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« Vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins »

Lire l’évangile du dimanche XXV (Mc. 9,30-27)

Notre Seigneur traverse la Galilée, même si l’évangile ne le mentionne pas, Jésus marche vers Jérusalem, c’est le dernier voyage avant sa Passion.

Le Seigneur ne voulait pas qu’on le sache, « car » dit l’évangile, il enseignait ses disciples, il leur annonçait ce qui allait venir, la passion, sa mort et la Résurrection.

En Galilée le Christ avait fait beaucoup de prodiges, maintenant il passe sans qu’on L’aperçoive, parce que rien ne doit empêcher sa marche vers la Passion.

La description est tragique, le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes, ils le tueront. Mais on voit aussi un avertissement à celui qui avait déjà décidé de Le livrer, c’est peut être un dernier appel à la repentance de Judas Iscariote, le verbe est au présent « il est livré », cela indique un fait accompli au moins une décision déjà prise, résolue dans le cœur du traître.

Ainsi les disciples ne comprenaient pas, mais ils avaient peur aussi de poser des questions. C’est peut-être la peur d’en savoir un peu plus. Cela nous arrive à nous aussi par rapport à certaines vérités chrétiennes, nous avons du mal à les accepter : la croix, le renoncement, le sacrifice, l’abnégation, nous préférons un christianisme sans trop de croix, le côté facile. Le fait d’écouter parler de la souffrance et de la mort avait tellement choqué les apôtres qu’ils ont oublié que le Seigneur annonçait en même temps sa résurrection.

Mais l’évangile de ce dimanche contient aussi un autre moment au delà du chemin, c’est à Capharnaüm où le Seigneur va découvrir les pensées et la raison de la discussion entre les apôtres sur la primauté alors qu’ils étaient en chemin. C’est là, où le Seigneur révèle aussi le secret de l’autorité dans l’Eglise : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »

Ecoutons l’explication de saint Jérôme : « Remarquez que c’est en marchant, que les disciples se disputent sur la question de prééminence, et que Jésus s’assoit pour leur enseigner l’humilité. Le travail et la fatigue sont le partage de ceux qui commandent, tandis que le repos est celui des humbles. »

Et le Seigneur leur met sous les yeux mêmes un modèle d’humilité et de simplicité ; car l’enfant ne connaît ni la jalousie, ni la vaine gloire, il est pur de toute ambition. Et il ne leur dit pas seulement : une grande récompense vous est réservée si vous devenez semblables à cet enfant, mais il ajoute, si vous honorez, pour l’amour de moi, quiconque ressemblera un enfant.

C’est précisément avec d’autres mots, l’avertissement que fait l’apôtre Saint Jacques dans la deuxième lecture (Jc 3, 16 – 4, 3) , où il met les premiers chrétiens en garde de tomber dans cette ambition composée de jalousies et de rivalités. La cause qu’il en donne en est la convoitise de choses de ce monde, soit l’honneur soit les plaisirs qui font descendre l’esprit jusqu’à empêcher le fait de prier comme il faut et de recevoir l’aide de Dieu : « Vous n’obtenez rien parce que vous ne demandez pas (demander avec un esprit humble et bon) ;  vous demandez, mais vous ne recevez rien ; en effet, vos demandes sont mauvaises, puisque c’est pour tout dépenser en plaisirs ».

Par deux fois, Saint Jacques relève l’esprit de jalousie et ses conséquences : la jalousie et les rivalités mènent au désordre, et quelques versets après : vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre.

Généralement nous donnons le nom de jalousie au fait d’avoir envie des biens du prochain, soit de désirer pour nous son honneur (l’estime des autres, le poste qu’il occupe), soit aussi la jalousie de choses matérielles qu’il possède. Le mot « Jalousie » est une forme dérivée du mot « zèle », mais un zèle qui est évidement mauvais.

L’envie est un vice capital (un des péchés capitaux). Elle désigne la tristesse éprouvée devant le bien d’autrui et le désir immodéré de se l’approprier, même si nous voudrions l’obtenir de façon injuste. Quand elle souhaite un mal grave au prochain, c’est un péché mortel.  (cf. Cat. de l’Eglise Catholique nn. 2538-2540)

Il faut bien remarquer qu’il s’agit d’une tristesse qu’on ressent à cause d’un bien du prochain et qu’à l’inverse, on se réjouit lorsque notre prochain perd ce bien, perd la joie qu’il possède.

Nous ne pouvons pas appeler péché de jalousie le fait de nous réjouir lorsqu’un ennemi qui nous persécute et veut nous faire du mal, tombe parce qu’il ne pourra pas arriver à ce mauvais projet contre nous et que nous estimons que sa chute permettra à certains de se relever, ou bien lorsque nous craignons que son succès ne soit pour beaucoup  et pour nous-mêmes le signal d’une injuste oppression.

Ce n’est pas jalousie non plus le fait de désirer certains biens des autres, lorsque ces biens sont spirituels (les vertus, par exemple ; la sainteté) : Si ce zèle se rapporte à des biens honnêtes il est digne de louange ; S. Paul écrit (1 Co 14, 1) : « Ayez de l’émulation pour les dons spirituels », cela veut dire : imitez les bons et ce qui a du bon chez les autres.

