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Le fruit précieux de la sainteté

Homélie du Dimanche XV, année A (Mt 13, 1-23)

Avec le texte évangélique de ce dimanche, le Seigneur commence sa prédication et c’est avec les paraboles. Les gens qui Le suivaient étaient nombreux et de façon que Jésus doit monter dans une barque, et depuis là prêcher. Certains commentateurs disent qu’il est très probable qu’au moment de dire cette parabole « du Semeur », il y avait, pas loin de la rive du lac de Galilée, des semeurs qui travaillaient et cela facilitait l’imagination des gens. En fait, ce lac est entouré des terres fertiles et qui répondent à la description faite par le Seigneur.

La façon de semer en Palestine et un peu partout dans le monde antique, surtout lorsqu’il s’agissait du grain comme le blé, se faisait en jetant les grains dans l’air et par l’action du vent et de la force de gravité, ils tombaient dispersés un peu partout. Il y a avait des chemins qui traversaient les champs et à force d’être piétinés, ils devenaient durs ; le sol autour du lac comptait aussi dans certains endroits d’une couche pierreuse, couverte avec un peu de la bonne terre mais pas suffisamment pour que les plantes grandissent et se développent pour produire de fruits ; et finalement comme on peut voir ici aussi, à cause du climat principalement sec de la méditerranée, les plantes sauvages sont généralement épineuses pour éviter l’évaporation d’eau et pouvoir ainsi survivre. Tout cela n’est pas difficile à imaginer pour nous, habitués à ce type de sol et de terrain dans ce pays où nous sommes.

Le Seigneur commence avec cette parabole, mais après Il est interpellé par ses disciples qui lui demandent la raison pour laquelle Il prêche en paraboles. C’est la deuxième partie de l’évangile de ce dimanche. Et la réponse du Seigneur ne laisse pas d’être étonnante : Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre. Alors, on peut se demander : mais si le Seigneur ne voulait pas qu’on L’écoute, il aurait fallu tout simplement ne pas prêcher. Nous pouvons dire que la prophétie d’Isaïe est encore plus dure : Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, et moi, je les guérirai.

Il semblerait que le Seigneur ne veut pas que le peuple de cœur dur se convertisse, que ces gens qui l’écoutaient puissent connaître la vérité de l’Evangile, l’unique vérité qui sauve. Comment Dieu peut avoir ce sentiment ?

En vérité, Jésus devait annoncer l’évangile, Il ne pouvait pas se taire alors que beaucoup, même d’entre la foule qui l’écoutait ne voulaient pas croire en Lui ; leurs cœurs étaient fermés. Notre Seigneur fait un avertissement utilisant une sainte ironie, une sorte de prophétie faite pour qu’elle ne s’accomplisse pas, du moins, le Seigneur ne veut pas que cela se passe. Mais ce sont des menaces pleines de miséricorde, elles procèdent de l’amour et non de la haine. Nous connaissons ce genre de recommandation, comme par exemple : « si tu continues à faire cela, tu vas finir en prison ». Dans l’Ancien Testament nous avons le cas du prophète Jonas, qui prêchait la destruction de la ville de Ninive, laquelle s’est finalement convertie grâce à cela. Prévoir ce qui peut arriver et l’avertir ne signifie pas le désirer.

Jésus explique après la parabole. Il n’a pas expliqué toutes les paraboles ; et, comme disait un commentateur parmi toutes, celle du semeur est la plus facile à comprendre, peut-être c’est parce que c’est le Seigneur qui lui a donné son sens.

En écoutant la description de ces trois hommes sur lesquels la Parole ne donne pas de fruits, nous pouvons penser : « Grâce à Dieu, cela ce n’est pas mon cas ». Mais, il faudrait bien voir si c’est une réponse réaliste et si elle s’accomplit dans tous les aspects de notre vie comme chrétiens, consacrés et moines. Le Seigneur parle de la Parole de Dieu, celle qui nous fait grandir dans la foi, mais accueillir la Parole de Dieu n’est possible qu’à travers un cœur docile. Ce qui n’est pas le cas dans ces trois cœurs où la foi est semée, mais elle ne prospère pas. Parce que Dieu ne nie à personne la grâce de la conversion et de croire en Lui, mais Il a donné aussi la liberté.  

Alors, il y a premier terrain, qui représente celui qui entend la parole du Royaume sans la comprendre : des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger. C’est le cœur superficiel et distrait dans les plaisirs de ce monde. C’est l’âme versée vers l’extérieur, tout ce qu’elle cherche c’est l’apparence. Il s’agit de l’esprit frivole, vide dedans malgré une apparence de vie dehors, c’est une foi d’épiderme, une couche de vernis pour faire briller seulement. Ces gens ne distinguent pas de ce qui est essentiel de ce qui est seulement accidentel. Chez les chrétiens, on peut trouver cet esprit dans la conception de la messe par exemple limitée comme le lieu de la rencontre de dimanche ; de la musique comme plus important que l’essentiel de la messe qui est le sacrifice eucharistique : la consécration du Pain et du Vin dans le Corps et le Sang de Christ et l’offrande au Père. La frivolité dans notre vie comme chrétien nous vide et nous fait tromper dans la véritable intention, la finalité pour laquelle nous agissons ; à la place de faire les choses pour Dieu on le fait pour le plaisir et pour une finalité égoïste.

Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, il est l’homme d’un moment, dit le Seigneur : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt. C’est le type d’esprit auquel il manque la constance, recevoir la foi est une joie, croire est une joie ; mais la foi est exigeante, et implique d’aller à contrecourant du monde d’aujourd’hui. Nous ne pouvons pas suivre le Seigneur pour un peu de temps et après l’abandonner. On ne peut pas se résoudre à vivre l’évangile et les dix commandements et après les laisser de côté au moment qu’ils deviennent difficiles à vivre.

Cet esprit est bien défini par l’apôtre saint Jaques dans sa lettre (1,6-8) : celui qui hésite ressemble aux vagues de la mer que le vent agite et soulève. Qu’il ne s’imagine pas, cet homme-là, qu’il recevra du Seigneur quoi que ce soit, s’il est partagé, instable dans toute sa conduite.

Saint Bernard disait aussi : ” peu profite l’homme de suivre le Christ si à la fin de sa vie, il n’arrive pas à l’atteindre”.

Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole. Il s’agit ici du cœur si passionné par les richesses qu’elles deviennent son Dieu, plutôt ce sont ceux qui subordonnent la Parole de Dieu à leurs intérêts dans ce monde, on est chrétien juste pour la messe de Dimanche, jusqu’au moment où Dieu me demande de me détacher des biens de ce monde pour le suivre de plus près, pour l’aimer davantage.  

Mais, le Seigneur dit à la fin qu’il existe aussi les champs qui donnent soit 100, soit 60, soit 30, ou bien comme disait aussi un commentateur, les saints, les pieux et les convertis.

Evidement que nous devons tendre à la sainteté et ne pas nous conformer avec un 60 pour un. Celui qui donne vraiment du fruit est le saint. C’est-à-dire, celui qui prêche l’évangile sans trop de paroles, lorsqu’il parle de souffrance il sait ce que signifie souffrir, lorsqu’il parle de renonce sait ce que signifie renoncer, lorsqu’il parle de martyre, il sait qu’est-ce que le martyr signifie. Mais quand il parle d’amour de Dieu, il est bienheureux parce qu’il sait ce que signifie l’amour de Dieu.

Demandons à la Sainte Vierge Marie, la grâce de porter du fruit, le fruit précieux de la sainteté.

P. Luis Martinez V.E.

L’Eglise impose-t-elle le baptême?

Fête du Baptême du Seigneur

L’Eglise nous invite à contempler le mystère du Baptême du Seigneur, et avec cette fête, elle conclut le temps de Noël et ouvre le temps ordinaire, le temps où nous méditons les actes de Jésus (ses miracles, ses rencontres) et ses paroles (les discours et les paraboles).

Par rapport à son baptême, il est un premier sens, une finalité que le Seigneur avait lorsqu’Il reçoit le baptême de Jean : faire preuve de solidarité avec l’homme pécheur.

Sa solidarité se révèle lorsque le Seigneur charge sur lui-même la condamnation et le châtiment que l’homme méritait pour le péché. C’est pourquoi saint Paul écrit : ” Il a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix.” (Col 2, 14). Et aussi dans la deuxième lettre aux Corinthiens : ” Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu.” (2Cor 5,21).

