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“Parle, Seigneur, ton serviteur écoute”. Comment écouter la voix de Dieu?

Lire l’évangile du deuxième dimanche du temps ordinaire (Jn 1, 35-42)

Nous sommes déjà dans le temps ordinaire de la liturgie, nous le reconnaissons à sa couleur verte, et les textes évangéliques des dimanches évoquent les moments de la vie publique de notre Seigneur : ces trois années de prédication où Il a accompli aussi les miracles. L’évangile d’aujourd’hui se passe au début de ces trois ans, c’est la première rencontre de Notre Seigneur avec ceux qui seront après les apôtres.

Saint Jean, évangéliste

Les deux premiers apôtres étaient André et Jean ; alors que ce dernier même s’il ne dit pas son nom (comme Jean le fait dans tout son évangile), « se trahit » pour ainsi dire lorsqu’il décrit ce moment avec autant de vivacité que quelqu’un qui y était présent. André et Jean faisaient partie du groupe des disciples de saint Jean Baptiste et c’est lui-même qui leur désigne Jésus comme l’Agneau de Dieu (et avec cela le Baptiste indique aussi la mission de Jésus dans ce monde, d’être la Victime pour le rachat de l’humanité).

André et Jean partent à la recherche de Jésus, mais comme le signifie cette belle phrase attribuée à saint Augustin : « nous ne pourrions pas chercher Dieu, s’Il ne nous aurait déjà trouvé le premier ». C’est-à-dire que Jésus les attirait et les invitait à Le suivre, c’est un appel qui avait commencé à l’intérieur du cœur.

« Que cherchez-vous ? » c’est la question du Seigneur : « Rabbi [1]– ce qui veut dire : Maître –où demeures-tu ? ». L’évangile nous dit qu’ils ont vu le lieu où Jésus vivait et ils y sont restés tout le temps jusqu’à le lendemain.

C’était vers la dixième heure (environ quatre heure de l’après-midi), nous dit l’évangile. Il y a des moments qui restent imprégnés dans notre mémoire avec tous leurs détails, impossible de les oublier, comme si l’on demande aux mères à quelle heure étaient nés chacun des leurs enfants, à un époux ou une épouse quelle était l’heure de la cérémonie de leur mariage, dans quelle église, impossible d’oublier. Comme c’est aussi très difficile pour une personne consacrée ou un prêtre d’oublier le moment et le lieu où ils ont dit oui au Seigneur.

Comme nous le voyons, cette demeure où Jésus les conduit n’est pas décrite, en fait le plus important pour eux c’est le moment qu’ils ont partagé avec Jésus. C’était probablement une soirée du mois de mars (parce que la Pâque était proche) et saint Jean évangéliste a laissé pour lui ce bel entretien avec Jésus.

Saint Pierre et saint André

Alors, le lendemain le cœur d’André était tellement pris par cette rencontre que la première chose qu’il fait c’est d’amener son frère Simon pour qu’il connaisse aussi le Seigneur, selon ce que nous décrit l’évangéliste : « Il trouve d’abord Simon, son propre frère et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie » Et André amena son frère à Jésus ». Il est intéressant ici de voir que lorsque André et l’autre disciple rencontrent Jésus, ils l’appellent « Rabbi », tandis que le lendemain et après avoir partagé un bon moment avec Notre Seigneur, André est convaincu que Jésus est plus qu’un Rabbi, Il est le Messie.

Après cela se produit encore une autre rencontre, celle de Jésus et de Simon, à qu’il donnera le nom de Pierre. André le conduit à Jésus et le Seigneur « posa son regard sur lui », le mot en grec c’est « emblépsas », c’est un regard profond et pénétrant qui arrive jusqu’à l’âme de Pierre ; c’est le regard de Jésus, qui seul peut connaître ce qu’il y a dans le cœur de chaque personne.

La vie de ces trois disciples allait changer maintenant, Jésus rentre dans leur vie pour la transformer, pour leur donner une mission qui continuera jusqu’à la fin de temps. Cette heure, cette maison, ce regard et ces paroles du Seigneur resteront gravés dans leurs cœurs et pour toujours.

On peut dire que ce dimanche c’est le dimanche des vocations, « les appels de Dieu » à accomplir une mission dans son nom, par sa force et par sa grâce. Et pour cela la première lecture (1 S 3, 3b-10.19) fait référence à la vocation du prophète Samuel dont le nom signifie « celui que Dieu écoute », « à qui Dieu fait attention » ; mais il peut aussi signifier « celui qui écoute Dieu ». Dieu se révèle et Samuel sera son prophète ; pourtant l’écrivant sacré donne plus d’importance à la relation que Samuel aura avec Dieu et qui soutiendra sa mission : « le Seigneur était avec lui, et il ne laissa aucune de ses paroles sans effet ».

