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“Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne”

Le Christ dirige ces mots d’abord aux autorités du peuple juif, en effet le texte évangelique (Mt. 21, 28-32)  que nous avons entendu dit: Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple :

Mais cette parabole parle de la façon dont nous devons faire la volonté de Dieu et pour cette raison elle nous est également adressée.

La volonté de Dieu est un sujet très complexe, nous évoquerons simplement trois distinctions que nous pouvons faire et qui sont très utiles pour la vie spirituelle.

  1. La volonté que Dieu nous révèle et notre attitude spirituelle.

2 La volonté de Dieu que nous connaissons par les grâces actuelles.

  1. La volonté que Dieu n’a nous pas encore révélée et notre attitude spirituelle : le saint abandon.

Nous ouvrons ici une parenthèse avant de continuer pour préciser que la volonté de Dieu est simple, mais nous faisons des distinctions par notre façon de connaître. Par exemple, la distinction que nous venons de faire de la volonté de Dieu révélée ou non révélée ne modifie absolument rien en Dieu, mais elle change par rapport à nous par le simple fait que l’une (la volonté révélée) est connue et que l’autre (celle qui n’est pas encore révélée) nous est inconnue.

  1. La volonté que Dieu nous révèle et notre attitude spirituelle.

Cette volonté est celle qu’il a lui-même révélée par certains signes, les préceptes, les interdictions, les conseils évangéliques. La volonté de Dieu a été manifestée « dans toute la vie et la prédication du Christ, et dans la catéchèse morale des Apôtres. Le Discours sur la Montagne en est la principale expression. »[1]

Aussi cette volonté est celle que Dieu manifeste par sa providence, tous les événements qui ne dépendent pas de la volonté de l’homme, par exemple celle qui se présente en des événements doux et joyeux, mais en d’autres qui sont amers et tristes.

La volonté signifiée permet aussi le mal causé par notre prochain : le ridicule, le mépris, les calomnies, les diffamations, les injustices … mais toujours ordonné à un bien surnaturel, notre sainteté

Les saints nous ont donné l’exemple de comment nous devons faire la volonté de Dieu, mais ils ont suivi l’exemple du Christ, Saint Paul nous dit ce que nous avons écouté dans la 2ème lecture (Ph 2, 1-5) : « Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu…   il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. »

C’est la grâce que nous demandons dans la prière de Notre Père : « que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel »

2 La volonté de Dieu que nous connaissons par les grâces actuelles.

La grâce actuelle est une action de Dieu surnaturelle et passagère sur les forces de l’âme humaine, dans le but de pousser l’homme à faire un acte de salut.[2]

La grâce actuelle illumine l’intelligence pour nous faire voir la volonté de Dieu et fortifie notre volonté pour nous faire agir surnaturellement.

Les Actes des Apôtres nous parlent de cette illumination en disant : « Lydie, une négociante en étoffes de pourpre, originaire de la ville de Thyatire, et qui adorait le Dieu unique, écoutait. Le Seigneur lui ouvrit l’esprit pour la rendre attentive à ce que disait Paul » (Actes 16, 14)

Les grâces actuelles peuvent nous pousser, pour ainsi dire à prier, à nous confesser, à une vocation particulière, à être plus généreux, etc.…

Pour cela nous devons être attentifs :

  • Parce que parfois nous sommes trop charnels : L’homme(le texte latin dit charnel) par ses seules capacités, n’accueille pas ce qui vient de l’Esprit de Dieu (1 cor 2, 14)
  • Parce que nous pouvons avoir des attachements : que c’est le sentiment qui unit une personne aux personnes ou aux choses auxquelles elle est liée.[3]
  • Il faut donc faire un bon discernement : parce que parfois, les lumières que nous recevons par les grâces actuelles ne sont pas des vérités de foi qui appartiennent aux vérités révélées. Plusieurs fois, nous devrions demander au confesseur ou au guide spirituel de nous conseiller, afin que nous puissions voir plus clairement ce que Dieu demande.
  • Et avoir de la docilité : Nous ne devons pas laisser que le Saint-Esprit nous attende, au moment où Il nous appelle, nous devons le suivre.

