Archives par mot-clé : Monastère “Bienheureux Charles de Foucauld”

Méditations de préparation pour la Nativité du Seigneur

22 décembre : L’obéissance de Jésus

Aujourd’hui nous parlons de la sixième des « vertus de l’anéantissement du Christ », c’est son obéissance.

Pour parler de l’obéissance du Christ, je ne trouve pas de meilleure autorité que celle de saint Paul, qui montre le maximum de l’obéissance de Jésus, lorsque dans sa Lettre aux Philippiens, il dit que Jésus « s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix » (Ph 2,8). Pour comprendre toute la portée de ces mots, nous pouvons utiliser le commentaire très profond que saint Thomas d’Aquin fait à leur sujet : « Le mode de l’humiliation et le signe de l’humilité, c’est l’obéissance, car le propre des orgueilleux est de suivre leur propre volonté. L’orgueilleux cherche, en effet, l’élévation ; or il appartient à ce qui est élevé, de n’être pas régi par un autre, et de le régir au contraire lui-même. Voilà pourquoi l’obéissance est opposée à l’orgueil. L’Apôtre voulant donc montrer la perfection de l’humilité et de la passion de Jésus-Christ, dit : Il s’est rendu obéissant, car, s’il eût souffert autrement que par obéissance, il n’eût pas été également digne d’être montré en exemple ; c’est, en effet, l’obéissance qui donne le mérite à nos souffrances ». Et après, se demande St. Thomas : « Comment le Christ a-t-il pu se rendre obéissant ? » ; et il va dire : « Ce n’est point dans sa volonté divine, car elle est elle-même sa règle, mais dans sa volonté humaine, qui s’est réglée en tout sur la volonté de son Père : Néanmoins qu’il en soit, non comme je veux, mais comme vous le voulez (Mt 26,39). Et c’est avec raison que saint Paul introduit dans la passion du Christ l’obéissance, car la première « prévarication » est venue par la désobéissance : Car comme plusieurs sont devenus pécheurs par la désobéissance d’un seul, ainsi plusieurs seront rendus justes par l’obéissance d’un seul (Rm 5,19) ; Celui qui obéit sera victorieux dans ses paroles (Proverbes 21,28). Que l’obéissance, en Jésus-Christ, ait été grande et digne de louanges, la chose est évidente. Car l’obéissance est grande, quand, contre son propre mouvement, elle se soumet au commandement d’un autre ; or le mouvement de la volonté humaine la porte à deux choses : à la vie et à l’honneur. Mais le Christ n’a pas refusé la mort : Jésus-Christ a souffert la mort une fois pour nos péchés (1 P 3,18) ; il n’a pas non plus refusé l’ignominie, ce qui fait dire à saint Paul : Il s’est rendu obéissant, jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort de la croix, qui est le comble de l’ignominie : Condamnons-le à la mort la plus infâme (Sagesse 2,20). Ainsi donc il n’a repoussé ni la mort, ni le genre de mort le plus ignominieux » (Commentaire aux Philippiens, ch. 2, l. 2).

Et pour que nous ne pensions pas que Jésus n’a fait cela que pour lui-même, mais que nous comprenions qu’il est juste que nous l’imitions en obéissant de la même manière à Dieu et aux hommes pour amour de Dieu, ajoute saint Paul : « Ainsi, mes bien-aimés, vous qui avez toujours obéi, travaillez à votre salut avec crainte et profond respect » (Ph 2,12) ; sur quoi, saint Thomas lui-même commente : « Puisque le Christ s’est humilié à ce point, et que pour s’être humilié il a été ainsi élevé, vous devez savoir que si vous vous humiliez, vous aussi vous serez élevés. Et vous devez le faire, parce que toujours vous avez été obéissants. Saint Paul fait mention ici de leur obéissance, en relevant le bien qu’ils ont fait, car par l’obéissance on entend toutes les vertus. En effet, ce qui rend l’homme juste, c’est qu’il garde les commandements de Dieu : Vous demeurez esclaves de celui à qui vous obéissez, soit du péché pour la mort, soit de l’obéissance pour la justice (Rm 6,16). De plus ce qui est bien, quel qu’il soit et quelque bon qu’il soit par lui-même, devient meilleur par l’obéissance : Celui qui obéit sera victorieux dans ses paroles (Proverbes 22,28). Enfin, parmi les vertus, l’obéissance est la plus grande. En effet, offrir des biens extérieurs, est grand ; il est plus grand, d’offrir ce qui appartient au corps ; mais il est très grand d’offrir ce qui tient à l’âme, et à la volonté; or ceci se fait par l’obéissance : L’obéissance est meilleure que les victimes, et il vaut mieux obéir au Seigneur que de lui offrir la graisse des béliers ; (1 R 15,22). Si donc vous avez toujours agi ainsi, je vous engage à ce qu’il en soit de même à l’avenir » (Com. aux Phil., 2, 3).

Certes, cette obéissance n’est pas facile, car elle implique tous les actes de notre vie, tant extérieurs qu’intérieurs, mais l’exemple du Christ doit nous encourager à nous efforcer de la pratiquer, sachant que les sacrifices portent du fruit, comme le dit saint Paul lui-même aux Hébreux : « Pendant les jours de sa vie dans la chair, le Christ offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel » (5,7-9).

Que le Christ lui-même nous enseigne à nous efforcer pour toujours accomplir la Volonté du Père.

Méditations de préparation pour la Nativité du Seigneur

21 décembre : La douleur de Jésus

La cinquième des « vertus de l’anéantissement du Christ » que nous allons traiter dans nos méditations pour nous préparer à Noël, c’est sa douleur.

Par ce mot, « douleur », nous désignons une vertu complémentaire au « sacrifice », que nous avons déjà notée dans le Christ pendant les jours de cette neuvaine. Lorsque nous parlons de sacrifice, nous mentionnons comment Jésus a toujours voulu choisir le pire et le plus difficile, en assumant même des déficiences de la nature humaine qui n’étaient pas strictement nécessaires à sa mission, comme la faim, la soif, la fatigue, la tristesse, entre autres ; à travers lesquelles il nous manifeste l’intégrité et la radicalité de son amour.

Cependant, ce n’est qu’une partie de notre conformité à la volonté de Dieu. Dans notre cas, c’est ce que les maîtres spirituels appellent la partie « active » de la vie spirituelle, c’est-à-dire tout ce que nous, aidés par la grâce mais selon notre manière humaine, pouvons discerner et choisir pour nous conformer de plus en plus à la volonté de Dieu, pour manifester notre amour pour lui de manière concrète.

Il y a cependant une autre partie de la vie spirituelle, qui est ce que les maîtres spirituels appellent la « passivité », ou bien, partie « passive ». Et c’est ce que nous voulons dire lorsque nous parlons de la vertu de la douleur, qui est la manière chrétienne de porter la croix qui nous est imposée non par notre choix. Cette partie passive de la vie spirituelle nous touche beaucoup plus profondément, elle nous met face à la volonté de Dieu car elle nous oblige à nous y conformer de manière totale. En fait, nous pouvons choisir de faire des pénitences, des actes de miséricorde, comme le pardon à qui nous a offensé, comme le conseil à celui qui a besoin, comme la patience… et c’est important de le faire parce que c’est la façon dont nous devons disposer nos cœurs pour servir Dieu. Dieu mérite que nous lui fassions ce genre d’offrandes, ces sacrifices. Mais il y a d’autres moments qui ne relèvent pas de notre choix, et que nous devons également considérer comme un don de Dieu, et sa volonté pour nous. Dans l’ordre physique, cela peut être une maladie, une limitation, vivre loin de notre famille et de nos amis, la mort des êtres que nous aimons ; dans l’ordre personnel, Dieu peut nous permettre d’être oubliés, méprisés, de recevoir des injustices, d’être trahis ; dans l’ordre spirituel, il y a aussi ces croix, qui sont données avant tout dans la prière, lorsque nous éprouvons un certain vide, ou qu’il nous semble que Dieu nous rejette, et que nous voulons crier comme Jésus : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ».

Tout cela relève de la vertu de la douleur, pour laquelle nous devons nous efforcer de tout recevoir comme venant de Dieu, et de Le remercier, en ayant confiance que Dieu est infiniment Sage et sait ce dont nous avons le plus besoin pour notre salut, même si pour nous c’est impossible à comprendre ; et que Dieu est infiniment Bon, et veut le meilleur pour nous, même si cela ne nous plaît pas.

Dans la vie du Christ, nous voyons comment il s’expose à de nombreuses souffrances pour nous donner des exemples, et veut être méprisé et rejeté dès le début de sa vie, lorsque ses parents ne trouvent pas de place dans l’auberge, lorsqu’il est persécuté par le roi Hérode, dans la mort de son père, saint Joseph, dans la nécessité de travailler pour aider sa mère, la Vierge ; puis dans sa prédication, il est souvent incompris, persécuté, calomnié ; et dans sa Passion, il est trahi, abandonné par ses amis, abandonné par son Père qui est aux cieux.

Jésus choisit chacune de ces choses, Il les fait siennes. Nous devons l’imiter en cela, accepter avec amour les croix que Dieu nous envoie, et porter avec elles les fruits de la vie éternelle.