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Ouvrir nos oreilles à la voix de Dieu

Lire l’évangile de ce dimanche (Mc 7, 31-37) Dimanche XXIII, année B.

L’évangile de ce dimanche débute avec la description géographique d’un voyage de Notre Seigneur, afin de nous situer dans ce miracle. En effet, Tyr, Sidon et le territoire de la Décapole étaient des régions païennes et les gens qui y habitaient ne croyaient pas dans le Dieu unique d’Israël. Le fait que Jésus fasse le miracle raconté par l’évangéliste dans cette terre et la phrase conclusive de l’évangile nous conduisent à méditer sur  l’universalité de l’évangile, annoncé et prêché à tous les hommes, Dieu veut conduire tous les hommes par l’unique chemin qui est son Fils le Verbe de Dieu. 

En ce sens, la condition du malade est significative, puisqu’il est incapable de louer Dieu pour l’œuvre de la Création et encore moins pour celle de la Rédemption : « Le sourd-muet est celui qui n’ouvre pas les oreilles pour entendre le parole de Dieu, il n’ouvre pas non plus la bouche pour la prononcer »(Saint Bède In Marc.). Nous avons donc quelqu’un qui n’est pas capable de recevoir la révélation, selon ce qu’enseigne saint Paul : la foi vient par l’oreille (Rm 10,17) et, en conséquence, il n’est pas capable de louer Dieu ou de professer la foi. Pour cette raison, le bénéficiaire final du miracle de Jésus , ce ne sont pas les oreilles et la langue, mais la personne du sourd-muet lui-même, qui, grâce au miracle, pourra entrer en relation directe avec Jésus et avec les autres. L’homme est rétabli en communion avec les autres, il peut communiquer avec eux.

Et ainsi, en terre païenne, où la Parole de Dieu (le Verbe de Dieu) n’était pas encore arrivée, celui qui était sourd et muet devient le motif pour que les païens rendent gloire à Dieu en Jésus : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets ».

Alors, il est tout à fait vrai que ces gestes réalisés sur le sourd-muet pouvaient évoquer chez les  païens ou encore chez les juifs certains rites magiques. Nous devons savoir qu’il était formellement interdit par les rabbins à tous ceux qui guérissaient les maladies d’y mêler le chuchotement de paroles, encore moins de versets bibliques, surtout si cela se faisait à l’aide de salive, à qui l’on conférait certaines vertus curatives. La salive était considérée dans l’Antiquité comme un remède médicinal.

Pourquoi le Christ a-t-il fait tout cet ensemble de gestes? Etait ce pour impressionner les gens ? Non, parce qu’il a “séparé le malade” de la foule. Ou bien parce qu’il était nécessaire de créer une sorte suggestion chez le malade ? Non, car lorsque Jésus a ressuscité les morts, il n’a pas fait d’abord, sur eux une suggestion. Pour créer un symbole ou une leçon spirituelle ? Alors, c’est par là que nous devons chercher la réponse.

En Christ, ce miracle était une sorte de “parabole en action”, avec laquelle il indiquait ce qu’il allait faire, et avec laquelle il excitait la foi de ce “sourd”, puisqu’il ne pouvait pas le faire avec des mots. Mais, ces gestes constituaient un enseignement aussi pour les apôtres qui contemplaient le miracle, de façon que facilement ensuite, l’Eglise fondée sur la foi des apôtres pût incorporer tous ces gestes et même la parole utilisée par Jésus « effata » dans la liturgie du baptême, le sacrement qui nous donne précisément le don de foi en plénitude.

Les miracles du Christ constituent trois actions à la fois : Légation, Aumône et Leçon. Ils sont le sceau de la Légation divine, les lettres de créance avec lesquelles le Père accréditait son Envoyé et tout ce qu’il disait ; ils sont une aumône avec laquelle la compassion du Christ s’est penchée sur la misère humaine (“Je n’ai ni argent ni or, mais ce que j’ai, je vous le donne”, cf. Actes 3,6); et les miracles sont en même temps des Leçons, parce que le Seigneur les a réalisés pour donner à ces gestes prodigieux le sens caché d’un mystère de la foi ; bref, rendre visible ce qui Invisible :  « Depuis la création du monde, on peut voir avec l’intelligence, à travers les œuvres de Dieu, ce qui de lui est invisible » Rom 1,20.

Le sourd de naissance a vu la Divinité Invisible s’incarner dans un homme à travers le miracle dont le Christ l’a favorisé, et il « a loué Dieu ».

L’Église a toujours vu dans les gestes apparemment étranges que Jésus accomplit chez le sourd-muet un symbole des sacrements, grâce auxquels le Christ continue de nous “toucher” physiquement pour nous guérir spirituellement.

