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Pour quoi la vie religieuse est utile aujourd’hui?

Fête de la présentation du Seigneur

Nous célébrons ce dimanche la fête de la Présentation du Seigneur. Elle est le souvenir du jour où le Seigneur a été présenté et consacré au Seigneur, tous les aînés du peuple juif devaient être consacrés mais leurs parents pouvaient les racheter en offrant un sacrifice à leur place ; nous devons remarquer que l’offrande que fait Saint Joseph c’était l’offrande que pouvaient faire les pauvres, un couple de tourterelles ou deux petites colombes, car les gens qui avaient une meilleure situation économique devaient offrir un mouton. Cet acte liturgique se faisait quarante jours après la naissance de l’enfant, et pour cela nous le célébrons aujourd’hui, le quarantième jour après Noël.

La commémoration de ce mystère est née très tôt dans l’Eglise et s’est très vite répandue, d’abord en Orient, où elle a reçu le nom Hypapante : « aller au-devant », « rencontrer », car Syméon rencontre le Seigneur. Ensuite, cette fête s’est étendue également à l’Occident, développant surtout le symbole de la lumière, car Jésus est la lumière des nations, et pour cette raison les chrétiens effectuaient comme aujourd’hui encore une procession avec les chandelles, l’origine du terme “Chandeleur”. Par ce signe visible, on veut signifier que l’Eglise rencontre dans la foi celui qui est “la lumière des hommes” et l’accueille avec tout l’élan de sa foi pour apporter au monde cette “lumière”.

Nous donnons un sens spirituel à cette procession. Les cierges symbolisent Notre-Seigneur Jésus-Christ, lumière pour éclairer les nations païennes ; la procession représente et le passage de la sainte Famille dans le Temple et la rencontre des deux vieillards Siméon et Anne.

Saint Anselme, développant ce mystère, nous dit qu’il y a trois choses à considérer dans le cierge comme image du Christ : la cire, la mèche et la flamme. La cire, ouvrage de l’abeille virginale, est la chair du Christ ; la mèche, qui est intérieure, est son âme ; la flamme, qui brille en la partie supérieure est sa divinité.

Depuis l’année 1997, l’Eglise a choisi cette date pour célébrer le jour de la vie consacrée. Une journée dédiée à prier et à réfléchir sur l’appel que Dieu fait à certaines personnes pour Le suivre de plus près, c’est-à-dire, embrasser la vie que le Christ a vécue dans ce monde. La vie consacrée est donc une mémoire vivante du Fils appartenant totalement au Père, qui est vu, vécu et présenté comme unique Amour (c’est cela la virginité), comme unique richesse (c’est cela la pauvreté), comme unique réalisation (c’est cela l’obéissance).

« Qu’en serait-il du monde, s’il n’y avait les religieux ? » se demandait avec raison Sainte Thérèse d’Avila (cf VC 105 a).

C’est une question qu’il est bon de se poser de temps en temps, surtout afin de rendre grâce au Seigneur pour ce don par lequel l’Esprit continue à animer et soutenir son Eglise dans son engagement envers le monde.

Mais nous devons dire que nous assistons dans notre époque à un phénomène très répandu qu’on appelle « l’utilitarisme », c’est-à-dire que les hommes et les femmes d’aujourd’hui (la plupart d’entre eux) considèrent l’utilité d’une chose ou action comme un principe moral. Beaucoup de gens ne se demandent plus si c’est bien ou mal selon la loi de Dieu, mais si c’est utile, donc si c’est utile c’est bien, alors que moralement parlant c’est une mauvaise chose.  Et nous suivons maintenant l’enseignement du p. Carlos Buela, fondateur de la Famille Religieuse du Verbe Incarné, dans son sermon “La vie religieuse, utile ou inutile?” .

«Utile » est actuellement toujours considéré du seul point de vue économique. Ainsi « utile » est cette chose qui produit du profit, du confort ou du résultat ; c’est ce qui peut servir et profiter en sens principalement économique. L’utilitarisme est ce qui ne vise qu’à atteindre l’utilité.

La vie consacrée est donc, du point de vue du monde – le point de vue naturel, humain – une chose inutile, mais du point de vue de la foi – le point de vue surnaturel – c’est quelque chose d’utile et de très utile et ce point de vue c’est l’unique domaine où la consécration à Dieu a vraiment une utilité.

