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16 juillet – Notre Dame du Mont Carmel

Les premiers ermites du Mont Carmel consacrèrent à la Vierge Marie la petite église qu’ils construisaient « au milieu de leurs cellules », signifiant ainsi qu’ils choisissaient Marie comme « patronne » de leur communauté naissante. Et peu de temps après leur arrivée en Europe, ils se firent appeler « Frères de Sainte-Marie du Mont Carmel ». Plus tard, sainte Thérèse d’Avila définit l’Ordre du Carmel comme « l’Ordre de Notre-Dame ».

Cette vocation à l’amour et au culte de Notre-Dame [1] se manifeste par trois attitudes traditionnelles : le service de « la Dame », l’invocation adressée à « la Mère » et l’imitation de « la Sœur ».

« Servir Notre-Dame » n’est autre que « servir son Fils », et ce n’est pas l’apanage exclusif de l’Ordre du Carmel. Si d’autres Ordres ont aussi comme service d’Eglise de « proclamer bienheureuse la Servante du Seigneur », c’est peut-être le mystère de l’Annonciation qui, traditionnellement, marque davantage la spiritualité du Carmel. Dans ce mystère, l’âme carmélitaine s’attache à contempler en Marie la « Toute Pure », celle dont la virginité brille d’un éclat sans pareil ; celle dont la vie entière, comme à l’Annonce de l’Ange, n’a été qu’un « oui » continuel à la volonté de Dieu ; celle qui n’a jamais cessé, comme pendant ses neuf mois d’attente, degarder tous ces événements dans son cœur et de les méditer [2].

La « maternité spirituelle » de Marie à l’égard de tous les frères du Christ est une donnée solide de notre foi et l’on connaît la formule de sainte Thérèse de Lisieux : elle est plus Mère que Reine [3]. Le Carmel veut plus spécialement continuer dans l’Eglise, Corps Mystique du Christ, l’amour filial que Jésus porte à sa Mère [4].

Selon les Constitutions de l’Ordre des Carmes Déchaux Séculier, les valeurs spécifiques du Carmel sont : la foi absolue en l’amour de Dieu, la pratique de l’oraison contemplative, l’ascèse de détachement qui en découle, la générosité de la charité fraternelle et du zèle apostolique ; ces valeurs sont vécues dans l’intimité de Marie, la Mère de Dieu, et sous sa maternelle et fraternelle protection [5].

Vue de la mer depuis Mont Carmel. Terre Sainte.

Le premier texte, au XIVe siècle, où les Carmes donnent à Marie le titre de « Sœur », est L’Institution des Premiers Moines. Mais dès le IVe siècle, saint Athanase écrivait : Marie est notre sœur. Et le chapitre VIII de la Constitution Lumen Gentium marque la place de Marie, qui a connu l’épreuve de la foi parmi les membres du Corps chrétien. Marie est l’une d’entre nous et la mère du Christ total. Elle demeure notre sœur, notre sœur aînée. A son degré de sainteté, nul ne parviendra jamais, mais nous pouvons mettre nos pas dans ses pas, nous pouvons l’imiter au long de notre route humaine [6].

Dans la vie de tous les membres du Carmel, la Vierge Marie est présente… comme modèle de fidélité à l’écoute et au service du Seigneur, également comme Mère de l’Ordre qu’elle protège de façon privilégiée [7] . Et l’imiter en tout dans le quotidien de leur vie est pour les laïcs du Carmel une source de force et de joie.

Comme dit Thérèse de Lisieux : une très petite âme ne peut offrir au bon Dieu que de très petites choses [8] . Et chacun, comme elle, peut suivre l’exemple du Frère Laurent de la Résurrection, pour qui il n’est pas nécessaire d’avoir de grandes choses à faire : Je retourne ma petite omelette dans la poêle pour l’amour de Dieu ; quand elle est achevée, si je n’ai rien à faire, je me prosterne à terre et adore mon Dieu de qui m’est venue la grâce de la faire, après quoi je me relève plus content qu’un roi ! [9] Sainte Thérèse d’Avila savait bien trouver le Seigneur au milieu des marmites [10]. La Vierge Marie nous apprend que Dieu, n’ayant besoin de rien, ne considère dans nos œuvres que l’amour dont elles sont accompagnées [11].

