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Quand Il viendra dans sa Gloire

Lire l’évangile du XXXIII dimanche du Temps Ordinaire  (Mc 13, 24-32)

Ce dimanche est l’avant-dernier dimanche du temps ordinaire. Ce temps qui se conclut chaque année avec la Solennité du Christ Roi pour laisser ensuite la place au temps de l’Avent et à la une nouvelle année liturgique.

Alors, entre ce dimanche et le premier dimanche du temps de l’Avent (le temps qui nous prépare pour Noël), il y a une très grande ressemblance. Tous les deux nous parlent des derniers temps, qui précédent et annoncent la Deuxième Venue de Notre Seigneur, le retour à ce monde pour notre dernier jugement.

Aujourd’hui c’est aussi la première lecture qui nous rappelle cette vérité de la foi. Le livre de Daniel dit dans une vision sur la fin des temps (Dn 12, 1-3): « En ce temps-ci, ton peuple sera délivré, tous ceux qui se trouveront inscrits dans le Livre. Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles ».

Parfois, en lisant les prophéties sur les derniers temps de notre histoire, nous sommes envahis par une certaine peur de ce qui arrivera à notre monde. Nous sommes tentés de remarquer la grande détresse, les phénomènes dans la nature et les angoisses et persécutions que subiront ceux qui resteront fidèles à la loi de Dieu. Tout cela est évidement décrit dans les prophéties de la fin du monde. Mais, on oublie facilement que tout cela prépare la rencontre de Notre Seigneur avec les siens, comme le dit le prophète Daniel « le peuple sera délivré ». Le Seigneur l’annonce aussi à ses apôtres : « on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde ».

Il y a une grande vérité sous-jacente en toutes ces prophéties, et c’est que Dieu a préparé toute l’histoire et toute la création pour que les justes participent de sa gloire. C’est-à-dire, l’histoire, comme la création tout entière, est là pour servir à ceux qui sont appelés au Ciel afin qu’ils puissent un jour se réjouir de Dieu. Saint Paul décrit cette belle réalité avec des mots très simples mais aussi profonds : tout vous appartient, le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir ; tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu (1 Co. 3,22-23).

Dans le dernier jour, dans le dernier moment de l’histoire, Dieu dévoilera pour nous les sens de toutes choses, de tout événement dans nos vies, à fin de nous montrer les différentes raisons qu’Il a choisies pour que cela se fasse. Comme nous le dit le Catéchisme de l’Eglise Catholique :

« Nous connaîtrons le sens ultime de toute l’œuvre de la création et de toute l’économie du salut, et nous comprendrons les chemins admirables par lesquels Sa Providence aura conduit toute chose (et nous-mêmes)  vers sa fin ultime. Le jugement dernier révélera que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures et que son amour est plus fort que la mort (cf. Ct 8, 6). »

Mais le fait de nous rappeler aujourd’hui et toujours qu’il y aura une fin de temps et un jugement nous aide à ne pas oublier que nous devons être toujours prêts à rencontrer le Seigneur (C. Eg. C. 1041) : «  Le message du Jugement dernier appelle à la conversion pendant que Dieu donne encore aux hommes ” le temps favorable, le temps du salut ” (2 Co 6, 2). Il inspire la sainte crainte de Dieu. Il engage pour la justice du Royaume de Dieu. Il annonce la ” bienheureuse espérance ” (Tt 2, 13) du retour du Seigneur.

Saint Augustin prêchait cela à ses fidèles : « Que personne ne prétende connaître le dernier jour, c’est-à-dire, quand celui-ci doit arriver. Soyons par contre, en veille par une vie droite, pour que notre dernier jour ne nous trouve distraits, car de la façon dont l’homme a été surpris par son dernier jour, sera la même dont il se retrouvera dans le dernier jour du monde. Ses propres œuvres seront celles qui l’élèveront ou l’opprimeront… Qui ignore que c’est une peine le fait de mourir nécessairement et encore pire, sans savoir le moment ? La peine de mourir est certaine, mais l’heure de la mort est incertaine et de toutes les choses humaines, nous avons celle seule certitude : que nous allons mourir. (Sermon 97) Il est bien pour nous de nous souvenir du jugement dernier, et même de la fin de notre histoire personnelle, au moment de notre mort et du premier jugement devant Dieu. « Quoi que tu fasses, souviens-toi que ta vie a une fin, et jamais tu ne pécheras », nous rappelle la Bible (Ben Sira, 7,36).

Saint Thomas nous enseigne que nous devons craindre ce jugement pour quatre raisons :

Le premier motif de le redouter, c’est la sagesse du Juge. Jésus en effet n’ignore absolument rien de nos pensées, de nos paroles et de nos actions. Tout est à nu et à découvert à ses yeux. (Heb. 4, 13). Il connaît également toutes nos paroles: son oreille jalouse entend tout (cf. Sag. 1, 10). Le Seigneur pareillement n’ignore rien de nos pensées. Au moment de notre jugement il y aura un témoin infaillible: la propre conscience des hommes. L’Apôtre écrit aux Romains (2, 15-16): « Leur conscience leur rend témoignage par la diversité des réflexions qui les accusent ou qui les défendent, au jour où Dieu jugera ce qui est caché dans le cœur des hommes. »

En second lieu il nous faut craindre le jugement à cause de la puissance du juge, car il est par lui-même tout-puissant. Le psalmiste (Ps. 138, 8) chante ces paroles: « Si je monte au ciel, tu y es; Si je descends en enfer, tu y es encore. Personne ne se moque de Dieu. »

En troisième lieu il faut redouter le jugement à cause de l’inflexible justice du juge. Actuellement, en effet, c’est le temps de la miséricorde, mais alors, ce sera uniquement le temps de la justice. Nous lisons dans les Proverbes (6, 34-35): « Au jour de la vengeance, son zèle et sa fureur seront sans pitié, il n’écoutera les prières de personne et il ne recevra pas les dons nombreux offerts pour le rachat des coupables. »

Le quatrième motif de redouter le jugement, c’est la colère du juge. Si en effet le juge doit apparaître aux justes plein de douceur et de charmes, puisque, selon Isaïe (33, 17), ils contempleront le roi dans sa beauté, il paraîtra par contre aux méchants si dur et avec l’air irrité qu’ils crieront aux montagnes « Tombez sur nous et dérobez-nous à la colère de l’Agneau », comme il est dit dans l’Apocalypse  (6, 16). Mais quand l’Ecriture parle de colère, elle n’entend pas signifier qu’en Dieu il y aura un mouvement de colère; elle a en vue seulement ce qui parait être un effet de la colère, à savoir la peine éternelle infligé aux pécheurs.

Mais, nous devons faire que cette crainte porte un fruit, qui est aussi une certitude que nous sommes prêts pour rencontrer le Seigneur, notre crainte doit se transformer en des gestes qui nous aident à préparer notre rencontre avec Jésus et qui enlèvent en quelque sorte la crainte sans raison que nous avons parfois du jugement final.

Le premier consiste dans les bonnes œuvres. Saint Paul en effet écrit aux Romains (13, 3): « Veux-tu n’avoir pas à craindre l’autorité? Fais le bien et tu en recevras des éloges. »

Le deuxième geste, c’est la confession et la pénitence des péchés que l’on a commis. Pour cette confession et cette pénitence, trois conditions sont requises, grâce auxquelles la peine éternelle est expiée, ce sont la douleur dans la pensée, la honte dans l’aveu, la rigueur dans la pénitence.

Le troisième remède est l’aumône qui purifie tout. Le Seigneur a dit à ses disciples (Luc 16, 9): « Avec l’argent malhonnête, faites-vous des amis, pour que, le jour où il viendra à manquer, ceux-ci vous reçoivent dans les tentes éternelles. »

Le quatrième remède contre la crainte du jugement c’est la charité, c’est-à-dire l’amour de Dieu et du prochain: la charité, en effet, fait disparaître la multitude des péchés (I Pierre 4, 8 et Prov. 10, 12).

Demandons à Notre Dame, la très sainte Vierge Marie, de préparer notre cœur pour la rencontre avec son Fils.

P. Luis Martinez

Institut du Verbe Incarné

“N’es-tu pas entre mes bras, entre les plis de mon manteau ? As-tu besoin d’autre chose ?”

Lire l’évangile du dimanche XXXII (Mc 12, 38-44)

« Cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres », c’est la phrase qui résume en quelque sorte l’évangile de ce dimanche que nous venons de proclamer.

Ce moment de la vie de notre Seigneur se passe, comme beaucoup d’autres, dans le temple de Jérusalem, précisément sur le parvis ou dans la cour appelée des femmes, là où on avait placé treize troncs qui avaient la forme de grandes trompettes, destinés à recevoir les offrandes en argent. Tout l’argent que les gens déposaient dans chacun de ces troncs avait une fin commune, l’assistance du culte.

Comment alors, le Seigneur a-t-il su la quantité de ce que la veuve donnait, car il s’agissait de deux pièces de monnaie vraiment petites ? C’est parce que généralement il y avait un prêtre chargé de déposer ces offrandes dans les troncs, et ceux qui les donnaient devaient en indiquer la quantité.

La quantité que cette veuve donnait c’était deux petites monnaies appelées lepton, pour en déterminer la quantité approximative et en donner une idée, il faut dire qu’un dénier (un dénier constituait la paye pour une journée de travail) était composée de 128 leptons.

Cependant  il est évident que le Seigneur ne fait pas la remarque sur la quantité, mais sur ce que cela représentait en réalité pour cette veuve. C’est donc l’ exemple de l’attitude sublime de cette veuve qui a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre, de sa pauvreté. Une autre chose à remarquer c’est qu’elle ne fait ce don que pour la Gloire de Dieu, et parce qu’à cet endroit du temple, on recevait seulement les offrandes destinées aux sacrifices et pour le culte à Dieu.

Mais suivant l’idée qui unit la première lecture, le psaume et l’évangile, tous les trois nous conduisent à réfléchir sur la confiance en Dieu et dans sa Providence.

Le mot « Providence » vient du latin et signifie « prévision, prévoyance ». Alors, pour ce qui concerne Dieu, on ne peut pas dire qu’Il « prévoit ce qui va arriver», tout dépend de sa sainte Volonté, c’est-à-dire qu’Il guide la création à chaque instant de notre vie. Dieu garde et gouverne par sa Providence tout ce qu’Il a créé, ” atteignant avec force d’une extrémité à l’autre et disposant tout avec douceur ” (Sg 8, 1).

Beaucoup pensent que la Providence de Dieu se manifeste surtout dans l’aspect matériel, il est vrai que nous utilisons souvent l’expression : « l’on vit de la Providence, on se confie à elle » et c’est pour indiquer qu’on n’a pas une assurance humaine pour vivre. Par exemple dans la vie de saint Louis Orione (don Orione),  on raconte qu’à la fin de chaque journée, il jetait par la fenêtre tout ce qu’il possédait comme argent dans ses foyers de charité pour confier le lendemain à la Divine Providence, sachant que Dieu n’abandonne jamais ses enfants.

Mais, nous devons savoir que la Providence de Dieu comprend toute notre existence. Et lorsque nous disons et nous confessons avec foi, dans le Credo «  Je crois en Dieu, le Père Tout-Puissant », nous sommes en train de confesser une grande vérité comme celle qui suit : « je m’abandonne entre les mains de Dieu qui m’aime comme un père aime son enfant et qui est aussi capable de veiller sur moi à chaque instant de ma vie ; et que, même dans les moments plus difficiles de mon existence, Il ne va jamais m’abandonner, mais au contraire, sa Volonté va me conduire à travers le bien et à travers les souffrances à la vie éternelle ».

 Il y a 20 ans, j’avais alors trois mois de noviciat dans ma congrégation, notre père fondateur nous avait donné un jour à tous les novices et séminaristes le mot du soir après les prières de vêpres et l’adoration lors de la fête de saint Louis Marie Grignons de Montfort. Notre congrégation souffrait à ce moment-là de grandes difficultés, et il avait parlé de la confiance que nous devons avoir toujours dans la Providence de Dieu. Il nous a montré une petite carte, qui lui avait été offerte par la mère Teresa de Calcutta. Dans cette carte, il y avait dessiné un enfant nouveau-né, qui dormait sur une grande main, sous cette image une phrase du prophète Isaïe (43,1) : « Ne crains pas, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi ». C’était selon notre fondateur, la véritable manière de croire dans la providence, de se savoir entre ses mains qui protègent.

Dieu prépare notre chemin, Il pense à nous plus que nous pensons à nous-mêmes, et Il nous dit « ne craignez pas ».

Dans notre monde, où les avancées scientifiques tentent de nous rassurer, combien de gens sont pris de panique pour ce qui peut leur arriver ? Ils sont angoissés de la vie et de la mort. Et nous, chrétiens, seront-nous capables nous aussi comme la veuve de l’évangile  de tout donner et de nous abandonner à sa Providence? Est-ce que nous avons cette pleine confiance en Dieu ? Si nous pensons que cela nous manque, c’est donc le moment de commencer à la demander avec insistance dans notre prière.

Alors, comment savoir que Dieu travaille avec sa Providence dans notre vie ? Comment Il nous guide et nous fait marcher vers la sainteté ? Voilà un très beau texte d’un serviteur de Dieu, un évêque de Budapest, en Hongrie, Tihamet Thot, il l’avait écrit en 1934 :

« Quand nous réfléchissons, dit-il, sainement sur notre vie, nous voyons bien que la divine Providence nous a mis en contact avec des personnes difficiles, afin que leurs défauts nous fournissent l’occasion de mûrir et de perfectionner notre âme. Elle a mis près de moi, par exemple, cette personne très gaie de caractère, afin d’adoucir les traits très rudes du mien. Elle m’a fait rencontrer cet autre qui aime tant critiquer, afin qu’il y ait quelqu’un pour me dire la vérité et m’apprendre à me connaître moi-même. Et celui ou celle qui m’a conduit au péché ? Celui-là, c’était pour m’empêcher d’avoir une confiance excessive en moi et pour me faire voir que j’étais encore bien loin d’être ce que je devais être.

Et cette personne insupportable ? C’était pour m’exercer à me vaincre. Et ce vil calomniateur ? C’était pour montrer si je savais pardonner généreusement. Et ce malade ? C’était pour me donner l’occasion de rendre grâce pour ma santé. Et ce saint ? C’était pour me faire honte.

Oui, mes frères, si nous nous habituons à voir dans chaque personne que la vie nous donne comme compagnon de route, un envoyé de Dieu, je vais plus loin, si nous nous habituons non pas seulement à propos des hommes, mais en toutes circonstances, dans les peines et le malheur, à poser cette question : qu’est-ce que Dieu demande de moi ? Quelle idole veut-Il renverser dans mon cœur ? Quelle déception veut-Il m’épargner ? Quel penchant au mal veut-Il extirper ? Quelle nouvelle force veut-Il susciter en moi ?…si nous nous posons ces questions, alors nous sentirons en nous, jour après jour, les effets de la Divine Providence et nous serons réellement des chrétiens fidèles qui dans le bonheur comme dans le malheur, saurons embraser la main invisible du Père Céleste et répéter avec le grand (penseur) Pascal : « Seigneur, vous n’êtes pas moins Dieu, lorsque vous m’éprouvez que lorsque vous me consolez et me faites miséricorde ».

Écoutons avec un esprit de foi ces belles paroles de saint Paul aux chrétiens de Rome : «  Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour. Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. (Rom. 8,28.31.35.38-39).

Prions la très sainte Vierge Marie, Elle nous invite aussi à cette confiance en Dieu et  c’est à elle-même, que la Providence a donné la mission de nous aider et de nous soutenir, si nous l’invoquons avec amour. Il est bon de nous souvenir de ce que la très Sainte Vierge avait dit à Saint Juan Diego, dans l’apparition de Guadalupe en Mexique, voyant la souffrance de ce petit indien, la Vierge de Guadalupe lui adresse ces paroles de consolation : « Mon tout-petit, que rien ne t’angoisse. Ne suis-je pas ici, moi qui suis ta Mère ? N’es-tu pas sous ma protection ? Ne suis-je pas la vie et la santé ? N’es-tu pas entre mes bras, entre les plis de mon manteau ? As-tu besoin d’autre chose ? »

P. Luis Martinez

Institut du Verbe Incarné