150ème de la proclamation de Saint Joseph comme patron de l’Eglise

Quel gardien ou quel modèle Dieu pourrait-il donner à son Église ? Il est évident que c’est celui qui était le protecteur de l’Enfant Jésus et de Marie.

Or, la divine maison que Joseph gouverna comme avec l’autorité du père contenait les prémices de l’Eglise naissante. Joseph était le gardien, l’administrateur et le défenseur légitime et naturel de la maison divine dont il était le chef.

Lorsque Dieu a décidé de fonder la famille divine sur terre, il a choisi Saint Joseph pour être le protecteur et le gardien de son Fils; lorsque Dieu a voulu que cette famille continue dans le monde, c’est-à-dire fonder, étendre et conserver l’Église, c’est à Saint Joseph qu’ est confiée la même charge. Un cœur capable d’aimer Dieu comme fils et la Mère de Dieu comme épouse, est capable d’embrasser avec un grand  amour et de prendre sous sa protection toute l’Église, dont Jésus est le chef et Marie est la Mère.

Dieu, qui aime les hommes, mêle travaux et douceurs, c’est un style qu’il suit avec tous ses saints. Ni des dangers ni des consolations ne nous sont continuellement donnés, mais de l’un à l’autre il tisse la vie des justes. Il l’a aussi fait avec Joseph.

 Il était vraiment le serviteur fidèle et prudent », dit saint Bernard, « que notre Seigneur a nommé maître de Sa maison, le réconfort et le soutien de sa mère, Son père adoptif et le plus fidèle coopérateur dans l’exécution de ses plus profonds conseils que la terre ait connu ». « Quel bonheur », dit encore Saint Bernard, « non seulement de voir Jésus-Christ, mais aussi de L’entendre, de Le porter dans ses bras, de Le conduire d’un endroit à un autre, de L’embrasser et de L’étreindre, de Le nourrir, et d’être au courant de tous les grands secrets qui ont été cachés aux princes de ce monde ».

“Voulez-vous des enfants bien-aimés, ramener les hommes au Christ et à l’Église ? se demandait à son tour Saint Bernardin de Sienne ; 

– Par rapport au Christ : aucun homme n’a été aussi proche du Rédempteur par les liens domestiques, par les relations quotidiennes, par l’harmonie spirituelle et par la vie divine de la grâce , comme Joseph, de la descendance de David, mais aussi humble ouvrier.

– Par rapport l’Église : il est le Patron de l’Église universelle. “

Sainte Thérèse d’Avila l’a choisi comme patron principal de son ordre. Dans le sixième chapitre de sa vie, elle écrit ainsi : « J’ai choisi le glorieux saint Joseph pour mon patron, et je me recommande en toutes choses singulièrement à son intercession. Je ne me souviens pas avoir jamais demandé à Dieu quoi que ce soit que je n’aie pas obtenu. Je n’ai jamais connu personne qui, en l’invoquant, n’a pas avancé excessivement en vertu, car il assiste merveilleusement tous ceux qui s’adressent à lui ». Saint François de Sales recommande vivement sa dévotion et célèbre ses mérites, principalement sa virginité, son humilité, sa constance et son courage.

«L’illustre patriarche, le bienheureux Joseph, a été choisi par Dieu de préférence à tout autre saint afin que sur terre il soit le plus chaste et vrai époux de l’Immaculée Vierge Marie et le père adoptif de son Fils unique. Afin de permettre à Joseph d’accomplir à la perfection une mission aussi sublime, Dieu l’a comblé des faveurs absolument uniques et les a multipliées en abondance. Par conséquent, il est juste que l’Église catholique, maintenant que Joseph est couronné de gloire et d’honneur dans le ciel, l’entoure de magnifiques manifestations d’adoration et le vénère avec une dévotion intime et affectueuse. (Pie IX)

«Si toute l’Église est redevable à la Vierge Marie, puisque c’est par elle que l’Eglise a reçu le Christ, elle doit de la même manière à Saint Joseph, après la Sainte Vierge, une reconnaissance et une révérence particulières. (Pie XII).

Nous allons conclure avec ces belles réflexions de saint Jean Paul II, qui deviennent pour nous comme une prière :

« Que saint Joseph devienne pour tous un maître singulier dans le service de la mission salvifique du Christ qui nous incombe à tous et à chacun dans l’Église : aux époux, aux parents, à ceux qui vivent du travail de leurs mains ou de tout autre travail, aux personnes appelées à la vie contemplative comme à celles qui sont appelées à l’apostolat. L’homme juste, qui portait en lui tout le patrimoine de l’Ancienne Alliance, a été aussi introduit dans le « commencement » de l’Alliance nouvelle et éternelle en Jésus Christ. Qu’il nous indique les chemins de cette Alliance salvifique au seuil du prochain millénaire ou doit se poursuivre et se développer la « plénitude du temps » propre au mystère ineffable de l’Incarnation du Verbe ! Que saint Joseph obtienne à l’Église et au monde, comme à chacun de nous, la bénédiction du Père et du Fils et du Saint- Esprit ! »

Convenait-il à Dieu de s’incarner?

ARTICLE 1 : Convenait-il à Dieu de s’incarner?

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Objections :

1. De toute éternité, Dieu est l’essence même de la bonté, et son être est, de toute éternité, le meilleur possible. Il n’y avait donc pas de convenance à ce que Dieu s’incarne.

2. Il est incongru d’unir des êtres infiniment éloignés l’un de l’autre, comme de peindre une image où le cou d’un cheval se joindrait à une tête d’homme. Mais Dieu et la chair sont infiniment éloignés, puisque Dieu est souverainement simple, tandis que la chair, surtout chez l’homme, est complexe.

3. Le corps est aussi éloigné de l’esprit suprême que le mal est éloigné de la bonté suprême. Mais il serait absolument hors de convenance que Dieu, bonté suprême, s’unisse au mal. Il n’y aurait donc pas de convenance à ce que l’esprit suprême incréé assume un corps.

4. Il est inconcevable que celui qui dépasse toute grandeur se renferme dans ce qu’il y a de plus petit, et que l’être chargé des grandes choses s’abaisse à des petitesses. Mais Dieu, qui a la charge de tout l’univers, ne peut être renfermé dans cet univers. Il semble donc impossible, comme Volusianus l’écrit à S. Augustin, que ” celui pour qui l’univers est comme rien, aille se cacher dans le corps vagissant d’un enfant, que ce Souverain s’absente si longtemps de son palais, et que tout le gouvernement du monde se transporte dans ce petit corps”.

Cependant : il apparaît de la plus haute convenance que par les choses visibles soient manifestés les attributs invisibles de Dieu. Le monde entier a été créé pour cela, selon l’Apôtre (Rm 1, 20) : “Les perfections invisibles de Dieu se découvrent à la pensée par ses oeuvres.” Mais, dit S. Jean Damascène, c’est par le mystère de l’Incarnation que nous sont manifestées à la fois la bonté, la sagesse, la justice et la puissance de Dieu : sa bonté, car il n’a pas méprisé la faiblesse de notre chair; sa justice car, l’homme ayant été vaincu par le tyran du monde, Dieu a voulu que ce tyran soit vaincu à son tour par l’homme lui-même, et c’est en respectant notre liberté qu’il nous a arrachés à la mort; sa sagesse, car, à la situation la plus difficile, il a su donner la solution la plus adaptée; sa puissance infinie, car rien n’est plus grand que ceci : Dieu qui se fait homme.

Conclusion :

Pour tout être, ce qui est convenable est ce qui lui incombe en raison de sa nature propre; c’est ainsi qu’il convient à l’homme de raisonner puisque, par nature, il est un être raisonnable. Or la nature même de Dieu, c’est l’essence de la bonté, comme le montre Denys. Aussi tout ce qui ressortit à la raison de bien convient à Dieu. Or, il appartient à la raison de bien qu’il se communique à autrui comme le montre Denys. Aussi appartient-il à la raison du souverain bien qu’il se communique souverainement à la créature. Et cette souveraine communication se réalise quand Dieu ” s’unit à la nature créée de façon à ne former qu’une seule personne de ces trois réalités : le Verbe, l’âme et la chair”, selon S. Augustin. La convenance de l’Incarnation apparaît donc à l’évidence.

Solutions :

1. Le mystère de l’Incarnation ne s’est pas accompli du fait que Dieu aurait changé de quelque manière l’état dans lequel il existe de toute éternité, mais du fait qu’il s’est uni à la créature, ou plutôt qu’il se l’est unie, de façon nouvelle. Or, il convient que la créature, qui est changeante par définition, n’existe pas toujours de la même façon. Aussi, de même que la créature a commencé d’exister alors qu’elle n’existait pas auparavant, ainsi est-il convenable que n’ayant pas été auparavant unie à Dieu dans la personne, elle l’ait été postérieurement.

2. Être unie à Dieu dans la personne ne convenait pas à la chair de l’homme selon la condition de sa nature, car cela était au-dessus de sa dignité. Cependant il convenait à Dieu, selon la transcendance infinie de sa bonté, de s’unir la chair pour le salut de l’homme.

3. Toutes les conditions qui rendent la créature différente du Créateur ont été instituées par la sagesse de Dieu et ordonnées à sa bonté. En effet, c’est par bonté que Dieu, immobile et incorporel, produit des créatures changeantes et corporelles; de même, le mal de peine a été introduit par la justice de Dieu en vue de la gloire de Dieu. Tandis que le mal de faute est commis par éloignement du plan de la sagesse divine, et de l’ordre de la bonté divine. Et c’est pourquoi il a pu être convenable que Dieu assume une nature créée, changeante, corporelle et soumise au châtiment; mais il n’aurait pas été convenable qu’il assume le mal du péché.

4. Voici la réponse de S. Augustin à Volusianus : “La doctrine chrétienne ne comporte pas que Dieu, pour s’introduire dans la chair humaine, aurait délaissé ou perdu le gouvernement de l’univers, ni qu’il l’ait rétréci pour l’introduire dans ce corps fragile. Une telle conception vient de la pensée humaine, incapable d’imaginer autre chose que des corps. Dieu n’est pas grand par la masse, mais par la puissance. Si la parole de l’homme, en se propageant, est entendue tout entière et en même temps par beaucoup et par chacun, il n’est pas incroyable que le Verbe de Dieu, qui est éternel, soit tout entier partout à la fois.” Aussi, que Dieu se soit incarné n’a rien d’inadmissible.