Samuel a donc écouté la voix de Dieu, de même que les premiers disciples écoutaient la voix du Fils de Dieu qui les appelait mais comme on a dit, l’appel s’est fait entendre mais principalement dans le cœur des apôtres.

A nous aussi Dieu nous parle et à plusieurs reprises dans notre vie. Pas nécessairement comme à Samuel, mais nous pouvons et nous devons écouter la voix de Dieu dans nos âmes.

Alors, cela suppose de savoir distinguer la voix de Dieu d’autres voix qui peuvent résonner en nous. Parce qu’on peut par exemple se tromper et croire que c’est Dieu qui me parle, lorsque c’est ma propre voix intérieure : la voix de mes sentiments, de mon égoïsme ; ou pire encore, cela peut être la « voix perfide du diable » qui veut me conduire vers le mal, vers le péché, saint Ignace de Loyola dit que le diable se déguise en « ange de lumière » pour entrer plus facilement dans l’âme et la conduire vers ses intentions perverses.

Et pour cette raison, afin de pouvoir discerner quelle est la voix authentique de Dieu, nous allons donner quelques conseils pratiques, qui ne sont qu’une petite partie de tout ce que nous connaissons comme le « discernement ». En tout, mais surtout dans les choses spirituelles nous devons agir avec prudence, saint Augustin disait que la prudence est un amour qui sait discerner (juger) les bonnes choses qui me conduisent à Dieu de celles qui m’éloignent de Lui.

Comment arrivons nous à distinguer quelles sont les pensées inspirées par Dieu ? En effet, Dieu communique dans la plupart de cas de cette façon avec nous, à travers ses inspirations.

D’abord, lorsque nous ne sommes pas en amitié avec Lui, Dieu vient secouer notre conscience, parfois à travers notre ange gardien et nous pousser vers le regret de nos péchés pour revenir à Lui. Et pour cela contrairement, jamais ne peut venir de Dieu une pensée qui me pousse à vivre en état de péché, à continuer dans le mal, jamais Dieu ne peut nous proposer de briser l’un de ses 10 commandements. Il cherche notre bien, notre correction, notre salut éternel.

Une autre qualité qu’une âme doit posséder pour apercevoir la voix divine et qui est relation avec ce que l’on vient de dire, c’est qu’elle doit être habituée aux choses de Dieu à travers l’esprit de prière, la lecture de la Bible et des enseignements de l’Eglise (les grands saints mystiques). Notre âme doit se laisser conseiller par qui peut l’orienter dans la vie spirituelle, ce qui implique une grande humilité et la pratique en plus des autres vertus qui nous rendent semblables au Christ. Rappelons-nous de la première lecture, c’est le prêtre Eli qui conseille au jeune Samuel comment répondre à la voix du Seigneur, en ce qu’il doit faire ; dans l’évangile c’est André qui conduit son frère Pierre vers Jésus, c’est André qui lui annonce le Messie. Pour bien écouter la voix de Dieu je dois être aussi docile, et lutter contre mon opinion et mon propre jugement, car Dieu résiste aux orgueilleux.

Lorsque Dieu parle à mon âme, ses pensées vont toujours susciter la paix ; leur finalité et leur objet seront toujours bons (selon la loi divine), mais aussi les moyens pour l’atteindre et les circonstances seront-ils bons (par exemple jamais Dieu ne va proposer quelque chose qui soit contre la vocation à laquelle Dieu m’avait déjà appelé une fois, Dieu ne change pas d’avis).

Sainte Jeanne d’Arc

Le Seigneur va pousser notre âme à exercer le bien pour ainsi au maximum, jamais Il ne va nous proposer de faire le bien à moitié, de nous désister à faire une grande œuvre simplement parce qu’elle est sensiblement difficile. Dieu appelle toujours à l’héroïsme et non pas à la vie facile et hédoniste.

Dans notre intelligence la voix de Dieu nous inspire, soit par lui-même soit par son ange, des choses vraies, utiles pour notre salut. Il donnera toujours lumière et discrétion, flexibilité pour que l’âme affronte les difficultés de ce monde. Les pensées divines sont toujours nées de l’humilité. Nous ne pouvons pas considérer comme venues de Dieu, des pensées qui soient contraires à tout ce qu’on vient d’énumérer.

