“ET LE FRUIT DE TES ENTRAILLES EST BENI”

Lire l’évangile de ce dimanche (Lc 1, 39-45)

Ce dernier dimanche du temps de l’Avent est consacré à la Vierge Marie et à son rôle fondamental dans le mystère de notre Salut, dans le mystère de l’Incarnation et de la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ.

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Ville de Bethléem aujourd’hui

Un simple regard, d’abord, sur les lectures de ce jour, le prophète Michée nous annonce que la ville de Bethléem est choisie par Dieu pour que son Fils vienne au monde. L’Eglise veut nous montrer avec cela que les temps se sont accomplis et que rien ne manque dans le dessein de Dieu. La promesse de nous envoyer un Rédempteur se réalise.

Dans la deuxième lecture, la lettre aux Hébreux nous dévoile la réponse du Fils de Dieu et le don qu’Il a fait de lui-même, l’Esprit Saint a voulu nous le révéler dans ce passage du nouveau Testament : « En entrant dans le monde, le Christ dit, d’après le Psaume : Tu n’as pas voulu de sacrifices ni d’offrandes, mais tu m’as fait un corps. Tu n’as pas accepté les holocaustes ni les expiations pour le péché ; alors, je t’ai dit : Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté. »

Alors ces deux lectures nous aident évidement à méditer le passage de l’Evangile, celui de la visitation de la Vierge à sa cousine Elisabeth. Le Fils de Dieu dans le sein de la Trinité accepte d’accomplir le Plan de Rédemption dans le monde « Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté », la Vierge Marie au moment de l’Annonciation accepte elle aussi sa mission de Mère du Christ, participant d’une manière très proche à la Rédemption de toute l’humanité « Voici la servante du Seigneur; qu’il me soit fait selon ta Parole! », et c’est ainsi que Marie, avec ce voyage qu’elle entreprend, commence Sa mission.

C’est juste après la scène de l’Annonciation que Saint Luc met ce passage de la Visitation comme une continuation logique. Nous pouvons contempler la foi de la Vierge Marie qui se traduit en des œuvres concrètes.

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Saint Luc commence en disant que Marie « se met en route rapidement », cela traduit le verbe grecque « anîstemi », le même verbe que Saint Luc utilise lorsqu’il veut parler des actions qui ont été impulsées pour ainsi dire « par l’Esprit Saint », c’est aussi le même verbe qu’il utilise au moment de la Résurrection du Seigneur. C’est l’Esprit Saint qui fait que Marie prenne la route rapidement vers la Judée.

Alors, plus qu’un acte de charité dont nous pouvons aussi beaucoup apprendre, nous devons contempler surtout la mission spirituelle de la Vierge « portant celui qui la portait », comme dit saint Bernard.

Si l’on compare ce voyage vers la maison de sa cousine avec le premier voyage du Seigneur (lorsqu’Il est sorti pour prêcher la nouvelle) on découvre une grande similitude, parce que le Seigneur sort de Nazareth pour commencer sa mission vers la Judée. On peut dire qu’Il avait déjà fait une première mission par sa Mère et dans le sein de sa Mère, il en fera une deuxième pour aller naître à Bethleem. La visitation est donc la première mission du Seigneur.

La Vierge Marie amène le Seigneur à ceux qui l’attendaient, l’Enfant Jésus se presse pour sanctifier les hommes avec sa Venue, Il veut sanctifier d’abord celui qui allait préparer son chemin. Marie part pour servir son Seigneur, pour annoncer la bonne nouvelle.

L’Eglise donne à Marie le titre de Médiatrice de toutes Grâces, et nous voyons cela de façon admirable dans cet évangile : « lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli (il a bondi) d’allégresse au-dedans de moi », voilà comment s’est accomplie la prophétie de Malachie « pour vous qui craignez mon Nom, se lèvera un soleil de justice, et la guérison sera dans ses rayons ; vous sortirez et vous bondirez comme des veaux d’étable ». Ce n’est pas seulement déjà l’annonce de l’Evangile, c’est une anticipation de la Pentecôte, parce que saint Jean sera rempli de l’Esprit Saint, et avec lui aussi sa mère, Elisabeth.

