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Celui qui fait la vérité vient à la lumière…

Lire l’évangile du cinquième dimanche du temps ordinaire (Mt 5, 13-16)

Ce dimanche, nous continuons avec le discours de notre Seigneur au sommet de la colline des béatitudes, comme on disait la semaine dernière, c’est la nouvelle loi que le Seigneur donne. Et voilà que nous retrouvons ces deux comparaisons, ce sont comme deux paraboles, celle du sel et celle de la lumière, mais le sujet de ces paraboles ce n’est pas le royaume des cieux ; cette fois ci, c’est nous-mêmes, ce sont les disciples de Jésus.

Le Seigneur nous dit que nous sommes le sel et la lumière de ce monde.

D’abord le sel, parce qu’il a trois qualités importantes dont les gens, les cultures du passé faisaient vraiment l’éloge :

Le premier c’est la pureté qu’il reflétait, à cause de l’éclat de sa couleur. Pour les peuples anciens, le sel procédait des éléments les plus mystérieux pour l’homme (il ne pouvait pas conquérir et dominer) mais ils faisaient du bien à l’homme, comme le soleil et la mer, cela donnait au sel un caractère sacré. Les juifs devaient offrir les victimes des sacrifices avec du sel. Alors le chrétien doit garder cette vie pure, parce qu’il ne peut pas laisser ce monde, mais il doit se garder sans tache au milieu du monde (Jaques 1,27).

La deuxième qualité c’est son pouvoir de conserver les aliments évitant toute corruption, c’est aussi la mission de tout chrétien dans ce monde, avec sa conduite et son exemple, éloigner les autres du mal.

La troisième qualité est celle de donner du goût, comme chrétiens, nous devons indiquer le véritable sens de la vie dans monde, d’abord, évidement être conscients de que notre vie est dirigée vers le haut, pour après accomplir la mission d’indiquer quelle est la valeur de choses.

Le Seigneur nous dit aussi que nous devons être la lumière du monde. Comme une ville, comme dans ce temps était la ville de Jérusalem, appelée par les juifs comme la « lumière pour les gentils », « lampe pour Israël » parce que c’est là où se rendait le culte à l’Unique Dieu.

Mais l’image est aussi domestique. Et si Notre Seigneur nous disait que nous devrions être des lumières cela c’est pour plusieurs raisons. Parmi elles on en énumère trois :

Tout d’abord, pour éclairer ; il était très difficile au temps du Seigneur d’allumer un feu (il n’y avait pas d’allumettes) cela faisait que les lampes brulaient toute la journée. Si tous les habitants devaient sortir, pour éviter le danger, on mettait la lampe toujours allumée sous une boîte en terre cuite, le feu ne s’éteignait pas, mais cela laissait en obscurité la maison ;  en revenant, les habitants de la maison devaient mettre cette lumière à une certaine hauteur pour éclairer tout l’endroit. Le Seigneur nous dit que nous sommes la lumière du monde, c’est pour transmettre cette lumière, pour éclairer avec notre témoignage et notre parole beaucoup de gens qui marchent dans l’obscurité de l’ignorance du Christ.

La lumière est aussi un guide, pour montrer le vrai chemin aux autres, comme les lumières du chemin. Pour illustrer ces deux attributs de la lumière, un poète italien disait « la lumière descend comme la pluie sur chaque chose, et suscite les différentes couleurs, là où elle se pose » (cf. A Manzoni, La Pentecoste, vs. 41-44)., c’est la mission d’un chrétien, de montrer la réalité de ce monde, mais une réalité qu’il a pu comprendre parce que c’est le Christ et sa doctrine qui l’a d’abord éclairée.

Mais la lumière sert aussi comme avertissement d’un danger. Alors, il est assez triste de constater que dans notre temps beaucoup de « chrétiens de nom » font aujourd’hui le contraire, ils se dirigent volontiers vers le danger et ils y entrainent beaucoup d’autres.

Le véritable disciple de Jésus est donc une lumière qui se montre, éclaire, guide vers le bien et prévient du mal.

Saint Augustin avait fait une profonde réflexion, mettant les paroles suivantes dans la bouche de Jésus : « attention, lorsque j’ai dit que vous étiez la lumière, j’ai dit aussi que vous étiez des lampes. Ne vous réjouissez pas dans l’orgueil, ne soit-il que la flamme s’éteigne ! »

Alors, nous disons que la flamme du disciple est la vérité, une vérité qu’il n’a pas créée, qu’il a plutôt reçu, en participation (dans le sens de faire partie), de la Vérité de Notre Seigneur car Il a dit je suis la Vérité. Elle nous guide cette lumière pour que nous guidions aussi les autres, mais notre lumière diminue si nous nous éloignons de sa source qui est le Christ. Comme Il l’a dit, lui-même, celui qui fait la vérité vient à la lumière (Jn . 3,21).