Dans notre volonté, la voix de Dieu suscite la paix, l’humilité, la confiance en Dieu même, docilité, droiture de vie et intention droite ; sincérité et simplicité. Elle nous inspire la patience devant les adversités, le désir de la croix et l’amour au sacrifice. La voix de Dieu nous indique le chemin vers une authentique liberté d’esprit, une charité bienveillante et désintéressée et surtout un grand désir d’imiter en tout notre Seigneur Jésus-Christ.

Revenant à l’évangile de ce dimanche, nous allons finir avec un beau commentaire de saint Augustin sur ce texte :

« Voici l’Agneau de Dieu, dit Jean. Les deux disciples l’entendirent parler et suivirent Jésus. Alors Jésus s’étant retourné et les voyant qui le suivaient, leur dit : Que cherchez-vous ? Ils répondirent : Rabbi où demeures-tu ?  S’ils le suivent aujourd’hui, ce n’est pas d’une manière définitive, mais ils voulurent voir où Il habitait … Jésus leur montra donc où il demeurait, ils virent et ils demeurèrent avec lui. Quel jour heureux ! Quelle douce nuit ils durent passer ! Qui nous redira l’entretien que le Seigneur eut avec eux ? Elevons-nous-mêmes et construisons dans notre cœur une maison où le Sauveur vienne nous enseigner et s’entretenir avec nous ».

Demandons à Marie, la grâce d’écouter la voix de Dieu dans nos cœurs.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

[1] Rabbi : dans les langues sémitiques, la racine de ce mot désigne la grandeur. Rabbi signifie littéralement « mon grand », « grand pour moi ».

Il a voulu faire ce qu’il a demandé à tous de faire

Fête du Baptême de Notre Seigneur

Avec la fête du Baptême de Notre Seigneur l’Eglise conclut le temps de Noël, et ouvre au même moment un temps liturgique, le temps durant l’année, temps ordinaire. Ce temps comprend quelques dimanches  jusqu’au Carême et les autres qui se trouvent après la Pentecôte jusqu’à la fête du Christ Roi, en novembre.

Ce mystère que nous contemplons est au début de ces trois années de vie publique du Christ, c’est-à-dire de la prédication de la Bonne Nouvelle.

Nous avons écouté le récit de Saint Marc, qui le raconte avec toute simplicité.

Nous pouvons nous demander pourquoi le Seigneur a voulu se faire baptiser, si en fait ce baptême était pour les pécheurs, c’était un signe de pénitence ; et notre Seigneur n’avait pas de péché ? On peut donner à cette question trois réponses.

La première réponse nous la trouvons dans un commentaire de Saint Ambroise, ” le Seigneur fut baptisé non pour être purifié mais pour purifier les eaux, afin que, purifiées par la chair du Christ, qui n’a pas connu le péché, elles aient le pouvoir de baptiser “.

Mais, il y a une deuxième raison et c’est que le Seigneur, vrai homme qu’il est, voulait purifier la nature humaine à travers ce baptême, selon Saint Jean Chrysostome, ” bien qu’il n’a pas été pécheur lui-même, il a pris une nature pécheresse et une chair semblable à la chair du péché. C’est pourquoi, bien qu’il n’ai pas eu besoin du baptême pour lui, la nature charnelle des autres en avait besoin “. Et, dit aussi S. Grégoire de Nazianze ” le Christ fut baptisé afin d’engloutir dans l’eau le vieil Adam tout entier “.

Et la troisième raison nous la recevons de Saint Augustin qui disait : Il a voulu être baptisé parce qu’il a voulu faire ce qu’il a demandé à tous de faire “. Comme déclare aussi Saint Ambroise la justice, c’est que l’on fasse le premier ce que l’on veut que les autres fassent, et qu’on les entraîne par son exemple. ” Jusque-là ce sont ce qu’on appelle les raisons de convenance théologique.

Mais dans le fait du baptême du Seigneur, il y a un aspect qui n’est pas souvent médité par les chrétiens ; il est vrai que cet épisode de l’évangile marque le début de sa vie publique, mais il indique aussi, il signale à travers quelques signes symboliques quelle est la mission du Rédempteur, évidement c’est le fait de racheter les hommes par son sacrifice sur la croix.

