« Il est très intéressant de
constater » – dit le père Carlos Buela, fondateur du notre Institut du
Verbe Incarné– « comment en ce temps d’athées militants, de sécularistes
archaïques, d’éclipses morales, d’apostasies secrètes ou publiques, de médias
antichrétiennes, etc., ce qui est le plus actuel, cependant, est le fait que le
Verbe se fait chair » (El Arte del
Padre, 317).
En effet, ce qui est le plus actuel
pour nous aujourd’hui, le plus réelle, le plus transcendant, le plus décisif
dans notre vie, c’est que Jésus Christ s’est fait chair, pour nous racheter et
faire de nous des enfants de Dieu. Et pourquoi disons-nous cela ? Je vais
vous l’expliquer.
La tradition de l’Eglise a
toujours considéré le mystère de l’Incarnation de Jésus comme une sorte
d’échange entre la nature divine et humaine. Et dans cet échange, le Christ,
qui est l’acteur principal, donne à la nature humaine des privilèges, mais en
même temps il reçoit quelque chose de notre nature. Quels sont les « privilèges » qu’Il nous
donne ?
Il nous donne la grâce, comme
participation à l’héritage divin !
Mais pour cela le Verbe de Dieu
prend pour ainsi dire volontairement ce que notre pauvre nature humaine peut
lui offrir comme moyen justement d’accomplir cette grâce.
Ecoutons à ce propos ce que dit
Saint Paul. Dans sa lettre aux Philippiens, il dit que Jésus Christ « … s’est
anéanti lui-même, ayant pris la forme de serviteur, fait à la ressemblance des
hommes ; et étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même »
(2, 7-8). Et saint Thomas d’Aquin, en commentant ce texte, affirme : « L’Apôtre
s’est servi avec beauté de cette expression : il s’est anéanti [Pulchre autem dixit exinanivit], car le vide est opposé à la plénitude, or la nature
divine possède la plénitude, puisqu’elle renferme toute la perfection de la
bonté. La nature humaine et l’âme de l’homme ne possèdent pas la plénitude,
elles n’ont que la capacité d’y parvenir, car cette âme est comme une table
rase; la nature humaine n’a donc que le vide. Ainsi l’Apôtre dit-il : Il s’est anéanti, parce Jésus-Christ
s’est uni la nature humaine » (Commentaire
de l’épître de saint Paul aux Philippiens, ch. 2, l. 2).
Le Christ a assumé notre nature,
devenant un homme comme nous, en tout sauf le péché. Il voulait donc assumer
certaines déficiences de notre nature. Saint Thomas affirme encore :
« il y a certaines déficiences qui se trouvent communément chez tous les
hommes, du fait du péché de notre premier père […] Toutes ces déficiences, le
Christ les a prises à son compte » (Somme
théologique, III, 14, 4). Ce sont donc des déficiences qui viennent du
péché commun à toute la nature, mais qui ne sont pas un péché. Ainsi par
exemple dans l’âme : la tristesse, la peur, l’angoisse, la solitude,
l’abandon ; ou bien dans le corps : le froid et la chaleur, la faim,
la soif, la souffrance, la mort.
La naissance du Christ est un
exemple très concret de la façon dont le Christ assume les déficiences de notre
nature humaine. Il se manifeste faible : il a froid, il a faim, il a besoin
d’être soigné et pris en charge par sa mère et son père adoptif, d’être
réchauffé par les animaux, d’être accompagné et protégé par les bergers.
Voilà pourquoi cet Enfant-Dieu,
que nous adorons aujourd’hui, avec toute sa fragilité, doit nous faire penser à
l’amour éternel du Christ, qu’a choisi de devenir fragile, afin que nous ne
doutions jamais de l’amour qu’il a pour nous. Qu’il a pris notre faiblesse pour
que nous ne doutions jamais de la force qu’il est venu nous donner,
c’est-à-dire la puissance d’être des enfants de Dieu.
