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Comment saint Joseph perdit le Sauveur à Jérusalem et comment il le retrouva

Après l’orage de la persécution, après les tristesses de l’exil, voici que commence la vie cachée du Sauveur, période de calme, de paisible douceur, de bonheur domestique pour la famille de saint Joseph. Une seule fois cette paix fut troublée, et la souffrance fut poignante, lorsque Jésus eut atteint sa douzième année.

C’était le temps de la Pâque. Déjà, de toutes parts, des feux brillaient durant la nuit sur les montagnes, pour annoncer au loin la fête de la nouvelle lune du mois de Nisan. Les routes étaient encombrées de pèlerins qui se rendaient à Jérusalem pour la grande solennité de la Pâque. Dans les bourgades et les villages on se réunissait en caravane, les hommes formant un groupe, et les femmes un autre, et les vallées retentissaient du chant des psaumes (Ps. CXVIII – CXXXVIII).

Le Sauveur avait douze ans : devenu « fils de la Loi », il devait désormais observer les jeunes prescrits et se rendre à Jérusalem à l’époque des trois grandes fêtes du peuple juif. C’était donc son premier pèlerinage légal à la ville sainte. Les campagnes avaient revêtu leur parure printanière. La joie de tous était grande surtout lorsque, derrière les antiques sanctuaires de Silo et de Bethel, Jérusalem, couronnant les hauteurs, apparut au loin, avec ses murs, ses tours, ses palais, ses coupoles et son Temple. On eût dit une vision du ciel. Les pèlerins recevaient l’hospitalité chez des parents ou des amis, ou bien, à peu de frais, ils trouvaient un abri pour les jours de la fête. La Sainte Famille se conforma à l’usage. Le 14 Nisan, au soir, on mangeait l’agneau pascal ; le 15, le sacrifice solennel se célébrait dans le Temple et tous les hommes devaient paraître. Le soir de ce même jour, en présence du peuple, la première gerbe d’épis d’orge était apportée au Temple, et offerte, le lendemain, en sacrifice, puis consumée. Cette oblation des prémices marquait le commencement de la moisson : les pèlerins pouvaient rentrer chez eux.

Réunis à des Galiléens et à des habitants de Nazareth, Joseph et Marie quittèrent Jérusalem. Le soir, à la première halte, – à Béroth, probablement – le Sauveur ne se trouva point avec eux. Pensant qu’il était avec des parents ou des amis, ils ne s’inquiétèrent pas tout d’abord. Mais quelle douloureuse surprise lorsque, malgré leur attente et leurs recherches parmi les divers groupes, ils ne le découvrirent point et ne purent même recueillir aucun renseignement ! L’inquiétude ne leur permit point de goûter le sommeil. Le lendemain fut encore un jour de tristesse. Ils reprirent la route de Jérusalem, interrogeant tous ceux qu’ils rencontraient, parcourant les rues de la ville, mais, hélas ! sans résultat. L’angoisse devenait plus poignante. Qu’était devenu le divin Enfant ? Que de motifs de craindre, motifs de l’ordre naturel et de l’ordre surnaturel ; expérience du passé, appréhension de l’avenir ! Où donc était Jésus ? Est-ce déjà le glaive prédit par Siméon, et la redoutable prophétie commence-t-elle à se réaliser ? Qui dira leur douleur, leurs soupirs, leurs larmes ? Lors de la fuite en Egypte, ils avaient souffert, sans doute ; mais, du moins, ils possédaient Jésus, Jésus était avec eux. Malgré tout, cependant, ils restent soumis à Dieu, dans la patience et dans l’humilité. Peut-être est-ce leur propre indignité qui les a privés de cette présence bénie ! Et ils remercient Dieu de l’honneur et du bonheur dont ils ont été favorisés jusqu’à présent ; cette pensée même et le regret qui l’accompagne ne font que stimuler leur zèle à rechercher le Sauveur. Que cette fête de la Pâque, commencée avec tant de joie, s’achève tristement !

Ainsi se passent et cette journée, et la nuit, et une partie du lendemain. Enfin, désolés, à bout d’expédients, ils arrivent au Temple.