En premier lieu, la vie religieuse est très utile pour la personne même qui se consacre à Dieu. C’est ce que l’apôtre Saint Paul évoque par rapport au vœu de chasteté , ceux qui ne se marient pas avec un esprit chrétien, le font pour se donner à Dieu “propter regnum coelorum”, pour le royaume des cieux (Mt 19, 12). Comme il le dit aussi « Celui qui se marie fait bien ; mais celui qui ne se marie pas fait encore mieux » (1Cor 7, 38).

La pauvreté est très utile pour la personne qui fait ce vœu, qui professe la pauvreté, parce que le vœu de pauvreté nous oblige à nous abandonner totalement à Dieu, faisant entièrement confiance à sa divine Providence qui ne manque jamais à ceux qui l’aiment, car elle dispense d’une manière très belle et très douce ce qui est nécessaire, non seulement pour notre bien spirituel ou éternel, mais aussi pour notre bien temporel et terrestre.

Le vœu d’obéissance est très utile pour l’âme, par lequel le consacré renonce librement à sa volonté et se soumet à la volonté du supérieur, sachant que même au-delà des limitations et des erreurs de chaque être humain, la volonté de Dieu se manifeste dans la vie religieuse par la volonté du supérieur légitime, parce que Dieu l’a voulu de cette manière.

Deuxièmement, non seulement la vie religieuse – en particulier à cause des vœux – est utile à la personne qui la professe, mais également utile à sa famille – avec une utilité surnaturelle, qui est plus importante que l’ économique-. Saint Luis Orione a dit “des familles des consacrés qu’ils se sauvent jusqu’à la troisième et quatrième génération” Et ceci parce que l’aide à travers la prière des personnes consacrées est inestimable pour leurs familles, car la prière est toujours la force de l’homme et la faiblesse de Dieu.

Quand une âme insiste et persévère à demander, Dieu accorde toujours ce que l’on demande ; et s’il ne nous donne pas la chose particulière et spécifique qu’ on lui  demande, il nous donne quelque chose de supérieur et de meilleur, parce que Dieu ne se laisse pas gagner en générosité. Dieu ne nous donne que des choses qui sont pour notre bien, car parfois nous demandons pour nous-mêmes ou pour ceux que nous aimons certaines choses qui, si nous les avions, ne seraient pas pour notre bien.

Troisièmement, les consacrés sont dotés d’une utilité surnaturelle également pour le monde,  non seulement les religieux qui vivent la vie apostolique, mais aussi ceux qui peuvent vivre la vie dite active dans la pratique des œuvres de miséricorde. Une religieuse contemplative, un religieux contemplatif, un moine ou une moniale, font grand bien, car ils enseignent beaucoup de choses au monde !

Il y a des gens qui croient que leur vie est une perte de temps et pourtant ce qu’ils font est le plus important car c’est le premier commandement de la loi de Dieu: aimer Dieu par-dessus tout et les autres comme soi-même pour l’amour de Dieu. Les contemplatifs témoignent que Dieu doit être le premier servi, surtout, dans cette société utilitaire, dans cette civilisation de la consommation, car si Dieu n’est pas le premier servi il n’y aura pas de sens dans la vie de l’homme ou de la femme sur terre ,ils tomberont dans l’absurdité et le non-sens, comme la drogue et tout le reste.

Un contemplatif, une contemplative, lorsqu’ils prient, expient et réparent leurs propres péchés et mais aussi les nôtres.

La véritable âme de la vie contemplative – et chaque religieux doit être contemplatif parce que même si les œuvres de miséricorde appartiennent à la vie apostolique ou active, l’essence de la vie religieuse est la contemplation –  ne s’éloigne pas du monde ou des problèmes du monde. Au contraire, elle les connaît de plus en plus. Un contemplatif, un religieux authentique, par le fait de contempler Dieu, devant qui comme le dit saint Grégoire le Grand, “tout le reste est fait petit”, regarde tout le reste à sa mesure et sait alors donner un sens à toutes les autres choses.

Nous devons prier aujourd’hui et toujours pour les religieux et les consacrés afin qu’ils ne perdent jamais le sens de la foi, le surnaturel, pour qu’ils ne tombent jamais dans le sens du monde car alors ils ne trouveront pas le sens profond de leur vie

Que ce don de leur vie qu’ils ont fait soit toujours avec un cœur sans restriction et sans partage au seul Seigneur qui mérite d’être servi.

P. Luis Martinez IVE.

Qui tollis peccata mundi! La grâce de la confession

Homélie pour le II Dimanche du T. O. , année A (Jn 1, 29-34)

« Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » L’évangile de ce dimanche rapporte ces paroles de saint Jean Baptiste, ce sont les mêmes paroles que le prêtre reprend à chaque messe, après que les fidèles l’aient aussi chanté par trois fois.

