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“C’est ce qui a fait de ma vie un ciel anticipé…”

Dimanche de la Sainte Trinité

Nous célébrons aujourd’hui cette fête de la Trinité. Il est évident que chaque jour nous devons célébrer la Sainte Trinité mais si la liturgie a établi ce dimanche (qui vient après tout le cycle pascal) c’est pour que nous nous souvenions un peu plus de ce mystère, afin de le contempler spécialement et surtout de nous réjouir de son existence.

Le mystère de la Trinité est toujours présent dans notre vie, il est présent tout au début de notre vie chrétienne, le baptême, on se souvient de lui dans le signe de la Croix et dans la liturgie des tous les sacrements.

Mais qu’ implique la foi dans la Trinité pour chacun nous ? Ou bien comment se traduit-elle dans notre existence, dans notre famille, dans notre travail?

D’abord, il faut dire que sans la foi l’homme ne serait pas capable d’imaginer un Dieu unique qui existe en trois personnes. C’est Dieu qui nous a révélé ce mystère de son amour par l’envoi de son Fils et du Saint-Esprit. Jésus nous a révélé que Dieu est « Père ». Jésus est un seul Dieu avec le Père. Jésus promet aussi à ses apôtres le don de l’Esprit Saint qu’Il enverra d’auprès du Père, et par là Notre Seigneur montre que Lui-même et l’Esprit Saint vivent, habitent avec le Père. L’Esprit Saint sera avec les apôtres et en eux pour les instruire et les conduire « vers la vérité tout entière » (Jean 16, 13). Ainsi, Jésus nous fait connaître l’Esprit comme une autre Personne Divine.

Nous croyons et nous reconnaissons l’existence de la Trinité, bien que notre intelligence et nos paroles soient toujours limitées. Saint Augustin tout en acceptant la limitation de son intelligence et de la nôtre, nos aide à découvrir cette vie intime de Dieu, mais ce sont toujours des étincelles d’une lumière qui est infinie. Dans son livre sur la Trinité, le même saint donne une très belle image disant que l’Amour (Dieu est essentiellement amour) implique au même instant la présence de l’amant, de l’aimé et de l’amour. Comme on peut dire aussi du don ; il faut qu’il y ait quelqu’un qui donne, quelqu’un qui reçoive et il faut aussi le don en lui-même.

En définitive, Dieu qui habite une lumière inaccessible comme le dit saint Paul dans sa lettre à Timothée (1 Tim. 6, 16) a voulu se faire connaître, se révéler par sa Parole : « Dieu au plus profond de son intimité est une communion des Personnes Divines par l’Amour. Dieu n’est pas solitude mais communion parfaite, » enseignait le pape Benoît.

Il manquerait alors quelque chose à la méditation de ce mystère, ce mystère serait un mystère froid et lointain si le Seigneur ne nous avait fait une autre grande révélation par rapport à la sainte Trinité, celle que Dieu vient habiter en Trinité dans notre Ame, « Celui qui aime Dieu, nous ferons en lui notre demeure » dit Jésus dans l’évangile de saint Jean.

Cela nous fait voir la Trinité d’une autre façon, Dieu est vivant et mystérieux mais Il est toujours si près de moi, comme nous le chantons. Et cette présence nous pousse à aimer Dieu d’une autre manière, Dieu n’est pas un être de qui nous devons avoir peur, à qui nous devons nous soumettre comme des esclaves et accomplir extérieurement toutes ses prescriptions de peur qu’Il ne se fâche et nous punisse de ne pas les avoir accomplies.

 Au contraire, Dieu nous donne la grâce d’aimer et d’accomplir sa Loi parce que de notre intérieur, Il est en train de nous aider comme un Ami, comme un Père.

Ecoutons un petit épisode de la vie de Ste Thérèse de Lisieux raconté par sa sœur Céline : « Un jour j’entrai dans la cellule de notre chère petite Sœur [Thérèse] et je fus saisis par son expression de grand recueillement. Elle cousait avec activité et cependant semblait perdue dans une contemplation profonde : « A quoi pensez-vous, lui demandai-je ? – Je médite le Notre Père, me répondit-elle. C’est si doux d’appeler le bon Dieu notre Père !… » Et des larmes brillèrent dans ses yeux. […] « Oh ! oui, il est bien mon Papa et que cela m’est doux de lui donner ce nom » » (Conseils et Souvenirs).

Cette présence nous aide à accomplir nos devoirs sachant que l’on fait tout avec Dieu et pour Lui. Elle nous aide à regarder les choses de ce monde d’un autre regard. Sainte Élisabeth de la Trinité avait livré ces paroles comme testament à une amie : « À la lumière de l’éternité, l’âme voit les choses au vrai point. Oh ! Comme tout ce qui n’a pas été fait pour Dieu et avec Dieu est vide. Je vous en prie, marquez tout du sceau de l’amour. Il n’y a que cela qui demeure. »

Un autre saint, Saint Josemaria Escriva de Balaguer, disait : « si je pouvais comprendre la grandeur de Dieu, si Dieu pouvait entrer dans ma pauvre tête (intelligence), mon Dieu serait trop petit… et pourtant, il veut entrer et prendre place dans mon cœur, parce qu’Il rentre dans la profondeur immense de mon âme, qui est immortelle ».

Nous devons dire que cette grandeur de Dieu et en même temps sa proximité furent les délices de saints et de saintes. Ils étaient tellement conscients de cela qu’ils s’émerveillaient et l’amour s’exprimait en de beaux dialogues avec Dieu présent dans leur cœur :

« Ô, éternelle Trinité, tu es comme un océan profond : plus j’y cherche et plus je te trouve ; plus je trouve et plus je te cherche. Tu rassasies insatiablement notre âme car, dans ton abîme, tu rassasies l’âme de telle sorte qu’elle demeure indigente et affamée, parce qu’elle continue à souhaiter et à désirer te voir dans ta lumière, ô lumière, éternelle Trinité.

Abîme ! Éternelle Trinité ! Divinité ! Océan profond ! Et que pourrais-tu me donner de plus grand que toi-même ? Tu es le feu qui brûle toujours et ne s’éteint jamais ; tu consumes par ton ardeur tout amour égoïste de l’âme. Tu es le feu qui dissipe toute froideur, et tu éclaires les esprits de ta lumière, cette lumière par laquelle tu m’as fait connaître ta vérité.

Tu es le vêtement qui couvre ma nudité, tu nourris les affamés de ta douceur, car tu es douce, sans nulle amertume, ô éternelle Trinité. »

Il est vrai, ce que l’homme possède de plus merveilleux et sacré c’est l’amour, c’est aussi le plus divin. Pour cela, Dieu nous pouvons Le rencontrer dans le plus intime de notre être, Saint Augustin disait : « tu étais plus intime que l’intime de moi-même ». Dieu habite dans le cœur qui garde sa loi et qui l’aime vraiment. C’est la promesse de son Fils : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. (Jn 14, 23).

Saint Paul nous le rappelle aussi : « vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ». Vivre ce mystère signifie arriver à réaliser en nous les paroles « notre vie est cachée avec le Christ en Dieu »

Peu de temps avant sa mort, Élisabeth de la Trinité écrivait : « C’est ce qui a fait de ma vie, je vous le confie, un ciel anticipé : croire qu’un Être, qui s’appelle l’Amour, habite en nous à tout instant du jour et de la nuit et qu’Il nous demande de vivre en société avec Lui. »

A Marie, celle qui a vécu pleine habitée par la Trinité nous donne la grâce d’avoir cette nostalgie de Dieu, cette soif de sa Présence.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

 

L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs

Solennité de la Sainte TrinitéSAINTE_TRINITE_Institut_du_Verbe_Incarné

Lire l’évangile de ce dimanche (Jn. 16, 12-15)

Dieu demeure dans l’âme de chaque personne qui aime vraiment Dieu : Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui.

Cette vérité, Dieu l’a aussi révélée dans d’autres passages de l’Ecriture, par exemple, dans la première lettre de saint Jean (4,16) Dieu est amour ; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui.  Et saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens (3,16) Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?, il le répète dans sa deuxième Lettre (2 Co 6,16): nous sommes le temple du Dieu vivant.

Comment pouvons-nous définir cette présence de Dieu ? Elle est une présence tout à fait particulière, spéciale que le Dieu unique établie dans une âme qui vit en état grâce de Dieu, c’est-à-dire sans aucun pèche mortel. En langage de théologie cela est appelé l’inhabitation trinitaire, Dieu habite dans l’âme en grâce.

Mais, nous pouvons dire, si Dieu est par tout, qu’est-ce que cette présence ajoute de différent dans nos vies ? Il y a deux choses qui sont essentielles et propres de cette présence divine, ce sont la paternité divine et l’amitié de Dieu. La première vient à travers la grâce ( comme on dit dans le baptême, par la grâce nous sommes Fils adoptifs de Dieu, parce qu’il nous a donné la vie) ; la deuxième nous vient à travers la charité, l’amour, il est chez nous comme un ami, un véritable ami qui est toujours prêt à nous aider, nous accompagner, nous protéger.

Saint Thomas dira aussi que cette grâce permet de nous réjouir de la présence de Dieu, il en donne un exemple clair : c’est comme une mère se réjouit ayant son enfant entre ses bras, ainsi Dieu vient à notre âme, pour que nous nous réjouissons de Lui. Pour que nous puissions parler avec Lui ( comme un enfant parle avec son père, comme un ami avec son ami, l’épouse parle avec son époux), pour pouvoir aussi L’écouter (et pour cela Dieu devient un maître, « Il vous enseignera tout »), pour que jamais nous soyons seuls et pour que nous commençons dans cette vie la vie du Ciel.

