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 » Tu ne tueras pas l’innocent ni le juste « 

Homélie du Dimanche XXVII , année A (Mt 21, 33-43)

Ce dimanche la liturgie nous présente une autre parabole, et c’est encore la vigne le thème, où plutôt le lieu où se réalise le drame de cette histoire.

Elle a été prononcée au cours de la Semaine Sainte de la vie de Notre Seigneur. Il confrontait les pharisiens et les chefs religieux, la parabole est en effet, adressée aux grands prêtres et aux anciens du peuple, nous dit l’évangile.

Il n’était pas difficile pour ces chefs de trouver la signification et les différents symboles, présents déjà dans la tradition juive. Cette vigne est Israël, comme l’avait déjà annoncé le prophète Isaïe.

Saint Thomas d’Aquin nous aide à trouver une application à chaque élément de la description : Dieu l’entoura d’une clôture (les Saintes Ecritures pour tenir le peuple saint loin du péché), y creusa un pressoir (le lieu où on écraser les raisins pour le vin, ainsi Dieu avait commandé les sacrifices de l’Ancien Testament) et bâtit une tour de garde (le grand Temple de Jérusalem, gardien du culte au vrai Dieu).  Mais les vignerons (ceux qui devaient diriger la foi du peuple d’Israël) n’ont pas voulu remettre le fruit de cette vigne (on peut dire alimenter la foi du peuple, rendre toute la gloire de Dieu), sinon qu’ils ont corrompu le culte, s’appropriant du fruit (faisant de la religion un commerce) et tuant les serviteurs (les prophètes qui parlaient de la part de Dieu), arrivant à la fin à tuer le propre Fils, car ils le savaient héritier de la vigne. Et nous pouvons apercevoir comme Notre Seigneur prophétise sa mort, quelques jours avant son accomplissement.

Mais Notre Seigneur prophétise aussi la naissance de l’Eglise, la vigne donnée aux autres vignerons qui donneront le produit en temps voulu.

Cette parabole est souvent appelée « Les vignerons homicides », mais on peut dire qu’ils sont l’image des autres vignerons déicides ; car en réalité les chefs religieux, ces autres vignerons, donneront la mort au Fils de Dieu, l’héritier de la vigne.

Bien que cette parabole nous parle de l’ingratitude devenue haine envers le Messie de la part de ces chefs en religion, nous allons parler plutôt de l’acte accompli non seulement contre le Fils mais aussi contre les serviteurs ; en effet, la parabole nous décrit des actes de violence : ils frappent, lapident et ils tuent.

Comme dit le prophète Isaïe, à la fin la première lecture, Dieu attendait le droit, et voici le crime ; il attendait la justice, et voici les cris (d’angoisse).

Nous connaissons bien le cinquième commandement  » Tu ne tueras pas l’innocent ni le juste  » (Ex 23, 7). Nous allons suivre aujourd’hui quelques enseignements par rapport à ce commandement d’après le Catéchisme de l’Eglise Catholique (2259-2301), car ce commandement à une grande ampleur, il protège la vie et l’intégrité de tout être humain.  

La loi de protéger la vie est universellement valable : elle oblige tous et chacun, toujours et partout.

Dans le Sermon sur la Montagne, le Seigneur rappelle le précepte :  » Tu ne tueras pas  » (Mt 5, 21), il y ajoute la proscription de la colère, de la haine et de la vengeance. Davantage encore, le Christ demande à son disciple de tendre l’autre joue (cf. Mt 5, 22-39), d’aimer ses ennemis (cf. Mt 5, 44). La nuit de Gethsémani, Lui-même ne s’est pas défendu et a dit à Pierre de laisser l’épée au fourreau (cf. Mt 26, 57).

Tout d’abord, il nous faut distinguer. Nous ne devons jamais confondre un meurtre avec la légitime défense qui peut parfois causer la mort d’un agresseur.  » L’action de se défendre peut entraîner un double effet : l’un est la conservation de sa propre vie, l’autre la mort de l’agresseur … L’un seulement est voulu ; l’autre ne l’est pas  » (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 64, 7). Qui défend sa vie n’est pas coupable d’homicide même s’il est contraint de porter à son agresseur un coup mortel. En plus d’un droit, la légitime défense peut être un devoir grave, pour qui est responsable de la vie d’autrui. La défense du bien commun exige que l’on mette l’injuste agresseur hors d’état de nuire.

Alors, le cinquième commandement proscrit comme gravement peccamineux l’homicide direct et volontaire. Le meurtrier et ceux qui coopèrent volontairement au meurtre commettent un péché qui crie vengeance au ciel (cf. Gn 4, 10). La loi morale défend d’exposer sans raison grave quelqu’un à un risque mortel ainsi que de refuser l’assistance à une personne en danger, c’est-à-dire un homicide indirect.

L’infanticide (cf. GS 51, § 3), le fratricide, le parricide et le meurtre du conjoint sont des crimes spécialement graves en raison des liens naturels qu’il brisent.

Nous devons dire ensuite, qu’on ne peut jamais justifier le crime avec l’excuse d’améliorer une race (eugénisme) ou d’hygiène publique.

La vie humaine doit être respectée et protégée de manière absolue depuis le moment de la conception. Dès le premier moment de son existence, l’être humain doit se voir reconnaître les droits de la personne, parmi lesquels le droit inviolable de tout être innocent à la vie. L’avortement est un péché grave, non seulement pour la personne qui l’accomplit mais pour ceux qui coopèrent à ce crime (comme par exemple, à travers le conseil, l’aide économique pour le faire, celui qui coopère comme professionnel).

Puisqu’il doit être traité comme une personne, dès la conception, l’embryon devra être défendu dans son intégrité, soigné et guéri, dans la mesure du possible comme tout autre être humain.

Le diagnostic prénatal est moralement licite, s’il respecte la vie et l’intégrité de l’embryon et du fœtus humain, et s’il est orienté à sa sauvegarde ou à sa guérison individuelle. Par contre, un diagnostic ne doit pas être l’équivalent d’une sentence de mort.

Il est immoral de produire des embryons humains destinés à être exploités comme un matériau biologique disponible.

Certaines tentatives d’intervention sur le patrimoine chromosomique ou génétique tendent à la production d’êtres humains sélectionnés selon le sexe ou d’autres qualités préétablies. Ces manipulations sont contraires à la dignité personnelle de l’être humain, à son intégrité et à son identité  » unique, non réitérable.

Ceux dont la vie est diminuée où affaiblie réclament un respect spécial. Les personnes malades ou handicapées doivent être soutenues pour mener une vie aussi normale que possible. Quels qu’en soient les motifs et les moyens, l’euthanasie directe consiste à mettre fin à la vie de personnes handicapées, malades ou mourantes. Elle est moralement irrecevable.

Ce commandement condamne aussi l’intention suicidaire.

La loi de Dieu dans ce commandement protège aussi toute la dignité de la personne, du corps et de l’âme : elle condamne pour cela le scandale qui est l’attitude ou le comportement qui portent autrui à faire le mal. Celui qui scandalise se fait le tentateur de son prochain. Il porte atteinte à la vertu et à la droiture ; il peut entraîner son frère dans la mort spirituelle. 

Le scandale peut être provoqué par la loi ou par les institutions, par la mode ou par l’opinion (aujourd’hui les mass media). Celui qui use de pouvoirs dont il dispose dans des conditions qui entraînent à faire du mal, se rend coupable de scandale et responsable du mal qu’il a, directement ou indirectement, favorisé.

Ce commandement prescrit naturellement le respect de la santé :  La vertu de tempérance dispose à éviter toutes les sortes d’excès, l’abus de la table, de l’alcool, du tabac et des médicaments. Ceux qui en état d’ivresse ou par goût immodéré de la vitesse, mettent en danger la sécurité d’autrui et la leur propre sur les routes, en mer ou dans les airs, se rendent gravement coupables.

L’usage de la drogue inflige de très graves destructions à la santé et à la vie humaine. En dehors d’indications strictement thérapeutiques, c’est une faute grave. La production clandestine et le trafic de drogues constituent une coopération directe au mal.

Dans le domaine de la protection de la vie, les recherches scientifiques qui ont comme objet l’être humain sont légitime sauf dans le cas où elles vont contre la dignité des personnes et contre la loi morale.

La transplantation d’organes est conforme à la loi morale si les dangers et les risques physiques et psychiques encourus par le donneur sont proportionnés au bien recherché chez le destinataire. Le don d’organes après la mort est un acte noble et méritoire et doit être encouragée comme une manifestation de généreuse solidarité. Il n’est pas moralement acceptable si le donneur ou ses proches ayants droits n’y ont pas donné leur consentement explicite. De plus, il est moralement inadmissible de provoquer directement la mutilation invalidante ou la mort d’un être humain, fût-ce pour retarder le décès d’autres personnes.

