Homélie pour le Dimanche XVI, année B. (Mc 6, 30-34)
L’évangile de ce dimanche nous présente le modèle du Christ comme bon Pasteur, une image que nous méditons aussi le quatrième dimanche de Pâques de chaque année.
La première lecture, tirée du prophète Jérémie, confirme l’orientation de l’évangile. En elle, en plus de nous décrire les mauvais bergers, le prophète prédit le Messie, le fils de David qui sera le Bon Pasteur.
D’abord Jérémie montre la méchanceté des mauvais bergers, les guides spirituels du peuple d’Israël : « Vous avez dispersé mes brebis (ils ont semé la discorde et la confusion parmi les croyants), vous les avez chassées (à cause du scandale, le peuple a abandonné la foi), et vous ne vous êtes pas occupés d’elles (au lieu d’aider spirituellement les brebis, les mauvais pasteurs ont recherché leurs propres intérêts à travers la religion) ».
« Je les ramènerai dans leur enclos (l’unité réalisée dans la vraie Eglise). Je susciterai pour elles des pasteurs qui les conduiront. Voici venir des jours où je susciterai pour David un Germe juste : il régnera en vrai roi (et finalement la prophétie est accomplie en Notre Seigneur).
Par rapport au texte évangélique qui a été proclamé, nous trouvons son parallèle, c’est-à-dire le même moment raconté par saint Matthieu, nous allons méditer ce dimanche les deux descriptions ensemble.
Selon saint Marc, le Seigneur décide un moment de repos pour les apôtres qui avaient accompli une grande mission, comme nous l’avons vu le dimanche dernier ; un repos en compagnie du même Seigneur, profitant peut-être pour enseigner les futurs guides et chefs de l’Eglise ; mais les gens partent à la recherche du Seigneur, ils parcourent à pied une grande distance que Jésus et les apôtres avaient déjà faite en traversant la mer de Galilée. Ce geste de la foule produit un profond sentiment dans le Cœur de Notre Seigneur, selon la phrase essentielle dans cet évangile : « Il fut saisi de compassion envers eux ».
La caractéristique la plus remarquable du Bon Pasteur selon le texte de saint Marc est évidement la compassion. Le verbe grec utilisé ici vient d’un nom (splágjnon) qui signifie la partie la plus intime de l’être, le cœur ; et aussi la tendresse, l’amour qui procède du plus profond du cœur.
Dans l’évangile de saint Matthieu, cette même expression est employée pour exprimer le même sentiment du Christ, en utilisant le même verbe, mais en y ajoutant quelques détails supplémentaires concernant les brebis, c’est-à-dire l’état de l’âme des gens qui venaient vers Jésus : « Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues » (Mt.9,36).
« Parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger », concluent également les deux évangélistes. Et que signifie pour une brebis d’être sans berger ? Fondamentalement deux choses : 1. N’avoir personne pour les guider sur le bon chemin pour aller paître et boire de l’eau. 2. N’avoir personne pour les enfermer dans la bergerie afin de les garder la nuit, personne pour soigner leurs blessures et leurs maladies. C’est-à-dire que les gens étaient comme des brebis sans berger parce qu’ils n’avaient personne pour guider leur esprit, pour les enseigner et les guider sur le chemin du bien. Et, en même temps, ils avaient de grands besoins corporels : ils étaient pauvres, beaucoup étaient malades et même affamés.
Et que fait Jésus pour résoudre cet état spirituel des gens ? Afin de répondre correctement à cette question, nous devons prendre en compte les différents contextes dans lesquels cette phrase se trouve dans Saint Matthieu et Saint Marc.
Chez saint Matthieu, la phrase est dite avant l’exhortation du Seigneur de demander au Père des missionnaires et avant de les envoyer en mission : Après avoir contemplé les foules « il dit à ses disciples : « La moisson est grande et les ouvriers peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. » et par la suite le Seigneur choisira les douze apôtres et les enverra en mission.
Par conséquent, la première chose que fait Jésus face à cette situation des fidèles, qui sont désemparés et abattus est de leur donner des prêtres.
Le contexte de Saint Marc ajoute quelques nuances importantes à la compassion de Jésus. En premier lieu, la compassion de Jésus naît à un moment où lui-même et ses apôtres sont très fatigués : « Parce que tant de gens allaient et venaient qu’ils n’avaient même pas le temps de manger », dit l’évangile textuellement.
Pas même le travail pastoral le plus intense n’empêche le cœur de Jésus d’être ému par leurs âmes. De plus, à ce moment-là, ils se préparent à prendre un temps de repos corporel et de réflexion spirituelle, largement mérité après tant de travail. La déception de voir disparaître le peu de temps de repos dont ils disposaient ne régnait pas dans l’âme de Jésus, mais c’etait la compassion, car il les voyait désorientés et affligés « comme des brebis sans berger ». La générosité de Jésus n’a pas de limites.
Et qu’a fait Jésus, selon saint Marc, pour résoudre la situation d’abandon et d’affliction de son peuple ? « Il se mit à leur enseigner beaucoup de choses » (Mc.6,34). D’autres traduisent : « Il a commencé à les enseigner longuement ». Une chose implique l’autre : s’il leur a appris beaucoup de choses, cela n’aurait pas pu être en peu de temps ; et s’il leur a enseigné longtemps, il a dû leur apprendre beaucoup de choses. Jésus exerce donc son œuvre de bon pasteur, consolant les âmes par l’enseignement des vérités de Dieu qui les guideront vers la consolation ultime, qui est le ciel.
Cependant, la réaction de Jésus à la réalité de ces brebis fatiguées et abattues ne se limite pas à leur enseigner des vérités divines, mais s’étend à satisfaire leur faim corporelle. En effet, immédiatement après le texte de saint Marc que nous venons de lire, l’évangéliste raconte la multiplication de cinq pains et de deux poissons qui satisfit cinq mille hommes (cf. Mc.6, 35-44). Jésus est un bon berger, consolant aussi avec un souci corporel pour son peuple.
Jésus-Christ n’a pas eu de réaction d’amertume, de pessimisme ou de désespoir. Le chrétien ne devrait pas non plus avoir de telles réactions face à la situation de déchristianisation du monde et à la situation spirituelle dévastée de la société d’aujourd’hui.
Cette compassion de Jésus a été très fructueuse. En premier lieu, cela l’a conduit à prier Dieu d’envoyer des prêtres et d’organiser la première pastorale des vocations de prière (Mt 9, 37-38). Deuxièmement, cela l’a conduit, pourrait-on dire, à fonder un Séminaire, où étaient formés des pasteurs qui pouvaient sortir pour répondre aux besoins spirituels et corporels du peuple ; tout le chapitre 10 de saint Matthieu est une instruction pour les nouveaux missionnaires. Troisièmement, cela l’a conduit à enseigner lui-même le peuple, malgré sa fatigue (Mc 6, 34). Et quatrièmement, ilcela l’a amené à les nourrir de ses propres mains (Mc.6, 35-44).
Il faut pour tous les chrétiens une compassion « théologique », pleine d’amour et de tendresse, qui les pousse à chercher des solutions, comme l’a fait le Christ. En premier lieu, envisager sérieusement la vocation au sacerdoce ou à la vie religieuse dans le cas de celui dont l’état de vie le permet. Deuxièmement, travailler pour les vocations sacerdotales, soit par la prière de supplication au Maître de la moisson, soit par la collaboration matérielle envers la formation des nouveaux pasteurs. Troisièmement, étudier et diffuser la doctrine évangélique du Christ. Et enfin, rechercher des moyens de réconforter tant d’âmes abattues et découragées comme nous les voyons à notre époque.
Prions ce dimanche pour les prêtres, c’est à eux d’accomplir tout d’abord ces différentes tâches que nous venons de décrire : Selon les sages paroles du pape Pie XII :
« Que les prêtres, marchant sur les traces du divin Maître viennent, selon leur pouvoir, au secours des pauvres, des travailleurs et de tous ceux qui se trouvent dans la gêne et la misère. Néanmoins, que les prêtres ne négligent pas ceux qui, tout en possédant les biens de la fortune en suffisance, sont des indigents quant à leur âme ». (Pie XII Menti Nostrae)
Les bergers de l’Eglise ont une grande responsabilité devant Dieu et envers le peuple chrétien, ce qui faisait trembler les grands saints comme saint Jean Chrysostome : « Je crains d’irriter Christ le Bon Pasteur si, par ma faute et à cause de ma négligence, le troupeau qu’il m’a confié s’affaiblit ».
Que Marie nous obtienne la grâce d’avoir de saints pasteurs du peuple de Dieu à l’image de son Fils.
“Anti-homélie” prononcée par le P. Carlos Miguel Buela, le dimanche IV de Pâques, dans le Séminaire « Marie, Mère du Verbe Incarné » (1999).
