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Corpus Christi! Les fruits de notre Communion Eucharistique

Solennité du Corps et du Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ. Fête Dieu

Nous célébrons aujourd’hui la solennité du Corps et du Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ où bien, comme nous l’appelons traditionnellement aussi, « la Fête Dieu », la fête de Dieu présent dans l’Eucharistie.

Le Cénacle. Jérusalem

L’évangile nous ramène au jeudi saint de la vie de Notre Seigneur. Il envoie deux de ses disciples chercher une salle où célébrer la Pâque ; et le Seigneur fait une prophétie, montrant qu’Il a choisi d’avance le lieu où Il allait faire sa messe, instituer le sacrement de l’Eucharistie et ordonner prêtres ses apôtres : « Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. » La première messe de l’histoire a été célébrée dans un lieu digne, préparé pour un vrai repas « solennel ». Avec cela le Seigneur veut aussi nous dire que notre messe doit être célébrée de la même manière car l’Eucharistie est le centre et le sommet de la vie chrétienne et de tout chrétien évidement.

Nous désignons avec le nom d’Eucharistie soit parfois la sainte Messe, soit aussi généralement le Sacrement du Corps et du Sang du Seigneur. L’acte de recevoir l’Eucharistie est appelé communion, et l’action : communier, qui signifie « réaliser une union pleine et totale », unir une chose à l’autre totalement et étroitement.

Nous allons parler aujourd’hui précisément des fruits de notre communion, lorsqu’elle est faite avec les conditions nécessaires que l’Eglise nous commande pour recevoir l’Eucharistie : l’état de grâce de l’âme (absence de tout péché mortel), la conscience de ce que nous allons recevoir (le Christ qui vient dans notre âme) et un moment de jeûne, comme une préparation et par respect au don que nous allons recevoir.

L’Eucharistie reçue dignement dans notre âme produit des fruits abondants, dont nous devons toujours nous rappeler. En voici quelques-uns  (suivons les idées du père Antonio Royo Marin, dans son livre: « Teologia para seglares » ):

1) L’Eucharistie nous unit intimement au Christ et, en un certain sens, nous transforme en Lui. C’est le premier des effets et le plus immédiat car en elle nous recevons réellement et véritablement le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité du Christ lui-même. Comme Jésus le déclare dans l’évangile : « Je suis le pain de vie… Je suis le pain qui est descendu du ciel… Si quelqu’un mange ce pain, il vivra éternellement et le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde. Vraiment, Je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas de vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Ma chair est vraiment nourriture et mon sang est vraiment boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. Celui qui mange ce pain vivra éternellement » (Jean, 6, 35-58).

Les aliments corporels que nous mangeons, nous les transformons en notre propre corps ; au contraire, lorsque nous communions, c’est le Christ qui nous transforme en Lui, nous rendant de plus en plus semblables à Lui. Celui qui reçoit la communion d’une manière digne peut bien dire avec saint Paul : « c’est le Christ qui vit en moi » (Galates, 2, 20) C’est une réalité merveilleuse ! On peut en donner un exemple, bien que très imparfait : en jetant une éponge dans l’eau, on peut dire que l’éponge est dans l’eau et que l’eau est dans l’éponge.

La sainte Communion nous unit au Christ de manière très étroite et intime, par une grande charité et par un ardent amour. Après avoir été reçu par nous, « Jésus-Christ nous regarde comme une possession à Lui et prend soin de nous avec un amour tout particulier, comme quelque chose qui lui appartient et Il nous entoure d’une unique providence afin que nous puissions être et rester dignes de Lui. Il n’agit pas seulement dans notre âme, mais même dans notre propre corps et dans toute notre personne afin d’opérer notre sanctification et notre perfection ».

2) L’Eucharistie nous unit à la Sainte Trinité. C’est une conséquence nécessaire du fait que dans l’Eucharistie il y a réellement et vraiment le Christ tout entier, avec Son corps, Son âme et Sa divinité. Car les rois Divines Personnes – le Père, le Fils et le Saint-Esprit – sont absolument inséparables. Là où se trouve l’un d’eux, les deux autres doivent être nécessairement. Et bien qu’il soit vrai que l’âme en grâce est toujours un temple vivant de la Trinité, la Sainte Communion parachève ce mystère de l’habitation trinitaire (Jean 14:23; 2 Cor. 6:16). « De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi », dit Notre Seigneur (Jean 6:58).

3) L’Eucharistie augmente la grâce sanctifiante en nous donnant la grâce sacramentelle (propre à ce sacrement) qui nourrit, réconforte et vivifie notre vie surnaturelle.

4) L’Eucharistie augmente la foi, l’espérance et surtout la charité. La foi augmente par l’acte de foi que nous faisons lorsque nous recevons le Christ dans ce Sacrement. L’espérance grandit parce que l’Eucharistie est le gage et la garantie de la gloire et de la vie éternelle. Surtout, c’est la charité qui grandit selon les paroles de saint Paul : « La charité, l’amour du Christ nous saisit » (2 Co, 5, 14) puisque la communion nous unit au Christ.         « C’est la charité envers Dieu et notre prochain, une charité non seulement affective mais aussi efficace (elle nous fait vraiment aimer Dieu et notre prochain). Ainsi l’Eucharistie est un lien de charité qui unit les divers membres de toute la famille chrétienne : les pauvres et les riches, les sages et les ignorants à la même Sainte Table ; l’Eucharistie unit tous les peuples de la chrétienté ».

Enfin, la Communion augmente en nous toutes les vertus infuses (qui sont la prudence, la justice, la force et la tempérance) et les dons du Saint-Esprit (qui sont la sagesse, l’intelligence, la science, le conseil, la force, la piété et la sainte crainte de Dieu). Certes, la Sainte Communion a une efficacité sanctifiante incomparable, puisque la sainteté consiste proprement dans le développement et la croissance parfaits de la grâce et des vertus infusées dans notre âme.

5) L’Eucharistie efface les péchés véniels. La communion, étant une nourriture divine, répare les forces de l’âme perdues par les péchés véniels. La communion excite les actes de charité et la charité réelle détruit les péchés véniels qui refroidissent la charité, ainsi comme la chaleur détruit le froid. De même que la nourriture est nécessaire pour restaurer les forces du corps chaque jour, de même la communion est nécessaire pour restaurer les forces de l’âme perdues par la concupiscence à travers les péchés véniels qui diminuent la ferveur de la charité (Somme Théologique III, 79, 4).

6) L’Eucharistie pardonne indirectement la peine temporelle due pour les péchés. Autrement dit, plus nous sommes fervents, plus nous recevons le pardon de notre purgatoire. La « quantité » de la peine remise sera proportionnelle au degré de ferveur et de dévotion à recevoir l’Eucharistie.

7) L’Eucharistie préserve des futurs péchés, surtout des péchés qui nuisent à la chasteté, par la pureté et la virginité de la Chair et du Sang du Christ qui communique sa vertu, sa force à celui qui les reçoit. La communion renforce les forces de l’âme contre les mauvais penchants de la nature et nous préserve des assauts du diable en appliquant les effets de la passion du Christ, par laquelle le démon a été vaincu, selon l’enseignement de saint Thomas d’Aquin (III, 79,6 et 79.6 annonce 1). A un garçon qui avait contracté le vice d’un péché, saint Philippe Néri conseillait la communion quotidienne. Le Saint était disposé à confesser le jeune lorsque celui-ci le voulait et, par la communion quotidienne, il a obtenu d’éloigner le pauvre jeune homme de sa mauvaise habitude malhonnête.

8) L’Eucharistie est un gage (avant-goût) de gloire future. Le Christ lui-même a dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour » (Jean 6 :54). Le Magistère de l’Église l’a affirmé au Concile de Trente : « Le Christ a voulu que l’Eucharistie soit le gage de notre gloire future et de notre bonheur perpétuel » (Dz. 875).

Saint Thomas d’Aquin avait résumé toutes ces grâces dans une petite prière qu’il a composée en l’honneur du saint Sacrement : 

« O banquet sacré où l’on reçoit le Christ ! On célèbre le mémorial de sa passion, l’âme est remplie de grâce et, de la gloire future, le gage nous est donné. »

Lorsque nous recevons le Christ dans l’Eucharistie, nous nous unissons spirituellement à la très Sainte Vierge Marie, car elle est présente là où se trouve son Fils. A Marie nous demandons la grâce de grandir chaque jour dans l’amour à l’Eucharistie.

P. Luis Martinez IVE.

Revenons en esprit au Cénacle !

Homélie pour le Jeudi Saint 2021

Le Pape saint Jean Paul II disait, dans une de ses dernières homélies du jeudi saint : « Ce soir nous entrons déjà dans la Pâque du Christ, qui constitue le moment de conclusion dramatique, longuement préparé et attendu, de l’existence terrestre du Verbe de Dieu. Jésus n’est pas venu parmi nous pour être servi, mais pour servir, et il assumé les drames et les espérances des hommes de tous les temps. Au Cénacle, en anticipant de façon mystique le sacrifice de la Croix, il a voulu demeurer parmi nous sous les espèces du pain et du vin et il a confié aux Apôtres et à leurs successeurs la mission et le pouvoir d’en perpétuer la mémoire vivante et efficace dans le rite eucharistique. »

En effet, toute la cène du Seigneur avec ses disciples, que nous rendons présente dans la liturgie d’aujourd’hui, est comme un grand signe de l’événement toujours actuel de la passion et de la mort de Jésus-Christ. La cène nous introduit dans la Passion.

Déjà le lavement des pieds, qui est la manifestation de la charité et de l’humilité que Jésus nous porte et veut nous enseigner pour que nous nous aimions les uns les autres, nous conduit mystiquement au Calvaire. Jésus est venu servir Dieu le Père et l’humanité d’une manière concrète, c’est-à-dire en acceptant la mort pour notre rédemption, pour payer notre dette devant Dieu.

« Au sens mystique, par ces trois aspects on peut comprendre trois choses. En premier lieu, par le fait qu’Il versa de l’eau dans un bassin est signifiée l’effusion de son sang sur la terre. En effet le sang de Jésus peut être appelé eau parce qu’il a la puissance de laver : Il nous a lavés de nos péchés par son sang (Ap. 5,1). Et de là vient qu’il sortit en même temps de son côté du sang et de l’eau, pour donner à entendre que ce sang était capable de laver les péchés. Ou bien, par l’eau, on peut comprendre la Passion du Christ ; car dans l’Écriture l’eau représente les tribulations : Viens me sauver, Seigneur, car les eaux, c’est-à-dire les tribulations, sont entrées jusque dans mon âme (Ps. 144,7). Il versa de l’eau dans un bassin, c’est-à-dire qu’il imprima dans les âmes des fidèles la mémoire de la Passion par la foi et la dévotion : Souviens-toi de ma pauvreté.

En second lieu, il commença à laver les pieds des disciples suggère l’imperfection humaine. Car les Apôtres, après le Christ, étaient les plus parfaits, et cependant ils avaient besoin d’être lavés, ayant en eux des impuretés. Cela pour nous donner à comprendre qu’aussi parfait que soit un homme, il a néanmoins besoin d’être rendu plus parfait et peut encore contracter certaines impuretés : Qui peut dire : mon cœur est pur ? (Prov. 20,9)… Mais il faut remarquer, selon Origène, qu’il commença à laver les pieds des disciples alors que sa Passion était imminente, parce que s’il les avait lavés longtemps auparavant, ils auraient été à nouveau souillés. C’est pourquoi il commença, alors que peu de temps après il allait les laver par l’eau du Saint-Esprit, c’est-à-dire après sa Passion : Vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés, dans peu de jours (Actes 1,5). Ainsi, donc, l’effusion de son sang est manifestée par le fait qu’Il versa de l’eau dans un bassin, et la purification de nos péchés par le fait qu’il commença à laver les pieds des disciples.

En troisième lieu apparaît le fait qu’il a pris sur lui nos peines ; en effet non seulement il a lavé nos taches, mais il a pris sur lui les peines qu’elles impliquaient. En effet, nos peines et nos pénitences ne suffiraient pas si elles n’étaient pas fondées sur le mérite et la puissance de la Passion du Christ. Et cela apparaît dans le fait qu’il essuya les pieds des disciples avec un linge, c’est-à-dire avec le linge de son corps : Il porta jusqu’au bout nos péchés dans son corps sur le bois (Pierre 2,24) » (St. Thomas d’Aquin, Commentaire sur l’Evangile de st. Jean).

En lavant les pieds des disciples, Jésus nous montre que sa Passion est la source de la grâce et de la vie éternelle, que par sa mort il a vaincu le diable et le péché, et que sur sa croix il nous libère du poids de nos fautes. Mais il était nécessaire que ce signe nous soit appliqué. Il est inutile d’avoir un vaccin contre une maladie si on ne l’applique pas. C’est pourquoi, dans la Cène, notre Seigneur ne nous a pas seulement donné un exemple, mais il nous a donné le moyen efficace de pouvoir vivre selon ses commandements. Car l’Eucharistie n’est pas seulement un souvenir de la mort du Christ, elle n’est pas seulement une présence mystique et spirituelle, mais un souvenir et une présence réels, c’est-à-dire effectifs, qui suspendent en quelque sorte le temps et l’espace avant la nouvelle apparition du Christ dans son état de souffrance sur tous les autels du monde. Le Cardinal Journet a dit : « A chaque fois que les paroles de la consécration sont prononcées, l’Eglise, représentée par le prêtre et les fidèles, est rendue présente au sacrifice sanglant : les deux mille ans qui nous séparent de la Croix sont abolis, nous sommes là comme l’étaient la Sainte Vierge et saint Jean. Et chaque génération peut à son tour s’engouffrer dans l’offrande éternelle du Christ, offerte pour tous les temps ».

Saint Jean Paul II disait : « Revenons en esprit au Cénacle ! Nous nous rassemblons avec foi autour de l’Autel du Seigneur, en faisant mémoire de la Dernière Cène. En répétant les gestes du Christ, nous proclamons que sa mort a racheté l’humanité du péché, et qu’elle continue à ouvrir l’espérance d’un avenir de salut pour les hommes de chaque époque.

Il revient aux prêtres de perpétuer le rite qui, sous les espèces du pain et du vin, rend présent le sacrifice du Christ dans le monde véritable, réel et substantiel, jusqu’à la fin des temps. Il revient à tous les chrétiens de devenir les serviteurs humbles et attentifs de leurs frères, afin de collaborer à leur salut. C’est la tâche de chaque croyant de proclamer à travers sa vie que le Fils de Dieu a aimé les siens jusqu’à la fin. Ce soir, notre foi se nourrit dans un silence chargé de mystère. »

Nous entrons donc, dans cette célébration, dans la considération de cet événement déterminant dans la vie de chacun d’entre nous, le plus réel, qui est la mort du Christ pour chacun d’entre nous. Que sa présence eucharistique soit la source de notre foi et notre force pour imiter chaque jour son exemple de sacrifice pour Dieu et pour les hommes, et que la Vierge Marie, la Femme eucharistique, la Femme du Calvaire, nous conduise par sa main à la Pâque éternelle du Royaume de son Fils, qui est le seul qui a des paroles de vie éternelle.

P. Juan Manuel Rossi IVE.