DÉBUT DANS LA VIE RELIGIEUSE – LA TRAPPE

On le vit clairement, dès que le voyageur, Charles de Foucauld, fut rentré à Paris, au début de mars 1889. C’est l’année des résolutions, ou, en style de spiritualité, de l’élection. Que va-t-il faire ?

Depuis sa conversion, il lisait encore plus qu’auparavant, mais d’autres livres, et ses lectures le faisaient pénétrer dans ce monde de la doctrine, de la morale et de l’histoire religieuse, par quoi tout le reste est illuminé. Il s’émerveillait de voir combien la vérité est simple et combien raisonnable ; il s’étonnait qu’il eût pu être troublé autrefois, jusqu’à douter de la religion, jusqu’à la rejeter, par des objections depuis si longtemps résolues et faciles à résoudre. Il apprenait la première des sciences, celle d’où dépend la conduite de la vie. Selon le conseil de l’abbé Huvelin, il assistait chaque matin à la messe, et la fréquente communion du début était devenue le pain quotidien.

Depuis le moment même de sa conversion, il s’était, senti appelé à la vie religieuse. Mais dans quelle voie ?

Par des retraites successives, il s’approche, pendant l’année 1889, de la règle vivante de trois grands ordres : bénédictins, trappistes, jésuites et se décide à entrer au noviciat de la Trappe de Notre-Dame-des-Neiges, en Ardèche, en demandant d’être envoyé après quelques mois à la Trappe d’Akbès, en Syrie.

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Les plus proches parents sont seuls avertis de la grande décision. Les jours sont désormais comptés. Charles part le 11 décembre pour Dijon ; il y passe, près de sa sœur et de M. de Blic, une semaine, la dernière qu’il leur pourra donner avant la clôture, la solitude et le silence. Puis il revient à Paris, pour régler quelques affaires, notamment l’abandon qu’il fait de ses biens à sa sœur. Il s’en ira pauvre. Le monde ne le reverra plus.

Quand Charles de Foucauld se présenta au monastère de Notre-Dame des-Neiges et demanda à être admis parmi les novices, Dom Martin, abbé de cette communauté de travailleurs silencieux, l’interrogea :

– Que savez-vous faire ?

– Pas grand’chose.

– Lire ?

– Un petit peu.

L’abbé vit que ce lieutenant de chasseurs d’Afrique était peu causant et modeste. Il le pria de balayer un peu, pour voir. Il s’aperçut ou premier coup de balai que le postulant n’avait pas été exercé. On complèterait son éducation.

Et c’est ainsi que le vicomte de Foucauld Charles entra au noviciat de la Trappe de Notre-Dame-des- Neiges, pour devenir Frère Marie Albéric. Le souvenir qu’il a laissé parmi les frères de ce grand ordre est celui d’un religieux serviable, pieux, presque excessif dans son austérité, mais pondéré dans son jugement.

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Un des moines de là-bas, faucheur de blé, toucheur de bœufs, que j’interrogeais, me répondit ce mot magnifique : – Monsieur, je lui parlais comme à un paysan. Il ajouta : – Moi, je l’ai vu tous les jours ; il n’a jamais refusé un service à personne ; il était beau comme un second François d’Assise !

Le régime de la Trappe éprouve plus d’un novice solidement bâti. Frère Albéric avait une santé de fer et une volonté de même métal. Il a maintes fois déclaré que ni le jeûne, ni les veilles, ni le travail ne l’avaient jamais incommodé. La seule chose qui lui fut difficile, c’est l’obéissance, et là encore, nous saisissons un trait de cette nature fière, impétueuse, faite pour le commandement, habituée à l’exercer, et qui ne pliait que sous la grâce.

Il prenait l’habit des trappistes le 26 janvier 1890, à l’âge de trente-deux ans. Quelques extraits de ses lettres donneront une idée de son existence, et de l’intensité de sa vie religieuse dès cette date :

« Je voulais entrer dans la vie religieuse pour tenir compagnie à Notre-Seigneur, autant que possible, dans ses peines. »

« Mon âme va moins mal que je ne m’y attendais : le bon Dieu me fait trouver dans la solitude et le silence une consolation sur laquelle je ne comptais pas. Je suis constamment, absolument constamment avec lui, et avec ceux que j’aime. »

« Grâce à la variété des travaux et des exercices, je n’ai pas senti que j’avais faim avant de me mettre à table. C’est vous dire que le côté matériel de la vie ne m’a pas coûté l’ombre d’un sacrifice… Du régime du carême (un seul repas par jour à 4 heures et demie) je ne puis dire qu’une chose : je l’ai trouvé agréable et commode. »

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« Aucun bruit du dehors ne nous atteint : c’est la solitude et le silence avec le bon Dieu. Le temps se partage en prières, lectures rapprochant de Dieu, travail manuel fait en imitation de Lui et en union avec Lui. Cela remplit tous les jours, sauf les dimanches et fêtes où le travail cesse. »

« Notre-Seigneur Jésus me tient dans sa main, me mettant dans sa paix, écartant de moi le trouble, le chassant, chassant la tristesse dès qu’elle veut approcher… Cet état est trop inattendu pour que je puisse l’attribuer à un autre qu’à Lui. Qu’est-ce que cette paix, cette consolation ? Ce n’est rien d’extraordinaire, c’est une union de tous les instants dans la prière, la lecture, le travail, dans tout, avec Notre-Seigneur, avec la Très Sainte Vierge, avec les saints qui l’entouraient dans sa vie… Les offices, la sainte messe, la prière où ma sécheresse m’était si pénible, me sont, malgré les distractions innombrables dont je suis coupable, très doux… Le travail manuel est une consolation par la ressemblance avec Notre-Seigneur, et une méditation continuelle (cela devrait être, je suis bien dissipé). »

« Le Père de Foucauld »

René BAZIN

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