Tandis que Marie et Joseph le cherchaient, Jésus, obéissant à son Père céleste, avait quitté ses parents d’autant plus facilement que, dans le Temple, comme durant le pèlerinage, les hommes et les femmes formaient des groupes séparés. Peut-être avait-il passé la nuit sur le Mont des Oliviers, ou dans quelque hôtellerie publique, et avait-il mendié sa nourriture. Après le départ de Marie et de Joseph, ou le lendemain, il se trouvait au Temple, et avait pénétré sous le portique ou dans la salle où des docteurs enseignaient et répondaient aux interrogations de leurs auditeurs. Jésus s’assit parmi les disciples ; et parce qu’il parut peut-être plusieurs fois, que le charme de sa personne et la sagesse de ses questions et de ses réponses frappèrent tous les spectateurs, il attira l’attention des docteurs eux-mêmes. Le troisième jour, il était encore là, « et tous ceux qui l’entendaient étaient ravis en admiration » (Luc, II, 47). Les docteurs, quittant la place d’honneur qu’ils occupaient, s’approchaient de lui, prenaient plaisir à l’interroger : ou bien, peut-être, pour mieux l’entendre, l’avaient-ils fait asseoir à leurs côtés. En tout cas, d’après le récit de l’Évangile (Luc, II. 46-47-48), on voit qu’il s’agit d’un fait inaccoutumé, d’une prévenance qui n’était point dans les habitudes des docteurs. Quel était le sujet de la discussion, nous ne pouvons que le conjecturer : peut-être était-il question de l’avènement du Messie. Quoi qu’il en soit, c’était, dans ce sanctuaire de la science, une sorte de révolution : les docteurs recevant les leçons d’un enfant et lui témoignant une déférence respectueuse ! N’y avait-il pas, en cela, une prophétie de l’avenir ?

C’est à ce moment que Marie et Joseph entrèrent, « et ils furent remplis d’étonnement » à ce spectacle (Luc. II, 48). Marie, encore angoissée par la douleur, et heureuse en même temps de retrouver son Enfant bien-aimé, lui dit : « Mon fils, pourquoi avez-vous agi ainsi avec nous ? Voilà votre père et moi qui vous cherchions étant tout affligés » (Luc. II, 48). Le Sauveur se leva et répondit : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je sois occupé à ce qui regarde le service de mon Père ? » (Luc. II, 49). Il y avait en Jésus une telle majesté, une telle gravité dans ses paroles que Marie et Joseph se renfermèrent dans le silence, saisis d’admiration et pénétrés de respect. Puis Jésus « s’en alla avec eux et vint à Nazareth » (Luc. II, 51).

Il était bien naturel que Marie, dans l’exquise sensibilité de son cœur, manifestât sa peine par les paroles adressées à Jésus. Quant à Joseph, qui observait toujours toutes choses avec une sollicitude paternelle, il semble avoir gardé le silence. Il méditait dans le recueillement le mystère qui venait de se passer. Mystère, en effet, mystère profond ! Jésus abandonne ses parents, il leur cause cette peine cruelle, il les jette dans l’angoisse, quand, jusqu’alors, il leur a témoigné tant d’obéissance ! Mystère ! il se révèle en public, et dans le Temple il attire sur lui tous les regards, quand, jusqu’alors, il a vécu dans l’humilité, dans le silence et l’obscurité. Ce mystère est le prélude et l’annonce de la mission messianique de Jésus, de sa vie publique, pour la manifestation de sa divinité avec des circonstances particulières de pauvreté et de renoncement absolu ; et même, au dire des saints Pères[1], c’est le prélude de l’annonce de sa mort et de sa demeure de trois jours dans le tombeau.

Mais, en même temps, ce mystère nous indique le rôle spécial de saint Joseph, ses rapports avec la vocation messianique de Jésus. Il apparaît ici avec son titre de père légal du Sauveur : Marie lui donne ce nom de père ; elle le nomme avant elle-même. Toutefois, il n’est que le père légal et Jésus, dans sa réponse, parle d’un autre Père ; et l’obéissance à ce Père est son premier devoir, sa mission tout entière. Nous voyons également Joseph associé à la mission messianique du Sauveur dans le chagrin et la souffrance. Tous ici – Marie, Joseph, Jésus lui-même – sont déjà, dans ce mystère, des victimes de cette vocation. Le glaive de Siméon, qui devait, sur le Calvaire, transpercer l’âme de Marie, frappe aussi, en ce jour, le cœur de Joseph.

Enfin, notre saint patriarche est associé aux joies et à l’honneur. Ce mystère constitue une révélation du Sauveur, révélation glorieuse, révélation singulièrement gracieuse parce que, pour la première fois, Jésus se manifeste lui-même en laissant transparaitre quelque chose de sa sagesse divine, quelques traits de sa beauté ; et tel est le charme, que les docteurs de la loi, malgré l’orgueil de leur science et l’opiniâtreté de leur esprit, s’inclinent devant le Sauveur dans son Temple. Quelle joie, quel honneur pour saint Joseph, d’être le père de cet Enfant, d’être auprès de lui le représentant du Père céleste !

Saint Joseph, dans la Vie de Jésus-Christ et dans la Vie de l’Eglise

R. P. M. Meschler S. I.


[1] S. Ambr. Expos. Evang, sec. Lucam (2, 42 etc.) n. 63.

Comment saint Joseph dut fuir en Egypte et comment il en revint

La paix, cependant, ne devait pas tarder à être troublée. La même nuit, « un ange du Seigneur apparut à Joseph pendant qu’il dormait » ; et s’adressant au Chef de la Sainte Famille, « il lui dit : Levez-vous, prenez l’enfant et sa mère, fuyez-en Egypte, et demeurez-y jusqu’à ce que je vous dise ; car Hérode cherche l’enfant pour le faire mourir » (Mt. II, 13). Chaque mot de ce message demandait un sacrifice et créait une difficulté. Que d’allées et de venues pour saint Joseph, depuis que le Sauveur est avec lui ! Le repos ne viendra donc jamais ! Fuir est toujours difficile, surtout avec une femme et un enfant. Se retirer en Égypte, si loin, parmi des peuples païens ! Et pour combien de temps ! Quand il avait fallu défendre son peuple contre le Pharaon ou contre Sennachérib, Dieu avait fait un miracle et il avait envoyé son ange. Pour son Fils, rien de semblable !

Que fera saint Joseph ? L’Évangile nous le dit : Joseph, s’étant levé, prit l’enfant et sa mère durant la nuit, et se retira en Egypte » (Mt. II, 14). Pas une plainte ! pas une objection ! pas un signe d’inquiétude ! Voilà bien saint Joseph, l’homme de l’obéissance, de la confiance en Dieu, l’homme selon le cœur de Dieu ! Doucement, il réveilla Marie et l’Enfant. Un regard sur Jésus endormi en avait dit assez à saint Joseph. Si ce Dieu fait homme, si ce Dieu devenu pour nous un faible enfant veut déjà rencontrer la haine et la persécution, s’il veut fuir devant ses créatures, s’il veut être protégé par Joseph, n’est-ce point plus qu’il n’en faut pour tout accepter, pour se soumettre sans réserve ?

Les préparatifs furent bientôt achevés. Joseph se charge lui-même d’une partie des modestes bagages : l’humble monture qui servira à Marie et à Jésus portera le reste. Et tandis que les hommes reposent en paix dans leurs demeures, la Sainte Famille quitte Bethléem et se dirige au sud vers la ville d’Hébron, sans mécontentement, sans précipitation, mais en s’abandonnant à Dieu. C’est ainsi qu’un bas-relief de XIII siècle (Notre Dame de Paris) nous représente ce départ. Saint Joseph conduit la monture par la bride ; ses regards sont affectueusement fixés sur Marie et Jésus. Fra Angelico nous le montre marchant en arrière, chargé de quelques bagages ; son regard respire la confiance ; il ne songe qu’à aller où Dieu l’appelle.

Hébron, le lieu de la sépulture d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, était située dans une vallée fertile, à six lieues environ vers le sud. La route traverse les montagnes de Juda, autrefois plantées de chênes robustes. D’Hébron à Beersheba, il y a encore cinq heures de marche ; puis l’on se dirige vers la mer à travers les plaines que le patriarche Abraham parcourut autrefois avec ses troupeaux. On peut admettre aussi que la Sainte Famille choisit la route directe qui, en passant par Eleuthéropolis, conduit à Gaza, et qui demande environ dix heures. A partir de Gaza, le chemin longe le bord de la mer ; la verdure disparaît de plus en plus et alors commence au « Torrent » ou « Ruisseau d’Egypte » une route longue, déserte, triste qui conduit en neuf jours aux bords du Nil, à travers le petit désert d’Arabie avec ses dunes de sable.