Aujourd’hui, je veux faire un sermon dangereux. À proprement parler, c’est un anti-sermon, car mon but est d’inciter ceux qui m’écoutent à ne JAMAIS FAIRE ce que je vais dire. D’ailleurs, comme ce sont des temps de dangers et de pièges, pour que je ne sois pas mal compris, et pour ne pas heurter les soupçons, je déclare d’emblée que je ne m’adresse qu’à vous (ceux qui étaient présents ce jour-là) , je ne cherche à accuser personne, ni à faire référence à d’autres institutions, ni a les critiquer. Il est tout à fait approprié que je prononce cette phrase clichée : « toute ressemblance avec la réalité est purement fortuite ».
Mais plus encore. Pour éviter tout malentendu et éviter des effets indésirables et involontaires, je vais m’adresser uniquement au Recteur de notre grand séminaire « Marie, Mère du Verbe Incarné ».
Aujourd’hui, le 4ème Dimanche de Pâques, dimanche du Bon Pasteur, toute l’Église prie pour les vocations. En ce jour, je veux vous dire ce qu’il faut faire, à mon avis, pour ne pas avoir de vocations, c’est-à-dire que je vais vous dire CE QU’IL NE FAUT PAS FAIRE.
A propos du recrutement vocationnel :
Puisque « la vie engendre la vie »[1], la manière la plus efficace d’empêcher l’éveil des vocations de spéciale consécration est de former des communautés sans vie, sans aucun enthousiasme, ce qui se réalise avec une pastorale de simple entretien, qui est la même que la pastorale de “ne pas faire de vagues“. Sans incisivité, sans actualité, sans contact avec les êtres concrets de chair et de sang, de cette époque. Bref, une pastorale nominaliste, de bureau, une pastorale d’attente et non de proposition, une pastorale superficielle qui ne va pas en profondeur, une pastorale qui n’excite pas.
Pour cela, le prêtre ne doit pas être père, il ne doit pas être frère, ni ami, ni pasteur. Ainsi il ne transmettra ni la vie, ni la fraternité, ni l’amour de l’amitié, et il ne donnera pas non plus sa vie pour qui que ce soit. Ce qui s’obtient en n’ayant ni une foi vivante, ni une espérance invincible, ni une charité ardente. C’est ainsi qu’on vivra dans un christianisme triste, sans grands idéaux, bourgeois, formaliste, extérieur. Pas de fruits notables.
Aide beaucoup à effrayer les vocations le fait de présenter les difficultés du ministère sacerdotal et de la vie religieuse comme insurmontables, sans croire que la grâce de Dieu puisse surmonter toutes les difficultés. Beaucoup aide aussi le fait de donner l’impression qu’il faut en être digne pour pouvoir penser à une éventuelle vocation (comme s’il y avait quelqu’un vraiment digne !).
Sur la nature de la vocation :
Ne croyez pas que les vocations consacrées soient l’œuvre de Dieu, mais plutôt l’œuvre des hommes, une simple œuvre humaine. C’est le point crucial. De cette façon, prier pour que Dieu envoie des vocations ne sera pas la chose la plus importante. Tout au plus, certains prieront comme les Messaliens sans fournir de moyens efficaces pour réaliser ce qu’ils demandent. La propagande publicitaire sera privilégiée, même avec beaucoup de mauvais goût, certaines inintelligentes, d’autres ridicules, d’autres irrévérencieuses, d’autres irréalistes, d’autres hilarantes. Je vous propose quelques exemples que vous pouvez prendre en compte :
a) Peut-être pourriez-vous éditer une annonce professionnelle accompagnée de vignettes avec un message « subliminal » comme celui-ci : « Si tu ne sais pas parler (figure d’un bègue) ; si tu penses être jeune (dessin d’un bébé) ; si tu te sens incapable (dessin d’un enfant qui ne sait pas construire une tour avec ses cubes) ; si tu te sens faible (dessin d’un faible allongé sur le sol) ; lié; confus; sans importance (dessin d’une personne cachée dans une poubelle) ; MAIS ! si tu es à la recherche, si tu te soucies des autres et si tu veux donner le plus beau que tu as, VIENS ME SUIVRE ! Signé : Jésus. PENSE-Y! STOP”;
b) Ou peut-être, pour un meilleur « marketing », vous pouvez essayer cette publicité professionnelle en provenance des États-Unis : «WE’RE LOOKING FOR A FEW STRONG MEN!» (“NOUS RECHERCHONS DES HOMMES FORTS!”). Il y a une photo d’un prêtre portant un jean bleu, avec une casquette rouge, une chemise à carreaux sur une chemise cléricale noire avec un col romain – une condition nécessaire, malgré le ridicule, pour identifier le personnage comme prêtre –, avec ses pieds trempés dans l’eau, ce qui signifie probablement sa fatigue après une longue marche avec ses jeunes campeurs, qui l’assiègent d’en haut, sur le côté… l’un avec un sac à dos, un autre avec une canne à pêche, un autre jouant avec un serpent… Et le prêtre regardant vers le haut, résigné, comme s’il disait : “ce que je dois endurer !”;