D’où notre joie immense. Car nous
savons que, comme le dit saint Paul, « nous n’avons pas un grand-prêtre [ceci
se réfère au Christ] qui serait incapable de se sentir touché par nos
faiblesses. Au contraire, il a été tenté en tous points comme nous le sommes, mais
sans commettre de péché. Approchons-nous donc du trône du Dieu de grâce avec
une pleine assurance. Là, Dieu nous accordera sa bonté et nous donnera sa grâce
pour que nous soyons secourus au bon moment » (Héb 4, 15-16). Le Christ
connaît nos faiblesses. Le Christ a vécu ce que nous vivons, et partage avec
nous les douleurs, les tribulations, la solitude, les tentations, les échecs,
les déceptions, les trahisons… Il est toujours à nos côtés, comprenant
parfaitement ce qui nous arrive, ayant compassion de nous et donnant sens à
toutes nos souffrances.
C’est la victoire sur le péché, qu’est le fruit de la naissance du Christ. Et comme ce fruit nous est venu par la Vierge sainte, nous le demandons à Elle de le refaire, et que par Elle, le Christ naisse dans nos cœurs et que Il remplisse toute notre vie.
Sermon pour le II Dimanche du temps de l’Avent(Mt 3, 1-12)
L’évangile de ce deuxième dimanche de l’Avent a comme sujet principal la prédication de saint Jean Baptiste dans le désert de Judée.
Bien que sa prédication se fît
dans un milieu hostile comme le désert de Judée, les gens venaient l’écouter,
préparant ainsi leurs cœurs pour la venue de notre Seigneur. C’est la même
finalité que poursuit l’Eglise à travers la présentation de la figure
emblématique de saint Jean ; elle nous prépare à la célébration de la
première Venue du Seigneur.
Et nous constatons que les paroles
adressées par Jean à ceux qui venaient à lui
n’avaient rien de la politesse « mondaine »,
pour ainsi dire les mots étaient plutôt
durs ; mais certains de ceux qui s’approchaient du Baptiste méritaient de
les entendre pour revenir au bon chemin, pour se convertir finalement. Comme
c’était le cas des pharisiens et saducéens que Jean Baptiste exhorte à
produire un fruit digne de conversion. Selon les paroles du Baptiste, ils
voulaient échapper à la colère de Dieu et il fait une bonne comparaison partant
du milieu où il se trouve : les serpents s’échappaient du feu qui se
produit parfois dans ces régions désertiques et qui, brûlant le peu de
végétation sèche – les ronces et les chardons- faisait aussi sortir toutes les
bêtes de leurs nids pour fuir le danger.
Nous savons qu’une grande partie de la préparation des cœurs
que saint Jean devait accomplir pour la venue du Messie consistait précisément en la mission de « secouer
les consciences », comme nous le voyons dans ce passage de l’évangile
et comme nous les montrent aussi les autres évangiles.
On vient d’utiliser l’expression « secouer la
conscience », et nous savons bien le sens de cette
petite phrase pour nous. En effet, nous utilisons beaucoup le mot
« conscience » ; nous disons par exemple « examen de
conscience » mais aussi des expressions telles que : « agir avec
pleine conscience », « sans en avoir conscience », « décharger
sa conscience », « respecter la liberté de conscience »,
« peser sur sa conscience ».
Alors, nous devrions nous poser tout d’abord la
question : qu’est-ce que la
conscience ?
Le Concile Vatican II (Gaudium et Spes, 16) a défini la
conscience comme « le centre le
plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se
fait entendre ».
Nous donnons le nom de « conscience », en effet, à certains actes accomplis par notre
intelligence. C’est par notre intelligence que nous connaissons la réalité,
la nature d’une chose (savoir ce qui est), l’utilité (à quoi elle sert), l’origine
(d’où elle vient).
Alors, lorsque cette « chose » que notre intelligence connaît sont nos propres actions, nos actes ; autrement dit : lorsque notre raison nous dicte ce que nous sommes en train de faire, ce que nous avons fait ou ce que nous ferons (elle nous donne une signification), en même temps qu’elle montre aussi la bonté ou la malice d’une action (la valeur), à ce jugement donc de l’intelligence nous lui donnons le nom de « conscience ».