C’est, on le voit, un voyage d’environ cent cinquante lieues ; et la Sainte Famille dut y mettre de trente à quarante jours. Aux Israélites errant dans le désert Dieu avait miraculeusement donné l’eau et la manne : l’Ecriture Sainte ne nous dit point que de pareilles faveurs aient été accordées à la Sainte Famille. Ce qui est certain, c’est que les saints voyageurs eurent à souffrir de la fatigue, de la chaleur du jour, de la fraîcheur de la nuit, et des mille incommodités d’une hospitalité aussi sommaire que celle des Khans, d’ailleurs très rares, qu’ils purent rencontrer sur leur route. Mais ils supportèrent tout avec joie. Il s’agissait de sauver l’Enfant ; et tous ces maux passaient, comme passent toutes choses, ici-bas, les souffrances comme les joies.

Les voyageurs arrivèrent au premier bras du Nil, et la terre d’Egypte s’ouvrit à eux comme un paradis d’une beauté et d’une fertilité merveilleuses. Ils étaient dans la terre de Gessen, habitée autrefois par les Israélites. Mais il est probable que la Sainte Famille alla jusqu’à Héliopolis, à proximité de la ville actuelle du Caire.

Cependant Hérode, dans le palais de David, attendait en vain le retour des Mages. « Voyant que les mages s’étaient moqués de lui, il entra dans une grande colère, et il envoya tuer, dans Bethléem et dans tout le pays d’alentour, tous les enfants âgés de deux ans et au-dessous… On vit alors s’accomplir ce qui avait été dit par le prophète Jérémie… Rachel pleure ses enfants et ne veut point recevoir de consolations, parce qu’ils ne sont plus » (Mt. II, 16-18 ; Jérém. XXXI, 15). Un an à peine s’était écoulé depuis que la Sainte Famille, traversant le plateau de Réphaïm entre Bethléem et Jérusalem, était arrivée en ces lieux où Jacob, la tristesse au cœur, avait enseveli Rachel ; elle ne savait point que la prophétie dût s’accomplir aussi tôt et qu’en cette contrée, alors si paisible, retentiraient des cris de douleur à cause même de l’Enfant que Marie portait entre ses bras et sur qui Joseph veillait avec tant de sollicitude. Celui que le cruel Hérode poursuivait en faisant mourir les saints Innocents, lui échappa : il était en Égypte, en sécurité sous la garde de Joseph.

La vie des exilés fut, comme on pense bien, une vie de travail et de souffrance ; mais travaux et souffrances avaient leurs joies. C’est à Babylone, un faubourg de la ville moderne du Caire, que saint Joseph se serait fixé, peut-être dans quelque ruelle étroite, sombre, dominée par de hautes maisons : du moins c’est là qu’on montre, aujourd’hui encore, une demeure qui aurait été celle de la Sainte Famille. Autrefois, Joseph, le fils de Jacob, – une figure de notre saint patriarche – avait commandé en Egypte : puissant, honoré de tous, il avait nourri le peuple de Dieu en lui ouvrant les greniers de l’Egypte. Mais le Sauveur voulut être pauvre ; et, par conséquent, Marie et Joseph aimèrent la pauvreté, et c’est au prix de nombreuses privations que, sur cette terre étrangère, ils nourrirent du travail de leurs mains Celui de qui toute créature tient l’être et reçoit sa subsistance. Joseph exerçait le métier de charpentier ; Marie cousait et filait.

Quelle souffrance aussi pour la Sainte Famille que le spectacle de l’idolâtrie de ce peuple, d’ailleurs vanté pour sa sagesse, et qui adorait toutes choses… des crocodiles, des chats, des oignons ! Le pays lui-même – en dehors des rives à peu près immédiates du Nil, où la fertilité est merveilleuse – le pays lui-même, d’un aspect monotone comme le désert que le regard rencontre partout, ne rappelait en rien les grâces paisibles de la charmante Galilée.

Mais, nous l’avons dit, les travaux, la pauvreté et la souffrance avaient leurs joies. Pour les israélites fidèles, l’Egypte était une terre sainte, riche en souvenirs précieux, leur rappelant Abraham, Jacob, Joseph, Moise et le peuple de Dieu qui s’était formé, qui avait grandi à l’ombre des pyramides. La Sainte Famille le savait ; et c’était pour elle un continuel sujet de consolation et d’édification. A cette époque encore, de nombreuses familles juives habitaient l’Egypte ; elles avaient même un temple magnifique, élevé par le grand prêtre Onias IV. Joseph et Marie purent entrer en relation avec ces familles. Ils goûtaient, en outre, leur consolation dans leur esprit de foi, dans leur abandon à la volonté divine. Dieu, ils le trouvaient en Egypte comme à Nazareth, comme à Bethléem ; et c’était une satisfaction pour leur âme. L’Enfant divin lui-même était leur joie la meilleure et la plus douce. Si l’exil se prolongea, c’est donc en Egypte que le Sauveur fit ses premiers pas, balbutia ses premières paroles et, un jour, – quel ravissement, – donna à Joseph le nom de « père », à Marie le nom de « mère » !

Grotte de la Sainte Famille. Le Caire, Egypte.

L’Egypte voyait ainsi se réaliser la promesse faite par les prophètes ; elle recueillait les bénédictions annoncées (Is. XIX. 19 ; Deut., XXIII, 7). Et, sans doute, c’est à cette présence de la Sainte Famille que l’Égypte dut, plus tard, le merveilleux épanouissement de la foi chrétienne, qui, peuplant le désert d’une multitude de solitaires et de religieux, fit de cette terre désolée le foyer de la vie mystique !

On ignore combien de temps la Sainte Famille séjourna en Égypte. Y demeura-t-elle quelques mois ou quelques années ? les opinions sont partagées. Ce que nous savons, c’est que l’exil prit fin avec le règne d’Hérode : le tyran qui avait fait périr tant d’innocentes victimes, mourut d’une maladie cruelle qui le frappa à Jéricho. Ses fils se partagèrent son royaume. Arkélaüs, l’aîné, aussi cruel et aussi débauché que son père, eut la Judée pour sa part.

Alors, « un ange du Seigneur apparut à Joseph en Egypte pendant qu’il dormait et lui dit : Levez-vous, prenez l’enfant et sa mère, et retournez dans le pays d’Israël ; car ceux qui cherchaient l’enfant pour lui ôter la vie sont morts. » (Mt. II, 19-20). Joseph reçut ce message avec une joie paisible ; il rendit grâces à Dieu ; et, plein de reconnaissance pour tous ceux qui s’étaient montrés bienveillants envers lui, il se mit en route avec Jésus et Marie. Quittant les rues sombres et les voûtes des bazars de la cité égyptienne, la Sainte Famille se dirigea vers la mer et suivit le chemin qu’elle avait pris en venant de Bethléem. Quelle joie, en apercevant de nouveau les collines et les montagnes de la Terre Sainte !

Esdrelon

Joseph avait l’intention de se fixer à Bethléem ; mais le caractère trop connu d’Arkélaüs le faisait hésiter : il appréhendait la violence de ce prince. Dans ce doute, « ayant reçu pendant qu’il dormait un avertissement du ciel, il se retira dans la Galilée », et vint demeurer « à Nazareth » (Mt. II, 22-23). La Sainte Famille continua donc sa route par Joppé (Jaffa), longeant le Carmel et traversant la plaine d’Esdrelon jusqu’aux collines et aux montagnes qui protègent Nazareth. C’est « afin que cette prédiction des prophètes fût accomplie : Il sera appelé Nazaréen » (Mt. II, 23), c’est-à-dire « séparé », « fleur ». C’est donc à Nazareth que s’épanouit l’enfance de Jésus et Joseph avait la mission de veiller sur cette fleur du ciel.

Saint Joseph, dans la Vie de Jésus-Christ et dans la Vie de l’Eglise

R. P. M. Meschler S. I.