c) Ou peut-être avec cet autre : « DIEU AU TÉLÉPHONE ». « Qu’arrive-t-il à ton numéro lorsque Dieu t’appelle ? “OCCUPÉ”. « Plus tard, Seigneur… Je suis occupé maintenant. Quand je finirai. Peut-être demain ». “SANS TIMBRE”. Hors de portée. Débranché. Apathique. Froid. Manque d’éclat “ERREUR”. « Non… Ce n’est pas moi… – mauvais numéro. N’insiste pas. Veuillez raccrocher ». “ON NE RÉPOND PAS”. Sonnerie insistante. Silence. Égoïsme. Surdité pour Dieu. Rejet. “ON A RACCROCHÉ” Non! Coupure avec Dieu. Peine d’amour. Dialogue interrompu. Au lieu de cela, quand Il vous parle, pour quelque raison que ce soit, répondez : « Bonjour… oui, c’est moi. Je t’écoute. Je suis ici. Parle Seigneur. Oui… Oui… comme tu veux, qu’il en soit ainsi, avec plaisir. Pour Toi, mon Dieu, pour ma maison, pour mon pays, pour le monde. À plus tard, Seigneur” ;
d) D’autres publicités présentent des religieux habillés correctement avec leurs habits cléricaux respectifs (soutane, bavoir, crucifix, ou chapelet avec les quinze mystères…), alors qu’en réalité ce sont certains anciens de ces congrégations les seuls à porter encore l’habit propre qu’ils attirent ainsi l’attention et son utilisation parmi les fidèles est si agréable, mais le même habit à été abandonné par les plus jeunes, qui ont préféré une petite croix sur le costume, tout au plus…!;
e) Une autre : “Plus de vie que vous n’auriez jamais imaginé…”. Ci-dessous, une photo vraiment inimaginable de quatre religieuses âgées : l’une jouant du cornet, une autre du violon, une autre de la guitare, une autre de la mandoline. Ensuite, l’invitation : Is God inviting you to consider the … life?» (« Dieu vous invite-t-il à considérer la vie… ? ») ;
f) Et enfin, bien qu’il existe de nombreux autres exemples, un dessin d’un bodybuilder qui pourrait être Silvester Stallone ou un Arnold Schwarzenegger soulevant une barre avec des poids énormes aux extrémités avec les bras tendus et tendus au-dessus de la tête, avec l’inscription suivante : « L’Église a besoin de personnes courageuses et déterminées. Pensez-vous que Christ a dit ces paroles aux personnes faibles ? « Le Royaume de Dieu s’atteint par la force et seuls les forts y entrent. » SI VOUS VOULEZ ACCEPTER LE DÉFI QUE LE CHRIST VOUS PROPOSE, ÉCRIVEZ-NOUS OU VENEZ À:…».
La simple propagande extérieure ne sert pas à grand-chose pour éveiller les vocations…
Si la vocation n’est pas d’abord l’œuvre de Dieu, il ne faut pas chercher des disciples exclusivement de Jésus-Christ, mais plutôt des disciples de soi-même. Prétendre qu’ils suivent une simple personne humaine est la meilleure disposition pour que personne ne nous suive. Seule la suite exclusive de Jésus-Christ permet à l’homme, homme et femme, de se décider et de persévérer dans une vocation qui dépasse les forces humaines.
Pour ne pas avoir de vocations, on doit présenter la vie sacerdotale et religieuse en rose. Toute consolation et résurrection. Toute joie et compréhension. Tout succès, prospérité et facilité. Ne dites jamais que c’est une croix, puis une croix, et enfin une croix, et toujours une croix ; et que nous devons être prêts à nous crucifier avec Christ, jour après jour, minute après minute. Et qu’il y a beaucoup de quoi s’affliger, peiner et pleurer parce que les prêtres sont « les yeux de l’Église, dont la tâche est de pleurer tous les maux qui frappent le corps »[2].
Pour ne pas avoir de vocation, on doit contraindre les candidats en cherchant indûment à les convaincre qu’ils ont une vocation (même lorsqu’on constate qu’ils ne sont pas aptes). C’est-à-dire avoir un intérêt pour le candidat que l’on constate ne pas être celui de Dieu (car s’il n’a pas l’idonéité, c’est parce que Dieu ne la lui a pas donnée). Et avec caprice, méfiance et subtilité, on ne lui conseille pas fortement de ne pas entrer ou bien sortir du Séminaire le plus tôt possible. Ceux qui n’ont manifestement pas de vocation seront l’occasion pour que beaucoup d’autres la perdent. Et les supérieurs qui ne veillent pas de façon responsable à ce que seuls ceux qui ont une vocation avérée restent, finiront par perdre aussi la confiance des bons dans leur capacité à discerner les vocations, et deviendront aussi une occasion pour des autres de la perdre. Rien, peut-être, ne fait perdre plus de vocations dans les séminaires que des supérieurs lorsqu’ils deviennent des « chiens muets »[3].
