Nous célébrons ce dimanche la fête de la Présentation du
Seigneur. Elle est le souvenir du jour où le Seigneur a été présenté et consacré
au Seigneur, tous les aînés du peuple juif
devaient être consacrés mais leurs parents pouvaient les racheter en offrant un
sacrifice à leur place ; nous devons remarquer que l’offrande que fait
Saint Joseph c’était l’offrande que pouvaient faire les pauvres, un couple de tourterelles ou deux petites
colombes, car les gens qui avaient une meilleure situation économique
devaient offrir un mouton. Cet acte liturgique se faisait quarante jours après
la naissance de l’enfant, et pour cela nous le célébrons
aujourd’hui, le quarantième jour après Noël.
La commémoration de ce mystère est née très tôt dans l’Eglise
et s’est très vite répandue, d’abord en Orient, où elle a reçu le nom
Hypapante : « aller au-devant », « rencontrer », car
Syméon rencontre le Seigneur. Ensuite, cette fête s’est étendue également à
l’Occident, développant surtout le symbole de la lumière, car Jésus est la
lumière des nations, et pour cette raison les chrétiens effectuaient comme aujourd’hui encore une procession avec les
chandelles, l’origine du terme “Chandeleur”. Par ce signe
visible, on veut signifier que l’Eglise
rencontre dans la foi celui qui est “la lumière des hommes” et
l’accueille avec tout l’élan de sa foi pour apporter au monde cette
“lumière”.
Nous donnons un sens spirituel à cette procession. Les cierges
symbolisent Notre-Seigneur Jésus-Christ, lumière
pour éclairer les nations païennes ; la procession représente et le passage
de la sainte Famille dans le Temple et la rencontre des deux vieillards Siméon
et Anne.
Saint Anselme, développant ce mystère, nous dit qu’il y a
trois choses à considérer dans le cierge comme image du Christ : la cire, la
mèche et la flamme. La cire, ouvrage de l’abeille virginale, est la chair du
Christ ; la mèche, qui est intérieure, est son âme ; la flamme, qui brille en
la partie supérieure est sa divinité.
Depuis l’année 1997, l’Eglise a choisi cette date pour
célébrer le jour de la vie consacrée. Une journée dédiée à prier et à réfléchir
sur l’appel que Dieu fait à certaines personnes pour Le suivre de plus près,
c’est-à-dire, embrasser la vie que le Christ a vécue dans ce monde. La vie
consacrée est donc une mémoire vivante du Fils appartenant totalement au Père,
qui est vu, vécu et présenté comme unique
Amour (c’est cela la virginité), comme unique
richesse (c’est cela la pauvreté), comme unique réalisation (c’est cela l’obéissance).
« Qu’en serait-il du monde, s’il n’y avait les religieux ? » se demandait avec raison Sainte Thérèse d’Avila (cf VC 105 a).
C’est une question qu’il est bon de se poser de temps en
temps, surtout afin de rendre grâce au Seigneur pour ce don par lequel l’Esprit
continue à animer et soutenir son Eglise dans son engagement envers le monde.
Mais nous devons dire que nous assistons dans notre époque à un phénomène très répandu qu’on appelle « l’utilitarisme », c’est-à-dire que les hommes et les femmes d’aujourd’hui (la plupart d’entre eux) considèrent l’utilité d’une chose ou action comme un principe moral. Beaucoup de gens ne se demandent plus si c’est bien ou mal selon la loi de Dieu, mais si c’est utile, donc si c’est utile c’est bien, alors que moralement parlant c’est une mauvaise chose. Et nous suivons maintenant l’enseignement du p. Carlos Buela, fondateur de la Famille Religieuse du Verbe Incarné, dans son sermon “La vie religieuse, utile ou inutile?” .
«Utile »
est actuellement toujours considéré du seul point de vue économique. Ainsi « utile »
est cette chose qui produit du profit, du confort ou du résultat ; c’est ce qui
peut servir et profiter en sens principalement économique. L’utilitarisme est
ce qui ne vise qu’à atteindre l’utilité.
