Tirez parti du temps présent!

Homélie pour la solennité de Sainte Marie Mère de Dieu

Nous entrons dans cette nouvelle année, contemplant la très Sainte Vierge Marie et sous sa protection. Le début de cette année civile coïncide avec le dernier jour de l’octave de Noël. Cela est déjà une raison pour réfléchir car le huitième jour a été toujours symbole de Résurrection, le Seigneur est ressuscité le premier jour de la semaine, qui est en même temps le huitième jour de la semaine précédente, mais le Seigneur s’est levé du sommeil de la mort pour ne plus s’endormir, pour l’éternité.

Cette nouvelle année, nous la recevons des mains de Dieu comme un «talent» précieux que nous devons faire fructifier, comme une occasion providentielle de contribuer à la réalisation du royaume de Dieu, à l’édification de l’Eglise, à notre sanctification.

Nous avons conclu hier un an de plus dans notre vie. Nous savons qu’il ne reviendra pas. Pour ceux qui l’ont vécu en amitié avec Dieu, ce sera une année de mérites, tout en sachant comme dit la parabole (Lc 7,7-10) que: « nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire ». Pour ceux qui ne l’ont pas vécu en amitié avec le Seigneur, il sera bon de proposer en cette année, de renforcer les vrais liens surnaturels avec Jésus et avec Marie, les seuls liens qui sauvent. C’est le moment de gratitude pour une année de plus de vie, ainsi que de pétition et de supplication pour celle qui commence. L’Eglise nous fait regarder Bethléem. Il y a là, la Mère et son Fils. Allons encore une fois, avec les bergers, vers la crèche, pour apprendre d’eux.

La liturgie de la Parole nous offre trois sujets à méditer, trois sujets qui sont présents aussi dans la célébration de ce premier jour de l’année.

La première lecture nous apporte la bénédiction du grand prêtre d’Israël, par trois fois il invoquait nom du Seigneur pour confirmer sa constante assistance. Cette bénédiction demande sur le peuple, la protection divine, la connaissance de Dieu qui mène au salut (connaître son visage) et la paix.

Aujourd’hui l’Eglise nous invite à prier pour la paix, mais la paix doit dépasser la simple entente entre les hommes (cela est plutôt le fruit de la véritable paix). La paix c’est le Christ, que le Christ règne dans la vie des hommes de ce monde.

« Le terme biblique shalom, que nous traduisons par “paix”, indique cet ensemble de biens, dans lesquels consiste “le salut” apporté par le Christ, le Messie annoncé par les prophètes. C’est pourquoi nous, chrétiens, reconnaissons en Lui le Prince de la Paix. Il s’est fait homme et il est né dans une grotte à Bethléem pour apporter sa paix aux hommes de bonne volonté, à ceux qui l’accueillent avec foi et amour. La paix est donc véritablement le don et la tâche de Noël:  le don, qu’il faut accueillir avec une humble docilité et invoquer avec confiance dans la prière; la tâche, qui fait de toute personne de bonne volonté un “chemin de paix”.

« Lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme » nous dit la deuxième lecture, et voici le deuxième sujet de cette réflexion : Le temps a sa plénitude dans le Christ, notre temps est parfait lorsqu’il reçoit le Messie. Lorsque le Fils de Dieu nait aussi dans notre temps. Et de quelle manière le Christ peut-il naître aussi dans notre temps, par notre vie comme bons chrétiens. C’est toujours Saint Paul qui dit aux chrétien d’Ephese (5,15-17) : « Prenez bien garde à votre conduite : ne vivez pas comme des fous, mais comme des sages. Tirez parti du temps présent (profitez, ne le gaspillez pas !), car nous traversons des jours mauvais. Ne soyez donc pas insensés, mais comprenez bien quelle est la volonté du Seigneur. »

Et comme on avait dit au début, l’évangile nous amène encore une fois à la contemplation de la crèche, aujourd’hui où nous célébrons la Mère de Dieu.

Alors, ce titre de Marie n’apparait pas dans la Bible comme tel, mais elle est une vérité expressément révélée par Dieu dans les Saintes Écritures et expressément définie par l’Église. Car la Sainte Écriture exprime dans divers passages que Marie est la Mère de Jésus: “Marie, de laquelle est né Jésus, appelée le Christ” (Mt 1,16). “Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère…” (Jn 19,25). « Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus » (Actes 1,14). L’Église a défini solennellement la maternité divine de Marie comme vérité de foi lors du troisième concile œcuménique d’Éphèse en 431.

Aujourd’hui nous remercions aussi Marie de nous avoir donné Dieu en son Fils.

Par le «oui» de sa foi, par la profondeur de l’humilité de celle qui se considérait comme l’esclave du Seigneur, Marie a été remplie de Dieu, Marie a donné naissance à notre Sauveur. Par elle, la Parole a reçu notre chair pour sauver notre chair. Comme le dit magnifiquement saint Ambroise: “Il a reçu de nous ce qu’il avait à offrir pour nous, pour nous libérer de ce qui est à nous (le péché) et pour pouvoir nous donner ce qui est à lui (la divinité)”.

Quelle belle image, celle de Marie! Sa seule raison d’exister était d’être la Mère de Dieu. La première idée du Père était de donner à son Fils une Mère; non parce que c’était absolument nécessaire, mais Il l’a voulu ainsi dans l’ordre de salut.  Admirons ce Mystère : Dieu a résolu dépendre du « oui »  du « fiat » d’une créature pour réaliser l’œuvre réparatrice de l’humanité. Toutes les choses créées, même l’homme, roi du cosmos, dépendent pour leur existence des trois Personnes Divines, qui au commencement poussées par l’Amour ont fait la Création. Mais en tenant compte du péché, pour la recréation de l’homme, la Sainte Trinité voulait avoir l’aide et la collaboration d’une personne humaine. Associée par dessein divin à l’œuvre de la Rédemption, Marie devient la représentante de toute l’humanité pour dire « oui » au plan de Dieu.

L’évangéliste Luc répète plusieurs fois que la Vierge méditait en silence sur ces événements extraordinaires auxquels Dieu lui avait fait prendre part. Nous l’avons également écouté dans le bref passage évangélique que la liturgie nous repropose aujourd’hui :  “Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant dans son cœur” (Lc 2, 19). Le verbe grec employé “sumbállousa” signifie littéralement »mettre ensemble” et fait penser à un grand mystère à découvrir peu à peu. 

Maintenant, le jour de sa maternité, nous nous tournons vers elle, la Mère de Dieu, pour qu’elle «conserve et médite dans son cœur» «tous les problèmes» des peuples. Pour qu’elle nous aide à faire découvrir à l’humanité quel est le dessein de Dieu pour elle.

Ecoutons, pour conclure notre méditation, les belles paroles de saint Jean Paul II :  « Sous l’exemple du Christ nous disons : “Abba, Père” et en criant ainsi, chacun de nous découvre qu’il n’est plus un esclave mais un fils». « Et si vous êtes fils, vous êtes aussi héritier par volonté de Dieu» (Ga 4,7).

Savez-vous, famille humaine, connaissez-vous, homme de tous les pays et de tous les continents, de toutes les langues, nations et races …, connaissez-vous cet héritage? Savez-vous ce qui est à la base de l’humanité? Et l’héritage de la liberté filiale?

Jésus Christ! Fils du Père éternel, Fils d’une femme, Fils de Marie, ne nous laisse pas à la merci de notre faiblesse et de notre orgueil ! Plénitude incarnée ! Demeure dans l’homme, dans chacune des phases de son temps terrestre! Sois notre berger! Sois notre paix! »

P. Luis Martinez IVE

La vocation de saint Joseph

Dimanche de la Sainte Famille

Nous célébrons ce dimanche après Noël, la sainte Famille de Joseph, Marie et Jésus. L’évangile de saint Luc nous décrit les parents de l’Enfant Jésus amenant leur fils pour le rachat correspondant, les enfants devaient être consacrés à Dieu et dans le même moment ils pouvaient être rachetés par une offrande, un sacrifice ; saint Joseph et Marie font l’offrande des pauvres, deux petites colombes, dans le même rite se réalisait aussi la purification légale de la femme qui avait enfanté. Luc complète ce moment avec les deux rencontres, le grand prêtre Siméon et la prophétesse Anne.

Cette année, le 8 décembre, le pape a proclamé une année spéciale pour saint Joseph, car cette année se sont accomplis les 150 ans de sa proclamation comme Patron de l’Eglise.

Nous allons parler aujourd’hui plutôt de la vocation de saint Joseph et de la mission spéciale que Dieu lui a confiée dans l’histoire du salut.

Nous pouvons affirmer que Marie et Joseph sont les premiers disciples de Jésus parce qu’en eux s’accomplissent ses paroles: « quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, il est mon frère, ma sœur et ma mère » (Mt 12, 50 ). Si la sainte Vierge Marie est la femme du « fiat » (qu’il me soit fait), Saint Joseph est l’homme du « fecit » (il a fait…).

Ainsi comme la disponibilité à la volonté de Dieu caractérise Marie, la constance à agir sans se faire remarquer – être effacé – est la vertu de saint Joseph. C’est de cette manière que l’évangéliste Mattieu nous présente saint Joseph : Lorsqu’il s’est réveillé, Joseph a fait ce que l’Ange du Seigneur lui avait ordonné de faire : il a pris Marie chez lui (Mt 1,24). « Joseph se leva, prit l’enfant et sa mère et se rendit en Egypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode » (Mt 2, 14-15). « Joseph s’est levé, a pris l’Enfant et sa mère et est entré en terre d’Israël, … il s’est retiré dans la région de Galilée, où il s’est installé dans une ville appelée Nazareth (Mt. 2: 21-23) ».

L’amour de Saint Joseph s’exprime dans l’oubli de lui-même et dans la recherche du bien intégral pour la Vierge Marie et pour l’Enfant Jésus, à travers le service désintéressé et dévoué. C’est ainsi qu’il accomplit sa mission.

Parlant de la mission de notre saint, le pape Jean Paul II a écrit une exhortation apostolique, « Redemptoris Custos », où il disait : « La vie de Marie consista à accomplir à fond le premier fiat prononcé au moment de l’Annonciation, tandis que Joseph ne proféra aucune parole lors de son « annonciation »: il « fit » simplement « ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit » (Mt 1, 24). Et ce premier « il fit » devint le commencement du « chemin de Joseph ». Le long de ce chemin, les Évangiles ne mentionnent aucune parole dite par lui. Mais le silence de Joseph a une portée particulière: grâce à lui, on peut saisir pleinement la vérité contenue dans le jugement que l’Évangile émet sur Joseph: le « juste » (Mt 1, 19). Il faut savoir lire cette vérité car en elle est contenu l’un des témoignages les plus importants sur l’homme et sur sa vocation.

En donnant Joseph pour époux à la Vierge, Dieu lui donna non seulement un compagnon de vie, un témoin de sa virginité, un gardien de son honneur, mais encore, en vertu même du pacte conjugal, un participant de sa sublime dignité.  

Dans les évangiles, on ne retient aucun mot de saint Joseph, on dirait qu’il est silencieux. Mais, plus que le silence de Joseph, on devrait parler de sa discrétion. Le silence ne parle pas, la discrétion c’est la vertu de savoir parler et de savoir se taire. Pensons à la communication sereine et profonde, chargée de grâce que saint Joseph aurait eu avec Marie et l’Enfant Jésus, les dialogues pleins de charité et respect avec les personnes qui passaient par son atelier pendant qu’il travaillait.

Les pères de l’Eglise ont très tôt dans l’histoire de l’Eglise saisi l’importance de la mission de l’Epoux de Marie, ils célèbrent les vertus qui ornaient Joseph, avant tout sa «justice», qu’ils entendent comme le total accomplissement de toutes les prescriptions de la loi et des devoirs de l’État, ainsi que la rectitude de sa vie intérieure; ils exaltent aussi sa virginité, sa pauvreté, son humilité, son silence, son esprit d’abnégation , sa foi et son obéissance aveugle aux dispositions de la Providence Divine. Rappelons-nous que l’évangéliste l’appelle Juste, qui veut dire « saint », juste devant Dieu et devant les hommes.

Selon les Pères, trois sources sont à l’origine des grandes grâces et des nobles privilèges accordés à saint Joseph : 1) sa mission personnelle extraordinaire d’époux de Marie et de père de Jésus; 2) la correspondance la plus fidèle de sa vie aux exigences de sa vocation; 3) sa vie même d’intimité familiale aux côtés de Marie et de Jésus.

Parlons maintenant de la virginité de Joseph. Selon la tradition appuyée par les pères de l’Eglise, Joseph et Marie avaient fait tous les deux le vœu de garder leur virginité tout le temps de leur vie. Dieu a pourtant voulu qu’ils s’unissent par le saint lien de mariage, non pas pour les faire repentir de leur vœu, mais pour le raffermir et se fortifier l’un et l’autre à persévérer en leur sainte entreprise ; c’est pourquoi ils ont vécu virginalement ensemble tout le reste de leur vie.

Bien que Joseph ne soit pas le père naturel de Jésus, le Fils de Dieu, il a été chargé de lui donner le nom, ce qui était propre au père, par conséquent, Saint Joseph devient l’homme choisi par Dieu pour une mission très spéciale : être le Gardien du Rédempteur, de Marie et du mystère dont l’accomplissement la lignée de David et toute la « maison d’Israël » attendaient depuis de nombreuses générations.

Un autre aspect pour notre réflexion : Peut-on vraiment affirmer que Joseph était l’époux de Marie ? Ou bien, entre les deux n’a existé qu’un mariage fictif ?

Il y a plusieurs raisons de convenance pour dire qu’un véritable mariage ait existé entre Joseph et Marie:

1) de la part du Christ: il fallait lui donner un ascendant masculin dans sa généalogie davidique, pour cacher en plus des yeux des hommes et aussi du diable sa conception virginale, et lui donner enfin, en tant qu’homme, un père aussi humain (sans le mode de conception humain);

2) de la part de Marie : pour éviter de qu’elle soit accusée et lapidée par les Juifs comme adultère, pour lui assurer ensuite le soutien et la protection nécessaires devant la société et dans les grandes tâches qu’elle a dû endurer dans la naissance, l’éducation et la protection de l’Enfant, et enfin, lui donner, comme figure de l’Église qu’elle était, un mari qui était la figure du Christ.

En ce qui concerne les fonctions et charges de Saint Joseph l’époux vis-à-vis de Marie son épouse, excluant totalement ce qui regarde la virginité, nous pouvons nommer : la compagnie, la protection et le soutien matériel, psychologique et moral que chaque mari doit apporter à sa femme.

Et par rapport à Jésus, saint Joseph était-il vraiment un père ? Excluant une paternité de type charnel, et dépassant la formule d’une paternité purement apparente et même d’une paternité adoptive, la doctrine commune des Pères a affirmé chez Saint Joseph une paternité vraie, réelle et objective à l’égard de Jésus, bien que très unique en raison des caractéristiques qu’elle apportait, comme unique était d’ailleurs la conception de l’Enfant par Marie. Cette paternité a été annoncée par l’ange dans son message à Joseph, reconnaissant explicitement le droit d’une autorité paternelle sur l’Enfant qui devait naître de Marie. Mais, intrinsèquement, la réalité de cette paternité découle de la réalité même de son mariage avec Marie. La paternité de Joseph peut être appelée virginale, par origine, car c’est précisément grâce à la virginité de Joseph que Marie a pu concevoir virginalement le Christ. De cette manière, le mariage de Joseph et de Marie, bien que virginal et très chaste, jouit de la plus riche fécondité dans le Fils divin que le Très-Haut leur donna comme fils. Parce que, réellement et vraiment, c’est à Marie et Joseph, unis dans le mariage, que Jésus a été donné.

La grâce de Noël nous fait contempler aujourd’hui la sainte Famille. Apprenons de chacun d’eux de quelle manière Dieu veut que nous accomplissons notre vocation.

Que Saint Joseph, Marie et l’Enfant Jésus bénissent toutes familles de notre monde.

P. Luis Martinez IVE.