Mais, à vrai dire, la coutume la plus répandue est celle de retarder l’entrée, précisément parce que l’on ne croit pas ou l’on doute que c’est Dieu qui appelle. Quand Dieu appelle, il faut une réponse à la manière des Apôtres : Ils quittèrent aussitôt leurs filets et le suivirent (Mt 4,20), et de Saint Paul : …immédiatement, sans demander conseil à la chair ni au sang… ( Gal 1,16). Lorsque les vocations sont destinées à mûrir dans le monde, le monde les avale généralement.
Il y en a même qui disent directement qu’un candidat n’a pas de vocation, non pas parce qu’ils ont vérifié qu’il n’y a pas d’aptitude, mais pour d’autres raisons subjectives. Parce qu’il leur semble, par intuition, parce qu’ils ne sympathisent pas avec le candidat, ou parce qu’ils croient avoir le don « de connaître les cœurs ». S’ils sont jeunes parce qu’ils sont jeunes ; s’ils sont plus âgés parce qu’ils sont très vieux. On connaît le cas d’un jeune prêtre, Jean Luc :
– « Vous pensez avoir une vocation parce que votre frère est prêtre », lui dit un évêque ;
– « Mais je suis entré le premier au Séminaire » ;
– «?!… Soyez un bon laïc».
Il est actuellement le premier prêtre incardiné dans un pays d’Asie centrale.
À propos de la pastorale des vocations :
Continuez à faire ce genre de recrutement ou de prélèvement massif, sans discernement, c’est-à-dire sans faire de sélection. Ou pire encore, avoir un discernement strabique, c’est-à-dire faire une sélection, mais à l’inverse, rejeter les bons et accepter ceux qui n’ont pas de conditions. Certains fixent des limites artificielles, comme l’âge, la profession, les antécédents… et multiplient, sans rime ni raison, les règles d’admission, créant ainsi des obstacles de fait insurmontables. Par exemple:
– «NN. dit qu’il n’est pas nécessaire d’ordonner avant que le candidat ait 28 ans (le Code de droit canonique n’exige que 25 ans), mais je pense qu’il devrait être exigé d’avoir 30 ans car ce n’est qu’alors qu’un candidat peut être considéré comme mûr, et on peut attendre plus longtemps dans sa persévérance.
– « Proposez-vous de faire ce que font les Jésuites ? ».
– «C’est vrai, mec! Quelle formation ils ont!»,
– « Mais, sous le mandat général du Père Arrupe, plus de 12 000 jésuites ont quitté le ministère, tous avaient été ordonnés à l’âge de 30 ans !
– «?!».
Par exemple, certains disent que si un membre de la famille est déjà entré, il ne faut pas en laisser un autre entrer car il est influencé par le premier. Ils ne permettent pas aux cousins germains d’entrer, donc les Apôtres Jacques et Jean, cousins germains du Seigneur, n’avaient pas de vocation apostolique ; ni s’ils sont frères, donc Pierre et André, Jacques et Jean n’avaient pas de vocation apostolique ; d’autres n’acceptent pas les enfants uniques, donc si notre Seigneur demandait aujourd’hui d’entrer dans un séminaire, Il n’y serait pas admis.
Ou de dire sans ambages : « Il n’y aura pas ici de vocations avant trois générations » (Dieu merci, notre Seigneur n’a pas pensé ainsi, ni les Apôtres ; il faudrait encore fonder l’Église).