La vie consacrée est donc, du
point de vue du monde – le point de vue naturel, humain – une chose inutile,
mais du point de vue de la foi – le point de vue surnaturel – c’est quelque
chose d’utile et de très utile et ce point de vue c’est l’unique domaine où la
consécration à Dieu a vraiment une utilité.
En premier lieu, la vie religieuse est très utile pour la
personne même qui se consacre à Dieu. C’est ce que l’apôtre Saint Paul évoque par rapport au vœu de chasteté , ceux qui ne se marient pas avec un esprit chrétien,
le font pour se donner à Dieu “propter regnum coelorum”, pour le
royaume des cieux (Mt 19, 12). Comme il le dit
aussi « Celui qui se marie fait bien ; mais celui qui ne se marie pas fait
encore mieux » (1Cor 7, 38).
La pauvreté est très utile pour la personne qui fait ce vœu,
qui professe la pauvreté, parce que le vœu de pauvreté nous oblige à nous
abandonner totalement à Dieu, faisant entièrement confiance à sa divine
Providence qui ne manque jamais à ceux qui l’aiment, car elle dispense d’une manière très belle et très douce ce qui
est nécessaire, non seulement pour notre bien spirituel ou éternel, mais aussi pour notre bien temporel et terrestre.
Le vœu d’obéissance est très utile pour l’âme, par
lequel le consacré renonce librement à sa volonté et se soumet à la volonté du
supérieur, sachant que même au-delà des limitations et des erreurs de chaque
être humain, la volonté de Dieu se manifeste dans la vie religieuse par la
volonté du supérieur légitime, parce que Dieu l’a voulu de cette manière.
Deuxièmement, non seulement la vie religieuse – en particulier à cause des vœux – est utile à la personne qui la professe, mais également utile à sa
famille – avec une utilité surnaturelle, qui est
plus importante que l’ économique-. Saint Luis
Orione a dit “des familles des consacrés qu’ils
se sauvent jusqu’à la troisième et quatrième génération” Et ceci parce que l’aide à travers la prière des
personnes consacrées est inestimable pour leurs familles, car la prière est toujours la force de l’homme et la faiblesse de Dieu.
Quand une âme insiste et persévère à demander, Dieu accorde
toujours ce que l’on demande ; et s’il ne nous donne pas la chose particulière
et spécifique qu’ on lui demande, il nous donne quelque chose de supérieur et de
meilleur, parce que Dieu ne se laisse pas gagner en générosité. Dieu ne
nous donne que des choses qui sont pour notre bien, car parfois nous demandons
pour nous-mêmes ou pour ceux que nous aimons certaines choses qui, si nous les avions, ne seraient pas pour notre bien.
Troisièmement, les consacrés sont
dotés d’une utilité surnaturelle également pour
le monde, non seulement les religieux qui vivent la vie
apostolique, mais aussi ceux qui peuvent vivre
la vie dite active dans la pratique des œuvres de miséricorde. Une religieuse
contemplative, un religieux contemplatif, un moine ou une moniale, font grand bien, car ils enseignent beaucoup de choses au monde
!
Il y a des gens qui croient que leur vie est une perte de
temps et pourtant ce qu’ils font est le plus important car c’est le premier
commandement de la loi de Dieu: aimer Dieu par-dessus tout et les autres comme
soi-même pour l’amour de Dieu. Les contemplatifs témoignent que Dieu doit être
le premier servi, surtout, dans cette société utilitaire, dans cette
civilisation de la consommation, car si Dieu n’est pas le premier servi il n’y
aura pas de sens dans la vie de l’homme ou de la femme sur terre ,ils tomberont dans l’absurdité
et le non-sens, comme la drogue et tout le
reste.
Un contemplatif, une contemplative, lorsqu’ils prient,
expient et réparent leurs propres péchés et mais aussi les nôtres.
La véritable âme de la vie contemplative – et chaque religieux
doit être contemplatif parce que même si les œuvres de miséricorde appartiennent
à la vie apostolique ou active, l’essence de la vie religieuse est la
contemplation – ne s’éloigne pas du
monde ou des problèmes du monde. Au contraire, elle les
connaît de plus en plus. Un contemplatif, un religieux authentique, par le fait
de contempler Dieu, devant qui comme le dit saint Grégoire le Grand, “tout
le reste est fait petit”, regarde tout le reste à sa mesure et sait alors
donner un sens à toutes les autres choses.