Un exemple qui peut nous illuminer : Lorsque nous nous attendons une personne que nous aimons beaucoup, au moment où il vient et frappe la porte, nous ouvrons immédiatement. Aimons- nous vraiment Dieu ?

 « Je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. « ( Ap 3,20 )

  1. La volonté que Dieu ne nous a pas encore révélée et notre attitude spirituelle : le saint abandon.

Notre avenir, notre futur, notre santé, notre paix, notre consolation, notre désolation ou notre aridité, notre vie courte ou longue.

Il y a beaucoup de difficultés auxquelles nous devrons faire face pour arriver au paradis ; parmi elles, les difficultés liées à la famille, au travail, à la santé et à la vie de nos enfants, à ma persévérance, à la persévérance de mon épouse … Si nous sommes consacrés, les difficultés dans la communauté, les difficultés de la mission ; et pour tous la persécution. Toutes ces difficultés nous ne pouvons pas les connaître, mais nous savons que Dieu nous aime et que nous aimons Dieu et que nous voulons grandir dans la charité, ainsi Saint Paul nous rappelle : « Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien » (Rm 8, 28)

Notre attitude doit être celle du saint abandon : si Dieu nous aime, nous devons être prêts à tout ce qu’il nous demande.

Le père Hurtado (Saint Alberto Hurtado) disait en relation au saint abandon : « il est comme si on signe un chèque en blanc et on le donne à Dieu, qu’il écrive ce que lui veut. Tout ce que Dieu va écrire, est et sera pour notre bien.

Le Bx. Charles de Foucauld priait ainsi :

Mon Père, mon Père, je m’abandonne à toi 
Fais de moi ce qu’il te plaira.
Quoi que tu fasses, je te remercie.
Je suis prêt à tout, j’accepte tout.

Car tu es mon Père, je m’abandonne à toi. Car tu es mon Père.

P. Andrés Nowakowski V. E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

[1]Compendium 421.

[2]Ott. Théologie Dogmatique. Pag 320

[3]Grand Robert.

“ET LE FRUIT DE TES ENTRAILLES EST BENI”

Lire l’évangile de ce dimanche (Lc 1, 39-45)

Ce dernier dimanche du temps de l’Avent est consacré à la Vierge Marie et à son rôle fondamental dans le mystère de notre Salut, dans le mystère de l’Incarnation et de la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ.

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Ville de Bethléem aujourd’hui

Un simple regard, d’abord, sur les lectures de ce jour, le prophète Michée nous annonce que la ville de Bethléem est choisie par Dieu pour que son Fils vienne au monde. L’Eglise veut nous montrer avec cela que les temps se sont accomplis et que rien ne manque dans le dessein de Dieu. La promesse de nous envoyer un Rédempteur se réalise.

Dans la deuxième lecture, la lettre aux Hébreux nous dévoile la réponse du Fils de Dieu et le don qu’Il a fait de lui-même, l’Esprit Saint a voulu nous le révéler dans ce passage du nouveau Testament : « En entrant dans le monde, le Christ dit, d’après le Psaume : Tu n’as pas voulu de sacrifices ni d’offrandes, mais tu m’as fait un corps. Tu n’as pas accepté les holocaustes ni les expiations pour le péché ; alors, je t’ai dit : Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté. »

Alors ces deux lectures nous aident évidement à méditer le passage de l’Evangile, celui de la visitation de la Vierge à sa cousine Elisabeth. Le Fils de Dieu dans le sein de la Trinité accepte d’accomplir le Plan de Rédemption dans le monde « Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté », la Vierge Marie au moment de l’Annonciation accepte elle aussi sa mission de Mère du Christ, participant d’une manière très proche à la Rédemption de toute l’humanité « Voici la servante du Seigneur; qu’il me soit fait selon ta Parole! », et c’est ainsi que Marie, avec ce voyage qu’elle entreprend, commence Sa mission.

C’est juste après la scène de l’Annonciation que Saint Luc met ce passage de la Visitation comme une continuation logique. Nous pouvons contempler la foi de la Vierge Marie qui se traduit en des œuvres concrètes.