Elle félicite à son tour, la Vierge pour sa foi: « Heureuse toi qui as cru ». Expliquant ces paroles, saint Ambroise de Milan va faire une belle application pour nous les chrétiens. Il dit : « Heureux, vous aussi qui avez entendu et qui avez cru ; car toute âme qui croit conçoit et engendre le Verbe et le reconnaît à ses œuvres.

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Tableau composé par le Bx. Charles de Foucauld

Heureux, vous aussi qui avez entendu et qui avez cru ; car toute âme qui croit conçoit et engendre le Verbe et le reconnaît à ses œuvres.

Que l’âme de Marie soit en chacun de vous, pour qu’elle exalte le Seigneur ; que l’esprit de Marie soit en chacun de vous, pour qu’il exulte en Dieu.

S’il n’y a, selon la chair, qu’une seule mère du Christ, tous engendrent le Christ selon la foi. Car toute âme reçoit le Verbe de Dieu, pourvu qu’elle soit irréprochable et préservée des vices en gardant la chasteté dans une pureté intégrale. 

Toute âme qui peut vivre ainsi exalte le Seigneur, comme l’âme de Marie a exalté le Seigneur, et comme son esprit a exulté en Dieu son Sauveur. »

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Basilique de la Visitation. Terre Sainte

La Vierge Marie a été conçue en plénitude de grâce et nous pouvons dire avec certitude que Dieu rempli de grâce notre âme au moment de notre baptême ou après la confession des péchés. Avec la grâce nous devons faire des grandes œuvres, à l’exemple de la Vierge Marie.

En arrivant à la fin de ce temps de l’Avent et aussi à la fin de l’année, le Seigneur nous invite à faire un examen de conscience : est-ce que notre vie de chrétiens produit de véritables fruits ? est-ce que nous sommes dociles à ce que Dieu nous demande dans nos vies ?

C’est ainsi que le Seigneur veut que nous préparions notre cœur pour célébrer sa Nativité. Nous demandons cette grâce à la très sainte Vierge Marie.

P. Luis Martinez V.E.

Monastère « Bienheureux Charles de Foucauld »

GAUDETE IN DOMINO SEMPER : ITERUM DICO, GAUDETE !

“Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis :

soyez dans la joie”Joie_Institut_du_Verbe_Incarné

Comme vous pouvez le voir dans la feuille des chants, ce dimanche a un nom spécial, il s’appelle dimanche « de Gaudete », il prend le nom du premier mot de l’antienne propre de ce dimanche, Gaudete in Domino ; la phrase se trouve aussi dans le passage que nous avons entendu dans la deuxième lecture, de saint Paul aux Phillipiens (Philip. 4,4-7). L’Église nous invite à nous réjouir, parce que le Seigneur est proche, parce que dans quelques jours nous allons fêter la Naissance de Jésus. Au milieu de ce temps de préparation pour la Fête de Noël, nous faisons une halte, pour renouveler notre joie.

Mais cette joie est destinée à tous les chrétiens, et aussi à l’humanité toute entière, elle n’est pas réservée pour nous seulement. Alors nous pouvons nous demander : comment peuvent vivre cette joie tant des frères et sœurs dans la foi qui souffrent la persécution par le simple fait d’être chrétiens, ou bien ceux dont la vie est pleine d’autres souffrances ?

 Pensons aux nombreux malades et personnes seules qui, en plus d’être éprouvés dans leur corps, le sont également dans leur âme, car il n’est pas rare qu’ils se sentent abandonnés: comment partager la joie avec eux, sans manquer de respect  à leur souffrance?

Mais pensons également à ceux – spécialement les jeunes – qui ont perdu le sens de la vraie joie, et la cherchent en vain là où il est impossible de la trouver: dans la société de consommation, l’alcool, dans les paradis artificiels de la drogue et de toute forme d’aliénation.

