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Pardonnez nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé (Première partie)

Don de conseilOn rencontre des hommes, grands par la sagesse et par le courage, qui cependant, à cause de leur excessive confiance dans leur force, n’effectuent pas leurs œuvres avec sagesse et ne conduisent pas jusqu’à son achèvement ce qu’ils s’étaient proposé.

Mais il faut savoir que l’Esprit-Saint, au moment qu’Il donne la force, donne aussi le Conseil. Car un bon conseil qui fasse relation au salut de l’homme ne peut venir que du Saint-Esprit. C’est le cas de cette cinquième demande.

Le conseil est nécessaire à l’homme, quand il est soumis à la tribulation, comme le conseil des médecins est utile, lorsque nous sommes malades.

C’est pourquoi, un homme, spirituellement malade par le péché, il doit demander conseil pour guérir.

Le conseil de faire l’aumône et d’exercer la miséricorde est un excellent conseil pour effacer les péchés. C’est pour cela que l’Esprit-Saint apprend aux pécheurs cette prière de demande : Remettez-nous nos dettes, en y ajoutant : comme nous-mêmes nous remettons à nos débiteurs (traduction directe du latin)

Par ailleurs nous avons envers Dieu une dette véritable, ce à quoi il a droit et que nous lui refusons.

Dieu nous exige le respect, c’est l’accomplissement de sa volonté, préférée à notre volonté propre. Nous faisons une omission du droit de Dieu, quand nous préférons notre volonté à la sienne ; et c’est en cela que consiste le péché.

Ainsi nos péchés sont des dettes à l’égard de Dieu. Et c’est du Saint-Esprit que nous vient le conseil de demander à Dieu le pardon de nos péchés et de dire très justement : Pardonnez nous nos offenses

PerdonPourquoi adressons-nous au Père cette demande : “Pardonnez nous nos offenses”?

Avec la réponse nous trouvons deux enseignements nécessaires aux hommes pendant cette vie.

Le premier enseignement, c’est que l’homme doit toujours se tenir dans la crainte et l’humilité.

Il y eut des hommes assez présomptueux pour oser affirmer que nous pouvions vivre en ce monde de manière à éviter tout péché. Ce privilège ne fut accordé à personne, si ce n’est au Christ seul, qui posséda l’Esprit en plénitude, et à la Bienheureuse Vierge, pleine de grâce et immaculée. Mais à aucun autre des saints il ne fut accordé de ne pas tomber, au moins dans quelque faute vénielle. Si nous disons : nous sommes sans péché, affirme en effet saint Jean (1 Jean 1, 8), nous nous trompons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous.

Et que les hommes soient pécheurs, cela est prouvé également par le contenu de cette demande : Remettez-nous nos dettes. Il convient, en effet, indubitablement, à tous les saints eux-mêmes de réciter ces paroles de l’oraison dominicale. Tous les hommes sans exception se reconnaissent donc et s’avouent pécheurs et débiteurs.

Par conséquent, si nous sommes pécheurs, vous devons craindre et nous humilier.

L’autre enseignement qui ressort de cette demande, c’est que nous devons vivre toujours dans l’espérance. En effet, bien que pécheurs, nous ne devons pas perdre l’espérance ; le désespoir pourrait nous conduire à d’autres péchés plus graves, comme l’enseigne l’Apôtre (Eph 4, 19) : Ayant perdu l’espérance, dit-il, les païens se sont livrés à l’impudicité et à toute espèce d’impureté, avec frénésie.

Quelque grand pécheur qu’il soit, l’homme en effet doit espérer toujours de Dieu son pardon, s’il se repent et se convertit parfaitement.

Or cette espérance se fortifie en nous, quand nous disons : Notre Père, remettez-nous nos dettes.

Quel que soit le jour où nous implorons miséricorde, nous pourrions l’obtenir, si nous sommes vraiment repentis de vos péchés.

Ainsi donc cette cinquième demande fait naître en nous la crainte et l’espérance ; elle nous montre que tous les pécheurs contrits, qui avouent leurs fautes, obtiennent miséricorde. Et elle nous fait conclure que cette demande avait sa place obligée dans le « Notre Père ».

Commentaire au Notre Père

Saint Thomas d’Aquin

« Donnez, et l’on vous donnera »

Aumône 1Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde. Le mot de miséricorde est doux, mes frères. Si le mot est doux, combien plus la chose ? Et alors que tous les hommes veulent l’obtenir, ce qui est malheureux, c’est que tous ne font pas ce qu’il faut pour mériter de la recevoir. Tous veulent recevoir la miséricorde, mais il y en a peu qui veulent la donner.

Et toi, de quel front oses-tu demander ce que tu négliges de donner ? Il doit commencer par faire miséricorde en ce monde, celui qui souhaite la recevoir dans le ciel. Aussi, frères très chers, puisque nous voulons tous la miséricorde, prenons-la comme protectrice en ce monde, pour qu’elle nous délivre dans le monde à venir. Il y a en effet une miséricorde dans le ciel, à laquelle on parvient par les miséricordes terrestres. L’Ecriture le dit bien : Seigneur, ta miséricorde est dans le ciel.

Il y a donc une miséricorde sur la terre et une autre dans le ciel, c’est-à-dire l’une, humaine et l’autre, divine. Comment définir la miséricorde humaine ? C’est que tu prennes garde aux misères des pauvres. Comment définir la miséricorde divine ? Sans aucun doute, c’est qu’elle accorde le pardon des péchés. Tout ce que la miséricorde humaine dépense dans le voyage, la miséricorde divine le rend dans la patrie. Car c’est Dieu qui, en ce monde, souffre du froid et de la faim en tous les pauvres, comme il l’a dit lui-même : Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait. Dieu qui, du haut du ciel, veut donner, sur la terre veut recevoir.

Quelle sorte de gens sommes-nous donc, nous qui voulons recevoir lorsque Dieu donne ; et lorsqu’il demande, nous ne voulons pas donner ? Quand le pauvre a faim, c’est le Christ qui est dans l’indigence, comme il le dit lui-même : J’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger. Ne méprise donc pas la misère des pauvres, si tu veux espérer avec confiance le pardon de tes péchés. Le Christ a faim maintenant, mes frères, lui-même a voulu avoir faim et soif dans la personne de tous les pauvres; et ce qu’il reçoit sur la terre, il le rend dans le ciel.

Je vousAumone le demande, mes frères, que voulez-vous, que cherchez-vous quand vous venez à l’église ? Quoi donc, sinon la miséricorde ? Donnez celle de la terre, et vous recevrez celle du ciel. Le pauvre te demande, et tu demandes à Dieu: il demande une bouchée de pain, et toi, la vie éternelle. Donne au mendiant pour mériter que le Christ te donne ; écoute-le qui dit : Donnez, et il vous sera donné. Je ne sais de quel front tu veux recevoir ce que tu ne veux pas donner. Et c’est pourquoi, lorsque vous venez à l’église, faites l’aumône aux pauvres, selon vos ressources.

Homélie de saint Césaire d’Arles sur la miséricorde

Source: AELF