Nous devons prier aujourd’hui et toujours pour les religieux
et les consacrés afin qu’ils ne perdent jamais le sens de la foi, le
surnaturel, pour qu’ils ne tombent jamais dans le sens du monde car alors ils
ne trouveront pas le sens profond de leur vie
Que ce don de leur vie qu’ils ont fait soit toujours avec un cœur sans restriction et sans partage au seul Seigneur qui mérite d’être servi.
Lorsqu’on pose des questions sur les raisons du célibat, on doit faire attention à ne pas donner des réponses faciles, mais qui, fondamentalement, ne répondent pas adéquatement au problème.
Un peu d’histoire
Historiquement, nous savons que Jésus-Christ, dans le Nouveau Testament, ne l’a pas imposé bien qu’il l’ait recommandé, à la fois par son propre exemple (il était vierge) soit explicitement comme l’idéal de la vie chrétienne pour le Royaume des Cieux (cf. Mt 19,12; 19 , 29). Il en est de même de saint Paul (cf. 1 Co 7,7 et ss). Dans l’Antiquité chrétienne, les Pères et les écrivains ecclésiastiques témoignent de la diffusion, tant en Occident qu’en Orient, de la libre pratique du célibat parmi les ministres sacrés pour la grande convenance qui existe avec le dévouement total au service de Dieu et de son Église.
L’Église d’Occident, depuis le début du quatrième siècle, a corroboré, étendu et sanctionné cette pratique. Même (et cela doit être noté) en période de grand déclin moral parmi le clergé car elle a toujours vu dans le célibat une grâce et un don qu’elle devait conserver. L’obligation de célibat a été solennellement sanctionnée par le Concile de Trente [1] et incluse dans le Code de droit canonique: «Les clercs sont tenus d’observer la continence parfaite et perpétuelle du Royaume des cieux et sont donc soumis au célibat , qui est un don particulier de Dieu, par lequel les ministres sacrés peuvent plus facilement adhérer au Christ avec un cœur sans partage et se consacrer plus librement au service de Dieu et des hommes »[2].
La législation des Églises orientales n’est différente que dans une certaine mesure. Le Conseil « in Trullo », en 692, a sanctionné la coutume d’exiger la continence absolue des évêques, tout en accordant la permission de se marier pour tout le bas clergé avant l’ordination; mais non après. Par conséquent, en Orient, il existe également une tradition de célibat (pour les évêques, qui ont la plénitude de la prêtrise, et pour les prêtres qui ont été ordonnés sans s’être mariés auparavant) [3].
I. Les raisons du célibat
Comme l’a
souligné le Concile Vatican II, le célibat « n’est pas exigé par la nature même
du sacerdoce » (en fait, dans l’Église primitive, il y avait une pratique
courante du sacerdoce célibataire et du sacerdoce pour les hommes déjà mariés ,
qui est également toujours utilisé dans la tradition de la Églises orientales),
mais néanmoins «le célibat a de multiples convenances avec le sacerdoce »
[4]. Notons cette distinction : elle
n’est pas requise par la nature, mais il y a une harmonie multiple avec cette
nature. Cela signifie qu’entre le sacerdoce et le célibat, il existe de
multiples raisons de convenance. Quelles sont donc ces raisons ?
1) La convenance avec la nature même
du sacerdoce [5].
Le sacerdoce ministériel est une configuration avec Jésus-Christ, le seul prêtre. Le célibat rend plus radicale cette configuration.
En effet, le
prêtre est un autre Christ sacramentel, ontologiquement assimilé, en vertu de
son «character», au Verbe Incarné, au Christ prêtre immolé sur la croix et au
Christ ressuscité.
Alors donc,
la virginité fait partie de la création renouvelée par le Christ, le nouvel
Adam. Il est entré dans le monde et dans l’histoire pour fonder ce nouvel ordre
de choses qui n’était pas un hommage à la chair et au sang, l’économie du Saint-Esprit.
Par conséquent, étant prêtre d’une nouvelle humanité, il ne doit pas naître
comme les autres hommes mais de l’Esprit Saint et de la Vierge Marie. Saint
Ambroise a écrit: «Adam est né de la terre vierge, le Christ de la Vierge» [6].
