La patrie de saint Joseph – sa famille.

Saint Joseph eut pour patrie la Terre promise, la Terre sainte. Appuyée à l’Hermon dont les hauts sommets sont couverts de neige, et partagée en deux parties dans le sens de sa longueur par le cours du Jourdain, la Terre sainte s’étend entre la Méditerranée et le désert, présentant tour à tour des montagnes et des plaines de riches pâturages et de sombres vallons. La Galilée, avec son lac charmant et ses collines boisées où s’abrite Nazareth, était le joyau de la Palestine, tandis que la Judée avec son sol rocailleux et ses gorges sauvages présente un caractère plus sévère. Mais, sur son plateau central, elle portait le Temple, sanctuaire où Dieu s’était révélé, centre de la vie religieuse et politique de la nation. Non loin de là, sur une gracieuse colline, se trouvait Bethléem, la bourgade royale. En vérité, la Palestine était bien le magnifique héritage que Dieu avait assigné à son peuple choisi : elle méritait de devenir le séjour de l’Homme-Dieu ; et ses trois cités les plus saintes – Nazareth, Jérusalem, Bethléem – furent précisément le théâtre de la vie de saint Joseph.

Galilée

Dans cette contrée si belle et si glorieuse, Joseph n’était rien moins qu’un inconnu et un étranger. Il était de la race de David et de Salomon, dont les règnes ont marqué l’apogée de la grandeur du peuple juif (Matth. XII, 42) en même temps que de leur postérité devait sortir le Messie, espoir d’Israël et Sauveur du monde. C’est d’eux que l’Homme-Dieu naîtrait selon la chair : c’était le plus beau des privilèges de la nation choisie (Rom. IX, 5), et, plus particulièrement encore, de la famille de David. Cette gloire de la maison de David est historiquement attestée par la double généalogie de Jésus que nous donnent les évangélistes : saint Matthieu en descendant d’Abraham par la famille de Salomon, saint Luc en remontant, par la famille de Nathan, jusqu’à David, jusqu’à Abraham, jusqu’à Adam (Matth. I, 1-17 ; Luc, III, 23-38).

En ce qui concerne saint Joseph, sa mission, son mérite et sa grandeur, cette généalogie est très importante. Là, tout d’abord, nous avons incontestablement la généalogie de Joseph lui-même : il nous y est présenté comme descendant de David ; nous l’y trouvons intimement associé au Messie promis, à l’Homme-Dieu dont il est le père légal. Ainsi s’est accomplie la promesse, que le Messie sortirait de la race de David (Ps. LXXXVIII, 30 ; II Reg. VII, 16 ; XXIII, 5 ; I Mach. II, 57). Ainsi, il est démontré que le Sauveur est bien le fils de David, qu’il recueille toutes les gloires de cette illustre famille, et que c’est par Joseph, d’une façon toute spéciale, qu’il en devient l’héritier. En effet, saint Matthieu (I, 16) nous dit que le père de Joseph fut Jacob ; et saint Luc (III, 23), nous dit que ce fut Héli ; cette divergence ne peut s’expliquer que par ce fait qu’en vertu de la loi du lévirat, d’après laquelle celui dont le frère était mort sans laisser d’enfant devait épouser la veuve de ce frère, afin de lui assurer une postérité. Jacob fut le père naturel de Joseph, et Héli seulement son père légal. Donc, en Joseph, – et il semble que tel avait été autrefois le cas pour Zorobabel – les deux branches de la famille de David se réunissent, et c’est lui qui transmet au Sauveur les gloires de cette double lignée.

Roi David

Si nous considérons le Dieu en Jésus, cette descendance royale est en elle-même bien peu de chose ; mais, si nous envisageons l’Homme-Dieu, elle a son importance. Par elle, le Sauveur compte dix-neuf rois parmi ses ancêtres ; et cet honneur, il le doit à saint Joseph. Aussi, en s’adressant à Joseph pour la première fois, l’ange l’appelle-t-il « Fils de David » (Matth., I, 20). II s’agit d’un message messianique et l’ange affirme que la magnifique promesse faite à la famille de David se réalise maintenant en saint Joseph et par saint Joseph. Lors donc que, plus tard, la foule ravie d’admiration salue le Sauveur du nom de Fils de David et implore de lui, à ce titre, le soulagement de tous les maux ; lorsque Jésus lui-même, pour démontrer qu’il est le Messie, revendique ce nom et cet honneur en face de ses adversaires (Luc. XX, 41), la foule et le Sauveur ne font que proclamer un titre dont Jésus est redevable à saint Joseph.