Qu’elle est l’origine de la conscience ? Nous avons tous dans
notre cœur une connaissance du bien et du mal, elle est comme imprimée, gravée
dans notre âme. L’homme peut reconnaître de manière naturelle que certains
actes sont bons et certains, mauvais. Ainsi, Saint Paul dit dans la lettre aux
chrétiens de Rome que les païens « qui n’ont pas la Loi (juive) pratiquent
spontanément ce que prescrit la Loi, eux qui n’ont pas la Loi sont à eux-mêmes leur propre loi. Ils
montrent que la loi est inscrite dans leur cœur, et leur conscience en
témoigne. » (cf. Rom 2,14).
La conscience, conclut le Concile Vatican II, est
l’intelligence lorsqu’elle découvre cette loi que Dieu a inscrite dans le cœur
de l’homme, c’est-à-dire une loi que l’homme n’a pas créée mais à laquelle il
doit obéir (cf . Gaudium et Spes, 16)
La conscience accomplit trois fonctions dans notre âme :
Elle est d’abord un témoin de que ce que nous faisons, et de sa bonté ou de sa malice. Comme saint Paul l’écrit aussi aux Romains : « C’est la vérité que je dis dans le Christ, je ne mens pas, ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit Saint. » (Rom 9,1)
Elle est un juge, elle
approuve ce qui est bien et condamne lorsque nous faisons le mal (« poids
de conscience »).
Elle est aussi pédagogue,
éducatrice, notre conscience découvre et nous indique le chemin pour agir
de façon honnête.
« La conscience — écrit saint Bonaventure — est comme le
héraut et le messager de Dieu ; ce qu’elle dit, elle ne le prescrit pas d’elle-même,
mais elle le prescrit comme venant de Dieu, à la manière d’un héraut lorsqu’il
proclame l’édit du roi. Il en résulte que la conscience a le pouvoir d’obliger
» (Veritatis Splendor, 58). Et de cela, Saint
Jean Baptiste en est une très bonne image.
La conscience et la Vérité
Dans le passé on donnait aussi à la conscience le nom
de « Regula Regulata » ( règle réglée), parce qu’elle a toujours
une fonction de médiatrice, elle guide nos actes mais à condition qu’elle soit aussi guidée par quelque chose de plus
haut, de supérieur, que nous appelons « Vérité ». Notre
conscience doit donc se conformer
(« former avec ») à la vérité. Et la vérité se contient en Dieu,
parce que Lui est essentiellement (par essence, par nature) la Vérité et
Il l’est par excellence. Et Dieu fait participer ses créatures à la Vérité.
Il arrive avec notre conscience ce qui arrive avec un arbitre
sportif. Les joueurs doivent respecter ses décisions, mais l’arbitre décidera et
dirigera bien un match lorsqu’il appliquera
correctement le règlement et ne déformera pas la
réalité. Notre conscience est ainsi l’arbitre de nos actes, mais il y a un
règlement (une règle, une loi) qui lui est supérieur
et notre conscience sera un bon guide lorsqu’elle est fidèle à ce règlement de
la Vérité.
Et pour cette raison, l’Ecriture nous répète de rechercher
toujours la Vérité et de juger en accord avec la Vérité pour avoir « une
conscience pure » (1 Tim. 1,5). Saint Paul dit aussi que notre conscience
doit être « illuminée par l’Esprit Saint » (Rom. 9,1), « pure »
(2 Tim. 1 ,3), elle ne doit pas falsifier la parole de Dieu, au contraire,
la conscience doit manifester la vérité. D’ailleurs, l’apôtre encourage les
chrétiens en disant : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent,
mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon,
ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait » (Rm 12, 2).
(cf. Veritatis Splendor, 62)
Et ma conscience peut-elle se tromper ?
Il y a un deuxième aspect qu’il faut prendre en compte par
rapport à la conscience, c’est la possibilité qu’elle puisse se tromper. Notre conscience n’est pas infaillible
(Veritatis Splendor, 62), et la raison en est qu’elle est un acte de notre
intelligence, qui est créée, faillible, blessée par le péché et influençable
(comme il peut arriver au travers d’une éducation contraire aux principes de la foi
chrétienne que les enfants peuvent recevoir à l’école).
Il est vrai que La conscience nous délivre
toujours des jugements pratiques : « comment agir » et par
exemple elle m’indique de changer de vie si j’ai tort, elle me dit parfois
d’accomplir une obligation malgré les sacrifices que cela me coûterait. Mais
les jugements de la conscience sont toujours menacés d’être affectés par nos
passions, nos inclinaisons personnelles, nos habitudes, nos goûts (nos
plaisirs) et ils vont pousser à corrompre ma conscience en m’inclinant vers ce que ma sensibilité a envie de choisir ou d’éviter.
Il faut donc, qu’au-delà de tous ces penchants de ma nature
affectée par le péché, je reconnaisse
dans ma conscience la réalité des choses, que je m’ajuste au plan de Dieu pour
qu’elle atteigne sa véritable dignité, car notre conscience est créée pour
servir la vérité.
Lorsque quelqu’un falsifie la vérité ou l’ignore par sa
propre négligence, lorsqu’il n’a pas suffisamment d’amour pour la vérité ou la
vertu ; ou bien si une personne ne fait aucun effort pour éduquer la
conscience ou l’éclairer sur certains aspects, cette personne ne pourra jamais
s’excuser commettre un péché tout en disant « je suis ma
conscience ».
Saint Jean Paul II disait : « Il ne suffit donc pas de dire à l’homme : Obéis toujours à ta
conscience. Il est nécessaire d’ajouter immédiatement : Demande-toi si ta
conscience dit le vrai ou le faux, et cherche, sans te lasser, à connaître la
vérité » (Audience. 17/8/83)
Nous avons dit que nous avons l’obligation d’éduquer notre
conscience, de la former afin que nos jugements soient toujours vrais.
Essentiellement, il s’agit de deux aspects :
Premièrement, il est nécessaire de vivre de façon
vertueuse, rechercher la vertu. Cela nous éloigne de tout péché.
Deuxièmement, illuminer
notre conscience sur le bien et sur la vérité. Ce qui se réalise à travers
la foi, la parole de Dieu et l’enseignement authentique de l’Eglise (le
magistère deux fois millénaire). Le pape Jean Paul II disait aux évêques de
France « les pasteurs doivent
former les consciences, appelant bon ce qui est bon et mauvais ce qui est
mauvais » (Discours, 15/3/87) et cela vaut pour tous les chrétiens.
Lorsqu’il s’agit surtout de nous
former aux aspects concernant la doctrine de
l’Eglise, sur des questions de foi et de morale, nous devons nous éclairer
toujours pour éviter d’agir contre ce que l’Eglise nous commande.
Demandons la grâce à Saint Jean Baptiste et la très Sainte Vierge Marie, de toujours garder pure notre conscience, recherchant la Vérité, la grâce d’éveiller en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à accueillir Notre Seigneur Jésus-Christ.
P. Luis Martinez IVE.
Nous ajoutons à cette homélie les belles paroles adressées par saint Thomas More à sa fille; ce saint anglais, à qui nous pouvons donner le titre de martyr de la bonne conscience, écrivait depuis sa prison :
«Certains croient que, s’ils parlent d’une façon et pensent d’une autre, Dieu aura plus d’attention à leur cœur qu’à leurs lèvres, écrit-il à sa fille Marguerite. Pour moi, je ne puis agir comme eux en une matière aussi importante : je n’omettrais pas le serment si ma conscience me dictait de le faire, même si les autres le refusaient ; et tout autant, je ne le prêterais pas contre ma conscience, même si tout le monde y souscrivait»
Pour savoir plus sur la vie de saint Thomas More :