A Dieu ce qui est à Dieu…

Lire l’évangile du dimanche XXIX (Mt 22, 15-21)

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu »Nous trouvons cette phrase célèbre dans le texte évangélique de ce dimanche.

Nous pouvons dire que le Seigneur a fait une parabole vivante, Il s’est fait montrer la monnaie de César.  Devant cette admirable façon de répondre en posant Lui-même une question, les pharisiens ne savent que dire ; mais ce que le Seigneur fait aussi c’est nous donner un grand enseignement sur les pouvoirs légitimes de ce monde, et surtout sur les devoirs envers le Seigneur.

Parce que, s’il est nécessaire de rendre à César ce qui est à César, il est aussi nécessaire de rendre à Dieu ce qui lui appartient, et cette deuxième obligation inclut et donne la force à la première.  « L’empereur est grand parce qu’il est plus petit que le Ciel, » disait Tertullien aux chrétiens de Carthage. Il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu, non seulement dans son ordre personnel, mais aussi dans l’ordre social et dans l’ordre de la patrie.

Loin de marquer pour ainsi dire une coupure entre les deux ordres, le chrétien doit reconnaître que dans le service de l’obéissance à une autorité il sert aussi Dieu, évidemment une obéissance à tout ce qui ne va pas contre la loi de Dieu.

C’est une pensée erronée qui a pénétré l’esprit de beaucoup de chrétiens, – qui soutient qu’un chrétien reste chrétien lorsqu’il est à l’Eglise, mais que dehors il doit s’adapter à toutes les lois de l’Etat, même si parmi elles, il y en a qui vont contre la loi de Dieu, les dix commandements. Ou bien, un autre exemple, se proclamer chrétien, et soutenir en même temps un parti politique athée, ou un parti qui émette des propositions contre ce que l’Eglise commande, cela c’est une grave erreur.

Alors, comment faire devant les autorités qui nous gouvernent ? (voire les personnes qui se partagent le pouvoir). Quelle est la bonne attitude d’un chrétien devant l’autorité ?

Nous pouvons le résumer en trois principes :

1 . Nous devons respecter le régime établi de fait, le pouvoir civile et séculier.

La Bible nous apprend que le pouvoir civil et séculier est légitime, comme dit le Seigneur dans l’évangile de ce dimanche « Rendez à César ce qui est à César », que toute autorité finalement vient de Dieu, comme le Seigneur dira à Ponce Pilate : Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut (Jn. 19,11) ou bien la première lecture de ce dimanche : Parole du Seigneur au roi Cyrus, qu’il a consacré. La Bible nous dit que nous avons l’obligation de prier pour les autorités, comme  Saint Paul nous y exhortait dans ses lettres : « J’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité » (1Tim 2, 1-2). Et que nous devons obéissance à l’autorité : « Rappelle à tous qu’ils doivent être soumis aux gouvernants et aux autorités, qu’ils doivent leur obéir et être prêts à faire tout ce qui est bien. » (Tite 3,1).

Finalement sur ce point, il faut remarquer que « respecter » ne veut pas dire « collaborer activement » avec un régime de pouvoir lorsqu’il ne réunit pas toutes les conditions nécessaires pour le bien d’une nation, d’un pays. Respecter signifie « ne pas faire obstacle dans l’exercice du pouvoir à tout ce qu’il fait pour le bien de la société, le bien commun ».  

2 . Le deuxième principe nous dit qu’il est tout à fait légitime de souhaiter un autre mode de gouvernement plus juste et mieux adapté à notre pays, notre patrie. Et nous devons même contribuer à son installation par de justes moyens. Plus encore lorsque le régime en place ne respecte pas les droits principaux de la personne. «Enlève le droit – et alors qu’est-ce qui distingue l’État d’une grosse bande de brigands?» a dit saint Augustin (De civitate Dei IV, 4, 1).

3 . Et troisièmement, comme on l’a déjà formulé: nous ne pouvons pas obéir à des lois intrinsèquement injustes.

Par rapport à ce dernier, le Catéchisme de L’Eglise nous apprend (2242) : « Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l’Evangile.

Si l’autorité publique, dépassant sa compétence, opprime les citoyens, et que ceux-ci ne refusent pas ce qui est objectivement demandé par le bien commun , il leur est cependant permis de défendre leurs droits et ceux de leurs concitoyens contre les abus du pouvoir, en respectant les limites tracées par la loi naturelle et la loi évangélique (Gaudium et Spes  74, § 5).

Le Catéchisme fait citation du livre des Actes des Apôtres (5,29) : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Comme disait Saint Jean Paul II, dans l’encyclique « Evangelium Vitae »(73) : Dans le cas d’une loi intrinsèquement injuste, comme celle qui admet l’avortement ou l’euthanasie, il n’est donc jamais licite de s’y conformer, « ni … participer à une campagne d’opinion en faveur d’une telle loi, ni … donner à celle-ci son suffrage ».

Le pouvoir de l’Etat ne peut jamais aller contre la bonne conscience des habitants, la liberté de professer la religion et de chercher la vérité. Il est intéressant de relire un petit paragraphe d’un discours du pape Benoît XVI (22-12-2005) : « L’Eglise antique, de façon naturelle, a prié pour les empereurs et pour les responsables politiques, en considérant cela comme son devoir (cf. 1 Tm 2, 2) ; mais, tandis qu’elle priait pour les empereurs, elle a en revanche refusé de les adorer, et, à travers cela, a rejeté clairement la religion d’Etat. Les martyrs de l’Eglise primitive sont morts pour leur foi dans le Dieu qui s’était révélé en Jésus Christ, et précisément ainsi, sont morts également pour la liberté de conscience et pour la liberté de professer sa foi, une profession qui ne peut être imposée par aucun Etat, mais qui ne peut en revanche être adoptée que par la grâce de Dieu, dans la liberté de la conscience. » Jusqu’ici ce sont les paroles du Pape Benoît.

L’histoire de l’Eglise nous donne un grand exemple parmi d’autres, sur ce que l’Eglise appelle « liberté de conscience ». Il s’agit de saint Thomas More, un saint anglais qui a été condamné à mort précisément pour ne pas donner l’accord au fait que le roi fasse annuler son premier mariage légitime ; avec cette décision le roi et tous ceux qui le suivaient se séparèrent de l’Eglise Catholique, ce qui perdure aujourd’hui, c’était l’origine de l’Eglise Anglicane.

Saint Thomas More s’est opposé à cette prétention du pouvoir de dominer sur les consciences. Il a donné sa vie pour défendre une Eglise libre de la domination d’un état.

Il est martyr de la liberté, parce qu’il fut le martyr de la primauté de la conscience, une primauté qui, solidement enracinée dans la recherche de la vérité, nous rend pleinement responsables de nos décisions et pour cela libres de tout dans ce monde mais unis étroitement à notre Créateur. Saint Jean Paul II disait aussi que la conscience lorsqu’elle est moralement droite (bien formée), c’est le témoignage de Dieu lui-même, dont la voix et le jugement pénètrent l’intime de l’homme jusqu’aux racines de son âme (Enc. Veritatis splendor, n. 58).

Demandons à la très sainte Vierge la grâce d’avoir toujours cette liberté de conscience et l’amour pour la Vérité.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

« Ce Dieu que vous prêchez ne nous intéresse pas » – L’Athéisme

Lire l’évangile du dimanche XXVIII  (Mt 22, 1-14)

Ce dimanche, saint Mathieu nous présente une autre parabole de Jésus et comme nous l’évoquions la semaine dernière, ce sont les derniers discours du Seigneur avant sa Passion.

Il y a pourtant quelques détails dans cette parabole qui doivent nous faire réfléchir.

Car, s’il est bon d’imaginer le royaume des cieux comme un festin de noces, comment penser que Dieu pourrait se comporter comme le roi de l’histoire, comment appliquer cette image à un Dieu qui est plein d’amour et bonté ? Pour répondre à cette question, il faut tout d’abord nous souvenir que dans les paraboles des évangiles, il y a toujours des éléments qui sont destinés à attirer l’attention ; elles ne sont pas des simples histoires, parce qu’en certains moments de l’histoire la réalité se transforme, générant ainsi la surprise qui invite à la réflexion.

Alors, l’histoire antique nous montre comment il fallait obéir aux rois d’Orient, dont les invitations devenaient un ordre auquel le  refus constituait une rébellion et une folie, voire une condamnation à mort. Nous devons aussi réfléchir sur cette attitude des premiers invités, qui en plus de refuser l’invitation,-  décident aussi de tuer les envoyés. Il est aussi étonnant de voir comment partant d’une simple invitation ce roi de la parabole arrive au fait catastrophique de faire brûler les villes des invités ingrats. Dans la deuxième partie nous trouvons aussi le fait curieux d’un des nouveaux invités qui n’est pas venu avec la tenue adéquate, d’ailleurs généralement offerte par le même amphitryon de noces : comment pouvait-il faire cela aux noces du même prince ?

Or, il vaut mieux regarder l’attitude des invités, plutôt que – celle du roi, car c’est chez eux que se trouve la faute ou bien la négligence. Si la fête de noces est un symbole de la vie éternelle c’est donc une véritable « sottise » que de refuser de venir et s’il fallait montrer quelque chose d’effrayant, Jésus l’a fait avec le châtiment d’incendier les villes des ingrats, mais cela n’est rien eu égard au mépris de l’entrée dans la vie éternelle ; en fait cela montre que les invités n’en étaient pas vraiment dignes. C’est aussi une grande sottise que d’essayer d’être dans l’Eglise mais sans l’habit de la grâce, ou bien, comme disent aussi les pères de l’Eglise, sans l’habit des bonnes œuvres, sans l’habit de la charité. Comme on l’évoquait la semaine dernière, citant le document de la Lumen Gentium, il y a des chrétiens qui sont avec « le corps » dans l’Eglise, mais pas avec le cœur.

Comme nous le savons, la foi est combattue de tous côtés, elle est mise en question, reléguée à une opinion de plus qu’on met en concurrence d’égalité avec les fausses opinions que génère le monde moderne.

Aujourd’hui, une grande quantité d’hommes et femmes nous disent : « Ce Dieu que vous prêchez ne nous intéresse pas, Il ne nous aide en rien, Il ne nous donne rien », ou répètent sans douleur la phrase de Nietzsche ce philosophe athée : « Dieu est mort », ou bien, ils ne se souviennent plus de Dieu. Nous connaissons bien de cas dans nos pays d’origine.

Le Seigneur et aussi saint Paul disent qu’à la fin des temps la foi de beaucoup sera ébranlée, l’Ecriture nous parle d’une grande apostasie, « le refus de Dieu », refuser de croire ou bien abandonner la foi.

Nous pouvons dire que cette grande apostasie a déjà commencé il y a déjà quelques années mais nous ignorons combien de temps elle durera. Il est grand le nombre de ceux qui ont abandonné la religion chrétienne et plus encore, combien se reconnaissent « athées » dans notre moment de l’histoire (par exemple, un 37 % de la population d’Europe Occidentale se reconnaît athée). Rappelons-nous que le mot athée est d’origine grecque et veut dire « sans Dieu ». Athéisme reçoit aussi le nom de « sécularisme » mais on parle du même phénomène ; selon les paroles du Bx. Pape Paul VI (Evangelii Nuntiandi, 55), le sécularisme « est une conception du monde d’après laquelle ce dernier s’explique par lui-même sans qu’il soit besoin de recourir à Dieu ; Dieu devenu ainsi superflu et encombrant. Un tel sécularisme, pour reconnaître le pouvoir de l’homme, finit donc par se passer de Dieu et même par renier Dieu.

Des formes nouvelles d’athéisme — un athéisme anthropocentrique, non plus abstrait et métaphysique mais pragmatique (concret, dans les faits), programmatique et militant — semblent en découler. En liaison avec ce sécularisme athée, on nous propose tous les jours, sous les formes les plus diverses, une civilisation de consommation, l’hédonisme érigé en valeur suprême, une volonté de puissance et de domination, des discriminations de toute sorte : autant de pentes inhumaines de cet humanisme»(un humanisme sans Dieu qui devient inhumain).

Alors, comment peut-on tomber dans l’athéisme ?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles on peut devenir athée, la première se produit dans le domaine intellectuel. Nous savons que Dieu se révèle dans sa Création, mais se cache à nous pour ainsi dire dans le mystère du mal, de la souffrance de l’innocent et de la mort. Il existe donc le grand danger de supprimer Dieu lorsqu’on n’examine pas en profondeur les causes ultime du mal ou lorsque notre regard se perd dans les créatures sans nous élever au Créateur.

Mais nous retrouvons les principales raisons de l’athéisme dans le domaine de la volonté et de l’affectivité, entre autres :

  1. La prépondérance des sens et du sensualisme, qui nous pousse à oublier la spiritualité de l’homme. Cela conduit au matérialisme et à l’utilitarisme (on ne cherche que ce qui peut laisser une rétribution matérielle), en plus de l’égoïsme et du mépris de l’autre.
  2. L’inertie (une paralysie spirituelle) ou indolence du cœur, qui amène à échapper aux obligations de magnanimité que l’existence de Dieu impose à l’homme. Si Dieu existe je dois me forcer pour Le trouver. Et pour cela l’athée veut rester à l’aise, sans inquiétude. Le grand philosophe chrétien Kierkegaard appelait cette attitude « le désespoir des faibles (des pusillanimes) ».
  3. L’orgueil et la haine, qui s’opposent directement à cette confiance abandonnée en Dieu. L’athée croit que Dieu avec ses commandements et ses lois menace sa liberté et la grandeur humaine. Cet athée aspire à une grandeur divine, qui est en définitive, le péché de Satan. Cette haine envers Dieu a conduit – un écrivain athée à dire : « Si par un malheureux hasard Dieu existait il faudrait l’abolir » et comme une conséquence directe, il était nécessaire de supprimer aussi tous ceux qui confessaient l’existence de Dieu.

Parlons maintenant d’un autre problème et c’est l’athéisme comme dirigeant d’un peuple.

Certains disent qu’un état sans Dieu pourrait faciliter la compréhension et l’union. Ils donnent comme argumentation que les religions ne sont pas utiles pour réconcilier les hommes, qu’elles sont plutôt l’origine des grandes souffrances, violences et tueries. Il est vrai que les fausses religions ont causé cela, comme on doit aussi dire qu’il y a des personnes qui ont utilisé notre religion pour leurs propres intérêts, faisant du mal comme le montre l’histoire.

Mais si nous regardons un peu le passé nous constatons que l’athéisme n’est pas le libérateur de l’humanité sinon la plus terrible et cruelle des oppressions comme ses adeptes l’ont démontré lorsqu’ils en ont eu l’opportunité.

Par exemple, le fait de la Révolution Française en 1789 est présenté parfois dans les écoles comme le premier pas vers la liberté de l’humanité, alors que l’objectif poursuivi par ses promoteurs était la création du premier état athée dans l’histoire. Beaucoup d’entre nous ignorent que dans les deux premières années qui ont suivi la révolution (seulement en deux année, 1792 et 1793), 20.000 hommes et femmes ont été exécutés par la guillotine, ainsi que 20.000 autres tués par d’autres moyens (beaucoup d’entre eux étaient évêques, prêtres et religieuses), l’Eglise compte parmi eux beaucoup de martyrs fidèles au Christ et à la foi. Il est encore plus surprenant de savoir qu’au lieu d’attaquer les gens qui avaient le pouvoir ancien (gens de la noblesse), mais le 84 % de ceux qui ont subi la mort à cause de la révolution  étaient des petits commerçants, des ouvriers et des campagnards. Lorsque les forces ont avancé vers le territoire catholique de la Vendée, le résultat fut de 120.000 personnes massacrés, soit 35% de la population (femmes, enfants et vieillards), 30.000 maisons détruites, les sources d’eau empoisonnées et la végétation arrachée pour éviter aux survivants tout possibilité de récupération ; parmi les victimes, les premières furent les jeunes femmes pour éviter qu’elles donnent une descendance chrétienne.

Malheureusement, l’histoire officielle dans nos écoles est racontée aujourd’hui par des athées et la révolution constitue l’acte le plus grand de la liberté de l’homme, alors que c’est en vérité une page de l’histoire teinte en rouge.

Un autre exemple,  l’état athée créé en Russie en 1917, qui a laissé comme triste bilan le massacre de 66 millions de personnes.

Comme conclusion, et parce que le risque existe toujours et nous devons y être attentifs : comment ne pas devenir un athée ?

Tout d’abord il faut savoir ouvrir nos yeux aux signes de Dieu. Ne pas éviter les questions profondes et permanentes dans la vie : l’origine des choses, la finalité de mon existence, la réalité de la mort, de la souffrance. Mais, il faut chercher les réponses là où je sais qu’il y a la vérité.

D’un autre côté, m’éloigner des opinions qui sèment les doutes dans ma foi, ne pas accepter d’un coup que l’’on dise quelque chose contre la foi, l’Eglise ou Dieu. Savoir aller consulter ceux qui dans l’Eglise peuvent résoudre ces questions.

Il faut aussi être attentifs à l’homme, à la personne humaine, c’est-à-dire que la charité, l’amour du prochain, c’est l’image de Dieu.

Cherchons Dieu en fin de tout notre cœur, comme disait Pascal : « Il y a trois sortes de personnes : les uns qui servent Dieu l’ayant trouvé, les autres qui s’emploient à le chercher ne l’ayant pas trouvé, les autres qui vivent sans le chercher ni l’avoir trouvé. Les premiers sont raisonnables et heureux, ceux du milieu sont malheureux et raisonnables. Mais les derniers sont fous et malheureux.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

On peut aussi lire ce très intéressant discours de saint Jean Paul II

Les idées pour ce sermon ont été prises d’une série de conférences en espagnol du P. Miguel Fuentes, V.E.