Pour cette raison, par cette solidarité du Christ envers nous afin d’enlever le péché, c’est que le Baptême du Christ est étroitement lié à sa passion et à sa mort sur la croix. Le baptême d’eau du Christ dans le Jourdain est symbole de son baptême du sang sur le mont Calvaire. En fait, le Seigneur dira, déjà dans sa vie publique, c’est-à-dire quelque temps après son baptême d’eau : ” Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli !” (Lc 12,50).

Notre baptême, alors, parce qu’il a toute la force de la mort et de la résurrection du Christ, efface vraiment le péché originel, nous pardonne vraiment tous les péchés et nous infuse vraiment la grâce.

Saint Grégoire de Naziance a écrit que le baptême est « un Don, parce qu’il est conféré à ceux qui n’apportent rien ; une grâce, parce qu’elle est donnée même aux coupables; il est baptême (immersion), parce que le péché est enseveli dans l’eau; une onction, parce qu’il est sacré et royal (car les prophètes et les rois sont ceux qui reçoivent l’onction); une illumination, car c’est une lumière resplendissante; un habit, parce qu’il couvre notre honte; un bain, car il lave; un sceau, car il nous protège et est le signe de la souveraineté de Dieu sur nous ».

Dans notre époque, où plusieurs valeurs sont méprisées et beaucoup de vérités mises en question, simplement parce que la vérité « dérange » certains esprits et qu’il faut donc malheureusement la nier, il n’est pas étrange de trouver des chrétiens catholiques qui méprisent la valeur de la foi, et méprisent aussi l’importance des signes de la foi, comme par exemple le baptême. Ces gens-là considèrent le baptême comme un évènement social à l’Eglise sans importance, pensant par exemple qu’on peut être un bon chrétien sans recevoir les sacrements, ou bien partagent l’opinion assez répandue de ne pas imposer le baptême aux autres, par exemple aux enfants (lorsqu’il s’agit des parents catholiques, bien entendu).

Nous allons essayer d’expliquer pourquoi le baptême n’est pas « une attaque à la liberté », mais plutôt un grand bien que nous pouvons offrir à toute personne qui veut s’approcher du Christ.

Il faut tout d’abord dire que nous voulons tous, en tant qu’êtres humains, aimer et être aimés. Et être chrétien est essentiellement pratiquer le commandement de l’amour. L’amour authentique n’a jamais été une mauvaise chose pour personne.

Qu’un enfant jouisse de l’amour de ses parents dès sa conception n’est pas une condition négative à la liberté et à la volonté de l’enfant. De plus, c’est la plus belle chose qu’un enfant puisse posséder : l’amour et l’affection de ses parents.

Se réjouir de l’amour de Dieu est le plus grand don que l’on peut demander, et nous n’avons pas le droit de priver autrui du don d’être aimé.

Parlant précisément du sacrement, on peut dire que les objections contre le baptême des enfants proviennent d’une triple ignorance : l’ignorance des biens du baptême, de la Parole de Dieu et de la pratique de l’Église.

Par rapport au premier aspect : Le baptême est une grâce inestimable. Le baptême fait de nous des enfants de Dieu (Galates 4, 5-7). Il est la source d’une nouvelle vie en Christ (Catéchisme de l’Église catholique 1253). Tout en effaçant de nous tout péché (Actes 2:38), le baptême nous incorpore au Christ (Romains 8, 29. C.Eg.C. 1272) et à la communauté du salut, l’Eglise, où nous trouvons tous les moyens nécessaires pour aller au Ciel (CEC 1273). Le baptême nous donne le “sceau du Seigneur” avec lequel le Saint-Esprit nous a marqués pour le jour de la rédemption (Éphésiens 4,30). Les parents catholiques (s’ils sont conscients de ce qu’implique la foi chrétienne) priveraient l’enfant de la grâce inestimable d’être un enfant de Dieu s’ils n’administraient pas le baptême.

Jésus avec Nicodème

Qu’est-ce que l’Église nous enseigne ?  L’avertissement du Christ dans l’Évangile: ” personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu.” (Jn 3,5), doit être compris comme l’invitation d’un amour universel et infini; un appel à ses enfants souhaitant pour eux le plus grand bien. Cet appel irrévocable et urgent du Seigneur ne peut laisser l’homme dans une attitude indifférente ou neutre, puisque son acceptation est pour lui la condition de l’accomplissement de sa destinée. (Instruction sur le baptême des enfants # 10)

La foi n’est pas seulement un acte personnel, mais surtout une vertu surnaturelle. Les enfants ne sont pas capables de réaliser par eux-mêmes un acte de foi personnel, mais ils peuvent avoir la foi comme une vertu surnaturelle. De la même manière que “l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné”, ainsi c’est par grâce et non par nos propres efforts, que le Saint-Esprit donne aussi la foi à ceux qui reçoivent le baptême.

Il est bien de rappeler que comme l’Eglise l’enseigne: “Le baptême est le sacrement de la foi”. (C.Eg.C. 1253). “Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé” (Marc 16,16). Pour cette raison “… Le baptême n’a jamais été administré sans la foi et pour les enfants, c’est la foi de l’Église”. (Instruction sur le baptême des enfants n ° 18).

C’est-à-dire que pour faire partie du peuple de Dieu et entrer au Ciel, le baptême est nécessaire (moyen ordinaire). Ainsi, par exemple, si entrer au cinéma sans billet est une fraude, mais que quelqu’un d’autre paie mon billet, j’aurai autant le droit d’entrer que si je l’avais payé.

Dans l’évangile, le Seigneur a toujours exigé la foi pour guérir les malades, mais dans le cas des enfants, la foi de leur père ou de leur mère sera suffisante, comme dans le cas de la fille de Jaïre, Marc 5, 36 et de la fille du syro-phénicien, Matthieu 15, 28. Personne ne peut se donner la foi. L’enfant reçoit la vie de ses parents et la foi de l’Église. C’est une foi initiale, en semence, qui doit ensuite grandir et devenir adulte, mais il suffit de recevoir le baptême.

On peut encore objecter que les enfants n’ont pas besoin du baptême parce qu’ils sont innocents et n’ont aucun péché.

Il faut dire à cela que celui qui ne distingue pas, confond. Les enfants n’ont pas de péchés personnels, mais ils portent le péché originel.

Saint Paul oppose l’universalité du péché, à l’universalité du salut en Christ: “Par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort et ainsi la mort a atteint tous les hommes, car tous ont péché … “Romains 5, 12.  Si tout le monde subit la défaite du péché, alors tout le monde a besoin du bain qui nous lave du péché: le baptême.

Que nous soyons tous pécheurs (depuis la naissance) est une vérité présente dans l’Ancien Testament, le roi David dit dans le psaume 50: ” je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère”

On dira encore contre le baptême des enfants qu’il n’est pas bon de leur imposer une foi qu’ils n’ont pas choisie.

La foi n’est ni «choisie» ni «imposée» mais elle est le don et la grâce de Dieu. Si le baptême confère aux enfants le bien sublime de la grâce divine, seuls les parents ignorants ou non croyants peuvent refuser ce don à leurs enfants.

Encore une objection qui apparaît parfois chez les catholiques : Jésus-Christ a été baptisé quand il avait 30 ans et il a été baptisé dans le Jourdain.

Cette objection révèle une grande ignorance de la parole de Dieu. Parce que le Christ a reçu le baptême de Jean, qui était un baptême de pénitence et nous avons plutôt reçu le baptême du Christ, dans le feu et dans l’Esprit. C’est pourquoi nous sommes « chrétiens » et non « baptistes ». Et c’est pourquoi nous, catholiques, ne baptisons pas comme Jean Baptiste l’a fait, mais comme le Christ l’a commandé: «au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit» cf. Matthieu 28, 19.

Et qu’en est-il des enfants qui meurent sans baptême?

Ces enfants, « L’Église les confie à la miséricorde de Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Timothée 2, 4) et à la tendresse de Jésus envers les enfants, qui lui a fait dire : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas » (Marc 10:14). Cela nous permet d’avoir la confiance qu’il existe une voie de salut pour les enfants qui meurent sans baptême. Pour cette raison, l’appel de l’Église à ne pas empêcher les enfants de venir au Christ par le don du baptême est encore plus pressant. (C.Eg.C. n. 1261).

Aujourd’hui, où l’Eglise nous invite à contempler le mystère du Baptême, pensons donc un moment à la valeur de ce grand don accordé par Dieu et demandons la grâce de le faire fructifier avec une vie sainte.

“Tout ce qui s’est passé en Christ nous enseigne qu’après le bain d’eau, le Saint-Esprit descend sur nous du haut des cieux et que, adoptés par la Voix du Père, nous devenons enfants de Dieu.” Saint Hilaire de Poitiers.

P. Luis M. Martinez IVE.