Ne dites jamais – « ceux de cette Congrégation sont mauvais », parce que vous leur donneriez de la publicité gratuite et qu’ils auront beaucoup de vocations, et alors vous devriez inventer des excuses pour justifier votre stérilité, et diriez : « ils ont une ambiance chaleureuse »…, « ils les attirent avec la musique et le sport…”, “maintenant ils ont l’air bien, mais dans 50 ans…?”, “leur jeunes subissent un lavage de cerveau”, “ils font quelque chose d’étrange, là où ils vont ils ont des vocations et nous n’en avons pas “…
Ce que je vais dire maintenant est infaillible pour ne pas avoir de vocations : que le Séminaire soit rempli de gars « passe-moi le compact de maquillage» ! Lorsqu’ils viendront former un groupe, vous verrez comment les murmures, les rancunes et les ressentiments prolifèrent, vous verrez un climat d’intrigues de palais et de soupçons tordus, ils se piqueront des cils toute la journée, vous les verrez bouger en rythme et murmurer sur tout ce qui croise leur chemin et, puis : Au revoir, mission ! Et ceux qui gardent un peu la droiture de vie partiront et vous n’aurez pas à nourrir 150 séminaristes affamés. Dans certains endroits, ils préfèrent ceux qui sont « masculins, mais pas fanatiques (ceux qui sont trop délicats) » parce qu’ils pensent qu’ils ne causent pas de problèmes et qu’ils peuvent les gérer confortablement, et ils rejettent ceux qui ont de la personnalité, parce qu’ils sont peur qu’ils veuillent outrepasser leur autorité.
À propos de la formation :
C’est peut-être là le point central du problème, comme le disait Jean-Paul II : « …il est nécessaire de trouver une formation adéquate pour ces vocations. Je dirais que la condition d’une vraie vocation est aussi une juste formation. Sinous ne la trouvons pas, les vocationsne viennent pas et la Providencene nous les donne pas. »[4]
Avoir une équipe hétérogène de formateurs et s’ils ont des tendances opposées, c’est encore mieux, ainsi les séminaristes pourront faire comme le font habituellement les enfants de parents séparés, en demandant la permission de l’un et de l’autre, jusqu’à ce qu’ils obtiennent ce qu’ils veulent. Mais il y a aussi la position inverse, une homogénéité telle qu’elle empêche toute diversité légitime, en mettant tout le monde dans le même moule. L’exclusion des différences légitimes produit toujours des personnes marginalisées, que les autres discrimineront inévitablement et qui finiront par être exclues.
Les supérieurs doivent être distants : qu’ils reçoivent les séminaristes derrière leur bureau. Qu’ils mettent l’accent sur ce qui est purement extérieur et secondaire. Qu’ils mentent, de telle sorte que personne ne les croie et que la coexistence harmonieuse soit détruite. Qu’ils développent au Séminaire un climat policier, d’espionnage, de dénonciation, dedifférentiation des personnes. Qu’ils soient aigres, de mauvaise humeur. Qu’il faille leur rendre hommage. Qu’ils se méfient de tout le monde puisque la méfiance fait systématiquement disparaître les relations filiales, fraternelles et paternelles, typiques d’un climat familial. D’une manière particulière, pour qu’ils ne vivent pas la vertu de l’eutrapélie, de telle sorte qu’ils soient tous tendus, stressés, comme on dit « grimpant aux murs ». N’encouragez pas le chant, encore moins le chant de joie, et confondez les rôles : à la messe des chants folkloriques, de camp ou profanes ; et au réfectoire, polyphoniques ou grégoriens. Il existe une certaine gnose musicale, qui aide à mélanger les têtes.
Dans la doctrine : installer la conviction que tout est en crise, qu’il n’y a de certitudes sur rien, que tout est discutable, que seule la recherche vaut la peine, mais tant qu’on ne trouve rien, consacrer de grands panégyriques aux idéologies à la mode, au dernier article de théologie paru dans la dernière revue de mauvaise doctrine. Si quelqu’un tombe dans le péché impardonnable d’avoir une quelconque certitude, sans plus tarder, chassez-le, car il est arrogant. La Bible doit être entièrement midrash et doit être démythifiée, c’est-à-dire rien d’historique ou de surnaturel. Pas de métaphysique ni d’esthétique. Que des sentiments et du kitsch, du mauvais goût. Rien de saint Thomas, même s’il est plus élégant de le nommer un peu, donnant l’impression aux jeunes qu’on le connaît. Il n’y a rien de plus explosif que les mélanges gnostiques qui produisent des têtes gnostiques.
Dans le spirituel : travailler pour qu’ils n’aient pas leur propre « moteur », surtout en ne leur donnant pas une authentique spiritualité sacerdotale, seulement, tout au plus, un vernis de spiritualité laïque. Aucun des classiques de spiritualité, mais que ce soit assez et plus que suffisant avec certains des best-sellers syncrétistes à la mode. Qu’il n’y ait pas de discipline sévère, que chacun choisisse l’heure à laquelle il veut se lever, participer ou non à la messe et aux autres actes de prière. Que les exercices spirituels soient partagés entre tous, sans silence et sans pénitence.
La spiritualité sacerdotale étant effacée, ils doivent être accablés de toute la problématique temporelle, qui est responsabilité directe des laïcs. Que l’horizon du surnaturel disparaisse de leur vie. Ainsi ils n’auront plus de raisons valables pour une vocation de consécration spéciale. Pour cela, il est aussi très utile de jouer avec le sacré, de ridiculiser, ironiser, plaisanter avec les choses sacrées : la Bible, la Tradition, le Magistère, les Pères de l’Eglise, les saints Docteurs, la Liturgie, les Saints, la virginité consacrée… tout ce qui est sacré doit être fait peu à peu, occasion de ridicule. Lorsqu’ils sauront jouer avec le sacré, rien ne sera considéré comme sacré et ni leur vocation, ni leur personne, ni leurs promesses ne seront sacrées. Nous devons travailler pour qu’ils ne perdent pas de temps à penser à l’éternité, aux fins dernières, car, comme toute véritable vocation de consécration spéciale, elle est constitutivement entrelacée avec l’éternel, une fois celui-ci enlevé, l’autre disparaît.
Qu’ils n’aident pas spécifiquement les pauvres, car sinon l’option préférentielle pour eux cesse d’être une idéologie et vivre concrètement la charité avec les plus nécessiteux leur donnera un cœur sacerdotal compatissant envers les besoins de leur prochain. Et pour prendre soin de ses pauvres, Dieu vous donnera des vocations et leur persévérance.
D’une manière particulière, nous devons éviter par tous les moyens de leur prêcher sur la présence véritable, réelle et substantielle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie, et en particulier sur le fait que l’Eucharistie est un sacrifice. Puisque l’acte principal du prêtre est le sacrifice[5], en supprimant le sacrifice, vouloir être prêtre perd sa raison d’être (c’est pourquoi à notre époque, la seule grande religion monothéiste qui a des prêtres est le christianisme – les catholiques et les orthodoxes sont les seuls qui ont un sacerdoce valide – alors que les juifs et les musulmans n’ont pas de sacerdoce, parce qu’ils n’ont pas de sacrifice ; les rabbins et les muezzins n’ont qu’un office magistral). S’ils n’ont pas une grande dévotion à l’Eucharistie, ils n’ont aucun moyen d’apprendre ce qu’est la charité chrétienne, ni le poids incalculable de l’éternité[6], ni l’audace et la générosité requises pour l’aventure missionnaire de l'”Ite” ( Mc .16, 15-18).
Apprenez-leur une pastorale qui maltraite les gens, les gens simples et fidèles, qu’ils leur fassent sentir l’autorité, qu’ils se méfient de chacun en se disant : « personne ne va me tromper ». Ils ne doivent pas rendre visite aux familles dans leurs apostolats, ni jouer avec les enfants et les jeunes. Toutes les pensées missionnaires doivent être effacées de leurs jeunes cœurs. S’ils n’aiment pas notre peuple, comment vont-ils en aimer d’autres qui, en plus, parlent d’autres langues ?
Apprenez-leur à avoir trop de familiarité avec les filles, pour que se créent des mariages catholiques, dont nous avons plus besoin que des vocations consacrées.
Apprenez-leur que les laïcs doivent remplacer les prêtres et qu’ils le font avec plus de solvabilité. De telle sorte que les rôles se mélangent.[7]
Qu’ils ne sachent pas cuisiner, qu’ils ne lavent pas leurs vêtements, qu’ils ne nettoient pas leurs chambres, qu’ils ne soient pas coiffeurs, ni mécaniciens, ni électriciens, ni ne s’occupent de la ferme, ni ne travaillent dans l’imprimerie… Et il vaut mieux les laisser passer trois mois de vacances chez eux. Mais si vous les obligezà vivre ensemble pendant un mois, que ce soit ennuyeux : pas d’escalade de hauts sommets et de descentes dans des abîmes dangereux, pas de découverte de nouvelles plongées, pas de sports terrestres, nautiques ou aériens comme le font les jeunes du même âge…, ces coexistences deviendront donc phénoménalement ennuyeuses et ne seront qu’une combinaison de boissons, de cigarettes, de lectures d’auteur à la mode au séminaire et des manques de charité. Climat idéal pour faire obstacle aux vocations.
Et expérimentez toujours toutes choses, même les plus évidentes. Bref, les séminaristes sont comme des cobayes. Lorsqu’ils expérimentent de nouvelles choses, surtout s’il s’agit d’utopies, beaucoup resteront sur le chemin.
Enfin, chers Pères, pour ne pas avoir de vocations, vous n’avez pas besoin de prêter attention aux documents du Concile Vatican II qui traitent spécialement de la manière dont doivent être formés de manière globale les futurs prêtres[8] (n’oubliez pas que j’utilise un genre de langage oratoire et littéraire, que l’on pourrait qualifier d’« antiphrastique » !). Ils n’ont pas besoin de prêter attention aux documents pontificaux de Jean-Paul II à cet égard[9]. Pour ne pas avoir de vocations, ils ne doivent pas prêter attention aux documents des Congrégations romaines, par exemple aux documents émis par la Congrégation pour l’Éducation catholique[10]. Ils ne doivent pas non plus tenir compte de ce qui est proposé par les autres dicastères du Saint-Siège[11]. Pour ne pas avoir de vocations, ils doivent ignorer les instructions contenues dans les documents du C.E.L.A.M.[12] . Et ils n’ont pas besoin de prêter attention aux documents de la Conférence épiscopale argentine à cet égard[13].
Lorsque vous allez faire tout cela et que vous devez fermer vos séminaires parce que vous vous retrouvez sans séminaristes, regardez-vous fièrement dans le miroir et répétez plusieurs fois à haute voix, puis répétez-le un nombre incalculable de fois : « Les Grands Séminaires sont une invention du Concile de Trente et ils sont dépassés, ils ne sont plus utiles à notre époque !
Que la Sainte Vierge nous fasse comprendre que nous devons faire exactement le contraire.
+ P. Carlos Miguel Buela IVE.
Fondateur de la Famille Religieuse du Verbe Incarné
[7]Ne tenez pas compte, par exemple, de la Congrégation pour le Clergé, Conseil Pontifical pour les Laïcs et autres Dicastères, Instruction sur certaines questions relatives à la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres, 15 août 1997.
[8]Décret Presbyterorum Ordinis, sur le ministère et la vie des prêtres (1965) ; Décret Optatam totius, sur la formation sacerdotale (1965).
[9]Saint Jean-Paul II, exhortation apostolique post-synodale Pastores dabo vobis sur la formation des prêtres dans la situation actuelle, 25 mars 1992 ; exhortation apostolique Vita consecrata sur la vie consacrée et sa mission dans l’Église et dans le monde, 25 mars 1996 ; lettre apostolique Les Chemins de l’Évangile, aux religieux et religieuses d’Amérique latine à l’occasion du Ve Centenaire de l’évangélisation du Nouveau Monde, 29 juin 1990.
[10](10) Normes fondamentales de formation sacerdotale (la « Ratio studiorum ») (1970) ; L’enseignement de la philosophie dans les séminaires (1972) ; Lignes directrices pour l’éducation au célibat sacerdotal (1974) ; Formation théologique des futurs prêtres (1976) ; L’enseignement du droit canonique pour les aspirants au sacerdoce (1977) ; Instruction sur la formation liturgique dans les séminaires (1979) ; Lettre circulaire sur certains aspects les plus urgents de la formation spirituelle dans les séminaires (1980) ; Lignes directrices pédagogiques sur l’amour humain (1983); La pastorale de la mobilité humaine dans la formation des futurs prêtres (1986) ; Lignes directrices pour l’étude et l’enseignement de la Doctrine sociale de l’Église dans la formation sacerdotale (1986) ; Lignes directrices pour la formation des futurs prêtres à l’utilisation des instruments de communication sociale (1986) ; Lignes directrices pour l’étude et l’enseignement de la Doctrine sociale de l’Église dans la formation sacerdotale (1988) ; La Vierge Marie en formation intellectuelle et spirituelle (1989) ; Instruction sur l’étude des Pères de l’Église en formation sacerdotale (1989) ; Lignes directrices sur la préparation des formateurs aux séminaires (1994).
[11]Secrétariat de l’Union des Chrétiens, L’œcuménisme dans l’enseignement supérieur (1970) ; la plus récente promulguée conjointement par la Congrégation pour l’Éducation catholique et le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens ; ou le document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, La Vocation Ecclésiale du Théologien ; le Document de clôture du Deuxième Congrès international des évêques et autres responsables des vocations ecclésiastiques (1981) et Dix ans plus tard (Synthèse) (1992) ; Pottisimus institutionis, du CIVCSVA (1990), Nouvelles vocations pour une nouvelle Europe (1998).
[12]C.E.L.A.M. : Conseil épiscopal d’Amérique latine et des Caraïbes. IIème. Conférence générale de l’épiscopat latino-américain ; Document de Puebla dans les nn. 659-776 ; IVe Conférence générale de l’épiscopat latino-américain, Santo Domingo, Conclusions, nn. 65-93.
[13]Normes pour la formation sacerdotale dans les Séminaires de la République Argentine (1984) ; Formation au sacerdoce ministériel. Plan des Séminaires de la République Argentine (1994)