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La Parabole du Père qui aime

Lire l’évangile du dimanche IV de Carême, année C

« Cet homme fait bon accueil aux pécheurs ! »  C’est l’accusation que les pharisiens hypocritement scandalisés lançaient contre Jésus. « Celui-là fait bon accueil aux pécheurs »  et pourtant quelle vérité ! Tout  comme la devise exclusive de Notre Seigneur, on pourrait l’écrire au pied de la croix, sur la porte du tabernacle ! (Saint Albert Hurtado).

Alors, comme réponse à cette accusation,  Jésus donne trois paraboles. On les appelle les paraboles de la Miséricorde : la brebis égarée, la monnaie perdue et le fils prodigue.

La liturgie de ce carême nous offre la troisième à la méditation, à laquelle on peut  donner aussi le nom de Père Miséricordieux, parce que c’est lui finalement le personnage principal.

Certains commentateurs, et avec beaucoup d’arguments et de raison, disent que cette parabole est l’histoire la plus brève et plus merveilleuse du monde et un chef d’œuvre de la littérature de tous les temps.

L’histoire débute avec le fils le plus jeune qui exige la partie de son héritage. Dans la loi juive, il était possible  pour le père de distribuer l’héritage avant sa mort, afin que les enfants pussent commencer déjà à gérer les biens de la famille. Mais il y a un aspect cruel et dur dans sa demande, comme si cet enfant disait à son père : « donne moi mon héritage car de toute façon cela sera à moi lorsque tu mourras », il anticipait en quelque sorte la mort de son père.

Le père ne discute pas, il savait finalement que si son fils allait apprendre la leçon ce serait par la douleur.

 Sans perdre trop de temps, le cadet avait tout réuni et quitté la maison paternelle.

Mais bientôt, il a aussi tout gaspillé en vivant une vie de désordre, « une vie de folie » dit l’évangile en signifiant une vie dissolue, cherchant partout le bonheur comme celui qui tourne sans rien trouver finalement, comme un fou.

Il finit par garder les porcs à fin de pouvoir survivre, un travail intolérable pour un vrai juif, car le porc est un animal impur et la loi interdisait aussi son élevage. Plus dégradant encore est le fait de vouloir manger ce que ces animaux mangeaient. Il devient encore pécheur par rapport à sa religion, un apostat, un impie.

Et c’est ce moment là où le Seigneur dans son histoire adressera le meilleur des compliments à l’humanité tout entière, il dit que ce jeune « rentra en lui-même ». Car lorsque nous sommes loin de Dieu nous ne sommes pas nous-mêmes ; nous avons perdu avec le péché la dignité humaine. Lorsque le jeune commence à revenir à la maison, il retrouve en même temps sa véritable nature.
Notre Seigneur veut nous dire que  l’homme ne peut pas glorifier Dieu lorsqu’il détruit sa véritable vocation à l’amour de Dieu, à la joie de l’amitié avec son Créateur.

La personne qui choisit de vivre loin de Dieu perd son identité humaine, il se peut que d’abord sa vie demeure une vie normale, mais peu à peu, elle sentira le besoin de l’amour de Dieu et une soif de paix que seulement la grâce de Dieu peut donner.

C’est ainsi que le fils prodigue décide donc de revenir à la maison et de demander d’être reçu, non comme un fils, mais comme un ouvrier de journée. En effet dans la société juive il y avait les enfants et les serviteurs qui vivaient eux aussi dans la maison. Mais l’enfant n’est pas digne selon lui de revenir vivre avec eux, mais le fait d’être considéré comme un journalier lui donnerait au moins la possibilité de participer de la vie de la maison ; parce qu’au fond, plus que le bien-être, ce jeune cherchait la protection de son père et surtout l’amour.

En revenant son père ne lui laisse pas terminer ses excuses et lui coupe la parole avant. Il lui restitue ses droits d’enfant : les vêtements correspondent à l’honneur, la bague c’est l’autorité, les sandales signifient la liberté car les esclaves ne portaient pas de chaussures.

Si jusque là le père avait gardait le silence, c’est alors qu’il commence à parler. Auparavant il était rempli d’une sollicitude vigilante et pleine d’amour. Maintenant ses paroles naissent de la joie. Sans oublier le désastre qui a fait le péché dans la vie de son cadet car il était mort et perdu, le père ne va pas demander des conditions pour le retour, ni non plus une période de preuve. En effet la parabole devrait s’intituler «  du Père qui aime », parce que c’est lui le héros de cette histoire.

Mais ce n’est pas la fin. Dans la dernière partie apparaît le fils ainé, qui n’acceptait pas le retour glorieux de son frère. Il murmure contre la miséricorde de son Père. Il aurait préféré que le pécheur reste pécheur et l’égaré, l’égaré. Il ne le considère même pas comme son frère : « quand ton fils que voilà est revenu ».

Qu’est-ce que cela veut dire ? Représente-t-il les pharisiens ? Il faut dire que ce fils aîné nous représente également, nous qui voudront juger la miséricorde de Dieu avec des critères humains.

Sa Miséricorde et son Amour sont des mystères que l’homme n’arrive pas à comprendre si ce n’est qu’une infime partie.

Avec ces paraboles, Jésus annonce que le Royaume de Dieu s’approche dans son Église et qu’il porte avec lui le pardon et le salut.

Le fils aîné doit lui aussi considérer tout ce qu’il a reçu de son Père, il s’est toujours réjoui de son amour. Il l’exprime en utilisant un diminutif en grec, ce qu’on peut traduire comme « mon petit, mon cher fils ».

Il s’agit donc d’une injustice que son Père soit plein de bonté pour son frère ?

Et pour cette raison l’histoire de la parabole ne finit pas, elle est comme interrompue.  Jésus qui offre le salut à tous, veut aussi sauver les pharisiens. Il veut leur donner une chance, une opportunité.

En définitive, nous avons tous besoin de la conversion, les pécheurs mais aussi ceux qui se considèrent comme des justes devant Dieu et les hommes. Notre regard est parfois très loin de celui de Dieu et souvent aussi notre façon de vivre la justice envers les autres, comme le Seigneur l’exprime par le prophète Isaïe « tous nos actes justes ne sont que linges souillés » (64,5) devant la justice de Dieu.

Nous avons tous besoin de sa Miséricorde, car nous sommes tous sous la domination du péché (Rom. 3,9).

Écoutons encore une fois la supplication de saint Paul dans la deuxième lecture : « nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu ». Demandons à la très Sainte Vierge Marie de nous réconcilier nous aussi avec Dieu.

P. Luis Martinez IVE.

“Maître, laisse-le encore cette année”

La liturgie de ce troisième dimanche de carême nous présente le thème de la conversion (Lc 13, 1-9).

1. Une lecture différente des événements funestes :

Dans le passage de l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus est interpellé sur certains faits funestes : le meurtre, dans le temple, de certains Galiléens sur l’ordre de Ponce Pilate, et l’effondrement d’une tour sur des passants (cf. Lc 13, 1-5).

Face à la conclusion facile de ceux qui considèrent le mal comme une punition divine, Jésus rappelle l’image véritable de Dieu qui est bon et ne peut pas vouloir ou permettre le mal directement.

Souvent nous avons l’idée que le malheur est la conséquence immédiate des fautes personnelles de celui qui le subit. Il est malade, il est tombé, il est mort… parce qu’il a fait tel et tel chose… C’est comme dire… « ils sont morts parce qu’ils ont péché… nous ne sommes pas morts nous sommes donc innocents… saints… il y a quelque choses qui cloche… »

Jésus nous dit : Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Pas du tout et je vous dis : si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière. » (Lc 13, 2-3).

Jésus invite à faire une lecture différente de ces événements, en les plaçant dans la perspective de la conversion.

Les malheurs, les événements funestes :

  • Ne doivent pas susciter en nous une curiosité ou une recherche de fautes présumées.
  • Mais ils doivent représenter des occasions pour réfléchir, pour vaincre l’illusion de pouvoir vivre sans Dieu et pour renforcer, avec l’aide du Seigneur, notre propre engagement de changer de vie.

[Parfois on pense qu’on a tout jusqu’au moment où on perd la santé… l’argent… un ami… le travail] Il faut réfléchir (méditer) : on ne peut pas vivre sans Dieu, on doit changer de vie.

Face au péché, Dieu se révèle plein de miséricorde et ne manque pas d’appeler les pécheurs à éviter le mal, à grandir dans son amour et à aider concrètement leur prochain dans le besoin, pour vivre la joie de la grâce et ne pas aller vers la mort éternelle.

Mais la possibilité de conversion exige que nous apprenions à lire les événements de la vie dans une perspective de foi, c’est-à-dire animés d’une sainte crainte de Dieu.

Et c’est pour ça qu’il est très important de réfléchir, de prier, de méditer. Le temps du carême nous appelle particulièrement à la prière dont la première lecture nous donne un très bon exemple.

2. Moïse exemple de comment prier.

Dans la première lecture, tirée du Livre de l’Exode.

Moïse :

  • Tout en faisant paître son troupeau, voit un buisson en flammes qui ne se consume pas.
  • Il s’approche pour observer ce prodige,
  • Quand une voix l’appelle par son nom et,
  • L’invitant à prendre conscience de son indignité, lui commande de retirer ses sandales parce que le lieu est saint.
  • Dieu se fait connaitre : « Je suis le Dieu de tes pères – lui dit la voix – le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob » ; et il ajoute « Je suis celui qui est » (Ex 3, 6a.14).
  • Sa mission, il est appelé, il reçoit une vocation… « Maintenant donc, va !Je t’envoie chez Pharaon: tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. »

Dans la vie de chacun d’entre nous :

  • Dieu se manifeste aussi de manières différentes.
  • Mais pour pouvoir reconnaître sa présence, il est nécessaire que nous nous approchions de lui.
  • Conscients de notre pauvreté et avec un profond respect. Cas contraire, nous nous trouvons dans l’incapacité de le rencontrer et d’entrer en communion avec Lui.
  • La découverte de notre vocation de notre mission qui passe évidemment par notre conversion

3. La conversion :

Le contact intime avec Dieu doit avoir des effets concrets en notre vie.

L’apôtre Paul, dans la deuxième lecture nous rappelle que : « cet événement est également un avertissement pour nous » : Dieu se révèle aux peuple d’Israël : Nos pères [Dira saint Paul] étaient tous sous la protection de la nuée… tous ont passé à travers la mer… Tous, ils ont été unis à Moïse… tous ont mangé la même nourriture spirituelle… mais la plupart n’ont pas su plaire à Dieu : leurs ossements jonchèrent le désert…

Cet événement est un avertissement pour nous…

Nous avons reçu la foi, le baptême, la confirmation, la communion, la formation de chrétiens, la possibilité de faire par la foi le guide spirituel et de demander conseil quand nous en avons besoin… combien de messes auxquelles nous avons participé… mais tout cela pour donner du fruit… c’est clair que nous avons donné des fruits… mais pas assez comme il faut en donner… pour cela chacun de nous doit écouter personnellement la fin de l’’évangile d’aujourd’hui… « ‘Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir »

C’est pour cela que nous devons avoir toujours le désir de nous convertir.

Prions la Très Sainte Vierge Marie, qui nous accompagne sur le chemin du carême, pour revenir vers le Seigneur et aider nos prochains à revenir au Seigneur de tout leur cœur et nous demandons aussi la grâce d’accepter et de faire la volonté de Dieu avec foi pour donner beaucoup de fruits.

P. Andrés Nowakowski IVE.