Quant à saint Luc, s’il fait remonter jusqu’à Adam la généalogie du Sauveur, c’est, disent à bon droit les commentateurs, pour nous montrer que Jésus est bien de notre race, le Seigneur et le Chef du genre humain tout entier, le premier-né de la création. N’est-ce pas, en même temps, nous rappeler quelle place saint Joseph, en sa qualité de patriarche, occupe dans l’Église et par rapport aux générations qui devaient suivre ? En un songe mystérieux Jacob vit une échelle qui s’élevait de la terre jusqu’au ciel ; des anges en montaient et en descendaient les degrés. Dieu lui-même était au sommet (Gen. XXXVIII, 12 sqq.) Dans l’arbre généalogique du Sauveur, Dieu, en la personne de Jésus, se révèle au sommet réellement, et non point seulement en figure, grâce à saint « Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus qui est appelé Christ » (Matth. I, 16).

Mais, dira-t-on peut-être, que restait-il de toute la gloire de la famille de David au moment de l’avènement du Seigneur ? En quoi l’atelier de l’artisan Joseph rappelait-il la splendeur du grand roi ? Et à Jésus-Christ, notre Seigneur et maître, notre saint pouvait-il offrir autre chose que l’honneur douteux d’une famille illustre, sans doute, mais déchue et dont la condition ne différait plus de celle des plus humbles Israélites ?

Oui, cette pauvreté, cette obscurité, ces humiliations étaient le partage de saint Joseph ; mais elles étaient aussi l’un des caractères du Messie, et voilà pourquoi le Sauveur devait les tenir de Joseph. La pauvreté et l’humiliation entraient dans le plan divin de la Rédemption ; elles avaient leur raison d’être dans la mission de l’Homme Dieu. Lorsque les Juifs furent emmenés à Babylone sous le roi Jéchonias, le sceptre était sorti de Juda et la couronne royale de la famille de David (Jerem., XXII, 24, 30). Zorobabel ramena le peuple dans sa patrie ; mais « la maison de David tombait de plus en plus en ruine » (Amos, IX, 11), et, à partir d’Abiud et de Résa, les deux fils de Zorobabel, jusqu’à Joseph, la liste généalogique ne présente plus que des noms inconnus. Au temps des Machabées, en attendant que vint le prophète promis (I Mach., XIV, 41), une autre famille monta sur le trône d’Israël et, après qu’elle eut disparu dans le sang, l’Edomite Hérode, à moitié juif, à moitié barbare, usurpa la couronne (38 av. J.-C.). Pour se soustraire à la jalousie et à la cruauté de ce prince, les descendants de David durent s’enfuir, ou du moins se faire oublier par l’obscurité de leur condition et vivre péniblement, soit en Galilée soit à Bethléem, des travaux des champs ou du métier des artisans. Des richesses des rois conquises par David, de la gloire de Salomon, il ne restait rien. De saint Joseph lui-même, on ne sait qu’une chose : c’était un artisan. Demeurait-il à Bethléem ou à Nazareth ? on ne le dit pas. Donc, au point de vue temporel, Joseph n’avait à offrir au Sauveur que ses bras habitués au labeur et un cœur d’une fidélité à toute épreuve : au lieu des grandeurs et de l’éclat du monde, c’était l’obscurité et la pauvreté.

Bethlehem

Voilà précisément ce que voulait le Sauveur, et, pour le trouver, il était descendu du ciel sur la terre. Voilà pourquoi il avait disposé les événements de façon à ce que la famille de David tombât graduellement dans la pauvreté. Dieu, il n’avait besoin ni des richesses, ni des honneurs, ni d’aucun moyen naturel. Homme-Dieu, fondateur d’une religion qui enseigne l’humilité et la pauvreté, Rédempteur de l’humanité pécheresse, le dénuement et l’obscurité devaient lui servir d’instruments dans l’accomplissement de son œuvre. Longtemps à l’avance, les prophètes avaient vu en lui un rameau chétif, détaché du cèdre royal, poussant sur une terre aride (Is. LIII, 2). L’humiliation de la famille de David à laquelle il appartenait, en même temps qu’elle était le châtiment des fautes commises par les descendants du roi-prophète (Ps. LXXXVIII, 31-34 ; Jer. XXII, 24), devait être pour le Sauveur l’un des signes de son avènement, un moyen d’opérer notre rédemption, un lien qui l’unirait à une autre famille bien autrement étendue, – nous voulons dire le genre humain tout entier, pauvre, nécessiteux, soumis à la loi du travail de chaque jour. C’est donc ainsi que Joseph devait être, c’est donc ainsi qu’il fut, pour le Sauveur, l’homme selon son cœur, le père choisi entre mille.