Nous ne pouvons pas ne pas confronter la liturgie d’aujourd’hui et son “Soyez dans la joie!” avec ces réalités dramatiques. L’Eglise ne s’évade pas de la réalité du monde, elle ne propose pas une idée fausse de la joie, non plus. Elle nous fait regarder vers le haut, vers les choses surnaturelles ; Saint_Paul_Institut_du_Verbe_Incarnénous avons, et le monde doit avoir aussi l’espérance en Jésus-Christ, l’espérance en ce qu’Il nous a promis, le Ciel. Sa grâce nous aide à vivre dans ce monde, où la souffrance est probablement présente dans nos vies, et nous vivons dans ce monde avec l’espérance qu’il change aussi et qu’il se tourne vers Dieu, une espérance qui nous pousse à agir contre le mal. Lorsque Saint Paul écrit la lettre aux Philippiens, il est en prison, il est prisonnier à cause de la prédication de l’Evangile, mais il invite ces chrétiens de Philippe à se réjouir, et par deux fois il leur recommande de le faire.

Mais le secret de la joie chrétienne est de ne pas se laisser envahir l’âme par la tristesse, même si la souffrance touche nos vies, même si le mal est devant nos yeux, l’Enfant de Bethleem est né pour vaincre le mal et nous ouvrir les portes du Ciel.

Jean_Baptiste_Institut_du_Verbe_IncarnéIl faut passer maintenant au passage évangélique (Lc. 3,10-18) et trouvons la prédication de saint Jean Baptiste, ou plutôt les réponses données à ceux qui s’approchaient de lui pour se faire baptiser.

Une première réflexion c’est l’attitude de conversion de gens : « Que devons-nous faire ? ». Les œuvres scellent comme un sceaux la conversion, elles sont le fruit.

Et ces œuvres avec lesquelles nous manifestons la réforme de la vie et la vérité de la conversion sont les œuvres du sincère amour au prochain, partager avec celui qui n’a pas. Voyant la figure de saint Jean Baptiste, on serait tenté de dire qu’il allait demander des grandes pénitences pour les gens qui venaient à lui. Pourtant, Jean Baptiste n’exige pas d’actes héroïques, plutôt la miséricorde et la charité envers les autres, améliorer la vie, vivant la simplicité face à Dieu. Saint Paul le recommandera aussi quelques années plus tard aux nouveaux chrétiens de Corinthe (1 Co. 7,17) : « que chacun se conduise selon la position que le Seigneur lui a assignée, et selon que Dieu l’a appelé ; c’est la règle que j’établis dans toutes les Eglises. ».

Ce que saint Jean suit c’est la prédication prophétique de tout l’ancien testament.

Ainsi, l’Esprit Saint nous apprend par la bouche du prophète Michée (6,6):   Avec quoi me présenterai-je devant le Seigneur, me prosternerai-je devant le Dieu de là-haut? Me présenterai-je devant lui avec des holocaustes, avec des veaux d’un an? Le Seigneur agréera-t-il des milliers de béliers, des myriades de torrents d’huile? Donnerai-je mon premier-né pour ma faute, le fruit de mes entrailles pour le péché de mon âme?  On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bon, et ce que le Seigneur demande de toi : c’est de pratiquer la justice, d’aimer la miséricorde, et de marcher humblement avec ton Dieu.

Dieu nous demande ce qui nous est accessible et parce qu’à la fin ce qu’Il veut de nous tous, c’est que nous fassions de façon extraordinaire ce que pour tout le monde est ordinaire. Vous allez dire : « mais, il y a des saints auxquels Dieu a demandé de faire de grands actes ». C’est vrai, mais ils ont aussi vécu en beaucoup de Mère_du_bel_amour_Institut_du_Verbe_Incarnéchoses la vie de simples chrétiens et c’est aussi une de raisons pour laquelle l’Eglise les a proclamés saints. Mais il faut savoir que la sainteté n’est pas fermée à une élite, sinon qu’elle est possible à tous.

Prions la Vierge Marie et demandons-lui la grâce de conduire d’une façon sainte dans la vocation à laquelle Dieu nous a appelés et d’attendre avec une grande joie la Naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ.

P. Luis Martinez V.E.

Monastère « Bienheureux Charles de Foucauld »