Ainsi, n’est-il pas convenable pour le prêtre, configuré en vertu de son « character »
immuable et en appartenance perpétuelle au Christ, unique médiateur, de
traduire cette appartenance par son célibat qui le fait vivre exclusivement
pour son Maître ? Du fait que Jésus devait naître d’une Vierge, saint Cyrille
de Jérusalem en déduit que «tout prêtre qui veut servir le Fils de Dieu comme
il se doit, doit s’abstenir de la femme» [7].
De même, le Christ, prêtre de l’humanité, se rend solidaire avec nous en assumant notre chair de péché (cf. Rm 8,3). Mais cette chair de péché était par Lui définitivement immolée sur la croix (cf. Rm 8,3; Ep 2,14-16). Le Christ est mort à la chair une fois pour toutes ; les chrétiens unis à Lui ne sont plus dans la chair (cf. Rm 7,5; 8,9); ils sont crucifiés (cf. Gal 5,24) et en sont dépouillés par le baptême (cf. Col 2,11). Ils marchent dans la chair, mais ils n’y sont pas soumis (cf. 2Cor 10.3) et ils la dominent par leur union avec le Christ dans la foi (cf. Gal 2,20). Et parmi tous les chrétiens, les vierges dominent la chair à un point tel qu’elles sont volontairement déracinées de la chair et tentent de vivre au-dessus de ce monde qui passe, comme si les lois de ce monde n’avaient plus à faire avec elles.
Il est
logique que le prêtre, configuré avec le Christ immolé et mort à la chair, soit
aussi, par son célibat, déraciné de la sphère charnelle, afin d’être le plus
près possible de Lui.
2) Convenance psychologique du célibat
: il permet de se consacrer exclusivement au Christ.
Sur le plan psychologique, le célibat n’est pas un renoncement à l’amour ; il est plutôt amour et signe de l’amour. Tertullien l’a déjà proclamé comme une union de divins fiancés : “ Combien nous en voyons dans les ordres sacrés qui ont embrassé la continence ont donc préféré épouser Dieu ; ils ont restauré l’honneur de leur chair et, enfants du temps, se sont consacrés à l’éternité, mortifiant en soi la convoitise du désir et tout ce qui est exclu du paradis »[8].
Il est de toute évidence, comme le dit saint Grégoire, que sans charité “la chasteté n’est pas grande”; elle n’est valable que par l’amour qui l’inspire et pour l’amour le plus élevé auquel elle conduit [9]. C’est pourquoi saint Paul voit dans le chrétien non lié par les liens du mariage, un homme qui se soucie des choses du Seigneur, comment plaire au Seigneur, tandis que l’homme marié se soucie des choses du monde, comment plaire à sa femme et, pour cette raison, est divisé (cf. 1Cor 7,29-34). La chasteté donne à l’amour le visage austère de la croix, le même signe par lequel Dieu a choisi de nous aimer, parce que son amour pour nous s’est exprimé dans le sacrifice de lui-même pour nous sauver.
3) Convenance sociale du célibat : il
accorde un amour universel
La chasteté sacerdotale accorde au prêtre d’aimer avec un amour universel offert à tous, avec un amour transcendant à la manière de l’amour paternel de Dieu. Le célibat du prêtre unit le prêtre indivisiblement à la communauté et le met à son service pour une paternité supérieure. Origène a déjà dit (3e siècle): “ Dans l’Église, les prêtres peuvent aussi avoir des enfants, mais de la manière qui a été dite: « Mes enfants, pour qui je souffre à nouveau de douleurs d’enfantement, jusqu’à ce que le Christ se forme en vous » (Gal 4 , 19) »[10]. Saint Ephrem a félicité un évêque du nom d’Abraham en disant: «Vous honorez votre nom, car vous êtes devenu le père de beaucoup; et pourtant vous n’avez pas de femme, comme Abraham avait Sara . Ta femme est ton troupeau » [11].
4) Dimension eschatologique du célibat
: c’est un signe de vie future [12]
Le Seigneur
a dit aux Sadducéens : « Les enfants de ce monde prennent femme et
mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et
à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils
ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants
de Dieu et enfants de la résurrection (Lc 20,34-36).
Par le
sacrifice de l’amour charnel humain, le prêtre qui, par métier, doit orienter
les hommes vers le monde à venir, est déjà une anticipation vivante de cette
nouvelle humanité. Sa chasteté est une immense avancée vers le futur, a une
valeur eschatologique et amène le monde actuel dans le futur. Comme le
dit Saint Paul : Frères, je dois vous le dire : le temps est limité. Dès
lors, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de
femme … ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas
vraiment. Car il passe, ce monde tel que nous le voyons. (1 Co 7,29.31).
II. Quelques objections courantes
contre le célibat
Reprenons
maintenant quelques-unes des principales objections qui sont souvent entendues
contre le célibat.
1ère objection : le célibat (chasteté
parfaite) est tout simplement impossible à réaliser.
Réponse : Bien qu’il n’y ait pas beaucoup de
gens qui mettent cette objection de façon frontale, nous devons reconnaître que
certains l’utilisent encore ; c’est pourquoi nous devons y réfléchir.
La réponse
est un argument très élémentaire : il y a des gens (et beaucoup) qui ont vécu
et vivent (et avec bonheur) la chasteté perpétuelle, donc la chasteté est
possible.
Paul VI le
dit avec de belles paroles quand il se souvient : « la voix séculaire et
solennelle des Pasteurs de l’Eglise, des maîtres spirituels, du témoignage vécu
d’une légion innombrable de saints et de fidèles ministres de Dieu, qui ont
fait du célibat la réalité intime et le signe visible de leur donation totale
et joyeuse au mystère du Christ. Non, cette voix garde sa force et sa sérénité
; elle ne nous vient pas du seul passé, mais elle parle encore maintenant.
Toujours attentif à scruter la réalité, Nous ne pouvons fermer les yeux à cette
réalité étonnante et magnifique : de nos jours encore il y a dans la sainte
Eglise de Dieu, en toutes les parties du monde où elle a planté ses tentes, des
ministres sacrés sans nombre – diacres, prêtres, évêques – qui vivent en toute
pureté le célibat volontaire et consacré »[13].
2ème objection : le célibat
n’apparaît pas comme requis dans le Nouveau Testament aux ministres sacrés,
mais il est plutôt proposé comme réponse libre à une vocation spéciale ou
charisme (cf. Mt 19, 11-12). Jésus lui-même n’a pas imposé cette condition à
ses apôtres, ni celle-ci était une condition pour désigner ceux qui dirigeaient
les premières communautés chrétiennes (cf. 1 Tm 3.2-5; Tit 1.5-6).
Réponse : c’est vrai. Mais il est également
vrai qu’il a donné aux apôtres et à leurs successeurs légitimes le pouvoir de réglementer
sur les sacrements et sur la vie de l’Église (« tout ce que tu auras lié
sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la
terre sera délié dans les cieux »). D’un autre côté, il est clair que
Jésus a personnellement donné l’exemple de la virginité ; et il a recommandé la
virginité (Mt 19,12: « Parce que … il y en a qui ont choisi de ne pas se
marier à cause du royaume des Cieux. Celui qui peut comprendre, qu’il
comprenne ! ; cf. aussi l’invitation de Mt 19,29). Et le même exemple
et le même conseil ont été donnés par l’apôtre Paul (cf. 1 Co 7,7). Par
conséquent, dès les premiers temps, de nombreux membres du clergé ont choisi la
virginité consacrée. Tenant compte, au fil du temps, l’Église a sanctionné les
deux traditions : en Orient déjà en 692 dans le concile « in Trullo »
(à Constantinople) a été sanctionnée la coutume actuelle pour les catholiques
orientaux (continence absolue pour les évêques ; et permission de se marier
pour tout le bas clergé avant l’ordination); en Occident, le célibat
obligatoire a été déterminé pour tous les prêtres au Conseil d’Elvire (entre
295 et 304) [14].
3ème objection : La relation établie
entre le sacerdoce ministériel et la virginité sacrée s’explique par une vision
historique inspirée d’un pessimisme excessif sur la condition humaine de la
chair et de la sexualité comme indigne d’entrer en contact avec des choses
sacrées.
Réponse: On ne peut nier qu’il y a eu des auteurs ecclésiastiques qui ont laissé des écrits sur la sexualité avec des tons assez pessimistes; mais il est évident que le Magistère de l’Église a toujours eu une haute estime pour le mariage chrétien, comme on peut le lire dans tant de documents consacrés à ce sacrement; pour cette raison, il est impossible affirmer avec fondement que la principale raison de la promulgation de la loi sur le célibat ait été une sous-estimation du mariage ou de la sexualité. Au contraire, ce qui préparait la loi écrite du célibat et ce qui a permis son acceptation, depuis le troisième siècle, était la coutume du célibat chez de nombreux membres du clergé et la diffusion, en Orient comme en Occident, de la libre pratique entre les ministres sacrés. En témoignent de nombreux écrivains et Pères ecclésiastiques tels que Tertullien, Saint Epiphanie, Saint Ephrem, Eusèbe de Césarée, Saint Cyrille de Jérusalem, Saint Ambroise de Milan, Saint Augustin, Saint Jérôme [15].
4ème objection : à proprement parler,
le charisme de la vocation sacerdotale ne coïncide pas avec le charisme de la
chasteté parfaite (c’est le cas par exemple des prêtres orientaux mariés) ;
c’est pourquoi il n’est pas juste éloigner du sacerdoce ceux qui ont une « vocation
ministérielle » du sacerdoce, mais qui n’ont pas de « vocation
célibataire ».
Réponse : Paul VI répond à cette objection en rappelant
qu’il est vrai que les deux charismes ne coïncident pas. Cependant, doit-on se
souvenir également que «la vocation sacerdotale, encore qu’elle soit divine en
son inspiration, ne devient pas définitive et efficace sans l’approbation et
l’acceptation de ceux qui dans l’Eglise ont le pouvoir et la responsabilité du
ministère pour la communauté ecclésiale. Il appartient ainsi à l’autorité de
l’Eglise d’établir, selon les temps et les lieux, les qualités à requérir
concrètement des candidats pour qu’ils soient jugés aptes au service religieux
et pastoral de cette même Eglise. » [ 16].
5ème objection : le célibat est une
des causes de la diminution des vocations au sacerdoce (car le poids de
l’obligation du célibat en éloigne beaucoup). S’il était supprimé, cela
résoudrait le problème.
Réponse : Tout d’abord, l’erreur de cette
objection est mise en évidence par les faits : les églises orthodoxes et
évangéliques déclarent que malgré l’autorisation de mariage elles n’augmentent
pas leur vocation (et dans certains cas elles diminuent jusqu’à l’extinction)
[17]. Paul VI a écrit : « C’est surtout d’autres côtés qu’il faut chercher la
cause de la diminution des vocations sacerdotales: par exemple, dans la perte
ou l’affaiblissement du sens de Dieu et du sacré au niveau individuel et parmi
les familles, dans le fait qu’on estime moins ou qu’on méconnaît l’Eglise comme
l’institution qui apporte le salut par la foi et les sacrements. Il faut donc,
dans l’étude du problème, aller aux éléments vraiment fondamentaux. » [18].
En plus : «Notre
Seigneur Jésus-Christ n’a pas hésité à confier à une poignée d’hommes que tout
le monde aurait jugés insuffisants en nombre et en qualité, la charge écrasante
d’évangéliser le monde connu d’alors. A ce “petit troupeau”, il
enjoignit de ne pas perdre courage (Luc 12, 32), parce qu’il remporterait
avec Lui et par Lui, grâce à son assistance toujours présente (Mt. 28,
20), la victoire sur le monde (Jean 16, 33) … Les projets et la prudence
humaines ne peuvent usurper le rôle de la mystérieuse sagesse de Celui qui au
cours de l’histoire a défié par sa folie et sa faiblesse la sagesse et la
puissance de l’homme (1 Cor. 1, 20-31). » [19].
6ème objection : Beaucoup de prêtres
vivent mal leur célibat, ils remplissent ainsi l’Église de douleur et sont cause
de scandale pour les fidèles. L’obligation de célibat supprimée, le problème
est résolu.