Il est évident que saint Jean Baptiste avait des raisons pour signaler le Seigneur comme l’Agneau de Dieu. Depuis Moïse, la figure de l’agneau pascal était liée à la libération d’Egypte. Là-bas, Dieu avait épargné de la mort ceux qui avaient marqué les portes de leur maison avec le sang de cet agneau.

Depuis cet événement, l’image de l’agneau sacrifié prophétisait celle du Messie. Le Serviteur du Seigneur, le nom que les prophètes Jérémie et Isaïe donnaient au Christ, devait être conduit à la mort comme un agneau innocent : « Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir…» (Jér. 11,19) ; « Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche (Is 53,7) ».

Dans le nouveau Testament, le Sacrifice Rédempteur de Jésus signifie pour l’apôtre Saint Paul, la Pâque définitive : « notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ » (1 Cor. 5,7).

Mais, si nous ouvrons le dernier livre de la Bible, le livre de l’Apocalypse, saint Jean, l’apôtre voit le triomphe final de Notre Seigneur comme le triomphe de l’Agneau : « j’ai vu, entre le Trône, les quatre Vivants et les Anciens, un Agneau debout, comme égorgé (référence à son sacrifice) », « j’ai vu : et j’entendis la voix d’une multitude d’anges qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens ; ils étaient des myriades de myriades, par milliers de milliers. Ils disaient d’une voix forte : ‘Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange.’ »

Nous devons encore préciser que le verbe utilisé par saint Jean est encore plus profond que celui que nous traduisons par « enlever » « tollere » en latin ; une traduction plus approximative au sens originaire c’est : « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui prend sur ses épaules nos péchés, assumant en lui le châtiment de ces fautes afin de les détruire, les effacer ». Le Seigneur accepte donc de les porter sur lui-même dans sa Passion pour que Dieu ne se souvienne plus de nos péchés.

A partir de cette idée, nous allons réfléchir aujourd’hui sur le sacrement du pardon des péchés par excellence, qui est la Confession, sans oublier que le Baptême aussi nous pardonne tous les péchés, et pour cela Les Pères de l’Église présentent ce sacrement comme ” la seconde planche [de salut] après le naufrage qu’est la perte de la grâce ” (Tertullien, pæn. 4, 2 ; cf. Cc. Trente : DS 1542) (CEC. 1446).

S. Ambroise parle des deux conversions en écrivant que, dans l’Église, ” il y a l’eau et les larmes : l’eau du Baptême et les larmes de la Pénitence ” (ep. 41, 12 : PL 16, 1116B).

Comme nous le savons, nous révélons dans le sacrement de la confession nos propres péchés et pas ceux des autres (comme cela arrive parfois avec les gens qui ne comprennent pas le véritable but de la confession…). Et c’est avec raison qu’on la nomme « accusation », parce que nous ne devons point confesser nos péchés, comme pour en faire parade, à l’exemple de ceux « qui se réjouissent quand ils ont fait le mal », ne pas en faire un récit, comme s’il s’agissait d’amuser des auditeurs oisifs ; il faut en revanche énumérer les péchés avec l’intention de nous avouer coupables, et le désir de les venger sur nous-mêmes par la Pénitence. Si nous confessons nos péchés, c’est pour en obtenir le pardon.

Selon les paroles de Saint Augustin : « La Confession, c’est la révélation d’une maladie cachée, avec l’espoir d’en obtenir la guérison. »

La Confession a été instituée par Notre Seigneur Jésus-Christ (qui a bien fait toutes choses, et uniquement pour notre salut), elle est un effet de sa bonté et de sa miséricorde infinie envers nous. Il l’a fait le jour de sa Résurrection : ses Apôtres étaient réunis dans un même lieu (le Cénacle), Il souffla sur eux, en disant: « Recevez le Saint-Esprit, à qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus» (Jn. 20,23). 

Le ministre de la confession est le prêtre. Mais si Notre Seigneur a donné aux prêtres le pouvoir de retenir et de remettre les péchés, Il les a évidemment aussi établis juges en cette matière ; alors, pour juger il faut connaître la cause, et pour cette raison les prêtres doivent connaître les péchés de ceux qui se confessent.