Noblesse d’origine et pauvreté : tel est l’héritage temporel que saint Joseph apportait au Sauveur. Mais ni l’illustration de la naissance ni la pauvreté n’ont, en elles-mêmes, une valeur aux regards de Dieu. Devant le Seigneur, seules la vertu et la sainteté ont du prix. Or, saint Joseph avait une haute vertu et une sainteté extraordinaire : la mission pour laquelle Dieu l’avait choisi de toute éternité suffirait à le prouver. Les œuvres de Dieu sont parfaites ; ses conseils sont toujours pleins de sagesse. Plus une créature s’approche de lui, plus il la fait participer à sa propre sainteté. Saint Joseph était le chef de la Sainte Famille, le père nourricier de Jésus, l’époux de la Mère de Dieu : il se trouvait par là même uni à Jésus et à Marie par les liens les plus intimes. Nous devons, dès lors, en conclure que l’âme de saint Joseph fut une merveille de grâce et de sainteté. Nulle mission ne fut comparable à la sienne ; nulle sainteté, – celle de Marie exceptée – ne fut comparable à sa sainteté. Il l’emporte du moins sur tous les saints de la loi ancienne. Il est le dernier rejeton de l’Ancien Testament ; il touche immédiatement à la personne du Sauveur. Donc, en lui, la sainteté des ancêtres qui, dans les desseins divins, devait servir aussi au plan de l’Incarnation, doit avoir atteint son apogée. Comme Abraham, Joseph était un homme de foi et d’obéissance ; comme Jacob, il fut patient ; il fut pur et chaste comme le Joseph de l’Egypte ; selon le cœur de Dieu, comme David ; sage, comme Salomon.

S’il s’agit du Nouveau Testament, nous arrivons à une conclusion semblable. Là aussi, la situation de saint Joseph est unique. Une chose est certaine : lorsqu’il apparaît pour la première fois dans l’Évangile, le texte sacré fait remarquer que c’était « un homme juste » (Matth. I, 19), c’est-à-dire, suivant les Pères et les commentateurs, un homme saint, parfait, parce que ce mot « justice » signifie « perfection et sainteté ». Sous ce double rapport, il ne le cédait qu’à Marie. Il est vrai qu’en raison même de sa mission providentielle, sa sainteté n’a rien qui frappe les regards : il faut, en quelque sorte, deviner la grandeur et l’excellence de sa vertu : c’est un trésor caché dont Dieu seul peut apprécier toute la valeur, comme le regard de la Sagesse incarnée peut seule en contempler la richesse.

Voilà saint Joseph. Il est d’une famille illustre entre toutes, – une magnifique généalogie est là pour l’attester ; – la gloire est son partage jusque dans la pauvreté – c’est à cause de Jésus-Christ qu’il est pauvre ; – il est admirable par sa vertu et sa sainteté ; bref, il est bien l’homme dont le Sauveur avait besoin pour réaliser les desseins de sa miséricorde à l’égard du monde.