Réponse : C’est une fausse solution et il est
dégradant pour les prêtres de penser seulement cela (d’y seulement penser ?).
Le célibat est un don et une grâce, pour le prêtre et pour l’Église. En soi, il
renforce le sacerdoce. Le supprimer parce que certains prêtres ne le vivent pas
bien n’est donc pas une solution.
La solution
est que puissent accéder au sacerdoce ceux qui acceptent librement de vivre correctement
; et qu’une fois ordonné ils procurent les moyens ordinaires pour garder et protéger
la vocation et la chasteté.
Personne n’est obligé de faire la promesse du célibat ; mais une fois faite, on est tenu d’être fidèle à sa parole. De la même manière que personne n’est obligé de se marier, mais une fois marié, il est obligé de rester fidèle à son conjoint.
Est-ce que
cela promet moins de garder le célibat que la parole donnée dans le mariage ?
Certains maris et femmes, et peut-être beaucoup, ne sont pas fidèles à leur conjoint
; faudrait-il supprimer la monogamie ou la fidélité matrimoniale pour résoudre
les problèmes conjugaux ?
7ème objection : Le prêtre, en vertu
du célibat, se trouve dans une situation physique et psychologique contre
nature et nuisible à l’équilibre et à la maturation de sa personnalité humaine.
Réponse : « l’Eglise ne peut ni ne doit
ignorer que c’est la grâce qui préside au choix du célibat – pourvu qu’on le
fasse en toute prudence humaine et chrétienne, de manière responsable. Or la
grâce ne détruit pas la nature et ne lui fait pas violence, mais elle l’élève
et lui donne des capacités et des énergies surnaturelles. Dieu, qui a créé
l’homme et l’a racheté, sait ce qu’il peut lui demander et lui donne tout ce
qu’il faut pour accomplir ce que lui demande son Créateur et Rédempteur. Saint
Augustin, avec sa large et douloureuse expérience de ce qu’est la nature de
l’homme s’écriait : “Seigneur, donne-nous ce que Toi-même Tu commandes et
commande ce que Tu veux” ». [20].
Pour cette
raison, « d’après les acquisitions désormais assurées de la science, on n’a pas
le droit de redire encore (cf. n. 10) que le célibat est contre-nature du fait
qu’il s’oppose à des exigences physiques, psychologiques et affectives
légitimes, auxquelles il faudrait nécessairement donner satisfaction pour
permettre la complète maturité de la personne humaine. L’homme, créé à l’image
et à la ressemblance de Dieu (Genèse 1, 26-27), n’est pas composé
seulement de chair et l’instinct sexuel n’est pas tout en lui. L’homme est
aussi et avant tout intelligence, volonté, liberté : ces facultés le rendent
supérieur à l’univers et obligent à le regarder comme tel ; elles lui donnent
de pouvoir maîtriser ses tendances physiques, psychologiques et affectives. » [21].
8ème objection : le célibat n’est
obligatoire que pour l’Église latine et non pour l’orientale. Alors pourquoi ne
pas opter pour le célibat dans tous les rites catholiques ?
Réponse : La place du célibat dans l’Église du
rite oriental n’est pas bien exprimée dans l’objection. Les Églises catholiques
de rite oriental ont le célibat et aussi la tradition du sacerdoce marié. La
valeur que les Pères orientaux ont toujours donnée à la chasteté sacerdotale
est remarquable. Par exemple, saint Grégoire de Nisse déclarait que «la vie virginale
est l’image du bonheur qui nous attend dans le monde futur » [22]; et Saint
Jean Chrysostome: «quiconque s’approche au sacerdoce doit être pur comme s’il
était au ciel» [23].
Et le célibat est obligatoire dans certains cas : seuls les prêtres célibataires peuvent être évêques ; et les prêtres eux-mêmes ne peuvent pas se marier après leur ordination sacerdotale. « D’où il apparaît en quel sens ces Eglises si respectables possèdent jusqu’à un certain point le principe du sacerdoce célibataire et celui d’une certaine convenance entre le célibat et le sacerdoce chrétien, dont les Evêques possèdent le couronnement et la plénitude ».