Au moment du miracle de la résurrection de son ami, Lazare, le Seigneur avait chargé ceux qui étaient là, ses disciples, de le dégager des liens qui le tenaient enseveli, cette image est reprise par Saint Augustin qui explique ce passage en disant:  « Maintenant, les prêtres peuvent eux-mêmes être encore plus utiles et remettre beaucoup plus aux pénitents dont ils pardonnent les péchés dans la Confession ; car en donnant à ses Apôtres le soin de délier Lazare qu’Il venait de ressusciter, Jésus-Christ montrait par-là que les prêtres ont reçu le pouvoir de délier. » C’est encore pour nous apprendre la même vérité que le Sauveur ayant guéri les dix lépreux sur le chemin, leur ordonna « d’aller se faire voir aux Prêtres » et de se soumettre à leur décision. A travers ces images donc, nous arrivons à comprendre la fonction des prêtres dans ce sacrement et le besoin que nous avons de leur déclarer nos péchés.

Beaucoup de gens ignorent vraiment le bien de la Confession, avançant précisément le fait déclarer les péchés devant un homme et argumentant parfois qu’ils préfèrent le faire devant Dieu même. Nous savons qu’il est impossible de porter un jugement équitable, et de respecter les véritables règles de la justice en punissant le crime dans une cause qui n’est point suffisamment instruite, et que l’on ne connaît point à fond (comment donner une sentence sur une cause qu’on ne connaît pas ?), il s’ensuit donc que les pénitents sont obligés de révéler aux prêtres, par la Confession, tous leurs péchés les uns après les autres.

Saint Augustin comprenait admirablement cette vérité, lorsqu’il s’écriait : « non, que personne ne se dise : Je fais en secret pénitence devant le Seigneur, et Dieu de qui vient le pardon connaît bien ce que j’éprouve au fond du cœur. Car alors le Seigneur aurait dit sans raison (aux apôtres) : ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel ; sans raison aussi les clefs auraient été confiées à l’Eglise de Dieu ».

« Lequel des deux, dit à son tour saint Ambroise, honore Dieu davantage, celui qui obéit à ses Commandements, ou celui qui y résiste ? Dieu nous a ordonné d’obéir à ses ministres, et lorsque nous leur obéissons, c’est Dieu seul que nous honorons. ».

Et saint Jérôme : ” Si le malade rougit de découvrir sa plaie au médecin, la médecine ne soigne pas ce qu’elle ignore ” (S. Jérôme, Eccl. 10, 11 : PL 23, 1096)

Le sacrement de la confession est un grand bien pour notre salut éternel. En effet, le Catéchisme de l’Eglise Catholique enseigne que ” Toute l’efficacité de la Pénitence consiste à nous rétablir dans la grâce de Dieu et à nous unir à Lui dans une souveraine amitié ” (Catech. R. 2, 5, 18). Le but et l’effet de ce sacrement sont donc la réconciliation avec Dieu. Chez ceux qui reçoivent le sacrement de Pénitence avec un cœur contrit et dans une disposition religieuse, ” il est suivi de la paix et de la tranquillité de la conscience, qu’accompagne une forte consolation spirituelle ” (Cc. Trente : DS 1674). En effet, le sacrement de la réconciliation avec Dieu apporte une véritable ” résurrection spirituelle “, une restitution de la dignité et des biens de la vie des enfants de Dieu dont le plus précieux est l’amitié de Dieu (Lc 15, 32).

Il faut rappeler que la réconciliation avec Dieu a comme conséquence, pour ainsi dire, d’autres réconciliations qui porteront remède à d’autres ruptures produites par le péché : le pénitent pardonné se réconcilie avec lui-même dans la profondeur de son être, où il récupère sa propre vérité intérieure ; il se réconcilie avec les frères que de quelque manière il a offensé et blessé ; il se réconcilie avec l’Église ; il se réconcilie avec la création toute entière (RP 31).

Celui qui confesse ses péchés agit déjà avec Dieu. « Dieu accuse tes péchés ; si tu les accuses toi aussi, tu te joins à Dieu. L’homme et le pécheur sont pour ainsi dire deux réalités : quand tu entends parler de l’homme, c’est Dieu qui l’a fait ; quand tu entends parler du pécheur, c’est l’homme lui-même qui l’a fait. Détruis ce que tu as fais pour que Dieu sauve ce qu’il a fait… Quand tu commences à détester ce que tu as fait, c’est alors que tes œuvres bonnes commencent parce que tu accuses tes œuvres mauvaises. Le commencement des œuvres bonnes, c’est la confession des œuvres mauvaises. Tu fais la vérité et tu viens à la Lumière (S. Augustin, ev. Jo. 12, 13).

Demandons la grâce d’aimer le sacrement de la confession car le Christ a porté sur lui le poids de nos péchés. Que la Reine de la Miséricorde nous obtienne cette grâce.

P. Luis Martinez IVE.