Ce commandement condamne toute agression contre l’intégrité corporelle : les enlèvements et la prise d’otages, les menaces, le terrorisme. La torture qui use de violence physique ou morale pour arracher des aveux, pour châtier des coupables, effrayer des opposants, satisfaire la haine est contraire au respect de la personne et de la dignité humaine. En dehors d’indications médicales d’ordre strictement thérapeutique, les amputations, mutilations ou stérilisations directement volontaires des personnes innocentes sont contraires à la loi morale.  

Et pour conclure, ce commandement protège l’être humain jusqu’au moment de la mort et même après : L’attention et le soin seront accordés aux mourants pour les aider à vivre leurs derniers moments dans la dignité et la paix. Ils seront aidés par la prière de leurs proches. Ceux-ci veilleront à ce que les malades reçoivent en temps opportun les sacrements qui préparent à la rencontre du Dieu vivant. Les corps des défunts doivent être traités avec respect et charité dans la foi et l’espérance de la résurrection.

Nous allons demander aujourd’hui la grâce à la très Sainte Vierge Marie, de nous éloigner du mal, de chercher toujours dans nos vies, le droit et la justice.

P. Luis Martinez IVE.

« Abondance de paix pour ceux qui aiment ta loi »

Lire l’évangile du dimanche XXVI (Mc. 9, 38-48)

Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! »C’était le souhait de Moïse, nous l’avons entendu il y a quelques instants dans la première lecture. Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! Voyons que c’est un désir, pas une réalité accomplie, comme nous devons avoir aussi le désir que beaucoup d’autres reçoivent l’Esprit de Dieu.

Le texte de l’évangile de ce dimanche commence par une situation semblable à celle de la première lecture et l’évangéliste y ajoute deux autres enseignements du Seigneur, donnés peut être ce même jour ou dans un autre moment mais qui sont en étroite relation.

Le premier d’abord, Jean, le plus jeune des apôtres voit quelqu’un faire un exorcisme au nom de Jésus et vient le raconter en demandant simultanément de l’en empêcher, au centre de la réponse du Seigneur nous trouvons ces paroles : Celui qui n’est pas contre nous, est pour nous. C’est-à-dire qu’en fin de compte il nous aide, il fait le plan de Dieu, même s’il ne fait pas encore partie du groupe des apôtres ou disciples ; il est un instrument de Dieu dans cette situation concrète.

Juste après, il y l’autre enseignement : celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense. C’est-à-dire parce que vous êtes disciples du Christ.

Nous pouvons dire dans ce cas que Dieu aura envers lui une attention particulière. Le Seigneur donne une récompense, on ne peut pas conclure tout de suite que cela signifie le Ciel. C’est Dieu seulement celui qui sait comment bénir ces œuvres de charité.

Nous disons cela parce qu’il y a parfois une tendance erronée à dire qu’une personne tant qu’elle fait le bien est déjà prête pour entrer au Ciel et cela vaut pour tous (n’importe quelle religion).

Il faudrait penser plutôt que ces actes de charité  servent à  faire cheminer leurs acteurs vers la Vérité tout entière, qui est le Christ. Je dois donc me réjouir que ces gens qui ne connaissent pas Jésus-Christ fassent de bonnes œuvres et en même temps je dois prier pour que cela les conduise à découvrir pleinement la Vérité. Tandis que moi aussi en tant que chrétien je suis obligé de travailler pour grandir dans la connaissance de Jésus, et de montrer par mes actes la foi en Jésus-Christ et l’amour que j’ai pour Lui.

Parlons maintenant de la troisième partie de l’évangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous parle du scandale, on peut dire que le Seigneur est très dur dans ses paroles, mais ce qu’il faut dire c’est qu’Il est extrêmement réaliste, parce que la vie corporelle ou une partie de notre corps valent infiniment moins que le salut éternel. Encore pire, lorsque nous sommes la cause que d’autres perdent la vie éternelle à cause d’un péché.

Le fait d’attacher la pierre d’un moulin de blé au cou pour le jeter à la mer, veut indiquer qu’il est vraiment impossible de se sauver de ce châtiment, il s’agissait de ces grosse pierres en forme de roue pour pouvoir la faire tourner et écraser les grains, qui pesait environ une tonne et demie.

Quant à couper une partie du corps parce qu’elle constitue une cause de péché, cela ne doit pas nous surprendre non plus. Si nous comparons la médecine, où parfois l’on ampute une partie du corps pour sauver la vie d’une personne si cela est possible (et nous en serons même d’accord), alors a fortiori lorsqu’il s’agit de la vie éternelle.

Une autre précision, l’enfer est qualifié de « géhenne » là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. Dans l’histoire du peuple d’Israël un roi impie, Achaz avait institué dans cet endroit (hors de la ville de Jérusalem) un lieu de sacrifice d’enfants en l’honneur du dieu du feu, Hinnom, d’où cette vallée était connue comme Guei ben Hinnom, Vallée des Fils de Hinnom, ce nom étant devenu ensuite en grec  Géhenne. Le temps passant, les juifs ont fait de cet endroit le lieu pour déposer et bruler les ordures de la ville, en signe de mépris à cause des abominations commises dans le passé. Et dans cette poubelle le feu ne s’éteignait littéralement jamais et le ver de la putréfaction n’y mourait jamais non plus.

Alors, le Seigneur parle de « scandale » et nous allons parler brèvement de la signification du scandale dans le sens théologique : S. Jérôme le définit « comme un acte ou une parole dite par quelqu’un et qui fournit (ou constitue pour autrui) une occasion de chute. »

Saint Thomas d’Aquin y ajoute que la personne victime d’un scandale est celle qui subit un certain ébranlement de l’âme à l’égard du bien.

Ainsi le mot scandale, d’après S. Jérôme, vient du grec « scandalon » et signifie «faux pas », chute ou heurt du pied « .

Il arrive parfois en effet qu’un obstacle se présente sur le chemin et qu’en le heurtant on s’expose à tomber. Cet obstacle est appelé scandale. Pareillement il arrive qu’au cours de l’itinéraire spirituel, les paroles et les actions d’autrui exposent à la chute spirituelle dans la mesure où cet autre, par ses conseils, ses suggestions ou son exemple, entraîne au péché.

C’est proprement cela qu’on appelle scandale. Or, rien en raison de sa nature propre, n’expose à la chute spirituelle, sinon le défaut de rectitude, c’est-à-dire le fait de corrompre la bonté d’une chose et de devenir ainsi une occasion de péché pour quelqu’un. Voilà pourquoi cette définition du scandale est bonne :  » Une parole ou un acte peu régulier offrant une occasion de chute. « 

Alors, faisons attention à ne pas dire  » qui offre une cause de chute «  mais  » qui offre une occasion  » parce que les paroles, les actes ou les désirs d’un autre ne peuvent être qu’une cause imparfaite de péché, conduisant plus ou moins à la chute. Parce que personne ne peut nous obliger à commettre un péché, le péché on le fait avec notre volonté, librement, en  toute liberté, car celui qui scandalise est une occasion de péché mais non sa cause.

Alors si je suis l’occasion ou bien si je mets quelqu’un en occasion de péché, cela est toujours un péché. Soit d’abord parce que l’action même que je fais est un péché ; ou encore, si ce que je fais a l’apparence du péché, il faut donc toujours m’en abstenir par charité envers le prochain, car la charité impose à chacun de veiller au salut de son prochain ; et pour cela celui qui ne s’abstient pas agit contrairement à la charité.

Par exemple avec les paroles, lorsque j’incite les amis à médire, à dire du mal des autres, à insulter, à tenter l’imagination (« la folle de la maison ») à travers mes paroles j’entraîne les autres vers le péché. Cela concerne par exemple la façon de nous habiller, de nous comporter devant les autres pour attirer l’attention, ce qui touche aussi la pudeur de chaque personne, en général aussi toute notre conduite, la façon de nous comporter et agir doit être droite, cherchant toujours vivre comme de bons chrétiens.

Alors, comme on vient de le dire, nous devons éviter tout ce qui peut être une occasion de chute pour le prochain.

Mais, comment faire pour ne pas succomber dans la tentation, lorsque nous sommes victimes du scandale ? Saint Thomas d’Aquin nous dit avec sagesse que celui qui est fort dans la vie spirituelle, ne peut être facilement entraîné dans le péché :

 » Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur sont comme le mont Sion ; celui qui habite Jérusalem ne sera jamais ébranlé.  » Voilà pourquoi, en ceux qui adhèrent parfaitement à Dieu par l’amour, le scandale ne se trouve pas, selon le mot du Psaume (119, 165) :  » Abondance de paix pour ceux qui aiment ta loi, et il n’y a pas en eux de scandale.  » Et pour cela nous devons toujours rechercher de vivre une vie sainte, vivant en esprit dans la Jérusalem Céleste qui est le Ciel, ayant dans notre cœur le trésor de la grâce, recevant habituellement les sacrements, spécialement celui de la Pénitence et l’Eucharistie, l’avant-goût du Ciel qui nous rend surtout fort pour combattre le péché dans cette vie.

Demandons à la très sainte Vierge Marie la grâce.

P. Luis Martinez V. E.