Archives par mot-clé : bon pasteur

Si l’Eglise manque de bons pasteurs, comment faire?

Homélie pour le XVIe Dimanche du Temps Ordinaire, année B (Mc 6, 30-34)

L’évangile de ce dimanche nous présente le modèle du Christ comme bon Pasteur, une image que nous méditons aussi le quatrième dimanche de Pâques de chaque année.

La première lecture, tirée du prophète Jérémie (Jr 23, 1-6) , confirme l’orientation de l’évangile. En elle, en plus de nous décrire les mauvais bergers, le prophète prédit le Messie, le fils de David qui sera le Bon Pasteur.

D’abord Jérémie montre la méchanceté des mauvais bergers, les guides spirituels du peuple d’Israël : « Vous avez dispersé mes brebis (ils ont semé la discorde et la confusion parmi les croyants), vous les avez chassées (à cause du scandale, le peuple a abandonné la foi), et vous ne vous êtes pas occupés d’elles (au lieu d’aider spirituellement les brebis, les mauvais pasteurs ont recherché leurs propres intérêts à travers la religion) ».

« Je les ramènerai dans leur enclos (l’unité réalisée dans la vraie Eglise). Je susciterai pour elles des pasteurs qui les conduiront. Voici venir des jours où je susciterai pour David un Germe juste : il régnera en vrai roi (et finalement la prophétie est accomplie en Notre Seigneur). 

Par rapport au texte évangélique qui a été proclamé, nous trouvons son parallèle, c’est-à-dire le même moment raconté par saint Matthieu, nous allons méditer ce dimanche les deux descriptions ensemble.

Selon saint Marc, le Seigneur décide un moment de repos pour les apôtres qui avaient accompli une grande mission, comme nous l’avons vu le dimanche dernier ; un repos en compagnie du même Seigneur, profitant peut-être pour enseigner les futurs guides et chefs de l’Eglise ; mais les gens partent à la recherche du Seigneur, ils parcourent à pied une grande distance que Jésus et les apôtres avaient déjà faite en traversant la mer de Galilée. Ce geste de la foule produit un profond sentiment dans le Cœur de Notre Seigneur, selon la phrase essentielle dans cet évangile : « Il fut saisi de compassion envers eux ». 

La caractéristique la plus remarquable du Bon Pasteur selon le texte de saint Marc est évidement la compassion. Le verbe grec utilisé ici (splagjnídsomai) vient d’un nom (splágjnon) qui signifie la partie la plus intime de l’être, le cœur ; et aussi la tendresse, l’amour qui procède du plus profond du cœur.

Dans l’évangile de saint Matthieu, cette même expression est employée pour exprimer le même sentiment du Christ, en utilisant le même verbe, mais en y ajoutant quelques détails supplémentaires concernant les brebis, c’est-à-dire l’état de l’âme des gens qui venaient vers Jésus : « Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues» (Mt.9,36).

« Parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger », concluent également les deux évangélistes. Et que  signifie pour une brebis d’être sans berger ? Fondamentalement deux choses : 1. N’avoir personne pour les guider sur le bon chemin pour aller paître et boire de l’eau. 2. N’avoir personne pour les enfermer dans la bergerie afin de les garder la nuit, personne pour soigner leurs blessures et leurs maladies. C’est-à-dire que les gens étaient comme des brebis sans berger parce qu’ils n’avaient personne pour guider leur esprit, pour les enseigner et les guider sur le chemin du bien. Et en même temps, ils avaient de grands besoins corporels : ils étaient pauvres, beaucoup étaient malades et même affamés.

Et que fait Jésus pour résoudre cet état spirituel des gens? Afin de répondre correctement à cette question, nous devons prendre en compte les différents contextes dans lesquels cette phrase se trouve dans Saint Matthieu et Saint Marc.

Chez saint Matthieu, la phrase est dite avant l’exhortation du Seigneur de demander au Père des missionnaires et avant de les envoyer en mission :  Après avoir contemplé les foules « il dit à ses disciples : « La moisson est grande et les ouvriers peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. » et par la suite le Seigneur choisira les douze apôtres et les enverra en mission.

Par conséquent, la première chose que fait Jésus face à cette situation des fidèles, qui sont désemparés et abattus est de leur donner des prêtres.

Le contexte de Saint Marc ajoute quelques nuances importantes à la compassion de Jésus. En premier lieu, la compassion de Jésus naît à un moment où lui-même et ses apôtres sont très fatigués : « Parce que tant de gens allaient et venaient qu’ils n’avaient même pas le temps de manger », dit l’évangile textuellement.

Pas même le travail pastoral le plus intense n’empêche le cœur de Jésus d’être ému par leurs âmes. De plus, à ce moment-là, ils se préparent à prendre un temps de repos corporel et de réflexion spirituelle, largement mérité après tant de travail. La déception de voir disparaître le peu de temps de repos dont ils disposaient ne régnait pas dans l’âme de Jésus, mais la compassion, car il les voyait désorientés et affligés « comme des brebis sans berger ». La générosité de Jésus n’a pas de limites.

Et qu’a fait Jésus, selon saint Marc, pour résoudre la situation d’abandon et d’affliction de son peuple ? « Il se mit à leur enseigner beaucoup de choses » (Mc.6,34). D’autres traduisent : « Il a commencé à les enseigner longuement ». Une chose implique l’autre : s’il leur a appris beaucoup de choses, cela n’aurait pas pu être en peu de temps ; et s’il leur a enseigné longtemps, il a dû leur apprendre beaucoup de choses. Jésus exerce donc son œuvre de bon pasteur, consolant les âmes par l’enseignement des vérités de Dieu qui les guideront vers la consolation ultime, qui est le ciel.

Cependant, la réaction de Jésus à la réalité de ces brebis fatiguées et abattues ne se limite pas à leur enseigner des vérités divines, mais s’étend à satisfaire leur faim corporelle. En effet, immédiatement après le texte de saint Marc que nous venons de lire, l’évangéliste raconte la multiplication de cinq pains et de deux poissons qui satisfit cinq mille hommes (cf. Mc.6, 35-44). Jésus est un bon berger, consolant aussi avec un souci corporel pour son peuple.

Le chrétien d’aujourd’hui doit avoir la même réaction face à la situation spirituelle dévastée de la société d’aujourd’hui. Jésus-Christ n’a pas eu de réaction d’amertume, de pessimisme ou de désespoir. Le chrétien ne devrait pas non plus avoir de telles réactions face à la situation de déchristianisation du monde.

Cette compassion de Jésus a été très fructueuse. En premier lieu, cela l’a conduit à prier Dieu d’envoyer des prêtres et d’organiser la première pastorale des vocations de prière (Mt 9, 37-38). Deuxièmement, cela l’a conduit, pourrait-on dire, à fonder un Séminaire, où étaient formés des pasteurs qui pouvaient sortir pour répondre aux besoins spirituels et corporels du peuple ; tout le chapitre 10 de saint Matthieu est une instruction pour les nouveaux missionnaires. Troisièmement, cela l’a conduit à enseigner lui-même le peuple, malgré sa fatigue (Mc 6, 34). Et quatrièmement, il l’a amené à les nourrir de ses propres mains (Mc.6, 35-44).

Il faut pour tous les chrétiens une compassion « théologique », pleine d’amour et de tendresse, qui les pousse à chercher des solutions, comme l’a fait le Christ. En premier lieu, envisager sérieusement la vocation au sacerdoce ou à la vie religieuse dans le cas de celui dont l’état de vie le permet. Deuxièmement, travailler pour les vocations sacerdotales, soit par la prière de supplication au Maître de la moisson, soit par la collaboration matérielle envers la formation des nouveaux pasteurs. Troisièmement, étudier et diffuser la doctrine évangélique du Christ. Et enfin, rechercher des moyens de réconforter tant d’âmes abattues et découragées comme nous les voyons à notre époque.

Prions ce dimanche pour les prêtres, c’est à eux d’accomplir tout d’abord ces différentes tâches que nous venons de décrire : Selon les sages paroles du pape Pie XII :

« Que les prêtres, marchant sur les traces du divin Maître viennent, selon leur pouvoir, au secours des pauvres, des travailleurs et de tous ceux qui se trouvent dans la gêne et la misère. Néanmoins, que les prêtres ne négligent pas ceux qui, tout en possédant les biens de la fortune en suffisance, sont des indigents quant à leur âme ». (Pie XII Menti Nostrae)

Les bergers de l’Eglise ont une grande responsabilité devant Dieu et envers le peuple chrétien, ce qui faisait trembler les grands saints comme saint Jean Chrysostome : « Je crains d’irriter Christ le Bon Pasteur si, par ma faute et à cause de ma négligence, le troupeau qu’il m’a confié s’affaiblit ».

Que Marie nous obtienne la grâce d’avoir de saints pasteurs du peuple de Dieu à l’image de son Fils.

P. Luis Martinez IVE.

« chaque fois que vous l’avez fait , c’est à moi que vous l’avez fait »

Solennité du Christ Roi

Lorsque le pape Pie XI instituait cette fête pour toute l’Eglise, son désir était que les mystères de la vie de Jésus-Christ commémorés au cours de l’année trouvent dans cette fête comme leur achèvement et leur couronnement et que la Liturgie proclame et exalte la gloire de Celui qui triomphe, en tous les Saints et tous les élus (Quas Primas, 19). Alors cela nous pouvons le constater au moment où nous contemplons les différents mystères de la vie de notre Seigneur, en tous Il se montre Roi, Roi en sa naissance étant vénéré par des Rois, Roi dans sa vie cachée grandissant en sagesse et en intelligence se préparant pour sa mission, Roi dans son humilité, dans sa miséricorde envers les pécheurs et ceux qui souffrent, Roi plein d’autorité devant ceux qui voulaient sa mort, Roi de vérité, Roi qui acceptait de mourir pour les siens, Roi en offrant librement sa vie en sacrifice, l’unique Roi et souverain qui a vaincu la mort et qui ne meurt jamais dans son trône de Gloire au Ciel.

C’est l’unique Roi qui aura le pouvoir de juger tous les hommes, mêmes ceux qui n’ont jamais voulu le reconnaître comme leur Roi et voilà le message que la liturgie de cette fête nous présente aujourd’hui, dans cette solennité.  

Mais, faisons un bref parcours pour voir de quelle manière la Parole de Dieu de ce dimanche nous montre la Royauté du Christ.

Le Seigneur règne en tant que berger, en tant que bon berger.

Le berger est celui qui aime les brebis et en prend soin, les protège de la dispersion, les rassemble « pour les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de nuages et de sombres nuées.» (Ez 34, 12).

La liturgie d’aujourd’hui contient un dialogue passionnant entre le berger et le troupeau. Le berger dit: « je veillerai sur mes brebis, c’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer… Je chercherai les brebis perdues, je ramènerai celles qui sont perdues, je panserai leurs blessures, je guérirai les malades ; Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit.»(Ez 34, 15-16).

Le troupeau, toute brebis s’exprime à son tour par ces paroles: «Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien: Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer.. Il me conduit vers des sources tranquilles et répare ma force; Il me guide sur le droit chemin, pour l’honneur de son nom … bonté et ta miséricorde m’accompagnent tous les jours de ma vie, et j’habiterai dans la maison du Seigneur pendant des années sans fin »(Ps 22 [23], 1-3. 6).

Selon les paroles de saint Jean Paul II: « C’est le dialogue quotidien de l’Église: le dialogue qui se fait entre le berger et le troupeau et dans ce dialogue mûrit le royaume «préparé depuis la création du monde» (Mt 25, 24). Le Christ Roi, en tant que Bon Pasteur, prépare son troupeau de diverses manières, c’est-à-dire tous ceux qu’il doit donner au Père «pour que Dieu soit tout en tous» (1 Co 15, 28) ».

Saint Paul dans la deuxième lecture que nous venons de rappeler nous révèle le plan de Dieu dans l’histoire de l’humanité, tout conduit à sa Gloire, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père et que le dernier ennemis, la mort soit vaincue, alors donc les élus de Dieu pour qui toute la création a été faite et l’histoire du monde est préparée, atteindront la récompense, la victoire obtenue par le Fils de Dieu, le Roi de l’Univers, pour qu’à la fin et pour toujours Dieu règne en tous.

Revenons maintenant au passage évangélique, le Seigneur prophétise son retour de Gloire pour juger toute l’humanité, alors il siégera sur son trône de gloire. Nous ne devons pas entendre cela d’un trône corporel, nous explique saint Thomas d’Aquin mais son trône, ce sont les hommes saints et les anges. En eux il trônera, car il exercera le jugement par eux. 

Il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs.

Mais pourquoi appelle-t-il les bons des brebis ? se demande encore saint Thomas. C’est pour quatre raisons. En effet, on trouve chez les brebis l’innocence. On trouve aussi la patience : Is 53, 7 : « Comme une brebis, il sera conduit à l’abattoir, et comme un agneau, il se taira devant celui qui le tond, et il n’ouvrira pas la bouche ». On voit dans cet animal encore l’obéissance, car elles se rassemblent à la voix du pasteur : Jn 10, 27 : Mes brebis entendent ma voix. On trouve enfin une abondance de fruits : comme nous recevons plusieurs fruits d’une seule brebis, ainsi abondent les fruits des bons. Ez 34, 3 : Vous buviez du lait et vous étiez habillés de sa laine.

 Par les boucs, le Seigneur désigne les ceux qui seront condamnés, nous dit toujours saint Thomas, car c’est un animal qui se promène dans les précipices. Il se donne facilement aux basses passions et possède un caractère agressif, non docile.

 « Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite :  ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde.

Comme le Seigneur veut dire à tous un jour : « Venez, les bénis de mon Père, héritez du royaume » (Mt 25, 34) ! Comme Il veut trouver, à la fin de l’histoire du monde, ceux à qui il pourra dire : « … j’avais faim et tu m’as donné à manger, j’avais soif et tu m’as donné à boire, j’étais un étranger et tu m’as hébergé, j’étais nu et toi tu m’as revêtu, malade et tu m’as visité, en prison et tu es venu me voir » (Mt 25, 35-36) !

Comme il veut reconnaître ses brebis par des œuvres de charité, même par une seule d’entre elles, voire pour le verre d’eau donné en son nom (cf. Mc 9, 41)!

Comme il veut rassembler ses brebis en un seul troupeau définitif, les placer « à sa droite » et dire : « recevez … le royaume préparé pour vous depuis la création du monde » !

Et pourtant, dans la même parabole, le Christ parle des boucs qui se trouveront « à gauche ». Ce sont eux qui ont rejeté le royaume. Ils ont rejeté non seulement Dieu, considérant et proclamant que son royaume anéantit le royaume indivis de l’homme dans le monde, le royaume de Dieu dérange et fait obstacle au royaume de l’homme dans ce monde, mais pourtant ils ont aussi rejeté l’homme : ils ne l’ont pas hébergé, ils ne lui ont pas rendu visite, ils ne lui ont pas donné à manger ou à boire. Ils n’ont pas accepté Dieu et ils ont méprisé l’œuvre de Dieu. C’est malheureux de constater cela en plusieurs formes de gouvernement, combien de fois pour refuser Dieu, nécessairement ils finissent par détruire les hommes.

En effet, le royaume du Christ est confirmé, dans les paroles du jugement dernier, comme un royaume de l’amour envers l’homme. La base ultime de la condamnation des mauvais sera précisément cette motivation : « chaque fois que vous ne l’avez pas fait avec un des petits, les humbles, vous ne l’avez pas fait avec moi non plus » (Mt 25, 45).

Pour conclure, saint Jean de la Croix avait dit une fois : « au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour ». Et au soir de la vie de monde, au soir de l’histoire de l’humanité nous serons jugés aussi sur l’amour. A ce Roi d’amour implorons la grâce qu’Il nous trouve prêts pour ce jugement. A la Reine du Ciel nous demandons son intercession.

P. Luis Martinez IVE.