Pour cela, nous devons limiter la jalousie ou l’envie aux choses matérielles et aux honneurs dans ce monde, et à cette tristesse de ce que l’honneur ou l’estime des autres  qui comblent cette personne assombrissent les nôtres.

Saint Augustin voyait dans l’envie  » le péché diabolique par excellence  » (catech. 4, 8). En effet le livre de la Sagesse nous dit que « c’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde » (2,24)

 » De l’envie naissent la haine, la médisance, la calomnie, la joie causée par le malheur du prochain et le déplaisir causé par sa prospérité  » (S. Grégoire le Grand, mor. 31, 45 : PL 76, 621).

 La jalousie ou l’envie est une tristesse non à cause d’un mal (une maladie, un accident, une souffrance) mais à cause d’un bien, que je ne possède pas, qui me manque et dont je n’accepte pas que l’autre le possède.

Le problème essentiel de l’envie consister à regarder le bien de l’autre avec un mauvais regard, en  effet envie vient du mot latin « invidia », qui signifie « regarder avec des mauvais yeux, un regard tordu », voir négativement ce qu’on doit regarder avec joie. La jalousie est parfois représentée comme une personne au regard colérique et maigre, parce qu’elle mord mais elle ne mange pas.

L’envie peut avoir des conséquences violentes et graves, dans la bible nous en trouvons beaucoup de cas, par envie lorsque Caïn tue son frère Abel, quand Joseph fut vendu comme esclave par ses propres frères, ou Saül qui avait essayé de donner la mort à David tout comme  les scribes et pharisiens étaient aussi jaloux de Notre Seigneur parce que le peuple le tenait pour un prophète.

Comment combattre les tentations de jalousie qui arrivent parfois chez nous ?

Evidement que nous devons nous réjouir pour le bien d’autrui et certaine dispositions nous aident à cela :

  • Le fait de nous accepter nous-mêmes, avec nos défauts et nos qualités, d’accepter et d’aimer aussi les valeurs et les réussites des autres.
  • Eviter nous comparer avec d’autres personnes, mais rechercher la sainte émulation, c’est-à-dire chercher à imiter les vertus et la recherche de la sainteté.
  • Fomenter la vertu de la magnanimité et la grandeur d’esprit, faire de grandes choses pour Dieu et lutter contre le complexe d’infériorité.
  • Se savoir « aimé de Dieu », ayant conscience de que chaque être humain est aimé de Dieu, l’homme seule créature sur terre que Dieu a aimé pour elle-même.
  • Travailler dans l’humilité, comme le Seigneur nous l’enseigne dans l’évangile de ce dimanche.

Que la très Sainte Vierge Marie nous donne ces grâces.

P. Luis Martinez V. E.

Magnanimité, la fleur des vertus

Lire l’évangile du dimanche XXIII (Lc 14, 25-33) 

Comme nous l’avions déjà dit la semaine dernière, on va réfléchir aujourd’hui sur une vertu qui garde une étroite relation avec l’humilité. La vertu sur laquelle nous méditons ce dimanche s’appelle la magnanimité, mot qui signifie « âme grande » ou bien grandeur d’âme. On dit que la magnanimité c’est la fleur de toutes les autres vertus, ou bien on peut dire aussi la couronne, et c’est parce que elle grandit toutes les vertus « , selon Aristote.

POULE_INSTITUT_DU_VERBE_INCARNEPour comprendre cette vertu, nous allons commencer par un exemple. Nous connaissons la façon de voler d’une poule, son vol n’est pas quelque chose d’étonnant, elle bat des ailes, se lance à une certaine hauteur, elle fait quand même un peu de bruit dans le poulailler, beaucoup de poussière, mais dans quelques minutes personne ne se rappelle de ce qu’elle a fait. Rien à voir avec le vol de l’aigle, dans les grandes hauteurs, dominant, libre, le monde devient petit, il a été créé pour défier les vents et les tempêtes, il a été fait pour le ciel, c’est l’image de l’âme qui vit la magnanimité.

AIGLE_INSTITUT_DU_VERBE_INCARNEOn dira que la magnanimité nous fait faire une bonne action mais de façon magnifique, c’est-à-dire pas juste pour accomplir une bonne action, mais pour la faire de façon admirable, avec grandeur.

Selon saint Thomas d’Aquin : La magnanimité ne concerne pas un honneur quelconque, mais un grand honneur. De même que l’honneur est dû à la vertu, un grand honneur est dû à une grande œuvre de vertu. De là vient que le magnanime veut faire de grandes choses en toute vertu, du fait qu’il tend à ce qui mérite un grand honneur.

Alors, il ne faut pas confondre cette vertu avec le péché de superbe ou bien de l’orgueil, nous devons penser que chaque fois que nous faisons une chose grande par vertu, nous ne le faisons pas par nous-mêmes ni pour nous-mêmes.  Nous le faisons par Dieu, c’est-à-dire que c’est Dieu qui nous donne la grâce pour pouvoir le faire, et chaque fois que nous faisons une action, si nous sommes bons chrétiens, chrétiens authentiques nous devons la faire pour Dieu, pour la Gloire de Dieu et pas pour satisfaire notre égoïsme.