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Saint Luc commence en disant que Marie « se met en route rapidement », cela traduit le verbe grecque « anîstemi », le même verbe que Saint Luc utilise lorsqu’il veut parler des actions qui ont été impulsées pour ainsi dire « par l’Esprit Saint », c’est aussi le même verbe qu’il utilise au moment de la Résurrection du Seigneur. C’est l’Esprit Saint qui fait que Marie prenne la route rapidement vers la Judée.

Alors, plus qu’un acte de charité dont nous pouvons aussi beaucoup apprendre, nous devons contempler surtout la mission spirituelle de la Vierge « portant celui qui la portait », comme dit saint Bernard.

Si l’on compare ce voyage vers la maison de sa cousine avec le premier voyage du Seigneur (lorsqu’Il est sorti pour prêcher la nouvelle) on découvre une grande similitude, parce que le Seigneur sort de Nazareth pour commencer sa mission vers la Judée. On peut dire qu’Il avait déjà fait une première mission par sa Mère et dans le sein de sa Mère, il en fera une deuxième pour aller naître à Bethleem. La visitation est donc la première mission du Seigneur.

La Vierge Marie amène le Seigneur à ceux qui l’attendaient, l’Enfant Jésus se presse pour sanctifier les hommes avec sa Venue, Il veut sanctifier d’abord celui qui allait préparer son chemin. Marie part pour servir son Seigneur, pour annoncer la bonne nouvelle.

L’Eglise donne à Marie le titre de Médiatrice de toutes Grâces, et nous voyons cela de façon admirable dans cet évangile : « lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli (il a bondi) d’allégresse au-dedans de moi », voilà comment s’est accomplie la prophétie de Malachie « pour vous qui craignez mon Nom, se lèvera un soleil de justice, et la guérison sera dans ses rayons ; vous sortirez et vous bondirez comme des veaux d’étable ». Ce n’est pas seulement déjà l’annonce de l’Evangile, c’est une anticipation de la Pentecôte, parce que saint Jean sera rempli de l’Esprit Saint, et avec lui aussi sa mère, Elisabeth.

Elle félicite à son tour, la Vierge pour sa foi: « Heureuse toi qui as cru ». Expliquant ces paroles, saint Ambroise de Milan va faire une belle application pour nous les chrétiens. Il dit : « Heureux, vous aussi qui avez entendu et qui avez cru ; car toute âme qui croit conçoit et engendre le Verbe et le reconnaît à ses œuvres.

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Tableau composé par le Bx. Charles de Foucauld

Heureux, vous aussi qui avez entendu et qui avez cru ; car toute âme qui croit conçoit et engendre le Verbe et le reconnaît à ses œuvres.

Que l’âme de Marie soit en chacun de vous, pour qu’elle exalte le Seigneur ; que l’esprit de Marie soit en chacun de vous, pour qu’il exulte en Dieu.

S’il n’y a, selon la chair, qu’une seule mère du Christ, tous engendrent le Christ selon la foi. Car toute âme reçoit le Verbe de Dieu, pourvu qu’elle soit irréprochable et préservée des vices en gardant la chasteté dans une pureté intégrale. 

Toute âme qui peut vivre ainsi exalte le Seigneur, comme l’âme de Marie a exalté le Seigneur, et comme son esprit a exulté en Dieu son Sauveur. »

Stitched Panorama
Basilique de la Visitation. Terre Sainte

La Vierge Marie a été conçue en plénitude de grâce et nous pouvons dire avec certitude que Dieu rempli de grâce notre âme au moment de notre baptême ou après la confession des péchés. Avec la grâce nous devons faire des grandes œuvres, à l’exemple de la Vierge Marie.

En arrivant à la fin de ce temps de l’Avent et aussi à la fin de l’année, le Seigneur nous invite à faire un examen de conscience : est-ce que notre vie de chrétiens produit de véritables fruits ? est-ce que nous sommes dociles à ce que Dieu nous demande dans nos vies ?

C’est ainsi que le Seigneur veut que nous préparions notre cœur pour célébrer sa Nativité. Nous demandons cette grâce à la très sainte Vierge Marie.

P. Luis Martinez V.E.

Monastère « Bienheureux Charles de Foucauld »