Il n’y a pas longtemps on parlait de la conscience de chacun de nous, on disait que la conscience est une « regula regulata », une règle de nos actes qui est aussi réglée, ajustée à quelque chose de plus haut, c’est la Vérité de Dieu, l’évangile et le magistère authentique de l’Eglise.

Eclairée par la Vérité de Jésus-Christ, notre conscience peut discerner, comme nous dit saint Paul : Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait (Rom 12,2).

Pour être des bonnes lumières, nous devons donc nous approcher de la lumière de la vérité et la chercher, une fois trouvée, nous attacher (adhérer) à elle et modeler notre vie et finalement avoir de l’humilité. Ce sont les trois obligations que nous avons à accomplir devant la Vérité.

D’abord, chercher la Vérité. Saint Jean Paul II écrit dans l’encyclique « Fides et Ratio » (25) : « Tous les hommes aspirent à la connaissance » (Aristote, Métaphysique, I, 1), et l’objet de cette aspiration est la vérité. La vie quotidienne elle-même montre que chacun éprouve de l’intérêt pour découvrir, au-delà du simple ouï-dire, comment sont vraiment les choses. L’homme est l’unique être dans toute la création visible qui, non seulement est capable de savoir, mais qui sait aussi connaître et, pour cela, il s’intéresse à la vérité réelle de ce qui lui apparaît. Personne ne peut être sincèrement indifférent à la vérité de son savoir. S’il découvre qu’il est faux, il le rejette; s’il peut, au contraire, en vérifier la vérité, il se sent satisfait. C’est la leçon de saint Augustin quand il écrit: « J’ai rencontré beaucoup de gens qui voulaient tromper, mais personne qui voulait se faire tromper » (Confessions, X, 23,33) . On pense à juste titre qu’une personne a atteint l’âge adulte quand elle peut discerner, par ses propres moyens, ce qui est vrai de ce qui est faux, en se formant un jugement sur la réalité objective des choses.

Il dit aussi dans une autre encyclique, « Véritatis Splendor » (62) : Il est certain que, pour avoir une « bonne conscience » (1 Tm 1, 5), l’homme doit chercher la vérité et juger selon cette vérité. Comme le dit l’Apôtre Paul, la conscience doit être éclairée par l’Esprit Saint (cf. Rm 9, 1) ; elle doit être « pure » (2 Tm 1, 3) ; elle ne doit pas falsifier avec astuce la parole de Dieu, mais manifester clairement la vérité (cf. 2 Co 4, 2).

La deuxième obligation est celle d’adhérer et modeler notre vie à la Vérité Connue. C’est toujours le pape Jean Paul II qui nous parle : « Il n’y a pas de morale sans liberté. […] S’il existe un droit à être respecté dans son propre itinéraire de recherche de la vérité, il existe encore antérieurement l’obligation morale grave pour tous de chercher la vérité et, une fois qu’elle est connue, d’y adhérer ».(Fides et Ratio 25)

Il est donc nécessaire que les valeurs choisies et poursuivies dans la vie soient vraies, parce que seules des valeurs vraies peuvent perfectionner la personne en accomplissant sa nature. Cette vérité des valeurs, l’homme la trouve non pas en se renfermant sur lui-même mais en s’ouvrant pour l’accueillir également dans les dimensions qui le dépassent. C’est là une condition nécessaire pour que chacun devienne lui-même et grandisse comme personne adulte et mûre.

Nous ne pouvons pas affirmer une chose dans l’Eglise et en vivre une autre contraire dans notre vie quotidienne, la doctrine de l’Eglise doit vraiment modeler la vie du chrétien. De cette manière, je ne peux refuser une doctrine catholique, parce que j’en ai simplement trouvé une autre qui s’arrange avec ma situation maintenant.

La troisième obligation est l’humilité devant la Vérité Divine, la Vérité se donne à celui qui est humble. Le plus sage dans ce monde est celui qui est conscient de son ignorance. Il est convaincu que la Vérité existe et qu’il peut la connaître, mais il sait de cette vérité qu’ il la connaît juste un peu, presque pas. Comme celui qui se tient au bord de la mer, il voit toute son immensité, il l’aime et l’admire, mais il reconnaît qu’il y a juste mis ses pieds. C’est le sens plus profond de cette phrase de Socrate : Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien.

Une fois, on avait demandé à Chesterton, le grand écrivant catholique anglais, quelle était son opinion par rapport aux français, et il a répondu : « je ne sais pas, je ne les connais pas tous ! ».

Qu’est-ce que c’est notre science ? Se demandait le bx. Joseph Allamano, qu’est-ce que nous connaissons ?  Juste quelques lettres de l’alphabet universel ! Que direz-vous d’un jeune garçon qui, pour avoir appris quelques lettres, allait par le monde, tout en se vantant d’une grande sagesse ? Il ferait rire, alors, c’est ainsi notre sagesse par rapport à ce que nous ignorons.

Demandons la grâce à la très sainte Vierge Marie, d’être du véritable sel et d’être des lumières du monde qui éclaire et rayonnent la véritable lumière qui est le Christ.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

Que notre temps devienne une heureuse éternité…

Sainte Marie Mère de Dieu

L’Eglise a voulu inaugurer l’année avec la protection de la très sainte Vierge, que nous vénérons dans cette fête avec le titre de Mère de Dieu.

Ce titre est le plus grand titre qu’on puisse donner à Marie, parce qu’il est l’origine et la source de tous les privilèges que Dieu a donnés à notre sainte Mère.

Saint Thomas d’Aquin écrit que l’on dit que la Vierge Marie est Mère de Dieu, non parce qu’elle est la mère de la divinité, chose impossible car la nature divine précède éternellement la Vierge mais parce qu’elle est mère d’une Personne qui a la divinité et l’humanité.

Il est tout à fait vrai qu’une mère n’est pas la cause de l’âme ou de la personnalité de son enfant, mais elle est mère dans le sens dont elle proportionne la matière. Il est évident donc que si la mère n’est pas la cause absolue de son enfant, elle l’est d’une partie comme le corps ( la chair) de la nature humaine, et c’est pour cela qu’on peut dire qu’elle est une véritable mère, la mère de la personne de son enfant. Nous disons la mère de l’enfant tout entier, même si nous savons qu’elle n’a donné qu’une partie de l’être.

Marie a fait pour Jésus ce que toute mère humaine fait pour son enfant, elle lui a donné un corps. Le fait que Jésus n’ait pas un père humain, n’enlève pas, ne diminue pas la maternité de Marie.

La différence essentielle entre la maternité seulement humaine et la maternité divine se trouve dans le fait que simplement le Fils de Marie est une personne divine, tandis que le fils de toute autre femme est une personne humaine.

La maternité divine nous amène au cœur du mystère chrétien : l’insondable vérité que Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme, en qui la nature humaine reçue de sa Mère humaine et la nature divine, reçue de son Père Eternel s’unissent dans l’unique personne du Fils de Dieu.

Jésus est un vrai homme, Marie est donc une véritable mère. L’Enfant Jésus, né de la Vierge Marie est une personne divine et Dieu même, Marie peut être appelée avec toute certitude, la Mère de Dieu.

Le temps passe…

Avec cette célébration de Marie, nous commençons cette nouvelle année de l’histoire de l’homme. Alors, tout homme croyant au début de l’année, est invité à réfléchir sur l’année qui s’est écoulée et aussi sur l’année qui vient de démarrer.

Nous nous retrouvons souvent en face du mystère du temps. Du temps qui nous est divisé en années, de ce temps qui passe plus vite que ce que nous voudrions. Il est un temps grâce et miséricorde de Dieu, parce que le temps nous est donné comme le plus grand des dons dans ce monde et selon l’usage, il nous servira pour l’éternité.

C’est pour nous un temps de miséricorde, pour cela nous devons travailler à notre salut avec crainte et tremblement ( Philip. 2,12).

Lorsqu’on est petit, on pense que le temps est long et lorsqu’on vieillit, on pense par contre, que le temps est plus court, c’est la conception psychologique du temps.

Mais qu’il soit court ou long, il doit finir, et si le temps est déjà passé nous devons l’accepter comme quelque chose qui n’existe plus.

Et cela c’est notre vie, une vie composée d’années qui passent et comme le démon est un falsificateur universel, c’est le singe de Dieu, il fait croire à l’homme que ce temps de la vie est éternel et que l’éternité après cette vie n’existe pas.

Mais nous savons comme chrétiens que par contre, ce temps passe et passe vite et que l’éternité existe.

De là, le besoin d’un bon examen de conscience, d’un examen de ce qui est passé.