Disons que le plus grand don que Dieu peut nous donner c’est le don d’habiter dans nos cœurs, de vivre chez nous, nous sommes comme de petits tabernacles de divinité, nous amenons Dieu là où nous allons, là où nous sommes, Dieu est avec nous. C’est le premier et grand don, plus important que tous les autres dons, les miracles visibles, les visions, le don de langues.

Mais les chrétiens, habitués parfois à valoriser ce que l’on voit, le phénomène, l’évident aux yeux ; ils oublient de méditer, d’approfondir ce don et ce mystère.

Alors, Dieu étant si Puissant, comment Il peut faire de nous sa demeure et ne pas « consumer » la créature, que la créature disparaisse devant son Créateur ? La réponse nous est donnée encore une fois par ce grand docteur de l’Eglise qu’est saint Thomas d’Aquin, il nous dit : on peut faire une comparaison avec un bout de fer que l’on approche au feu, sans perdre sa nature, il prend toutes les propriétés du feu, il en devient semblable, il se fait feu par participation.

Quels moyens nous devons prendre pour vivre de manière plus profonde cette réalité de l’inhabitation trinitaire ?

1- D’abord, vivre en grâce de Dieu, et pour cela recourir à la confession lorsque nous avons besoin.

2- vivre la charité avec les autres, cela augmente notre amour vers Dieu présent dans notre âme.

3- Vivre la foi : il faut que celui qui s’approche de Dieu croie qu’Il existe.

4- Le recueillement profond, le silence, la prière méditative ; le dialogue avec nos divins hôtes.

Finalement faire des actes fervents d’adoration. C’est-à-dire remplir d’un vrai sens ces prières que nous faisons par fois un peu mécaniques : « Gloire au Père » ; l’Hymne à la Trinité que nous chantons à la messe, le Gloria (réfléchir sur ses mots) ; le Sanctus, Saint Jean voyait que la multitude des saints au ciel chantait ce chant de triomphe devant Dieu.

Pour vivre la présence de Dieu, on l’a déjà dit, il faut vivre en grâce de Dieu. La grâce de Dieu dans notre âme est un peu difficile à imaginer car il s’agit d’une réalité spirituelle, mais nous trouvons de petites ressemblances dans notre monde matériel, les saints parlent d’elle comme un cadeau ou don qui produit une grande beauté, c’est une lumière, un éclat, un feu.

Lorsqu’on demande qu’est-ce que c’est que la grâce, une réponse habituelle c’est de dire que notre âme n’a aucun péché mortel. En vérité, disant cela nous donnons que la moitié de la réponse, et encore c’est la moitié la plus pauvre. Parce qu’en fait, vivre en état de grâce signifie infiniment plus que cela. C’est comme dire que dans un palais il ne se trouve pas d’ordure, ni de bêtes qui le fassent désagréable… Alors qu’avec la grâce, ce palais qui représente notre âme, il sera propre, ordonné et surtout il est habité par son Roi. C’est-à-dire, nous considérons parfois seulement le côté négatif (l’absence de péché), mais on oublie l’aspect positif, qui est plus important encore.

SAINTE_THERESE_DE_LENFANT_JESUS_Institut_du_Verbe_IncarnéL’âme en état de grâce devient vraiment forte, parce qu’elle est habitée par Dieu, elle ne peut plus rien craindre. Le démon échappe toujours terrifié à la vue d’une âme qui possède Dieu. Lorsque Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus avait quatre ans, elle a eu un rêve qui est resté toujours fixé dans sa mémoire, comme elle écrivait dans son histoire d’une âme :

Une nuit, j’ai rêvé que je sortais pour aller me promener seule au jardin. Arrivée au bas des marches qu’il fallait monter pour y arriver, je m’arrêtai saisie d’effroi. Devant moi, auprès de la tonnelle, se trouvait un baril de chaux et sur ce bariI deux affreux petits diablotins dansaient avec une agilité surprenante malgré des fers à repasser qu’ils avaient aux pieds ; tout à coup ils jetèrent sur moi leurs yeux flamboyants, puis au même moment, paraissant bien plus effrayés que moi, ils se précipitèrent au bas du baril et allèrent se cacher dans la lingerie qui se trouvait en face. Les voyant si peu braves je voulus savoir ce qu’ils allaient faire et je m’approchai de la fenêtre. Les pauvres diablotins étaient là, courant sur les tables et ne sachant comment faire pour fuir mon regard ; quelquefois ils s’approchaient de la fenêtre, regardant d’un air inquiet si j’étais encore là et me voyant toujours, ils recommençaient à courir comme des désespérés. Sans doute ce rêve n’a rien d’extraordinaire, cependant je crois que le Bon Dieu a permis que je m’en rappelle, afin de me prouver qu’une âme en état de grâce n’a rien à craindre des démons qui sont des lâches, capables de fuir devant le regard d’un enfant…

Demandons la grâce pour nous tous de garder notre âme habitée par la grâce sanctifiante, habitée toujours par Dieu.

P. Luis Martinez. Monastère “Bx. Charles de Foucauld”

Institut du Verbe Incarné