Méditations de préparation pour la Nativité du Seigneur

18 décembre : La justice de Jésus

La deuxième des « vertus de l’anéantissement du Christ » que nous allons traiter dans nos méditations pour nous préparer à Noël, c’est sa justice.

Lorsque saint Thomas d’Aquin commence à aborder le mystère de l’Incarnation, dans la Somme Théologique, partie 3, question 1, article 2, il soulève la suivante objection: « Pour restaurer la nature humaine, ruinée par le péché, rien ne paraissait requis, sinon que l’homme satisfasse pour le péché. Or l’homme le pouvait, semble-t-il, car Dieu ne peut pas lui demander plus qu’il ne peut faire ; et puisqu’il est plus enclin à faire miséricorde qu’à punir, de même qu’il impute à l’homme l’acte de son péché pour le punir, de même doit-il lui imputer l’acte contraire pour son mérite. Il n’était donc pas nécessaire à la restauration de la nature humaine que le Verbe de Dieu s’incarne ».

Cette difficulté que se pose saint Thomas nous montre que le mystère du Christ, le Verbe Incarné, est lié, en premier lieu, à la satisfaction du péché. L’homme avait péché contre Dieu et il était nécessaire de rétablir l’ordre que le péché avait détruit. Une dette envers Dieu devait être payée. C’est pourquoi le Christ vient en premier lieu, pour satisfaire pour nous, pour payer pour nous, pour accomplir avec Dieu la justice que le péché Lui avait enlevée et Lui rendre l’honneur qui Lui est dû, car la justice n’est rien d’autre que la vertu par laquelle on donne à chacun ce auquel il a droit, ce qui lui est dû.

Par conséquent, saint Thomas répond à l’objection prédite : « On peut dire qu’une satisfaction est suffisante de deux façons. D’abord parfaitement, parce qu’elle compense par une équivalence absolue la faute commise. En ce sens, la satisfaction offerte par un simple homme ne pouvait pas être suffisante, parce que toute la nature humaine était désorganisée par le péché, et que le bien d’une personne, ou même de plusieurs, ne pouvait compenser d’une façon équivalente le désastre de toute une nature. En outre, le péché commis contre Dieu reçoit une certaine infinité en raison de l’infinie majesté divine; car l’offense est d’autant plus grave que l’offensé est de plus haut rang. Ainsi fallait-il, pour une satisfaction adéquate, que l’acte de celle-ci ait une efficacité infinie, comme venant de l’homme-Dieu. Mais on peut parler aussi d’une satisfaction qui soit suffisante, mais imparfaitement, parce qu’elle est acceptée, malgré sa faiblesse, par celui qui veut bien s’en contenter. En ce sens la satisfaction offerte par un simple homme est suffisante. Et parce que l’imparfait suppose toujours une réalité parfaite qui le fonde, il s’ensuit que la satisfaction de tout homme ordinaire tient son efficacité de la satisfaction du Christ » (S. Th., III, 1, 2, ad 2um).

Le Christ a rétabli l’ordre du monde, en le ramenant radicalement à Dieu, par son sacrifice et par l’accomplissement dans toute sa vie de la volonté du Père. C’est sa justice. Et nous devons compléter cette justice dans notre vie, en l’imitant, en accomplissant la volonté de Dieu le Père.

Il y a un épisode de l’Evangile qui peut nous éclairer. Il s’agit du baptême de Jésus, dans lequel Jean-Baptiste lui dit : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! ». Et Jésus lui répondit : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice » (Mt 3, 14-15).

L’accomplissement de toute justice réalisé par Jésus se manifeste ainsi comme un écho de ses premières paroles, en arrivant au monde : « Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre » (Héb 10, 7). Jésus a dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jn 4, 34).

L’accomplissement de toute justice est une partie essentielle de la mission de Jésus dans le monde : « Moi, je ne peux rien faire de moi-même ; je rends mon jugement d’après ce que j’entends, et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas à faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jn 5, 30). Il est très important de comprendre cela pour éclairer, par exemple, les événements de la vie cachée du Christ, parce que dans ces événements Jésus témoigne la réalité de son Incarnation principalement par ses œuvres, plus que par sa prédication. C’est pourquoi il a pu dire : « Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, continuez à ne pas me croire. Mais si je les fais, même si vous ne me croyez pas, croyez les œuvres. Ainsi vous reconnaîtrez, et de plus en plus, que le Père est en moi, et moi dans le Père » (Jn 10, 37-38).

C’est pourquoi nous pouvons dire que cette vérité de la nécessité que toute justice soit accomplie est fondée sur le caractère rédempteur de la mission de Jésus. Parce que Jésus est venu dans le monde pour pardonner la dette de l’homme envers Dieu son Père, pour rétablir l’ordre moral et pour le perfectionner par une plus grande justice (cf. Mt 5, 20). Et Il nous a associé à cette mission, pour que nos œuvres donnent aussi témoignage de son mystère insondable.

Ainsi donc, il ne faut pas avoir peur d’être des collaborateurs de Jésus, par l’accomplissement de ses commandements (Jn 14, 21), par nôtre discipline chrétienne et par nôtre docilité aux motions de l’Esprit ; même si cela implique de perdre toutes choses pour le Christ, parce que seul Jésus remplit nôtre vide, comme dit le père Buela, en paraphrasant à saint Jean de la Croix : « Jésus Christ paye toute dette » (cf. La Vive Flamme d’Amour, str. 2).

On fait la Prière pour tous les jours.

Méditations de préparation pour la Nativité du Seigneur

17 décembre : L’humilité de Jésus

La première des « vertus de l’anéantissement du Christ » que nous allons traiter dans nos méditations pour nous préparer à Noël, est l’humilité.

Pour comprendre l’humilité de Jésus lorsqu’il se fait homme, il faut d’abord dire que l’humilité est la vertu qui nous permet de nous connaître parfaitement, la vertu qui nous met à notre place devant Dieu. Saint Bernard dit que l’humilité est une connaissance des propres misères, faiblesses et péchés qui fait que l’homme se méprise lui-même. L’humilité, que nous devons acquérir en nous vainquant nous-mêmes et en répétant des nombreux actes contre l’amour propre et l’orgueil, nous place catégoriquement devant Dieu, notre Créateur, devant qui nous ne pouvons que nous soumettre et obéir, en reconnaissant nos propres misères. L’humilité, en cette façon, est la soumission a la Volonté de Dieu, confiante et convaincue.

C’est pourquoi Saint Ignace, en distinguant les différents degrés d’humilité qu’il faut travailler pour l’acquérir, il dit dans ses Exercices Spirituels : « Le premier degré d’humilité est nécessaire pour le salut éternel. Il consiste à m’abaisser et à m’humilier autant qu’il me sera possible et qu’il est nécessaire pour obéir en tout à la loi de Dieu, notre Seigneur: de sorte que, quand on m’offrirait le domaine de l’univers, quand on me menacerait de m’ôter la vie, je ne mette pas même en délibération la possibilité de transgresser un commandement de Dieu ou des hommes, qui m’oblige sous peine de péché mortel.

Le second degré d’humilité est plus parfait que le premier. Il consiste à me trouver dans une entière indifférence de volonté et d’affection entre les richesses et la pauvreté, les honneurs et les mépris, le désir d’une longue vie ou d’une vie courte, pourvu qu’il en revienne à Dieu une gloire égale et un égal avantage au salut de mon âme. De plus, quand il s’agirait de gagner le monde entier, ou de sauver ma propre vie, je ne balancerais pas à rejeter toute pensée de commettre à cette fin un seul péché véniel » (ES, 165-166).

Cette humilité est très bonne et difficile à pratiquer. Cela exige de nous des grands renoncements et une vision positive de Dieu, c’est-à-dire de ne pas nous concentrer sur nos misères mais de comprendre qu’Il nous aime et nous rachète ; de sorte que, bien que séparés de Lui, nous ne puissions rien faire à cause nos grandes faiblesses, au contraire, unis à Lui, nous pouvons tout faire, comme l’enseigne saint Paul : « Je peux tout en celui qui me donne la force ! » (Phil 4,13).

Il existe cependant une humilité beaucoup plus parfaite, qui est vraiment enracinée dans l’exemple du Christ. Saint Ignace la décrit ainsi : « Le troisième degré d’humilité est très parfait. Il comprend les deux premiers, et veut de plus, supposé que la louange et la gloire de la Majesté divine soient égales, que, pour imiter plus parfaitement Jésus-Christ, notre Seigneur, et me rendre de fait plus semblable à lui, je préfère, j’embrasse la pauvreté avec Jésus-Christ pauvre, plutôt que les richesses ; les opprobres avec Jésus-Christ rassasié d’opprobres, plutôt que les honneurs ; le désir d’être regardé comme un homme inutile et insensé, par amour pour Jésus-Christ, qui le premier a été regardé comme tel, plutôt que de passer pour un homme sage et prudent aux yeux du monde » (ES, 167).

Telle était l’humilité du Seigneur. Étant très pur et parfait, il avait en lui l’humilité la plus parfaite qui ait jamais existé sur terre. Comment est-ce possible ? Pour amour de l’humilité, il l’aimait tellement qu’il l’a embrassée et s’est jeté de tout son cœur dans le mépris et l’humiliation. Pour amour de l’humilité et pour amour des hommes qui, en Lui et par Lui, devaient l’aimer et l’imiter, même s’ils n’allaient jamais atteindre une telle perfection.

L’amour fou pour l’humilité, pour l’anéantissement, même pour l’humiliation et l’opprobre, s’est emparé de toute sa vie, de chacun de ses pas. Dans son Incarnation, le Verbe « s’est anéanti » ; dans sa Naissance, il s’est entouré de tout ce qui est pauvre et simple sur terre ; la plus grande partie de sa vie s’est passée cachée et dissimulée dans l’humilité silencieuse de Nazareth ; dans sa prédication, il a rencontré la calomnie, le mépris, la persécution ; dans sa passion, le comble de l’opprobre et de l’ignominie, même la mort sur une croix. Combien de choses peuvent être dites de chacune de ces paroles et de ses actions et combien resteront toujours en elles d’ineffables !

Si le Christ pouvait aimer l’humilité à ce point en étant si pur, ne serait-il pas facile pour nous, pécheurs, de l’aimer pour lui ? Nous nous plaignons souvent ainsi : « Je n’aime pas assez le Seigneur ; que ferais-je pour l’aimer davantage » ? Aimer son humilité, devenir amoureux, comme lui, de l’humiliation jusqu’à la folie. Et si vous le faites, vous aimerez le Christ et serez unis à Lui, parce que… ce qui unit au Christ, c’est le fait d’avoir les mêmes sentiments avec son Cœur Divin. Les humbles sont unis au Christ et les parfaitement humbles seront parfaitement unis. D’autre part, sans humilité, il n’y a pas d’union avec Lui, ou du moins elle est superficielle ; elle ne peut être profonde. Ne peut pas entrer en contact avec Jésus celui qui marche dans son cœur sur des chemins aussi éloignés que ceux de l’amour-propre et de l’orgueil, ou de la recherche de la reconnaissance ou des premières places.

On fait la Prière pour tous les jours.