Ainsi, Jésus n’a pas accompli de miracles comme un magicien agitant une baguette magique ou claquant des doigts. L’évangile nous décrit que Notre Seigneur a aussi gémi avant de faire la guérison. Ce « gémissement » qu’il laisse échapper lorsqu’il touche les oreilles des sourds nous indique qu’il s’identifie aux souffrances du peuple, qu’il participe intensément à leur malheur, et s’occupe d’eux. À une occasion, après que Jésus eut guéri de nombreux malades, l’évangéliste commenta : « Il a pris nos infirmités et a porté nos maladies » (Matthieu 8 :17). Selon le commentaire d’un père de l’Eglise, ce gémissement représentait sa Passion, car le Seigneur a libéré du mal beaucoup d’hommes et de femmes, mais Lui-même a voulu affronter le mal, souffrir la douleur et mourir.

Les miracles du Christ ne sont jamais des fins en soi ; ce sont des “signes”. Ce que Jésus a fait un jour pour une personne sur le plan physique indique ce qu’il veut faire chaque jour pour chaque personne sur le plan spirituel. Jésus n’est pas venu nous libérer du mal physique, tout au contraire Il est venu pour nous montrer que le chemin de sainteté passe par la souffrance. Et même si Dieu nous concède parfois une grâce particulière, une guérison, Il ne nous exempte pas de la croix, qui prendra d’autres formes dans nos vies.

Demandons la grâce à la très sainte Vierge Marie, de pouvoir ouvrir nos oreilles à la voix de Dieu et proclamer avec notre vie ses merveilles.

P. Luis Martinez IVE.

“Si tu veux suivre le Sauveur”

Homélie pour le Dimanche XIII A (Mt. 10,37-42)

« En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres » débute le passage de l’évangile de ce dimanche. Si nous prenons l’évangile de saint Matthieu et lisons les versets précédents et postérieurs à ces paroles d’aujourd’hui nous constaterons que Notre Seigneur choisit ses douze apôtres pour les envoyer en mission devant lui, mais avant cet envoi Il les prépare, une préparation qui sera utile pour toujours et elle le sera aussi pour les autres apôtres qui viendront ensuite, comme pour tout chrétien qui voudra proclamer l’évangile avec les paroles et avec la vie (sa conduite) au cours de l’histoire de l’Eglise. Ces exigences, qui sont plus radicales pour les apôtres, sont toujours valables pour tout disciple de Jésus, comme on le dira ensuite.

L’évangile de ce dimanche peut être divisé en deux grandes parties, la première sur les exigences requises lorsqu’on se décide à suivre le Christ et la deuxième partie sur les récompenses promises à ceux qui vont aider les apôtres, à chaque fois qu’ils les reçoivent en qualité d’envoyés du Seigneur, la première lecture de ce dimanche nous illumine aussi sur cet aspect, la femme riche de Sunam, elle aide Elisée parce qu’il est un prophète, un saint de Dieu et pour cela elle reçoit une bénédiction.

Lorsque nous donnons une aide à l’Eglise, même considérée comme petite et pour cela le Seigneur parle d’un verre d’eau, nous accomplissons cette deuxième partie de l’évangile. Que nous devions soutenir l’Eglise avec nos moyens proportionnés c’est un commandement, qui fait partie des cinq commandements de l’Eglise : ” Les fidèles sont tenus par l’obligation de subvenir aux besoins de l’Eglise “.  Il a son fondement biblique, surtout dans le Nouveau Testament :

– Jésus est présenté au temple et fait son offrande (Luc 2, 24).

– Il donne les deux drachmes pour le temple (Mt 17, 24-27).

– Jésus exalte le geste de la veuve pauvre qui donne deux petites pièces pour le temple aussi (Luc 21, 1-4).

– Le Seigneur a aussi besoin et demande cinq pains et deux poissons (Jean 6, 9).

Au temps de l’église des Actes des Apôtres, dans la première communauté, les chrétiens partageaient tout (Actes 2:42). Saint Paul demande aux Romains une collecte pour les frais de son voyage (Rom. 15, 24).

De plus, la communion des biens matériels est un signe de communion dans la foi et l’amour. Offrir un bien pour l’Eglise c’est aussi une façon de s’offrir soi-même.

Il nous est bien de réfléchir un peu sur cela, afin que notre offrande à l’Eglise ne soit pas seulement matérielle, mais qu’elle soit unie à son but spirituel et que nous soyons aussi conscients qu’elle a son origine dans un acte de foi. Sans oublier que l’aide la plus grande que nous pouvons donner à l’Eglise c’est précisément l’aide spirituelle, à travers l’offrande de nos sacrifices et nos prières pour la mission de l’Eglise et surtout à travers une vie sainte, cherchant à accomplir ce que Jésus nous a enseigné dans l’Evangile et que l’Eglise nous commande de faire. Une âme qui imite plus le Christ est plus important, a beaucoup plus de valeur que toutes les richesses matérielles qu’on puisse offrir à l’Eglise. Il faut s’intéresser plus à vie de la grâce qu’à la dîme !

Nous allons revenir à la première partie de l’évangile de ce dimanche.  « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi », comme on a dit c’est une exigence plus radicale pour les apôtres mais qui nous implique comme chrétiens aussi. L’amour de Dieu doit occuper la première place, le sommet des autres amours dans ce monde, qui doivent lui être ordonnés , subordonnés et non en conflit. Relevons ici la belle remarque que fait à ce propos saint Jérôme : « Le Seigneur ne défend pas d’aimer son père ou sa mère, mais il ajoute d’une manière expressive : ‘plus que Moi’ ».

Mais, laissons les dernières paroles à l’autre grand Père de l’Eglise, Saint Augustin ; il disait dans un sermon (Sermon 94) sur l’évangile de ce dimanche :

« L’obligation imposée par le Seigneur de se renoncer soi-même si on veut le suivre, semble rude et accablante. Mais rien de ce qu’il commande n’est ni rude ni accablant, puisqu’il aide à l’accomplir. Il est vrai de dire avec le Sauveur : «Mon joug est doux et mon fardeau léger » car la charité adoucit tout ce que les préceptes divins peuvent avoir de dur.

De quoi l’amour n’est-il pas capable? Trop souvent, hélas! l’amour (il fait référence ici à l’amour charnel et passionnel) est corrompu et plongé dans les plaisirs: mais combien n’endure-t-on pas de fatigues, d’indignités, de choses intolérables, pour parvenir au but où tend l’amour! Mais qui pourrait dénombrer seulement toutes les espèces d’amours ? Considérez néanmoins que quelles que soient ses fatigues, l’amour n’en ressent aucune; sa plus grande fatigue n’est-elle pas même de ne pouvoir se fatiguer?

D’un autre côté les hommes en général ressemblent à l’objet de leur amour, et pour régler sa vie il ne faut avoir soin que de régler son amour. Qu’y-a-t-il alors de surprenant qu’en aimant le Christ et en voulant le suivre on se renonce à soi-même pour l’amour de lui ? Si en effet l’homme se perd en s’aimant, c’est sûrement en se renonçant qu’il se sauve…

Et où suivre le Seigneur? Nous savons où il est allé; il y a bien peu de jours que nous célébrions la solennité de son départ. Il est ressuscité et il est monté au ciel; c’est au ciel que nous devons le suivre. Pourquoi désespérer d’y parvenir? L’homme ne peut rien sans doute, mais le Sauveur nous a fait cette promesse. Pourquoi désespérer? Ne sommes-nous pas les membres de ce Chef divin? Au ciel donc il nous faut le suivre…

(Pourtant) Quand le Seigneur parlait ainsi, il n’était point encore ressuscité d’entre les morts; il n’avait pas encore souffert. Il devait endurer le mépris, l’outrage, les fouets, les épines, les blessures, les insultes, l’opprobre et la mort. Cette voie te semble rude; aussi tu es indolent et tu ne veux pas y marcher; entres-y. Car, les aspérités sont l’ouvrage de l’homme; mais le Christ les a effacées en retournant au ciel. Eh? qui ne voudrait être élevé en gloire? Tous aiment la grandeur. Mais l’humilité est un degré pour y monter. Pourquoi élever le pied au-dessus de toi-même? Ce n’est pas chercher à monter, c’est vouloir tomber. Place-le d’abord sur un degré: tu monteras ainsi…

Que signifie: «Qu’il prenne sa croix?» Qu’il supporte tout ce qui est pénible et me suive de cette sorte. En effet, lorsqu’il aura commencé à m’imiter dans mes mœurs (dans ma vie) et à remplir mes préceptes, il rencontrera beaucoup de contradicteurs, beaucoup d’hommes qui chercheront à l’empêcher, à le détourner par leurs conseils et qui prétendront être eux-mêmes les disciples et les compagnons du Christ. N’accompagnaient-ils pas le Christ aussi, ceux qui empêchaient les aveugles de crier vers lui ? Qu’il s’élève donc devant toi des menaces ou des caresses, si tu veux suivre le Sauveur, considère les comme une croix; porte-les, supporte-les et ne succombe pas. »

Demandons aujourd’hui la grâce à la très sainte Vierge Marie et saint Augustin de ne pas avoir peur de suivre le Christ et prions pour que beaucoup d’hommes et femmes acceptent de Le suivre de plus près.

P. Luis Martinez IVE.