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Notre verre d’eau…

Lire l’évangile du treizième dimanche du temps ordinaire (Mt 10, 37-42)

Dans l’évangile de ce dimanche, nous contemplons Notre Seigneur qui s’adresse à ses apôtres, ce n’est pas un discours ou un sermon dirigé vers la foule, mais orienté plutôt aux apôtres.

Le Seigneur décrit quelles sont les conditions pour se considérer un véritable apôtre et disciple du Seigneur.

De fait, ce sont trois regards de foi qui sont présentés par le Seigneur sur l’apostolat.

  • Le premier, c’est la primauté de l’amour de Dieu sur tout autre amour dans ce monde, cet amour qui donne l’ordre aux autres amours.

Comme disciples du Christ l’amour pour Dieu doit occuper le sommet de tous les amours authentiques et il doit les ordonner comme but.

  • Le deuxième regard de foi est celui que nous devons avoir devant les épreuves, la croix. Comme disciples du Christ nous devons accepter et embrasser la croix du Christ dans nos vies.
  • Le troisième regard de foi est celui que nous devons porter devant ceux qui représentent Dieu dans ce monde. Pour être un prophète, pour être juste c’est Dieu qui donne la vocation comme tel.

Nous allons donc parler de ces trois regards aujourd’hui.

Tout d’abord, la primauté de l’amour de Dieu sur tout autre amour dans ce monde. Celui qui aime son père ou sa mère son fils ou sa fille plus que Moi n’est pas digne de Moi.

Cette expression pourrait nous effrayer, parce que parmi les amours de ce monde, le plus sublime, celui qui nous rend le plus semblable à Dieu est celui de la famille. Vaut ici la belle remarque que fait à ce propos saint Jérôme : « Le Seigneur ne défend pas d’aimer son père ou sa mère, mais il ajoute d’une manière expressive : ‘plus que Moi’ ».

Nous devons savoir que cela implique la grâce d’aimer toutes les créatures en Dieu et par l’amour de Dieu, aimer Dieu en toute créature et aimer toute créature en Dieu. Cela signifie que si nous aimons notre famille et nos amis en Dieu, nous voudrions qu’ils accomplissent pleinement la volonté de Dieu, que Dieu guide leur vie vers la vie éternelle. Et que les autres (les amis, la famille) ne soient pas un obstacle pour que la volonté de Dieu se réalise dans nos vies.  Nous pouvons nous rappeler le grand enseignement de Saint Ignace de Loyola : « si une créature dans ce monde me conduit à Dieu, elle est bonne pour ma sanctification, mais si une créature m’éloigne de Dieu ou me détourne de Lui, je dois m’en dégager, c’est dire m’éloigner d’elle. »

Et c’est pour cela qu’il est très utile de nous demander s’il existe en nous un amour désordonné ou bien si l’amour de Dieu n’est pas au sommet de tous nos amours, mais aussi de faire un bon examen de conscience et voir si nous ne sommes pas parfois un obstacle à ce que les autres aiment véritablement Dieu et accomplissent pleinement et parfaitement la volonté de Dieu dans leurs vies.

Le deuxième regard de foi, comme on l’a déjà dit plus haut, est celui que nous devons avoir devant la croix. Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. La croix se présente dans nos vies de différentes manières et le disciple du Christ se révèle dans la façon dont il accueille et embrasse cette croix. Elle peut se présenter comme une maladie, comme des problèmes d’ordre familial, des incompréhensions, des tribulations, des tentations.

Laissons ce grand saint crucifié qu’était le Padre Pio (à qui Jésus avait fait participer de manière visible sa Passion, lui donnant les stigmates) nous apprendre un peu la valeur de la croix dans nos vies. Il écrivait à l’une de ses dirigées spirituelles : « Prends patience et sois assurée que ces difficultés et ces souffrances ne sont pas un châtiment à causes de tes iniquités, tu n’es pas une impie et tu n’es pas aveuglée par la malice non plus ; tu fais partie de ses âmes élues que Dieu éprouve comme l’or dans le feu. Celle-là est la vérité et si je disais le contraire, je ne serais pas sincère avec toi et en plus, un menteur. »

Et dans une vision c’est le même Jésus qui a dit au père Pio : « Combien de fois tu m’aurais abandonné, mon fils, si je ne t’avais pas crucifié » et aussi dans une autre révélation : « Sous la croix on apprend à aimer et je ne la donne pas à tous, sinon seulement aux âmes que j’aime le plus »

Alors, nous parlerons maintenant du troisième regard de foi, qui est celui que nous devons porter devant ceux qui représentent Dieu dans ce monde.

La première pensée qui peut se présenter à nous c’est de dire que malheureusement aujourd’hui certains de ceux qui doivent représenter Dieu dans ce monde ne le font pas bien. Alors, il serait injuste de considérer que ces « certains » sont « beaucoup » ou bien « tous », et qu’ils constituent la plus grande partie des représentants de Dieu dans ce monde. Comme on dit chez nous, il n’est pas bien de les mettre tous dans le même sac.

D’abord, on ne peut pas cacher qu’il y a dans notre monde des gens qui appartiennent physiquement et nominalement à l’Eglise, mais qui sont infidèles à ce que Jésus leur a commandé et ils sont loin d’être des modèles et des guides pour les autres chrétiens. Cela est plus grave encore, si à la place de faire du bien, ils ont fait du mal aux âmes, suscitant le scandale et même que des gens de foi simple s’éloignent de l’Eglise Catholique.

Quel doit être notre regard de foi sur ce problème ? D’abord, comme on a dit, Jésus parle dans cet évangile aux apôtres, et pensons que parmi les apôtres, il y en avait un qui allait le trahir, le vendre quelques années après. L’évangile nous dit qu’au moment où le Seigneur avait choisi les douze apôtres, Il avait passé tout une nuit sur la montagne, en prière. Mais malgré cela et tout ce que le Seigneur a fait pour lui, Judas Iscariote a mal utilisé sa liberté pour permettre que le diable rentre chez lui et qu’il finisse par livrer le Seigneur aux mains de ses ennemis. Parfois, les élus de Dieu, ceux que Dieu a choisis peuvent Le trahir.

Mais, nous, les chrétiens, nous devons reconnaître qu’on ne juge pas quelque chose par ceux qui ne le vivent pas, mais bien par ceux qui le vivent. A la place de se concentrer sur le cas de Judas, les premiers chrétiens se sont concentrés sur les onze autres apôtres, dont dix avaient aussi abandonné le Seigneur dans la Passion mais qui étaient revenus pour continuer son œuvre, l’Eglise. Et grâce à la prédication, au travail, aux miracles, aux souffrances et à l’amour de ces onze qui sont restés fidèles à l’Evangile, le Christ a été annoncé dans le monde entier.

Mais, les médias ne vont jamais prêter attention à ces onze « bons apôtres » que Jésus a choisis et qui sont demeurés fidèles, qui ont vécu une vie silencieuse et de sainteté, des prophètes et des justes.

De mauvais chrétiens parlent de la fin de l’Eglise à cause de tout ce que les médias montrent aujourd’hui, voire de trop exagérer les scandales. Ils oublient qu’au long de l’histoire l’Eglise a souffert bien pire, malheureusement le scandale n’est pas quelque chose de nouveau parmi les membres de l’Eglise. Mais, quand elle sombrait au milieu des plus grandes tempêtes, Dieu a envoyé de grands saints qui ont su reconduire l’Eglise vers sa véritable mission. C’est comme si dans ce moment d’obscurité, la lumière du Christ avait brillé plus intensément.

Un grand saint, qui a vécu dans ce moment le plus difficile dans l’histoire de l’Eglise, à cause de ceux qui de par leur vie faisaient un contre témoignage de l’évangile, Saint François de Sales disait : « Ceux qui commentent ce type de scandale sont coupables d’un meurtre spirituel (ils sont des homicides spirituels), détruisant la foi en Dieu des autres personnes avec leur très mauvais exemple ». Et le saint avertissait après ses fidèles : « mais moi qui suis parmi vous aujourd’hui, je vais vous éviter un mal encore pire, si eux sont coupables de meurtre spirituel, ceux qui se laissent entrainer par leurs mauvais exemples et permettent que cela détruise leur foi, ils sont coupables d’un suicide spirituel, car ils se coupent de la vie de Christ qui vient par les Sacrement, spécialement par l’Eucharistie ».

La meilleure façon de combattre les scandales, de défendre l’image de notre Eglise, c’est de lui rester fidèles, de travailler sérieusement pour notre sanctification.

Voilà le verre d’eau que Dieu nous commande de donner, c’est notre prière sincère pour l’Eglise et pour les membres de l’Eglise, pour que le prophète soit toujours prophète, et pour que le juste soit toujours juste.

Que la Vierge Marie donne cette grâce à l’Eglise.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

Que notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit

Lire l’évangile du douzième dimanche du temps ordinaire: Mt 10, 26-33

Après le grand cycle de Carême et Pâques, suivi des solennités de la Sainte Trinité et de la Fête-Dieu, nous reprenons ce dimanche le temps ordinaire, qui se caractérise par la couleur verte des ornements liturgiques. Et nous reprenons au même temps la lecture de l’évangile de saint Mathieu, qui nous présente un enseignement du Seigneur adressé aux apôtres.

Saint Augustin commençait le commentaire de ce passage de l’évangile avec ce jeu de mots : « les paroles divines qui viennent d’être lues nous apprennent à ne pas craindre craignant et à craindre sans craindre ».

En fait, le Seigneur déclare que c’est seulement Dieu, celui qui possède le véritable domaine sur la vie et sur la mort, sur les corps mais aussi sur les esprits : « craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps ».

C’est-à-dire que « craindre » signifie respecter Sa Loi, Sa Volonté qui veut notre bien. Et pour cela, pour ne pas avoir une idée fausse de Dieu comme un être qui accomplit  son désir de façon tyrannique et despotique, sans se soucier des êtres inférieurs à Lui, le Seigneur nous rappelle que Dieu est avant tout un Père et rien ne se passe sans qu’Il le permette ou le veuille, qu’Il pense à nous, mieux que nous-mêmes, et pour cela la belle admonition de Jésus : « Soyez donc sans crainte. Vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. » Saint Jérôme a écrit dans son commentaire de cet évangile : « si la providence de Dieu s’étend à toutes les créatures, et si celles d’entre elles qui sont sujettes à la mort ne peuvent périr sans la volonté de Dieu, vous dont la destinée est éternelle, devriez-vous craindre que la providence vous abandonne dans le cours de cette vie ? » Ces paroles montrent l’immense providence de Dieu à l’égard des hommes, et sont une preuve de cet amour ineffable de notre Dieu pour lequel il n’y a rien de caché.

Mais les paroles du Seigneur ont une finalité bien déterminée à ce moment, Il ne veut pas parler exclusivement de la confiance que nous devons avoir par rapport à la Providence de Dieu, Il prépare les apôtres et nous prépare nous aussi à être forts et confiants  pour confesser son nom, pour rendre témoignage de Lui devant les hommes.

Comme vous l’avez déjà entendu peut être, en grec le mot témoin se traduit par « martyr ». A l’origine, tout témoin est un martyr, mais  l’Eglise a pris ensuite ce nom pour désigner le fidèle qui meurt à cause de la foi, il est témoin devant les hommes de la foi en Jésus-Christ et cela en temps de persécution ou bien devant un péril qui lui a coûté la vie.

En d’autres mots, dans le langage chrétien, un martyr est un témoin de la foi chrétienne, qui a méprisé toutes les choses visibles pour imiter tout d’abord son Maître Jésus-Christ et parce qu’il savait que les choses de ce monde passent, tandis qu’après la mort, une vie éternelle nous attend. Tous les martyrs de l’histoire ont vécu en quelque sorte ces paroles de saint Paul : « notre détresse du moment présent est légère par rapport au poids vraiment incomparable de gloire éternelle qu’elle produit pour nous. Et notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas ; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel. » II Cor 4, 17.

Le Martyr chrétien accepte donc perdre sa vie au lieu de nier le Christ, il donne en fait sa propre vie pour confesser la Vérité de l’Evangile, et pour cela Origène, grand écrivain chrétien dont le propre père est mort comme martyr, disait : « celui qui donne témoignage de la Vérité, soit avec les paroles soit travaillant de quelque manière pour elle, peut être appelé avec droiture témoin, martyr. »

Nous devons avoir une idée claire lorsqu’on parle du martyre, dans d’autres croyances par exemple, un martyr est la personne qui meurt pour accomplir une œuvre en  faveur de sa croyance, nous trouvons que leurs adeptes donnent le titre de martyr à ceux qui tuent les gens qui ne partagent pas leur  croyance, ou bien martyr est celui qui meurt en combat, par exemple.

Le Catéchisme de l’Eglise catholique nous rappelle que l’acte du martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi ; il désigne un témoignage qui va jusqu’à la mort.

Le martyr rend témoignage au Christ, mort et ressuscité, auquel il est uni par la charité. Il rend témoignage à la vérité de la foi et de la doctrine chrétienne. Il supporte la mort par un acte de force. Comme disait saint Ignace d’Antioche condamné à mourir dévoré par les bêtes : « Laissez-moi devenir la pâture des bêtes. C’est par elles qu’il me sera donné d’arriver à Dieu ” (Rom. 4, 1).

Saint Thomas d’Aquin dit que parmi tous les actes de vertu, le martyre est celui qui manifeste au plus haut degré la perfection de la charité. Parce qu’on montre d’autant plus d’amour pour une chose que, pour elle, on méprise ce qu’on aime le plus en choisissant de souffrir ce qu’il y a de plus détestable dans ce monde. Ainsi il est évident que, parmi tous les biens de la vie présente, l’homme aime suprêmement cette vie même, et qu’au contraire il déteste suprêmement la mort elle-même, surtout quand elle s’accompagne de supplices. De ce point de vue, il est évident que le martyre est par nature le plus parfait des actes humains, comme témoignant de la plus grande charité selon cette parole (Jn 15, 13) : ” Il n’y a pas de plus grande charité que de donner sa vie pour ses amis. ” (cf. II-II, question 124)

Deux vertus agissent et resplendissent essentiellement dans le martyre, la première est la charité, celle qui règne dans l’acte du martyre, mais il faut souligner que c’est par la vertu de la force qu’il est réalisé, qu’il est conduit. Sans la charité, cet acte de souffrir n’aurait aucune valeur, mais à travers la vertu de la force, la personne qui subit le martyre pourra supporter les souffrances jusqu’à donner sa vie.

Ainsi, le martyr chrétien n’offre pas sa vie pour de simples idées, pour une culture, un peuple, une option politique, il le fait avant tout et surtout pour une personne : Jésus-Christ.

Il est évident que le fait d’offrir sa vie est un acte qui n’est pas facile, c’est héroïque, les martyres sont les héros de notre foi.

Mais mourir en martyr est une grâce, un don que Dieu veut donner à certains d’une façon spéciale. C’est un amour préférentiel, c’est être choisi pour cette mission suprême dans la vie. Mais c’est un don que nous devons être disposés à recevoir.

Pour lequel nous devons nous préparer à travers la prière et surtout avec une vie digne des chrétiens appelés à une si haute dignité.

 Saint Polycarpe avait écrit ces belles paroles par rapport à la dignité du Baptême : “Je te bénis pour m’avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, digne d’être compté au nombre de tes martyrs … Tu as gardé ta promesse, Dieu de la fidélité et de la vérité. Pour cette grâce et pour toute chose, je te loue, je te bénis, je te glorifie par l’éternel et céleste Grand Prêtre, Jésus-Christ, ton enfant bien-aimé. Par lui, qui est avec Toi et l’Esprit, gloire te soit rendue, maintenant et dans les siècles à venir. Amen” (S. Polycarpe, mart. 14, 2-3).

Le Catéchisme nous apprend aussi : “Devant Pilate le Christ proclame qu’il est ‘ venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité ‘ (Jn 18, 37). Le chrétien n’a pas à ” rougir de rendre témoignage au Seigneur ” (2 Tm 1, 8). Dans les situations qui demandent l’attestation de la foi, le chrétien doit la professer sans équivoque, à l’exemple de S. Paul en face de ses juges. Il lui faut garder ‘ une conscience irréprochable devant Dieu et devant les hommes ‘  (Ac 24, 16).Le devoir des chrétiens de prendre part à la vie de l’Église les pousse à agir comme témoins de l’Evangile et des obligations qui en découlent. Ce témoignage est transmission de la foi en paroles et en actes. Le témoignage est un acte de justice qui établit ou fait connaître la vérité (cf. Mt 18, 16)”. (C. E. C. 2471-2472)

” Rien ne me servira des charmes du monde ni des royaumes de ce siècle. Il est meilleur pour moi de mourir [pour m’unir] au Christ Jésus, que de régner sur les extrémités de la terre. C’est Lui que je cherche, qui est mort pour nous ; Lui que je veux, qui est ressuscité pour nous. Mon enfantement approche ….” C’est l’adieu de saint Ignace d’Antioche(S. Ignace d’Antioche, Rom. 6, 1-2).

N’oublions pas l’admirable fécondité que donne à l’Eglise le sang versé des martyrs, selon les mots du grand Tertullien :  “Le sang des martyrs est semence de chrétiens”.

Prions et demandons aujourd’hui à la très Sainte Vierge Marie, la grâce d’être des vrais témoins de Notre Seigneur Jésus-Christ.

 ” La multitude voit avec admiration ce combat céleste, elle voit que les serviteurs du Christ ont tenu bon dans la bataille, avec une parole hardie, une âme intacte, une force divine. ” Saint Cyprien.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné