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‘Oui, Seigneur !’ et il n’y alla pas…

Homélie du Dimanche XXVI, année A (Mt 21, 28-32)

Nous méditons ce dimanche la parabole des deux fils. Si nous situons ce moment dans la vie du Seigneur, cette parabole a été proclamée le Lundi Saint, le lendemain de l’entrée triomphante de Jésus en Jérusalem, ce que nous commémorons le Dimanche des Rameaux; peu de jours manquaient donc pour sa Passion. Cela indique que la controverse de Jésus et des pharisiens était arrivée à son point le plus haut et s’était déjà transformée en haine envers Jésus puis traduite en condamnation, l’injuste condamnation d’un innocent.

Le sens fondamental de la parabole d’aujourd’hui c’est de convaincre les pharisiens de leur malice. La malice de ne pas croire en Jésus. Le centre de la parabole se trouve dans la question :  « Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Car la volonté du Père est que tous les hommes croient en Jésus : « telle est la volonté de mon Père : que celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jn. 6,40).

En définitive, le chrétien a besoin des œuvres et non seulement de paroles pour être un bon chrétien : « Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. » (Mt 7,21)

Observons que Jésus ne parle pas dans cette histoire d’un roi ou d’un chef, il prend l’image d’un père avec ses fils, car il veut montrer le mal dans la désobéissance et surtout dans l’hypocrisie. C’est le père qu’on veut tromper, même dans la réponse que le deuxième fils adresse à son père : « Oui, seigneur » comme en voulant se moquer de lui car ce fils n’ira pas finalement . Il faut aussi dire que chez les deux fils de la parabole, il y a une rébellion. Le premier en écoutant le mandat du père. Le second au moment de l’exécution de l’ordre. Le premier fils est le pénitent, le second l’hypocrite. Le premier rejette la parole pour être immergé dans ce qui lui est banal, mais une fois qu’il se repent de sa mauvaise vie, il l’accomplit. Le second est apparemment religieux, manifeste sa « fidélité », mais il ne l’a pas.

Il y a encore un troisième fils, dont la parabole ne parle pas directement, le fils exemplaire qui motive la parabole, celui qui a dit oui au Père et a accompli sa volonté. Mais il n’a existé qu’un seul de ces fils et c’est Jésus, notre modèle à imiter : « Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » nous a dit saint Paul dans la deuxième lecture.

Encore un point à remarquer : le Seigneur déclare que les publicains et les prostituées précèderont les autres dans le royaume de Dieu, mais pas évidement en tant que tels, mais grâce à leur foi, car ils ont cru à l’enseignement de saint Jean Baptiste qui prêchait précisément la conversion, le fait de renoncer au péché et de recommencer une vie nouvelle.

Revenant au centre de la même parabole, le Seigneur démontre que le deuxième des fils n’a pas tenu sa parole, qu’au contraire il a menti, car finalement il n’a pas accompli la promesse.

Le Christ dénonce le grand péché d’hypocrisie de son temps, par rapport aux pharisiens ce péché commençait dans la religion et c’était le plus grave de tous mais il se prolongeait évidement pour toute la vie: Ils vivaient dans un grand mensonge.

Attention ! Que ce ne soit pas notre grand péché aussi, le fait de vivre dans le mensonge et de mépriser la vérité ou de ne pas la chercher.

Comme nous l’enseigne le Catéchisme de l’Eglise Catholique (2475-2487): Les disciples du Christ ont  » revêtu l’homme nouveau créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité  » (Ep 4, 24).  » Débarrassés du mensonge  » (Ep 4, 25), ils ont à  » rejeter toute méchanceté et toute ruse, toute forme d’hypocrisie, d’envie et de médisance  » (1 P 2, 1).

Un péché contre la vérité est donc beaucoup plus que de dire un mensonge, il y a malheureusement plusieurs péchés qui vont contre la vérité elle-même :

Quand il est émis publiquement, un propos contraire à la vérité revêt une particulière gravité. Devant un tribunal, il devient un faux témoignage (cf. Pr 19, 9). Quand il est tenu sous serment, il s’agit d’un parjure. Ces manières d’agir contribuent, soit à condamner un innocent, soit à disculper un coupable ou à augmenter la sanction encourue par l’accusé (cf. Pr 18, 5). Elles compromettent gravement l’exercice de la justice et l’équité de la sentence prononcée par les juges.

Le respect de la réputation des personnes interdit toute attitude et toute parole susceptibles de leur causer un injuste dommage. Se rend donc coupable :

– de jugement téméraire celui qui, même tacitement admet comme vrai, sans fondement suffisant, un défaut moral chez le prochain.

– de médisance celui qui, sans raison objectivement valable, dévoile à des personnes qui l’ignorent les défauts et les fautes d’autrui (cf. Si 21, 28).

– de calomnie celui qui, par des propos contraires à la vérité, nuit à la réputation des autres et donne occasion à de faux jugements à leur égard.

Pour éviter le jugement téméraire, chacun de nous veillera à interpréter autant que possible dans un sens favorable les pensées, paroles et actions de son prochain.

Médisance et calomnie détruisent la réputation et l’honneur du prochain. Or, l’honneur est le témoignage social rendu à la dignité humaine, et chacun jouit d’un droit naturel à l’honneur de son nom, à sa réputation et au respect. Ainsi, la médisance et la calomnie blessent-elles les vertus de justice et de charité.

Est à proscrire toute parole ou attitude qui, par flatterie, adulation ou complaisance, encourage et confirme autrui dans la malice de ses actes et la perversité de sa conduite. L’adulation est une faute grave si elle se fait complice de vices ou de péchés graves. Le désir de rendre service ou l’amitié, ne justifient pas une duplicité du langage.

La jactance ou vantardise constitue une faute contre la vérité. Il en est de même de l’ironie qui vise à déprécier quelqu’un en caricaturant, de manière malveillante, tel ou tel aspect de son comportement.

 » Le mensonge consiste à dire le faux avec l’intention de tromper  » (S. Augustin, mend. 4, 5 : PL 40, 491). Le Seigneur dénonce dans le mensonge une œuvre diabolique :  » Vous avez pour père le diable … il n’y a pas de vérité en lui : quand il dit ses mensonges, il les tire de son propre fonds, parce qu’il est menteur et père du mensonge  » (Jn 8, 44).

Le mensonge est l’offense la plus directe à la vérité. La gravité du mensonge se mesure selon la nature de la vérité qu’il déforme, selon les circonstances, les intentions de celui qui le commet, les préjudices subis par ceux qui en sont victimes. Si le mensonge, en soi, ne constitue qu’un péché véniel, il devient mortel quand il lèse gravement les vertus de justice et de charité.

Le mensonge est condamnable dans sa nature car il est une profanation de la parole qui a pour tâche de communiquer à d’autres la vérité connue. La culpabilité est plus grande quand l’intention de tromper risque d’avoir des suites funestes pour ceux qui sont détournés du vrai.

Il faut encore dire que toute faute commise à l’égard de la justice et de la vérité appelle le devoir de réparation. Ce devoir de réparation concerne aussi bien les fautes commises à l’égard de la réputation d’autrui. Cette réparation, morale et parfois matérielle, doit s’apprécier à la mesure du dommage qui a été causé. Elle oblige en conscience.

Nous devons dire que notre temps est malheureusement celui des grands mensonges, comme le constate un auteur contemporain. Des mensonges institutionnalisés, massivement révélés. Le temps des mensonges sur Dieu, sur le monde et sur l’homme. C’est le temps du «pouvoir» du mensonge. De la séduction du mensonge. Du «mensonge» et de la «capacité à mentir» compris comme synonymes de politique, de journalisme, de gestion de masse, de commerce ou de diplomatie (même ecclésiastique), correspondant très exactement à la description que Jérémie (9,1-5) a faite de son temps:

« Qui me donnera un gîte au désert ? Je veux abandonner mon peuple et m’en aller loin d’eux, car ils sont tous adultères, une bande de traîtres.

Avec le mensonge, ils arment leur langue comme un arc ; par la déloyauté, ils sont devenus forts dans le pays, car ils vont de méfait en méfait ; mais moi, ils ne me connaissent pas – oracle du Seigneur.

Gardez-vous chacun de votre compagnon, défiez-vous de tout frère, car tout frère ne pense qu’à supplanter, et tout compagnon sème la calomnie.

Ils se jouent chacun de son compagnon, ils ne disent pas la vérité ; ils exercent leur langue à mentir et à pécher, ils n’ont plus la force de revenir ; violence sur violence, tromperie sur tromperie, ils refusent de me connaître ».

Ne pas chercher la vérité dans notre vie et ne pas chercher vivre la vérité dans tous nos actes, nous assimile au fils de la parabole qui voulait tromper le père. Nous avons déjà vécu comme ce premier fils, rebelle mais qui revenait, imitons désormais le troisième fils, celui qui a promis d’accomplir la volonté du Père et l’a accomplie en toute vérité.

Que la Sainte Vierge nous aide à imiter son Fils.

P. Luis Martinez IVE

Conformer notre conduite à notre foi

Homélie pour le Dimanche XIX C. Évangile de Luc 12, 32-48

Si le dimanche dernier nous avons médité sur l’attachement aux choses de ce monde tout en oubliant Dieu ; ce dimanche, l’appel à vivre dans la constante vigilance est encore plus évident.

Le Seigneur commence le passage évangélique tout en nous adressant un mot de consolation : « Sois sans crainte, mon petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » ; n’ayons pas peur, la vie éternelle n’est pas impossible pour ceux qui veulent faire de Dieu l’unique trésor de leur vie.

En regardant la deuxième lecture et l’évangile, on peut dire que le thème principal de ce dimanche c’est l’absence visible de Dieu et cela constitue un défi pour nous. L’absence visible de Dieu fait que notre union avec Lui devienne parfois faible, car on a la tentation de penser qu’Il est absent dans nos vies. C’est un grand défi pour nous de sauter cet obstacle en ayant une pleine conviction de que Dieu est avec nous a et que par la foi et l’espérance sa présence dévient intense et proche. Mais la foi et l’espérance sont des vertus théologales, il est impossible de les produire en nous, elles viennent dans nos âmes comme un cadeau de Dieu. Nous devons les implorer, les demander dans nos prières et les protéger et les nourrir afin qu’elles ne faiblissent pas.

Nous croyons que le Christ reviendra un jour : « Il est monté aux cieux d’où Il viendra juger les vivants et les morts », cette vérité fait donc partie de notre foi. Si nous croyons dans sa deuxième venue, nous devons aussi l’espérer. L’espérance, dit Saint Thomas, fait référence aux choses qui ne sont pas à la portée de la main, qui ne se sont pas encore accomplies.

Il est évident que par les trois petites paraboles de l’évangile de ce dimanche, le Seigneur nous commende de vivre la foi et l’espérance comme une constante vigilance. La première parabole est une exhortation, nous devons être comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Il faut l’attendre pourtant avec la ceinture autour des reins, c’est-à-dire, être prêts pour entreprendre un voyage, comme les membres du peuple juif lorsqu’ils devaient quitter l’Egypte pendant la nuit, cela signifie pour nous la disposition d’abandonner ce monde qui n’est pas notre patrie. Il faut garder en plus les lampes allumées, comme quelqu’un qui doit rester en veille pendant la nuit et ne pas s’endormir dans les ténèbres de ce monde.

Dans la deuxième parabole, il s’agit du maître de maison qui veille afin que le voleur ne le surprenne pas : « Voici que je viens comme un voleur, dit le Seigneur dans l’Apocalypse. Heureux celui qui veille et garde sur lui ses vêtements (l’habit de la grâce sanctifiante) pour ne pas aller nu en laissant voir sa honte ».

La troisième parabole est adressée à ceux qui seront les guides de son Eglise, représentés dans la personne de saint Pierre qui a posé la question. « Heureux le serviteur, cet intendant fidèle et sensé, que le maître en arrivant trouvera en train d’accomplir ce qu’il lui avait demandé de faire pour son Eglise ». Et avec cette troisième parabole le Seigneur nous montre que nous devons tous être prêts et travailler pour qu’à son arrivée le Seigneur nous trouve en train de faire sa Sainte Volonté.

Il est tout à fait vrai que comme dit l’évangile « le maître viendra, le jour où son serviteur (chacun de nous) ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas… ». Mais nous devons être convaincus d’une chose, le retour du Seigneur est certain, parce qu’Il l’a annoncé et Dieu ne ment pas. Ou bien peut être, c’est nous qui allons rencontrer les premiers, le Seigneur le jour de notre mort.

L’exhortation « tenez-vous prêts » ce n’est pas une invitation à vivre avec l’angoisse de penser comment nous allons nous retrouver à l’heure de notre rencontre. Comme le cas du propriétaire d’un commerce par exemple, qui ne devrait pas craindre l’arrivée d’un inspecteur s’il garde toutes les affaires en règle, en accord avec les lois.

Dans le plan spirituel c’est pareil, être prêts et veiller signifie vivre de manière à ne pas nous soucier du jour de la mort ni du jugement. Dans la vie de saint Louis de Gonzague on raconte qu’un jour quelqu’un lui a posé subitement cette question au moment où il jouait à la recréation : « Si vous deviez mourir dans une heure que feriez-vous ? » Le jeune garçon répondit tout simplement : « Je continuerais à jouer ». La « recette » pour jouir de la même sérénité c’est de vivre en grâce, vivre en amitié avec Dieu, sans avoir dans la conscience le reproche d’un péché.

Saint Thomas d’Aquin nous donne quatre remèdes contre la crainte du jugement.

  • Le premier, dit-il, consiste dans les bonnes œuvres. Dans le livre de l’Apocalypse est écrit : Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur. Oui, qu’ils se reposent de leurs peines, car leurs actes (leurs œuvres) les suivent ! ».
  • Le second remède contre la crainte du jugement, c’est la confession et la pénitence des péchés que l’on a commis.
  • Le troisième remède est l’aumône qui purifie tout. Le Seigneur a dit à ses disciples (Luc 16, 9): Avec l’argent malhonnête, faites-vous des amis, pour que, le jour où il viendra à manquer, ceux-ci vous reçoivent dans les demeures éternelles.
  • Le quatrième remède contre la crainte du jugement c’est la charité, c’est-à-dire l’amour de Dieu et du prochain : la charité, en effet, fait disparaître la multitude des péchés (1Pierre 4, 8 et Prov. 10, 12).

Le pape Saint Grégoire le grand commentait l’évangile de ce dimanche en disant « Celui qui veille est celui qui tient les yeux de son âme ouverts pour contempler la lumière véritable, qui conforme sa conduite à sa foi, et repousse loin de lui les ténèbres de la tiédeur et de la négligence. »

Si nous ne sommes pas ignorants de cette lumière de vérité, connaissant la loi de l’évangile, nous devons donc être cohérents avec notre foi, « conformer notre conduite à notre foi ». Un prêtre, n’est pas seulement « prêtre » lorsqu’il célèbre la messe, ou quand il est à l’Eglise ; il est prêtre les vingt-quatre heures du jour ; et c’est la même chose pour chacun des chrétiens, nous devons tous être cohérents avec la foi que nous professons.

Le petit commentaire dit encore que le veilleur « repousse loin de lui les ténèbres de la tiédeur et de la négligence ». Voilà deux grands dangers de la vie de tout chrétien, la tiédeur et la négligence.

La tiédeur c’est comme un manque de force dans la vie spirituelle, causée par nous-mêmes, c’est ne pas vouloir grandir dans la foi, ne pas vouloir être un chrétien plus fervent ; vivre à la limite, me préoccuper pour accomplir le minimum. Les tièdes vivent une bonne partie de leur vie comme des païens, ce sont ceux qui vont peut-être à la messe et font quelques pratiques de piété mais sans trop s’exiger des 10 commandements.

Un bon chrétien, une bonne chrétienne c’est ce serviteur et cette servante que le Maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller, d’accomplir sa sainte Volonté.

Sainte Joséphine Bakhita est une sainte d’origine soudanaise, attrapée par des trafiquants d’esclaves de sa même origine, elle a été vendue et revendue plusieurs fois sur les marchés de El Obeid et de Khartoum, elle connut les humiliations, les souffrances physiques et morales de l’esclavage. A la fin, elle est rachetée par un commerçant italien qui l’amène en Europe comme servante.  

Cette petite sainte africaine a trouvé Dieu et le Christ en Italie, une fois en totale liberté elle a consacré sa vie à Dieu. Le reste de l’histoire vient racontée par le pape Benoît.

 Elle était sœur dans un couvent italien; un jour, l’évêque du lieu rend visite à ce monastère, et il voit cette petite sœur noire, dont il semble ne rien savoir, et dit: « Ma sœur, que faites-vous ici? ». Et Joséphine Bakhita répond: « La même chose que vous, Excellence ». L’évêque, visiblement irrité, dit: « Comment cela, ma sœur, vous faites la même chose que moi? ». « Oui – répond la sœur – nous voulons tous deux faire la volonté de Dieu, n’est-ce pas? ».

Voilà quel est le point essentiel : connaître, avec l’aide de l’Eglise, de la Parole de Dieu et de nos bons amis, quelle est la volonté de Dieu, tant dans ses grandes lignes, communes pour tous, que dans l’aspect concret de ma vie personnelle. Ainsi, la vie devient sans doute un peu moins facile mais belle et joyeuse. Prions le Seigneur afin qu’il nous aide toujours à trouver sa volonté, et à la suivre avec joie. Prions la sainte Vierge Marie de veiller pour protéger la lampe de notre foi et attendre avec confiance l’arrivée de notre Seigneur.

P. Luis Martinez IVE.