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Sainte Jeanne d’Arc

Mais il faut aussi savoir que lorsque les hommes et les femmes vivent les vertus et se meuvent en faisant des grandes choses, naturellement les autres se rendent compte de ce qu’ils font ; pensons que parfois c’est presque impossible de cacher une œuvre de charité, une bonne action, a fortiori si celle-là à une certaine magnitude. En tout le cas, il faut aussi se rappeler ce qui dit le Seigneur dans l’évangile : que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.  (Mt. 5, 16).

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Saint François Xavier

En fait, celui qui vit la magnanimité cherche l’honneur, le bon honneur avec trois finalités possibles : la première, pour son bien, parce que cela le rend plus fort dans la recherche de la sainteté, car il veut conquérir la perfection, l’imitation du Christ la plus parfaite. La deuxième finalité c’est envers son prochain, parce qu’avec l’exemple il pousse l’autre vers la vertu, il devient quelqu’un qu’il faut imiter, c’est pour cela que les magnanimes sont les saints, ils ont fait des grandes choses pour Dieu, et l’Eglise les a choisis pour modèle des autres chrétiens. La troisième finalité c’est envers Dieu, car le magnanime ordonne tout à l’unique et véritable cause, qui est Dieu, tout vient de Lui et tout est pour Lui : As-tu quelque chose sans l’avoir reçu ? Et si tu as tout reçu, pourquoi t’enorgueillir comme si tu ne l’avais pas reçu ? dit saint Paul (1Co. 4,7)

Pour comprendre encore mieux la magnanimité, nous devons voir la relation qu’elle garde avec trois autres vertus : la force, l’espérance et l’humilité.

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Saint Louis Roi

 

La magnanimité fait d’abord que la force ne s’arrête pas à des petites choses, devant les petits obstacles, à défaut de l’envie de conquérir les grands objectifs.

Elle fait aussi que nous ayons le regard mis dans le Ciel, et les choses d’en haut, et voilà l’Esperance, comme c’était le cas de ceux qui n’ont pas eu peur de grandes conquêtes ou des prouesses pour Dieu, comme saint Louis Roi de France, les grands missionnaires comme saint François Xavier, les évangélisateurs de l’Afrique et d’Amérique.

Et troisièmement, elle garde une étroite relation avec l’humilité, parce que vivre cette vertu plus qu’un droit, c’est une obligation envers Dieu-même.

Alors, encore une fois, nous ne devons pas nous tromper avec les vices qui se déguisent par fois en magnanimité, par exemple la vaine gloire, qui recherche toujours la gloire des hommes, la présomption, qui pense que toute réussite appartient à soi-même par nature et qu’elle n’est pas un don de Dieu ; ou bien l’autre vice qu’est l’ambition, le vice de celui qui cherche sa propre gloire à n’importe quel prix.

PUSILANIMITENous ne devons pas nous tromper non plus avec les défauts opposés à la magnanimité. Le principal c’est la pusillanimité (avoir une âme petite, cela fait référence plutôt à la lâcheté) soit ne pas se faire souci de nos capacités, soit ne pas vouloir faire de grandes choses pour le Seigneur à fin d’avoir une vie plus facile et commode. C‘est aussi parce que la personne « pusillanime » a peur de faire des sacrifices ou de prendre une décision qui l’obligera peut être à couper avec certaines affections désordonnées.

Un cas de pusillanimité nous le trouvons dans l’évangile, dans la parabole des talents, celui qui va cacher son unique talent en terre par peur. Le Seigneur nous dit par contre qu’Il nous a choisis et établis afin que nous donnions du fruit, et que notre fruit demeure (cf. Jn. 15,16).

Pour finir, comment vivre cette vertu ? Vous allez penser que vous n’êtes pas appeler à conquérir des royaumes dans ce monde. C’est vrai, mais nous sommes tous appelés à vivre la vie chrétienne de la meilleur façon que possible, de façon extraordinaire et voilà le but de notre vertu.

MAGNANIMITE_INSTITUT_DU_VERBE_INCARNEIl est nécessaire de cultiver la magnanimité dans nos cœurs et les cœurs des enfants aussi, lire et connaître les vies des saints et saintes. Nous devons grandir dans les autres vertus qui sont en lien avec la grandeur de l’âme, la force, l’espérance, l’humilité…  Apprendre à aimer et accepter les sacrifices, les grands et les petits.

Aujourd’hui vivre la vie chrétienne de façon authentique implique l’héroïsme, implique avoir une âme grande devant Dieu, c’est à cela que nous invite le Seigneur dans l’évangile de ce dimanche : celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. Demandons à la très sainte Vierge Marie la grâce de pouvoir nous aussi chanter le magnificat avec notre vie.

P. Luis Martinez. V. E.

Monastère « Bx . Charles de Foucauld »