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Une nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle

Lire l’évangile du dimanche XVIII  (Jn 6, 24-35)

Comme nous l’avons dit la semaine dernière, nous commençons dans l’évangile de ce dimanche par la lecture de ce long discours du Seigneur après la multiplication des pains et des poissons.

Discours qui commence avec une discussion avec les juifs qui le cherchaient et suivaient le Seigneur Jésus non à cause de ses miracles, mais parce qu’Il avait rassasié leur faim. Le Verbe ne s’est pas incarné pour donner une solution aux problèmes socio-économiques, Il est venu au monde pour nous donner la vie, la vie divine, à travers sa doctrine et à travers l’Eucharistie.

La foule demande un signe au Seigneur, ils voient que Jésus leur a fait manger du pain au désert ; comme au temps de Moïse. Ils tentent de comparer Jésus avec Moïse. Mais Jésus leur rappelle que ce n’était pas Moïse qui leur donnait la manne sinon le Père du Ciel. Et qu’Il continue à le leur donner en donnant son Fils comme aliment, comme Pain de Vie, Pain de Dieu dit l’évangile. « Le pain de Dieu,  c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. »

En outre, la manne de l’Ancien Testament ne donnait qu’une vie temporaire, elle ne servait que pour restaurer les forces dans la vie quotidienne du peuple d’Israël qui marchait dans le désert, mais elle ne donnait pas la vie, tôt ou tard ils mourraient. Pourtant ce pain que Dieu donne, vivifie, parce qu’il détruit la mort, c’est un Vrai Pain de Dieu, véritable, dont la manne était finalement une pauvre figure. C’est pour cela que le Fils de l’Homme s’est fait chair, pour nous donner le pain de Vie : « Je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance » (Jn 10,10). Le Corps du Christ qui est offert à nous dans l’Eucharistie est uni à sa divinité et pour cela est capable de donner la vie divine.

Le sujet principal de ce dimanche c’est donc  Jésus comme pain de vie, c’est-à-dire comme unique et véritable sens de l’existence humaine comme disait saint Jean Paul II.

Et le pape expliquait que dans notre temps, malheureusement la société envahie par l’esprit de consommation a créé une mentalité enfermée dans l’horizon des valeurs temporaires et mondaines qui enlèvent à la vie de l’homme tout le sens de transcendance.

D’autre part, l’athéisme théorique et pratique continue à gagner d’adeptes, au même titre que les hommes et les femmes de ce monde se sont habitués à vivre une morale qui ne dépend pas de principes solides et universels selon la loi naturelle ou révélée (l’évangile, les commandements), il existe en plus une insistance à l’exaltation de l’homme comme auteur autonome de son destin . Dans l’extrême opposé, nous trouvons l’homme humilié dans sa propre nature lorsqu’il est déplacé au rang de « passion inutile », « une erreur cosmique », sans aucune finalité ; cela lui a fait perdre la signification de la vie et a poussé les plus faibles et les plus sensibles à des évasions funestes et tragiques (les addictions et le suicide).

L’homme ressent un grand besoin de savoir qu’il vaut la peine de naître, de vivre, lutter, souffrir et mourir, qu’il vaut la peine de s’engager pour un idéal supérieur aux intérêts matériaux et limités. L’homme doit être rassuré qu’il y a un “pour quoi”, une raison qui justifie son existence.

Voilà disait le pape Jean Paul II, la question essentielle, donner un sens à l’homme, à ses choix, à sa vie, à son histoire.

C’est Jésus qui seul peut répondre à cette question. Qui donne réponse à la question du sens de la vie et de l’histoire de l’homme.

C’est cela l’enseignement  et la leçon fondamentale de la liturgie de ce dimanche. A la foule qui suivait Jésus pour un intérêt matériel, lorsqu’elle avait été rassasiée, Jésus annonce avec autorité : « Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle,  celle que vous donnera le Fils de l’homme »

Dieu s’est fait chair  pour illuminer le monde, encore plus, pour donner du sens à la vie de l’homme. Il est nécessaire de croire cela avec une profonde et joyeuse conviction. Il est nécessaire d’annoncer et d’en témoigner malgré les tribulations de ce temps et des idéologies contraires.

De quelle façon Jésus donne-t-il du sens à notre vie ? Selon ses propres Paroles : « Moi, je suis le pain de la vie.  Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ;  celui qui croit en moi n’aura jamais soif ».

Il est pourtant clair que Jésus n’enlève pas la préoccupation normale et la recherche de l’aliment de chaque jour et de tout ce qui fait que la vie humaine progresse et se développe en devenant plus digne dans ce monde; mais la vie d’ici-bas passe indéfectiblement.

Jésus nous dit que notre existence est dans l’éternité et que toute l’histoire humaine avec ses drames et ses joies doit être contemplée dans une perspective éternelle.

C’est l’image prophétique du peuple d’Israël dans le désert cherchant la terre promise. Dieu n’a pas abandonné son peuple au désert, Il n’abandonne pas les hommes dans ce monde.

Il a donne un pain capable de les soutenir dans son chemin, c’est son Fils. Il est avant tout l’aliment de l’âme avec la vérité révélée et après avec sa Personne même présente dans le sacrement de l’Eucharistie. Nous avons besoin de Dieu dans notre histoire quotidienne. C’est Jésus qui nous le dit dans l’évangile :  « je suis le chemin, et la vérité, et la vie; nul ne vient au Père que par moi » (Jn 14, 6);, « je suis la lumière du monde; celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jn 8, 12);, « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » (Mt 11, 28).

Mais nous avons l’énorme responsabilité d’accueillir le Christ dans notre vie, de l’incarner en nous, faisant nôtre sa vie, son évangile. Une grande responsabilité!

Il nous faut donc un témoignage cohérent et courageux de notre foi. Saint Paul dans la deuxième lecture de ce dimanche nous donne l’essentiel de ce programme de vie :

vous ne devez plus vous conduire comme les païens  qui se laissent guider par le néant de leur pensée. Mais vous, ce n’est pas ainsi que l’on vous a appris à connaître le Christ. C’est à dire abandonner ce qu’il y a en nous de conduite païenne. Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, c’est-à-dire de l’homme ancien corrompu par les convoitises qui l’entraînent dans l’erreur. 

– changer notre mentalité pour avoir la pensée du Christ : Laissez-vous renouveler  par la transformation spirituelle de votre pensée.

-Vivre en plénitude sa grâce : Revêtez-vous de l’homme nouveau,  créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité. 

Tout cela est possible si nous nous approchons de Notre Seigneur pour recevoir de lui cet aliment qui ne passe pas et qui nous conduit à la vie éternelle, tout d’abord sa Parole qui nous instruit, qui éclaire notre intelligence et après son Corps et son Sang qui nous recevons dans l’Eucharistie, ce pain de Dieu, ce pain de vie qui nous donne la force de continuer dans ce monde, nous rend forts pour le combat nécessaire. 

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

  

“Considère quel bonheur t’est accordé, quelle gloire est ton partage!”

Aujourd’hui, 6 août, l’Eglise célèbre la fête de la Transfiguration du Seigneur, et pour cela on ne porte pas d’ornements de couleur verte, mais blanche, couleur propre de la fête.

La transfiguration est un grand mystère, parce qu’on peut dire d’abord qu’elle est un miracle que Jésus a fait, mais ce miracle n’a pas rapporté de bénéfice à quelqu’un, ici Jésus ne guérit pas de la lèpre, ne ressuscite pas un mort, ne rend pas la vue à un aveugle. Quelle est donc la finalité de ce fait prodigieux qu’Il accomplit devant ses trois apôtres ?

Lisant les pères de l’Eglise, nous pouvons dire quele Seigneur l’a fait pour ces trois apôtres qui étaient avec Lui. Il les préparait pour la Croix ; car Pierre, Jacques et Jean serontaprès avec Lui au Gethsémani, Le voyant souffrir déjà en son Ame et en son Corps la Passion. Regardant la chronologie de la vie du Seigneur, la Transfiguration se passe quelques mois avant la Passion. Jésus et ses disciples marchent vers Jérusalem pour sa Pâque, Il venait d’annoncer sa Passion précisément et les invitait à Le suivre mais le Seigneur donne la possibilité de contempler un peu de sa gloire et la gloire qui nous attend après.Il est très beau le commentaire que fait saint Thomas d’Aquin : « pour que quelqu’un marche avec assurance sur une route, il faut qu’il connaisse plus ou moins par avance le but du voyage, de même que l’archer ne lance pas bien la flèche s’il n’a pas vu la cible qu’il faut viser. Et cela est particulièrement nécessaire quand la voie est difficile et escarpée, le trajet pénible, mais la fin joyeuse ».

Le grand enseignement que nous laisse ce mystère c’est que regardant la transfiguration de notre Seigneur, nous devons penser à notre transformation. Transformation en quoi ? Ou plutôt en qui ? La réponse est plus qu’évidente pour un chrétien, en Jésus-Christ. L’important c’est le moyen pour le faire : c’est à travers la vie de la grâce et le chemin sérieux vers la sainteté.

Saint Paul nous rappelle dans sa deuxième lettre aux Thessaloniciens : « La volonté de Dieu, c’est que vous viviez dans la sainteté » ( 1 Th. 4,3)

Notre chemin vers la sainteté est comparable à ce que les apôtres ont fait avec le Seigneur au moment de la transfiguration:Ils se séparent du monde et de son bruit (pour nous c’est la purification de tout ce qui dans le monde fait un obstacle pour l’union à Dieu, les péchés et ce qui peut m’entrainer au péché. Ce serait la partie négative de la sanctification). Mais après les apôtres gravissent cette montagne(pour nous cela se fait à travers la prière). Finalement, tout cela se fait avec Jésus, c’est-à-dire d’une façon surnaturelle avec son aide et son intercession.

Sans la purification, la méditation, la prière et l’oraison, avec la grâce de Notre Seigneur, il nous serait impossible de nous transformer, il nous serait impossible de voir Dieu.

Mont Tabor

Alors, lorsque nous lissons le même moment de la vie de Notre Seigneur mais raconté par Saint Luc, cet évangéliste ajoute un détail qui est très révélateur, il dit que Jésus monte avec Pierre, Jean et Jaques pour prier, et c’est au moment où le Seigneur est en prière que commence sa Transfiguration.

Les trois disciples sont émerveillés de la lumière merveilleuse, qui fait briller le visage du Seigneur comme le Soleil et qui fait que les vêtements deviennent blancs comme la neige. La nature divine de Jésus dépasse les fils de ses habillements humains, la Gloire qu’Il cachait pendant sa vie terrestre se montre comme une petite étincelle, la Gloire du Ciel à laquelle s’unissent Moise et Elie, le patriarche et le prophète qui ont vu aussi un peu de la Gloire de Dieu, comme les apôtres la contemplent maintenant. On comprend pourquoi saint Pierre veut demeurer, ne veut pas finir cette vision. D’un autre côté, ils sont effrayés d’un tel prodige et pour cela c’est la crainte. La vision durera quelques instants, et comme dit l’évangéliste, après cela ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul, sans pourtant les habits de gloire, que les apôtres pourront contempler une fois qu’ils ne seront plus dans ce monde. Maintenant il faut continuer la marche vers Jérusalem, vers la Passion.

Alors, ce n’est pas difficile de nous mettre à la place des apôtres, pour nous aussi notre vie de prière peut avoir ce moment des grandes consolations, où il semble que nous sommes immergés dans la gloire de Dieu, mais la plus part du temps, notre prière se passe dans la simplicité de la vie, sur le chemin, chemin qui marque comme but aussi la Passion, un chemin à parcourir portant une croix, comme le Seigneur avait dit quelques jours avant de se transfigurer.

Il faut donc bien préciser quel est le point essentiel dans notre prière, parce que parfois nous avons des fausses idées sur cela. Notre union avec Dieu est possible tout d’abord par la foi, l’espérance et la charité, ces vertus nous unissent à Dieu. Pour nous unir donc à Dieu la troisième vertu, la charité donne un double lien, l’amour de Dieu et l’amour au prochain. Et voilà ce que nous devons demander tout d’abord dans notre prière c’est l’union à Dieu, selon le Psaume (27, 4) : « J’ai demandé une chose à Dieu, celle-là que je cherche, c’est d’habiter dans la maison de Dieu tous les jours de ma vie. », au même temps que la prière nous place spirituellement devant Dieu, en communication avec Dieu, comme dit un écrivant de l’Eglise,  Denys : « Quand nos prières invoquent Dieu, nous sommes face à lui par notre esprit. » Et c’est aussi ce que dit S. Jean Damascène lorsqu’il définit la prière « comme une élévation de l’âme vers Dieu ».

Mais, il faut dire que la prière produit trois sortes de biens, d’avantages dans notre vie et pour cela nous ne devons jamais abandonner la prière :

Premièrement, elle constitue un remède utile et efficace contre les maux. Parce qu’elle nous délivre en effet des péchés commis (tous les péchés les véniels, les mortels si je suis en danger de vie et ne peux pas accéder à la confession sacramentelle). Nous avons l’exemple dans le bon larron sur la croix il obtient son pardon, car Jésus lui dit : En vérité je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis (Luc 23, 43). De la même manière le publicain de la parabole pria, et il revint à sa demeure justifié (cf. Luc 18, 14).

La prière nous affranchit en plus de la crainte des péchés à venir, des tribulations et de la tristesse.

Quelqu’un d’entre vous est-il dans la tristesse dit saint Jacques (5, 13), qu’il prie avec une âme tranquille.La prière nous délivre aussi des persécutions et de nos ennemis.

Deuxièmement, la prière est un moyen utile et efficace pour la réalisation de tous nos désirsTout ce que vous demanderez dans la prière, dit Jésus (Marc, 11, 24), croyez que vous le recevrez.

Et si nous ne sommes pas exaucés ?C’est ou bien parce que nous ne demandons pas avec insistance ; il faut en effet toujours prier et ne pas se lasser,dit le Christ Jésus (Luc 18, 1) ou bien parce que nous ne demandons pas ce qui est le plus utile à notre salut. « Le Seigneur est bon, dit en effet saint Augustin, souvent il ne nous accorde pas ce que nous voulons, pour nous donner les biens que nous préférerions posséder, si notre volonté était davantage accordée avec la sienne. », ou bien, comme dit aussi dans un autre commentaire : « Dieu te donnera ce que tu lui demandes ou bien ce qui est le meilleur pour toi ».

Troisièmement, la prière est utile, parce qu’elle nous rend familiers de Dieu, c’est-à-dire vivre en sa présence. « Que ma prière (Ps. 140, 2), demeure devant Toi, comme un encens à l’odeur pénétrante et persistante ».

Et nous pouvons poser encore une autre question : « comment Dieu Tout-Puissant qui guide tout l’univers peut changer si je lui demande quelque chose, si nous savons qu’Il a tout ordonné depuis l’éternité et qu’Il ne change pas ? »

La réponse nous la donne encore une fois saint Thomas d’Aquin, il écrit : « En effet, nous ne prions pas pour changer l’ordre établi par Dieu, mais pour obtenir ce que Dieu a décidé d’accomplir par le moyen des prières des saints. Si bien que « par leurs demandes, les hommes méritent de recevoir ce que le Dieu tout-puissant, dès avant les siècles, a résolu de leur donner », dit S. Grégoire.

Dieu, dans sa libéralité, nous accorde bien des choses sans même que nous les lui demandions. Mais s’il exige en certains cas notre prière, c’est parce que cela nous est utile. Cela nous vaut l’assurance de pouvoir recourir à lui, et nous fait reconnaître en lui l’auteur de nos biens.

C’est la belle recommandation que faisait Saint Jean Chrysostome à chaque chrétien : « Considère quel bonheur t’est accordé, quelle gloire est ton partage : voilà que tu peux converser avec Dieu par tes prières, dialoguer avec le Christ, souhaiter ce que tu veux, demander ce que tu désires. »

Demandons aujourd’hui cette grâce, la grâce d’une vie profondément intime avec Dieu, qui transfigure notre vie, et la grâce de Le suivre jusqu’à la vie éternelle où nous le verrons tel qu’Il est.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné