qui ont déjà triomphé : une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main.

Saint Jean nous y montre un aspect très clair, Dieu nous donne le salut, comme des vêtements blancs, mais ce sont les bienheureux qui ont lavé leurs vêtements dans le sang de l’Agneau. La rédemption appartient au Christ, mais son effet ne se produit pas automatiquement, c’est la personne qui doit se l’approprier. Son sang et son sacrifice, prix non seulement suffisant mais débordant de notre rédemption, sont à notre disposition ; mais il est inefficace pour ceux qui ne veulent pas en profiter. En pensant à ceux qui meurent de soif en se tenant à côté de la source salvifique, l’Écriture met ces paroles douloureuses sur les lèvres du Messie: «À quoi sert mon sang? (Ps 30.10). Nous devons permettre donc à son sacrifice de nous purifier par notre douleur pour les péchés, en acceptant le Christ par la foi et à travers notre configuration avec lui par la charité transformatrice.

Evoquant les paroles du psaume : « Qui peut gravir la montagne du Seigneur et se tenir dans le lieu saint ? L’homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles (celui qui fait la volonté de Dieu dans sa vie). Il obtient (donc), du Seigneur, la bénédiction, et de Dieu son Sauveur, la justice. »

Les saints du Ciel que nous célébrons aujourd’hui, ont bien compris ce qu’on vient de dire, ils n’ont pas laissé le Sang du Christ tomber en vain, à travers leurs œuvres, sont venus laver leurs vêtements pour pouvoir accéder à la vie éternelle.

On disait au début que la liturgie nous fait regarder vers le Ciel et vers ce monde. Dans l’évangile nous retrouvons les béatitudes, par elles le Seigneur nous explique quelle est la manière dont le saint vit dans ce monde. 

Le pape Saint Jean Paul II disait que « les béatitudes ne sont que la description d’un visage, le visage de Jésus-Christ. Et pour cela que saint Jean, maintenant dans la deuxième lecture nous rappelle que nous serons semblables au Christ dans la vie éternelle, les bienheureux en vivant l’essentiel de l’évangile décrit par les béatitudes, ont formé l’image du Christ en eux, comme la bible l’exprime aussi, ils se sont habillés du Christ.

Comme le monde du péché est en soi contradictoire au Christ, les béatitudes décrivent donc des situations que le monde n’accepte pas, qu’il résiste à vivre et qu’il considère comme une défaite, comme un malheur ou bien comme une faiblesse. « Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu », écrit saint Jean.

Pour ceux qui vont suivre l’enseignement du Seigneur, il est nécessaire de se détacher de la pensée du monde et d’accepter le dur chemin de la sanctification, comme le Seigneur qui laissant les foules, invite ses vrais disciples à souffrir l’effort de la montée, pour découvrir la nouvelle loi ; seulement pour ceux qui s’approchent de Lui, pour ses disciples authentiques, le Seigneur ouvrira sa bouche pour enseigner la loi de la sainteté, l’évangile résumé.  

Mais pas de promesses de joie, la joie proclamée par les béatitudes est déjà arrivée, c’est maintenant que ce bienheureux possède la joie, même si plusieurs béatitudes réservent une récompense dans le futur : « ils seront consolés, rassasiés, etc. ».

Les béatitudes ne sont pas des promesses dorées d’une gloire future, ce sont plutôt des cris triomphants de bénédiction par une joie permanente et que rien dans ce monde ne pourra enlever.

Ces huit phrases dans leur langue originelle ont été des exclamations, alors que dans les langues modernes cela perd un peu ce sens. Elles étaient des expressions des joies, comme celle qui exprime un désir accompli : Ah ! Comment ils sont joyeux les pauvres d’esprit, quelle joie pour les miséricordieux !

Parce qu’il est vrai, c’est une vérité constatée par une foule immense au long de toute l’histoire de l’humanité, la vie éternelle et la joie du Ciel commencent déjà dans ce monde, lorsque le saint travaille à coup de marteau des béatitudes le visage du Christ qu’il forme en lui et lave déjà son vêtement dans le Sang de l’Agneau de Dieu, en soupirant pour le contempler un jour sur le trône de sa Gloire.

Que la très Sainte Vierge Marie nous conduise un jour devant le trône de son Fils.

P. Luis Martinez IVE.