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“Maître, laisse-le encore cette année”

La liturgie de ce troisième dimanche de carême nous présente le thème de la conversion (Lc 13, 1-9).

1. Une lecture différente des événements funestes :

Dans le passage de l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus est interpellé sur certains faits funestes : le meurtre, dans le temple, de certains Galiléens sur l’ordre de Ponce Pilate, et l’effondrement d’une tour sur des passants (cf. Lc 13, 1-5).

Face à la conclusion facile de ceux qui considèrent le mal comme une punition divine, Jésus rappelle l’image véritable de Dieu qui est bon et ne peut pas vouloir ou permettre le mal directement.

Souvent nous avons l’idée que le malheur est la conséquence immédiate des fautes personnelles de celui qui le subit. Il est malade, il est tombé, il est mort… parce qu’il a fait tel et tel chose… C’est comme dire… « ils sont morts parce qu’ils ont péché… nous ne sommes pas morts nous sommes donc innocents… saints… il y a quelque choses qui cloche… »

Jésus nous dit : Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Pas du tout et je vous dis : si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière. » (Lc 13, 2-3).

Jésus invite à faire une lecture différente de ces événements, en les plaçant dans la perspective de la conversion.

Les malheurs, les événements funestes :

  • Ne doivent pas susciter en nous une curiosité ou une recherche de fautes présumées.
  • Mais ils doivent représenter des occasions pour réfléchir, pour vaincre l’illusion de pouvoir vivre sans Dieu et pour renforcer, avec l’aide du Seigneur, notre propre engagement de changer de vie.

[Parfois on pense qu’on a tout jusqu’au moment où on perd la santé… l’argent… un ami… le travail] Il faut réfléchir (méditer) : on ne peut pas vivre sans Dieu, on doit changer de vie.

Face au péché, Dieu se révèle plein de miséricorde et ne manque pas d’appeler les pécheurs à éviter le mal, à grandir dans son amour et à aider concrètement leur prochain dans le besoin, pour vivre la joie de la grâce et ne pas aller vers la mort éternelle.

Mais la possibilité de conversion exige que nous apprenions à lire les événements de la vie dans une perspective de foi, c’est-à-dire animés d’une sainte crainte de Dieu.

Et c’est pour ça qu’il est très important de réfléchir, de prier, de méditer. Le temps du carême nous appelle particulièrement à la prière dont la première lecture nous donne un très bon exemple.

2. Moïse exemple de comment prier.

Dans la première lecture, tirée du Livre de l’Exode.

Moïse :

  • Tout en faisant paître son troupeau, voit un buisson en flammes qui ne se consume pas.
  • Il s’approche pour observer ce prodige,
  • Quand une voix l’appelle par son nom et,
  • L’invitant à prendre conscience de son indignité, lui commande de retirer ses sandales parce que le lieu est saint.
  • Dieu se fait connaitre : « Je suis le Dieu de tes pères – lui dit la voix – le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob » ; et il ajoute « Je suis celui qui est » (Ex 3, 6a.14).
  • Sa mission, il est appelé, il reçoit une vocation… « Maintenant donc, va !Je t’envoie chez Pharaon: tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. »

Dans la vie de chacun d’entre nous :

  • Dieu se manifeste aussi de manières différentes.
  • Mais pour pouvoir reconnaître sa présence, il est nécessaire que nous nous approchions de lui.
  • Conscients de notre pauvreté et avec un profond respect. Cas contraire, nous nous trouvons dans l’incapacité de le rencontrer et d’entrer en communion avec Lui.
  • La découverte de notre vocation de notre mission qui passe évidemment par notre conversion

3. La conversion :

Le contact intime avec Dieu doit avoir des effets concrets en notre vie.

L’apôtre Paul, dans la deuxième lecture nous rappelle que : « cet événement est également un avertissement pour nous » : Dieu se révèle aux peuple d’Israël : Nos pères [Dira saint Paul] étaient tous sous la protection de la nuée… tous ont passé à travers la mer… Tous, ils ont été unis à Moïse… tous ont mangé la même nourriture spirituelle… mais la plupart n’ont pas su plaire à Dieu : leurs ossements jonchèrent le désert…

Cet événement est un avertissement pour nous…

Nous avons reçu la foi, le baptême, la confirmation, la communion, la formation de chrétiens, la possibilité de faire par la foi le guide spirituel et de demander conseil quand nous en avons besoin… combien de messes auxquelles nous avons participé… mais tout cela pour donner du fruit… c’est clair que nous avons donné des fruits… mais pas assez comme il faut en donner… pour cela chacun de nous doit écouter personnellement la fin de l’’évangile d’aujourd’hui… « ‘Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir »

C’est pour cela que nous devons avoir toujours le désir de nous convertir.

Prions la Très Sainte Vierge Marie, qui nous accompagne sur le chemin du carême, pour revenir vers le Seigneur et aider nos prochains à revenir au Seigneur de tout leur cœur et nous demandons aussi la grâce d’accepter et de faire la volonté de Dieu avec foi pour donner beaucoup de fruits.

P. Andrés Nowakowski IVE.

Laissons la lumière de Dieu pénétrer dans nos vies

La Purification de la mémoire

Évangile du deuxième dimanche de Carême C (Lc 9, 28b-36)

L’Eglise a depuis longtemps consacré le deuxième dimanche de Carême à méditer le mystère de la Transfiguration du Seigneur. Le Seigneur donne une vision anticipée, un avant-goût de ce que sera son Triomphe.

Il est intéressant de situer temporellement le moment où Jésus réalise ce prodige de la Transfiguration.

Quelques jours avant, Saint Pierre avait fait sa profession de foi : « Tu es le Christ, le Fils de Dieu vivant ». C’est à partir de ce jour que Notre Seigneur ” commença de montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, y souffrir (…) être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter ” (Mt 16, 21) : mais comme nous le savons, Pierre refuse cette annonce (cf. Mt 16, 22-23) et les autres disciples ne la comprennent pas davantage (cf. Mt 17, 23 ; Lc 9, 45). C’est dans ce contexte que se situe l’épisode mystérieux de la Transfiguration de Jésus (cf. Mt 17, 1-8 par. ; 2 P 1, 16-18), comme nous le décrit l’évangile sur une haute montagne, devant trois témoins qu’il a choisis : Pierre, Jacques et Jean. Le visage et les vêtements de Jésus deviennent fulgurants de lumière, Moïse et Elie apparaissent, lui ” parlant de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem “ (Lc 9, 31). Une nuée les couvre et une voix du ciel dit : ” Celui-ci est mon Fils, mon Élu ; écoutez-le ” (Lc 9, 35).

Pour un instant, Jésus montre sa gloire divine, confirmant ainsi la confession que saint Pierre avait réalisée quelques jours avant. Il montre aussi que, pour ” entrer dans sa gloire ” (Lc 24, 26), il doit passer par la Croix à Jérusalem. Moïse et Elie avaient vu de leur vivant la gloire de Dieu sur la Montagne ; et la Loi et les prophètes (qu’ils représentent) avaient annoncé les souffrances du Messie (cf. Lc 24, 27). La passion de Jésus est bien la volonté du Père : le Fils agit en Serviteur de Dieu (cf. Is 42, 1). L’évangile dit encore qu’au moment où Pierre parle, presque à la fin de la vision les trois disciples pénétrèrent dans une nuée. La nuée indique la présence de l’Esprit Saint : ” Toute la Trinité apparut : le Père dans la voix, le Fils dans l’homme, l’Esprit dans la nuée lumineuse ” (S. Thomas d’A., s. th. 3, 45, 4, ad 2). Une très belle hymne de la liturgie byzantine chante en décrivant le mystère :

« Tu t’es transfiguré sur la montagne, et, autant qu’ils en étaient capables, tes disciples ont contemplé ta Gloire, Christ Dieu afin que lorsqu’ils Te verraient crucifié, ils comprennent que Ta passion était volontaire et qu’ils annoncent au monde que Tu es vraiment le rayonnement du Père » (cf. Cat. Egl. Cat. 554, 555).

Ainsi, cet épisode de la Transfiguration a aussi comme but que nous chrétiens, nous ne soyons pas découragés lorsque nous rencontrons la croix dans nos vies, que nous comprenions, nous aussi, que c’est à travers la croix et la passion que nous arrivons à la Gloire.

Pour que nous soyons aussi transfigurés comme le Christ dans la vie éternelle, il faut que nous transfigurions notre vie à la ressemblance de la sienne. Cela se fait à travers la vie de la grâce qui nous vient à travers les sacrements. Mais aussi par notre conversion, et la conversion ne signifie pas un moment, notre conversion dure toute une vie ; à chaque moment où nous décidons de faire un pas dans notre vie spirituelle, cela est une conversion. En définitive, conversion veut dire vouloir imiter le Christ un peu plus chaque jour, que la vie de Christ imprègne ma vie et que je devienne un autre Christ dans ma vie, c’est l’origine du mot « chrétien », « autre christ ».

Dans ce processus, il faut que ma vie soit aussi transfigurée totalement par la grâce, surtout ces blessures qui sont présentes parfois dans nos cœurs, et qui n’ont pas été encore guéries, plutôt pour faire rapport avec l’évangile de ce dimanche, blessures qui n’ont pas été transfigurées.

Lorsque quelqu’un nous a blessés, la loi chrétienne nous demande le pardon. Alors, le pardon doit aussi faire changer en nous la façon dont nous nous souvenons du passé, surtout de la personne, du moment ou de la situation qui a causé une blessure dans notre âme.

Pardonner requiert trois moments en moi : en premier, prendre la décision de pardonner (vouloir pardonner); deuxièmement demander la grâce de pouvoir pardonner (le pardon est en définitive un don de Dieu) et enfin, ré-élaborer la mémoire de mes blessures.

C’est de ce dernier moment dont nous parlerons ce dimanche. Nous devons dire d’abord, que nous ne pouvons pas supprimer la mémoire et que parfois si l’on essaie de le faire cela peut être nocif pour notre santé spirituelle, psychologique et parfois physique même. 

Mais nous pouvons et nous devons en revanche la réviser et la modifier pour ré-élaborer ses contenus. On ne peut pas nier ce qui s’est passé et qui nous a blessés, faisant comme si cela n’avait jamais existé et ne m’avait pas fait souffrir.

Il s’agit d’une lecture plus profonde de ces situations de douleur et de souffrance,   à la lumière de Dieu et de sa Providence, un souvenir transfiguré de mon passé.

Le pardon sera donc un long processus de maturation en moi, de reconnaissance de la réalité, la gratitude de dons reçus de Dieu et d’autres éléments. Cela implique aussi un travail  spirituel, ou l’aide de quelqu’un qui puisse le faire, un directeur spirituel par exemple.

La bible nous donne quelques exemples, nous allons en choisir deux. D’abord le patriarche Joseph, fils de Jacob. Joseph était le préféré de son père. Ses frères, jaloux de lui sont arrivés à le haïr et désirer sa mort. Ruben, l’un d’entre eux a pris sa défense et au lieu de le tuer, a proposé de le vendre comme esclave. Le jeune Joseph, un enfant encore peut-être, a fini en Egypte.

Mais les chemins de la Providence Divine ont fait que d’esclave, il est devenu conseiller du Pharaon. C’est dans cette circonstance que ses frères arrivent eux aussi en Egypte, comme mendiants de nourriture, eux qui croyaient leur frère mort. Et ils trouvent que leur vie ou leur mort dépend maintenant de cet homme. Joseph avait reçu, dans son âme des blessures qui avaient rendu sa vie dure pour de nombreuses années ; pour certains, cela aurait été le moment de la vengeance… Pourtant, selon  le livre de la Genèse, Joseph dit simplement à ses frères lorsqu’il révèle sa véritable identité : « Maintenant ne vous affligez pas, et ne soyez pas tourmentés de m’avoir vendu, car c’est pour vous conserver la vie que Dieu m’a envoyé ici avant vous ». Il ne change pas la réalité : « vous m’avez vendu », mais il découvre le sens providentiel de son sort : « c’est pour vous conserver la vie que Dieu m’a envoyé ici avant vous »

Le deuxième exemple c’est la parabole du Fils prodigue. Lorsque le père plein de bonté reçoit son fils qui retourne avec honte à la maison, il ne déguise pas les faits de son fils : le père ne dit pas « je pensais que tu agissais bien, que tu ne savais pas ce que tu faisais », il ne dit pas non plus « ici rien ne s’est passé » ou « faisons comme si cela n’était jamais arrivé ». Le père dit avec toute clarté : « mon fils était mort », c’est-à-dire qu’il reconnaît son départ, une sorte de mort pour lui et la douleur que cela lui a causé. Mais bientôt il revient avec une nouvelle lumière : « mais il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ».

Il ne s’agit pas du seul retour, il y a la résurrection qui a transformé la personne. Le jeune ne revient pas rebelle, insensible à la douleur du père, égoïste et orgueilleux. C’est une autre personne, il a du s’humilier, et il a appris ce que veut dire de faire souffrir quelqu’un. Pour cela il demande pardon et comme un mendiant sollicite même la dernière place chez son père. L’enfant qui revient est supérieur à celui qui est parti. Le père voit aussi le résultat de ce qui a fait tant de douleur et de souffrance dans son cœur : son fils est finalement ressuscité.

Ces deux exemples nous montrent comment ces faits douloureux sont devenus un motif de maturation spirituelle. Tout mal peut être transformé en un bien supérieur. Saint Paul dit qu’un mal peut être vaincu par un bien plus grand : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien »(Ro 12, 21).

Ainsi, tous les maux et les situations qui nous ont fait souffrir, même le plus grand mal qui est le péché peuvent être une occasion d’autres biens. Biens qui n’ont pas été voulus par celui qui a fait le mal, mais il est certain que ces maux ont été permis par Dieu en référence  à un bien supérieur. 

Guérir notre mémoire sans la supprimer c’est regarder sans peur (mais pas sans souffrance) ce qui nous a fait mal (et nous fait encore !) et qui nous a humilié ( et nous humilie encore, peut-être !) et le voir à la lumière d’un bien postérieur , ou qui s’apprête à arriver en cette vie ou certainement dans l’Autre ; ou bien qui est en train d’arriver lorsqu’on essaie de le regarder d’une nouvelle façon, avec foi.

Laissons  la lumière de Dieu pénétrer dans nos vies et les transfigurer.

La Transfiguration nous donne un avant-goût de la glorieuse venue du Christ ” qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire ” (Ph 3, 21). Mais elle nous rappelle aussi qu’” il nous faut passer par bien des tribulations pour entrer dans le Royaume de Dieu ” (Ac 14, 22) (Cat. Egl. Cat. 556) .

Que Marie, elle qui est passée par la Croix et la douleur de voir son Fils donner sa vie, nous donne la grâce de vivre comme ressuscités avec son Fils.

P. Luis Martinez IVE.