Un examen de conscience pour connaître ce que nous devons amener à l’autre vie et ce que nous devons laisser dans cette vie.

Le but ultime de l’homme c’est Dieu, tout le reste est un moyen, tout le reste est relatif par rapport à mon salut éternel. Si une chose (une créature) nous approche de ce but, elle sera bonne, mais si elle m’éloigne de Dieu elle devient mauvaise dans ma vie.

Et nous avons tous besoin de corriger le chemin, parce que dans le cas contraire, plus on marche hors du chemin, plus on s’éloigne du bon chemin, plus on s’éloigne de Dieu.

Saint Augustin disait : « Marche par la pureté de la conduite et non par le mouvement des pieds. Il en est dont les pieds marchent très bien, mais dont la conduite va mal. Parfois, ils marchent bien, mais courent en dehors du chemin. Plus ils courent, plus ils s’écartent du chemin. Croyez-moi : mieux vaut avancer en boitant sur le bon chemin que marcher d’un pas ferme en dehors du chemin. »

C’est pour cela que nous devons réfléchir sur notre but ultime, sur notre marche vers lui et réfléchir aussi sur la façon dont nous utilisons cette créature qu’est le temps. Ce temps qui va finir, et nous ne savons pas quand, parce que le Seigneur vient comme un voleur, dit l’évangile.

On disait tout à l’heure qu’une créature est bonne dans la mesure dont elle m’aide à atteindre ce but, et elle est mauvaise tant qu’elle m’en éloigne. Les hommes temporels (ou plutôt du monde) qui croient que la vie de ce monde est éternelle, que cette vie ne passera pas, savent aussi faire leur examen, ils font un bilan comptable de combien ils ont perdu et ils combien ont gagné.

Le chrétien a l’obligation de faire aussi un bilan, un bilan différent. Cette année passée qui a été un instant au-dedans de cet instant qu’est la vie m’a été utile pour m’approcher de Dieu ou bien  m’en a t’elle éloigné ?

Il y a un autre mystère aussi dans cela, il est vrai, le temps passe, mais si nous l’utilisons bien, il a valeur d’éternité parce que ce monde sert pour gagner l’autre, celui que nous désirons. Mal utilisé, ce temps a aussi valeur d’éternité, mais d’une éternité malheureuse, pour toujours, une haine qui ne finira pas et c’est l’enfer.

Nous devons donc penser aujourd’hui, ce que nous devons continuer à posséder (à avoir), à porter dans cette vie, mais aussi méditer ce que nous devons laisser, abandonner.

Qui connaît le temps qu’il lui reste ? Personne ne peut le savoir.

Le temps qui nous reste n’existe pas encore, il n’est pas parce qu’il est futur (disait saint Augustin). Et le temps passé n’est pas non plus parce qu’il est déjà passé, il n’existe plus.

Et qu’est-ce que j’ai entre mes mains ? Cet instant qui est un devenir du futur au passé.

« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais que je veuille l’expliquer à la demande, je ne le sais pas » disait aussi saint Augustin dans ses confessions.

Ce que nous avons entre les mains c’est l’instant présent, le lendemain est incertain, le passé n’existe plus.

Pour cela, la prudence qui est une vertu surnaturelle lorsqu’un chrétien vit en grâce, cette prudence qui tient en compte ces trois temps de tout homme, mémoire du passé, vision du présent, prévision pour le futur, c’est elle qui nous pousse à faire un bon examen de conscience, pour ne pas gaspiller notre instant présent parce que le lendemain est incertain pour chacun de nous.

Le Seigneur nous a déjà averti, Il viendra comme un larron, même lorsque beaucoup disent qu’Il ne viendra plus. Ce premier jour de l’année est un temps d’examen et temps de résolutions, les résolutions pour le temps qui nous reste.

Nous disons parfois, « j’ai 39 ans », lorsqu’en vérité nous devons dire, « j’ai eu 39 ans de vie », ils sont déjà passés ; ce que nous avons de vie est ce qui nous reste encore et pour cela nous devons considérer très attentivement le sort de notre âme, de son salut éternel, parce qu’à la fin de journée de la vie, celui qui se sauve sait, mais celui qui ne se sauve pas, il ne sait rien.

Il est entre nos mains le fait de convertir ce temps dans une éternité bienheureuse ou dans une éternité de souffrance.

Nous demandons à la très Sainte Vierge Marie, la Mère de Dieu, de vivre ce temps tout en nous préparant pour la vie éternelle.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné