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Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour (Première Partie)

Multiplication Il arrive fréquemment que la grandeur de sa science et de sa sagesse rendent l’homme timide (on parle de la science de se connaître face à toute la création et devant Dieu). Il est nécessaire la force à son cœur pour ne pas perdre courage dans la considération de ses besoins.

Le Seigneur, dit Isaïe (40, 29), donne la force et aux êtres anéantis ; Il prodigue vigueur et courage. L’Esprit entra en moi, dit aussi Ezéchiel (2, 2), et il me fit tenir fermement debout.

L’Esprit-Saint donne donc la force, et il la donne d’une part pour empêcher le cœur de l’homme de défaillir dans la crainte de manquer des choses nécessaires, et d’autre part pour lui faire croire fermement que Dieu lui accordera tout ce qui lui est nécessaire.

 C’est pourquoi l’Esprit-Saint dispensateur de cette force, nous apprend à dire à Dieu : Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Et on l’appelle Esprit de force.

Il faut savoir que, dans les trois demandes précédentes du « Notre Père », nous demandons des biens spirituels dont la possession, commencée en ce monde, ne sera parfaite que dans la vie éternelle.

En effet, demander à Dieu la sanctification de son nom, c’est demander la reconnaissance de sa sainteté ; demander l’avènement de son règne, c’est lui demander de nous faire parvenir à la vie éternelle ; prier pour que la volonté de Dieu se fasse, c’est prier Dieu d’accomplir en nous sa volonté. Tous ces biens, partiellement réalisés dans ce monde, ne le seront pleinement que dans la vie éternelle.

Il est aussi nécessaire de demander à Dieu quelques biens indispensables, dont la possession parfaite est possible en la vie présente. C’est pourquoi l’Esprit-Saint nous a appris à demander ces biens nécessaires à la vie présente et possédés ici-bas parfaitement.

Et c’est aussi pour montrer que Dieu veille sur nos nécessités temporelles elles-mêmes, qu’il nous fait dire : Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien.

Commentaire au Notre Père

Saint Thomas d’Aquin

Saint Augustin résumait en quelques lignes ce que cette pétition nous fait demander :

Trois sortes de pain

Soit que nous demandions au père la subsistance nécessaire à notre corps – pain signifiant tout ce qui nous est nécessaire – soit que nous comprenions par pain quotidien celui que vous recevez de l’autel, il est bon de faire cette demande aujourd’hui, c’est-à-dire en ce temps présent.

Car le pain nous est nécessaire en ce temps, quand nous avons faim. Quand nous serons dans l’autre vie, la faim sera finie. Qu’aurons-nous besoin de demander du pain ?

Quant au Pain que recevons de l’autel, il est bon de demander qu’il nous soit donné. Que demandons-nous, en effet, sinon de ne commettre aucun mal qui nous séparerait d’un tel Pain ?

La parole de Dieu qui nous est annoncée chaque jour est, elle aussi, du pain. Si ce n’est pas du pain pour le ventre, n’est-ce pas du pain pour l’intelligence ?

Or quand cette vie aura passé, nous ne chercherons plus le pain que réclame la faim. Et nous n’aurons plus à recevoir le sacrement de l’autel, puisque nous serons là avec le Christ, dont nous recevons le Corps, et nous n’aurons plus à prononcer les paroles que nous vous annonçons, ni à lire le livre, quand nous verrons en personne la Parole de Dieu par qui tout a été fait, dont se nourrissent les anges, qui illumine les anges, et par qui les anges acquièrent la science, non pas en scrutant les paroles d’une langue tortueuse, mais en buvant l’unique Parole dont l’ivresse les fait éclater en louanges, sans qu’ils puissent s’épuiser de louanges. “Bienheureux, dit le Psaume, ceux qui habitent dans ta maison ; dans les siècles des siècles ils te loueront” (Ps 83, 5).687_001

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel (Première Partie)

Notre PèreL’Esprit-Saint produit en nous un troisième don, appelé le don de science, celui qui fait de l’homme, un homme sage.

Parmi les dispositions qui contribuent à la science et à la sagesse de l’homme, la plus importante est cette sagesse qui porte l’homme à ne pas s’appuyer sur son propre sensNe vous reposez pas sur votre prudence, est-il recommandé dans les Proverbes (3, 5).

Ceux en effet qui présument de leur propre jugement – au point de ne se fier que d’eux-mêmes, et non aux autres- sont considérés comme des insensés, et ils le sont véritablement. Avez-vous vu un homme sage à ses propres yeux, déclarent les Proverbes (26, 12), il faut plus espérer d’un insensé que de lui.

Si un homme ne se fie pas à son propre jugement, il le doit à son humilité, car les Proverbes (11, 2) enseignent que là où se trouve l’humilité, on trouve aussi la sagesse. Les orgueilleux, au contraire, ont en eux une confiance exagérée.

Le Saint-Esprit nous enseigne donc, par le don de science, à ne pas faire notre volonté, mais la volonté de Dieu. Par ce don, en effet, nous demandons à Dieu que sa volonté se fasse sur la terre comme au ciel. Et en ceci se manifeste le don de science.

Quand nous disons à Dieu : Que ta volonté soit faite, il se passe en nous comme chez un malade, qui accepte un médicament amer, prescrit par son médecin ; il ne le veut pas absolument, mais dans la mesure où le médecin le veut. Nous de même, nous ne devons rien demander à Dieu, si ce n’est la réalisation de sa Volonté sur nous, c’est-à-dire l’accomplissement de sa volonté en nous.

Le cœur de l’homme, en effet, est droit, lorsqu’il s’accorde avec la volonté divine. Le Christ, lui, a réalisé cet accord entre sa volonté et la volonté divine.

Je suis descendu du ciel, dit-il (Jn 6, 38), non pour faire ma volonté, mais pour accomplir la volonté de celui qui m’a envoyé.

Le Christ, en effet, n’a, en tant que Dieu, qu’une seule et même volonté avec son Père ; mais, en tant qu’homme, Il a une volonté distincte de celle de son Père. C’est en parlant de cette volonté-ci, qu’Il avait déclaré : Je ne fais pas ma volonté, mais celle de mon Père. Et c’est aussi pourquoi il nous apprend à prier et à demander : Que ta volonté soit faite.

Commentaire au Notre Père

Saint Thomas d’Aquin

 

Trois interprétations de la troisième demande d’après saint AugustinCiel et terre
Nous disons dans une troisième demande : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Ainsi comme les anges obéissent à Dieu sans l’offenser, et ils exécutent ses ordres en l’aimant. Nous aussi, nos demandons d’accomplir le commandement de Dieu par amour.
On peut encore comprendre d’une autre manière ces paroles : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Le ciel en nous, c’est notre âme, et la terre notre corps. Que signifie donc : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ? De même que nous avons entendu tes commandements, de même que notre chair nous donne à son tour son assentiment pour pouvoir accomplir ses préceptes, dans ce temps où luttent la chair et l’esprit.
On peut encore entendre ces paroles de la façon suivante : le ciel, ce sont les fidèles qui ont revêtu la ressemblance de l’homme céleste, c’est-à-dire du Christ. Tandis que les infidèles, puisqu’ils portent la ressemblance de l’homme terrestre, sont appelés terre. Par conséquent, lorsque nous disons : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel, nous disons à notre bon Père : Que les infidèles aussi croient en toi, comme les fidèles ont cru, eux aussi. Et ainsi nous apprenons à prier pour nos ennemis.