Saint Joseph, dans la Vie de Jésus-Christ et dans la Vie de l’Eglise

R. P. M. Meschler S. I.

Comment saint Joseph se rendit à Jérusalem et offrit Jésus à Dieu dans le temple

Quarante jours s’étaient écoulés depuis la naissance du Sauveur à Bethléem ; le moment était venu où Jésus devait être présenté au Seigneur dans le Temple et où Marie, sa mère, devait offrir un sacrifice pour sa purification. En témoignage des droits qu’il avait sur le peuple choisi, soit comme principe de toute paternité, soit parce qu’il avait délivré Israël de la servitude de l’Égypte, Dieu avait voulu non seulement que les Lévites lui fussent spécialement consacrés, mais encore que tout premier-né d’entre les Hébreux lui fût offert et racheté au prix de cinq sicles. La présentation devait se faire par le père trente jours – ou même plus tard – après la naissance de l’enfant (Ex., XIII, 1, 2 ; XXXIV, 19 ; Num., XVIII, 15). Quant à la mère, elle devait, quarante jours après avoir mis au monde un enfant, se purifier de l’impureté légale ainsi contractée, en offrant en sacrifice un agneau, ou, si elle était pauvre, deux tourterelles (Lev., XII, 6, 8). Saint Joseph partit de Bethléem, reconnaissant envers tous ceux qui avaient pu lui témoigner quelque bonté, reconnaissant surtout envers Dieu pour toutes les joies que lui avait apportées la naissance du Sauveur, son adoration par les bergers, sa circoncision. Il traversa de nouveau le plateau de Rephaïm que le printemps commençait à embellir de sa première parure. Autrefois, Abraham avait suivi cette route, lorsqu’il allait immoler son fils Isaac sur le mont Moria. Des hauteurs qui couronnent la vallée de Hinnon, la Sainte Famille aperçut Jérusalem, avec ses murailles crénelées, la puissante ville de David, le Temple et, à l’arrière-plan, le Mont des Oliviers. Joseph, avec l’Enfant et sa mère, passa la nuit dans la ville ou dans l’un de ses faubourgs. Le lendemain, à l’heure du sacrifice du matin, la Sainte Famille se rendit au Temple, et, pour la première fois, le Sauveur contempla, de ses yeux mortels, le sanctuaire de Dieu parmi son peuple, les portiques, les ponts, l’enceinte, le parvis des Gentils par lequel on accédait, par des degrés, à la grande porte de Nicanor.

La Présentation du Seigneur, Fra Angelico.

Là, se trouvait un vieillard, d’un aspect vénérable, qui semblait les attendre. S’avançant à leur rencontre, il s’inclina respectueusement et ouvrit les bras comme pour y recevoir le divin Enfant. C’était Siméon, que l’inspiration de l’Esprit-Saint avait conduit au Temple pour saluer le Sauveur. Marie lui confia l’Enfant. Fra Angelico nous représente le ravissement du saint vieillard : Siméon tient Jésus entre ses bras et le contemple comme on contemple un visage chéri, connu et aimé depuis longtemps. A la vue de la beauté éternellement jeune de ce Dieu qu’il adore, Siméon sent son cœur se rajeunir, ses lèvres s’entrouvrent et il chante ce cantique d’action de grâces que l’Église redit chaque soir pour remercier le Seigneur. Dans les yeux de Jésus, il découvre, dirait-on, une grandiose vision : il lit tous les mystères de l’Homme-Dieu jusqu’au dénouement sanglant du Calvaire En son cantique, tout d’abord il remercie Dieu de ce que son heure est venue et de ce qu’il a pu voir le Salut du monde. Il meurt avec joie, car la vie n’a rien de plus beau à lui offrir. Cet Enfant, – cette Lumière véritable – que ses mains tremblantes élèvent maintenant dans le Temple, il la voit se répandre non seulement sur Israël, mais jusqu’aux îles les plus lointaines et sur les nations païennes. Mais avec tristesse et douleur il reconnaît que cette Lumière sera un jugement, que cet Enfant doit être une pierre d’achoppement et un signe de contradiction pour un grand nombre, même en Israël. Il rend l’Enfant à sa mère à laquelle il prédit de mystérieuses souffrances, sous l’image d’un glaive qui transpercera le cœur et l’âme de Marie.

Sur ces entrefaites, Anne survient. C’était « une veuve, fort avancée en âge » ; « et elle demeurait sans cesse dans le temple, servant Dieu jour et nuit dans les jeunes et dans les prières » (Luc. II, 37). A son tour, elle reconnut en Jésus le Sauveur, le Messie ; sur ses joues pâles et amaigries, dans son regard éteint par les ans, on vit le reflet d’une joie toute céleste. Et « elle se mit à louer le Seigneur, et à parler de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption d’Israël » (Luc. II, 38).

Marie et Joseph admiraient dans leur cœur comment, par des témoignages si divers, au ciel et sur la terre, Dieu révélait toujours davantage la gloire du divin Enfant en même temps que les événements caractéristiques de sa vie mortelle. Cette dernière révélation prenait une importance singulière, parce qu’elle avait lieu dans le Temple même, parce qu’elle était faite par des personnages d’une sainteté notoire en présence d’un grand nombre de témoins, parce qu’elle prédisait des destinées exceptionnelles. Mais, en découvrant ainsi l’avenir de l’Enfant, Siméon avait fait au cœur de Marie et à celui de Joseph une blessure qui ne devait plus se fermer. « Qu’en sera-t-il donc de cet Enfant bien-aimé ? » Joseph dut souvent se poser cette question en serrant Jésus sur son cœur, en le voyant grandir sans cesse en grâce et en sagesse. Et ses larmes coulaient, larmes d’amour et de douleur tout à la fois. Peut-être, avant de quitter cette terre, aura-t-il vu le voile s’entrouvrir ! peut-être son regard aura-t-il lu clairement dans l’avenir !

Franchissant la balustrade de pierre qui séparait le Parvis des Gentils du Temple proprement dit, Marie et Joseph gravirent les degrés conduisant à la Porte de Nicanor. Près de là, à droite, se faisaient les rites de la purification pour les femmes après la naissance d’un enfant : elles devaient se présenter au prêtre qui récitait quelque prière et une formule de bénédiction ; et, dès lors, elles avaient de nouveau accès au Parvis des femmes. C’est là, aussi, qu’on voyait ces troncs à l’orifice en forme de trompette, destinés à recevoir les offrandes pour les divers sacrifices et, selon la somme ainsi recueillie, on immolait, après le sacrifice public du matin, un nombre plus ou moins grand d’agneaux et de tourterelles. Marie se soumit à la cérémonie de la purification, comme son Fils s’était soumis à la loi rituelle de la circoncision : dans l’intention du législateur et d’après l’esprit de la loi elle-même, elle n’y était nullement obligée.

A partir du XIIIe siècle, l’art religieux ne manque point de nous montrer saint Joseph présent à la cérémonie de la purification : il porte, dans une corbeille ou dans une petite cage, les tourterelles du sacrifice.

Après cette cérémonie – ou même pendant qu’elle avait lieu – le père offrait son enfant premier-né au Seigneur et le rachetait à prix d’argent : offrande et rachat se faisaient à gauche de la Porte de Nicanor, à la Porte du milieu sur le côté sud du Parvis des prêtres. Selon le rite prescrit, saint Joseph, en sa qualité de père, remit l’Enfant à un prêtre qui, l’élevant entre ses bras et se tournant vers le Saint des Saints, l’offrit au Seigneur et, après le paiement des cinq sicles, le rendit au père en prononçant une formule de bénédiction.

Le Sauveur daigna se soumettre à la cérémonie de la présentation au Temple. Certes, il n’avait pas besoin d’être consacré au Seigneur ou sanctifié : l’union de son humanité sainte avec la seconde Personne de la Divinité le sanctifiait et l’unissait à Dieu mieux que ne pouvait le faire un sacrement ou un rite quelconque. Jamais, sous l’Ancien Testament, sacrifice plus excellent n’avait été offert dans le Temple ; sa grandeur, sa beauté, sa gloire illuminaient le Temple, la terre entière, l’universalité des siècles et faisaient, par leur contraste, ressortir l’indigence et l’insuffisance de l’ancien culte. En ce jour, parce que le Messie venait d’y entrer, le Temple brillait de la splendeur dans laquelle le prophète (Agg., II, 10) l’avait contemplé. Ce sacrifice réunissait en lui seul tous les sacrifices de la Loi ancienne ; par-là, le sacerdoce ancien atteignait l’apogée de sa gloire ; Dieu lui-même accueillit l’offrande plus miséricordieusement encore qu’au jour solennel où Salomon célébra la dédicace du temple. C’était là, sur le mont Moria, que le patriarche Abraham avait offert au Seigneur son fils premier-né ; et, maintenant, voici qu’un autre Abraham, incomparablement plus juste que le premier, incomparablement plus cher à Dieu, renouvelle le sacrifice. C’est saint Joseph ; et Dieu fait de l’Époux de Marie le patriarche de la Loi nouvelle. Si Marie, Siméon et Anne ont accompagné Joseph en cette cérémonie, glorifiant le Seigneur et répétant les paroles du Psalmiste : « Dieu est bon, sa miséricorde est éternelle : au milieu de votre temple nous avons éprouvé votre miséricorde » (Ps. CXVII, 1 ; XLVII, 10), n’était-ce pas en quelque sorte la première procession de la Chandeleur, cette « Fête des lumières », qui a toujours été et qui sera toujours en honneur dans l’Église ?

Saint Joseph, dans la Vie de Jésus-Christ et dans la Vie de l’Eglise

R. P. M. Meschler S. I.