Mais les tâches quotidiennes ne sont pas seulement celles de la maison. Il y a le travail professionnel et toutes les autres activités. Dans ce domaine de l’humble route humaine où Marie demeure notre modèle, ce serait faire injure à la Mère de Dieu et négliger l’enseignement de sainte Thérèse d’Avila, que de ne pas faire cas de saint Joseph. Je ne sais comment on peut penser à la Reine des Anges au temps où elle vécut auprès de l’Enfant Jésus, sans remercier saint Joseph de les avoir si efficacement aidés [12]. Saint Joseph, le seul saint en relation avec le Père que personne n’a jamais vu. Tous les autres sont des images du Fils ; lui seul est celui par qui le Père Eternel s’est comme rendu « visible » auprès de Jésus lui-même [em].

Imiter Marie, c’est aussi imiter Joseph, son « compagnon d’éternité », le plus silencieux des contemplatifs de la Sainte Humanité de Jésus [13] . Aussi conclut la Madre : Que ceux qui ne trouveraient pas de maître pour leur enseigner l’oraison prennent pour maître ce glorieux saint, et ils ne s’égareront pas en chemin [14].

[1] Constitutions des Carmes Déchaux, 1986 (trad. fr. 1995) et des Carmélites Déchaussées, 1991

[2] Luc 2, 19.51

[3] Sainte Thérèse de Lisieux,Derniers Entretiens/C.J. 21 août 1897

[4] L’article du Père Joseph Baudry dans Carmel, 1979

[5] Constitutions I, 9

[6] Père Ambroise-Marie Carré, Marie, Mère du Christ et Mère des hommes

[7] Constitutions V, 29

[8] Sainte Thérèse de Lisieux, Manuscrit B 31r°

[9] Frère Laurent de la Résurrection, Ecrits et entretiens sur la Pratique de la présence de Dieu (M 10)

[10] Sainte Thérèse d’Avila, Le Livre des Fondations ch. 5

[11] Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, livre 3

[12] Sainte Thérèse d’Avila, Autobiographie, ch. 6

[em] Monsieur Olier, cité par Jean Guitton dans Le Mystère de saint Joseph

[13] Expression utilisée par sainte Thérèse d’Avila pour désigner le Verbe incarné

[14] Sainte Thérèse d’Avila, Autobiographie, ch.6

Litanies de Notre-Dame du Mont Carmel

Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, ayez pitié de nous.

Seigneur, ayez pitié de nous.

Jésus-Christ, écoutez-nous.

Jésus-Christ, exaucez-nous.

Père céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Fils Rédempteur du monde qui êtes Dieu,ayez pitié de nous.

Esprit-Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie,

(on répond : priez pour nous pécheurs).

Notre-Dame du Mont Carmel, Reine du Ciel,

Notre-Dame du Mont Carmel, Victorieuse de Satan,

Notre-Dame du Mont Carmel, Fille très obéissante,

Notre-Dame du Mont Carmel, Vierge très pure,

Notre-Dame du Mont Carmel, Epouse très dévouée,

Notre-Dame du Mont Carmel, Mère très tendre,

Notre-Dame du Mont Carmel, Modèle parfait de vertu,

Notre-Dame du Mont Carmel, Ancre sûre d’espérance,

Notre-Dame du Mont Carmel, Refuge dans l’affliction,

Notre-Dame du Mont Carmel, Dispensatrice des dons de Dieu,

Notre-Dame du Mont Carmel, Bastion contre nos ennemis,

Notre-Dame du Mont Carmel, notre Aide dans le danger,

Notre-Dame du Mont Carmel, Chemin menant à Jésus,

Notre-Dame du Mont Carmel, notre Lumière dans les ténèbres,

Notre-Dame du Mont Carmel, notre Consolation à l’heure de la mort,

Notre-Dame du Mont Carmel, Avocate des pécheurs les plus abandonnés,

Pour ceux qui sont endurcis dans le vice,

(on répond : nous venons à Vous avec confiance,

O Notre-Dame du Mont Carmel).

Pour ceux qui offensent votre Divin Fils,

Pour ceux qui négligent de prier,

Pour ceux qui sont à l’agonie,

Pour ceux qui diffèrent leur conversion,

Pour ceux qui souffrent en purgatoire,

Pour ceux qui ne Vous connaissent pas,

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde,

pardonnez-nous Seigneur.

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde,

exaucez-nous Seigneur.

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde,

ayez pitié de nous Seigneur.

Notre-Dame du Mont Carmel, Espérance des désespérés,

intercédez pour nous auprès de Votre Divin Fils.

PRIONS

Notre-Dame du Mont Carmel, glorieuse Reine des Anges, Canal de la plus tendre miséricorde de Dieu envers les hommes, Refuge et Avocate des pécheurs, je me prosterne devant Vous avec confiance, vous suppliant de m’obtenir…
En retour, je vous promets solennellement d’avoir recours à Vous dans toutes mes épreuves, mes souffrances, mes tentations, et je ferai tout en mon pouvoir pour engager les autres à Vous aimer, à Vous vénérer, et à Vous invoquer dans tous leurs besoins.
Je vous remercie pour les grâces sans nombre que j’ai reçues de Votre miséricorde et de Votre puissante intercession. Continuez d’être ma défense dans le danger, mon guide pendant la vie et ma consolation à l’heure de la mort.
Ainsi soit-il !
Notre-Dame du Mont Carmel, Avocate des pécheurs les plus abandonnés, priez pour l’âme du pécheur le plus abandonné de l’univers (ou pour l’âme de…). Alors les Anges du Ciel se réjouiront et l’enfer sera privé de sa proie.
Je viens à Vous avec confiance, O Notre-Dame du Mont Carmel.

 


N.B. Ces litanies de Notre-Dame du Mont Carmel ont été répandues en langue anglaise au cours de l’année 1912 par les soins des Pères Carmes d’Englewood (Etats-Unis), munies de l’imprimatur de l’évêque de New-Jersey.

Les Pères Carmes avaient ajouté la mention : «Ces belles litanies ont été trouvées très efficaces par tous ceux qui les offrent pour la conversion des pécheurs».

Prier ensuite : Un « Notre Père » + Un « Je vous salue Marie » et terminer par le signe de Croix.

 

La mission de saint Benoît

L’EGLISE ET LE MONDE ONT BESOIN DE LA VIE RELIGIEUSE

A Nous il revient de porter un autre témoignage que celui concernant le caractère de la vie monastique, et c’est celui-ci : aujourd’hui encore, l’Eglise a besoin de cette forme de vie religieuse ; aujourd’hui encore, le monde en a besoin. Nous Nous dispenserons d’en apporter la preuve que, du reste, chacun voit apparaître d’elle-même dans Notre affirmation. Oui, l’Eglise et le monde, pour des raisons différentes mais convergentes, ont besoin que saint Benoît sorte de la communauté ecclésiale et sociale pour se retirer dans la solitude et le silence d’où nous parviennent les accents enchanteurs de sa prière apaisée et profonde. De là, il nous attire et nous appelle au seuil de son cloître pour nous offrir le cadre d’une communauté assurant le « divin service » d’une petite société idéale où enfin règnent l’amour, l’obéissance, l’innocence, la liberté des choses et l’art d’en bien user, ta prédominance de l’esprit, en un mot : la paix, l’Evangile. Saint Benoît, revenez pour nous aider à retrouver notre vie personnelle, cette vie personnelle dont nous avons soif et que le développement de la vie moderne, qui nous vaut le désir exaspéré d’être nous-mêmes, étouffe en même temps qu’il la réveille, trompe, en même temps qu’il en fait prendre conscience.

LE BESOIN DE SE RETROUVER SOI-MÊME

Et c’est cette soif de vraie vie personnelle qui conserve à l’idéal monastique toute son actualité. Puisse le comprendre notre société, notre pays qui, en d’autres temps, fut si propice à la formule bénédictine de la perfection humaine et religieuse, alors qu’aujourd’hui il est peut-être moins fécond que d’autres en vocations monastiques. Dans les siècles lointains, l’homme accourait vers le silence du cloître, à la suite de saint Benoît de Nursie, pour se retrouver lui-même (a il habita avec lui-même sous le regard du Spectateur d’en haut nous dit saint Grégoire le Grand, biographe de saint Benoît). Mais alors, ce geste était motivé par la décadence de la société, par la dépression morale et culturelle d’un monde qui n’offrait plus à l’esprit de possibilités de conscience, de développement, de conversation. Il fallait un refuge pour y retrouver la sécurité, le calme, l’étude, la prière, le travail, l’amitié, la confiance.

Aujourd’hui, ce n’est plus la carence de la vie sociale qui nous pousse vers ce refuge, mais son exubérance. L’excitation, le bruit, l’agitation fébrile, l’extériorité, la foule menacent l’intériorité de l’homme. Il lui manque le silence avec son authentique parole intérieure, il lui manque l’ordre, la prière, la paix. Il lui manque lui-même. Pour retrouver la maîtrise et la joie spirituelles de lui-même, il a besoin de se remettre en face de lui-même dans le cloître bénédictin.

Allocution prononcée par S. S. Paul VI au Mont Cassin

25 octobre 1964