Prenant l’idée de Saint Jean Chrysostome énoncée plus haut, nous pouvons dire que le Seigneur s’avance avec la foule des pécheurs qui venaient se faire baptiser, parce qu’Il avait pris l’humanité, l’humanité affectée par le péché ; Il est devenu l’un de nous, semblable à nous en toute chose sauf dans le péché. Mais Il en avait pris toute la charge et Saint Paul dira pour cela que le Christ s’est fait péché, dans le sens d’assumer librement, tout en étant innocent, notre faute, notre condamnation.

Les évangélistes rapportent avec quelques variations les paroles prononcées par le Père, cette voix venue du Ciel « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve toute ma complaisance. ».

Elles sont pour ainsi dire une combinaison de deux prophéties de l’Ancien Testament (comme il arrive souvent dans les évangiles, et évidement ce n’est pas par hasard), la première partie c’est le Psaume 2, un psaume messianique : « L’Éternel m’a dit : Tu es mon fils! Je t’ai engendré aujourd’hui ». L’autre partie de cette phrase c’est le début d’un chant biblique du prophète Isaïe, c’est le chant au Serviteur qui vient libérer le peuple de l’oppression, « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; aux nations, il proclamera le droit. » Alors, quel est le distinctif de ce serviteur dont parle le Prophète ? Cela signifie qu’Il doit réaliser la volonté du Père, réaliser le dessein de Dieu, et pour cela la mission de ce serviteur sera une mission de souffrance.

Un deuxième signe c’est le fait voir les cieux se déchirer comme dit Saint Marc, c’est aussi une prophétie d’Isaïe, cela montre que le Seigneur Dieu vient en aide de son peuple. Et finalement, la descente sur Lui de l’Esprit Saint sous la forme d’une colombe ; la colombe était depuis les origines symbole de la présence divine, ce n’était pas un signe méconnu pour le peuple. Mais il y avait encore une autre signification, plus profonde et qui faisait relation au sacrifice qu’on devait offrir dans le temple pour racheter les enfants ainés, comme nous le voyons dans l’enfance du Seigneur : pour les grands riches le sacrifice était un taureau, pour ceux qui pouvaient un agneau, mais pour les pauvres on leur exigeait seulement le sacrifice d’une colombe (c’était le cas de Marie et Joseph). Chaque fois qu’un juif voyait soit un agneau soit une colombe, cela le faisait penser de façon immédiate au sacrifice du temple pour le rachat des enfants.

Alors, beaucoup ont dit, et dissent encore que Notre Seigneur ignorait quelle était sa mission au début de sa vie, qu’Il l’a compris après ; avec le temps et comme résultat de ce que les gens disaient de Lui, Il s’est rendu compte de sa vocation et de sa mission. Cette opinion est évidement fausse.

Le Seigneur connaissait comme homme quelle était sa mission depuis sa conception, comme dit la lettre aux Hébreux : en entrant dans le monde, le Christ dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre.

Quelqu’un a écrit une fois : « tout homme spirituellement sain porte en soi même une nécessité essentielle d’être ici dans ce monde pour quelque chose, pour quelqu’un. Dans ce monde il y a eu beaucoup de vies sans un véritable but, vide de tout esprit, Jésus-Christ sait que sa vie a un sens, une direction, en fin Il est conscient de sa « vocation », son « appel ». Sa mission est toujours devant ses yeux pour ainsi dire, c’est d’elle qu’Il prend des forces pour affronter les adversités, la fatigue, les souffrances, la persécution.

Il est sûr de sa vocation, n’a pas de doute ; déjà dans les premières années Il le proclame convaincu dans le temple, lorsqu’Il dit à la Vierge et à Saint Joseph : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » (Lc. 2,49). Cette idée va l’accompagner toute sa vie, Il dira après sa Résurrection : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. ». Et avant de remettre son Esprit au Père, Jésus prononce ces paroles définitives : « Tout est accomplis »  (Jn. 19,30).

Evidemment qu’Il a toujours compris aussi en quoi consistait sa mission, Il vient dans ce monde pour le racheter, pour sauver, Il sait qu’il est le Messie venu pour servir : (Mt. 20,28) le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. Mais ce royaume spirituel qu’il doit fonder ne se fera qu’avec le sacrifice de sa Vie.

Dans la prière collecte, la prière d’ouverture que nous avons prié tout à l’heure fait une étroite relation entre la mission du Seigneur et la nôtre, nous avons demandé comme fils adoptifs de Dieu que nous sommes par notre Baptême la grâce de nous garder dans la sainte Volonté du Père. A la très sainte Vierge Marie nous demandons cette grâce.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné