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“Zachée, descends vite”

Homélie pour le dimanche XXXI, année C (Lc. 19,1-10)

Comme elle est belle la page de l’évangile que nous venons d’écouter! Il s’agit d’une scène très vivante qui aide beaucoup notre imagination.

Ce moment de la vie de Notre Seigneur se situe peu de jours avant sa mort, car Jéricho est à peine à une journée de Jérusalem en marchant à pied comme c’était à l’époque.

La semaine dernière nous avons médité sur la parabole du publicain et du pharisien. Aujourd’hui cette parabole cesse d’être une fiction et prend vie dans la personne d’un vrai publicain Zachée, auquel le mot chef ajoute encore beaucoup plus de responsabilité dans ses actions, le chef des collecteurs d’impôts était en effet quelqu’un de riche, la décision qu’il prendra ensuite de restituer ses biens nous montre que Zachée s’est enrichi de façon illicite, il était un grand pécheur, une personne malhonnête, haï par beaucoup et méprisé par son peuple. Pourtant ce grand pécheur va reconnaître et se repentir de ses fautes, demandant humblement pardon au Seigneur et voulant faire restitution de tout ce qu’il avait pris aux autres à travers son travail frauduleux. En contrepartie de cette conversion nous voyons la foule dans la même posture que le pharisien de la parabole, critiquant le Seigneur parce qu’il voulait entrer chez un pécheur : Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. »

Ce sera pourtant celui qui recevra la grâce de loger Jésus et plus important encore de recevoir le salut, la grâce de la conversion et de la foi.

Nous allons faire notre commentaire en revenant souvent à l’évangile en sa langue d’origine, c’est-à-dire en examinant les mots qu’employait saint Luc, lorsqu’il a écrit l’évangile en utilisant la langue grecque.

« Zachée cherchait à voir qui était Jésus », on peut traduire cette phrase d’une façon qui décrit aussi le cœur de ce publicain : « il cherchait à voir qui il était et comment il était » c’est l’identité du Christ en la totalité, non seulement son aspect physique comme celui qui cherche par simple curiosité, Zachée voulait rencontrer Jésus pour bien le connaître. Le verbe « chercher » indique un désir avec ardeur, c’est le même verbe utilisé par Luc lorsqu’il parle de l’angoisse avec laquelle Marie et Joseph cherchent l’Enfant Jésus, lorsqu’il est resté au temple, ils le cherchent en angoisse pendant trois jours. Luc l’utilise aussi au moment où il parle de l’insistance de la prière : « demandez et vous obtiendrez, chercher avec insistance et vous trouverez »

Cette recherche est décrite aussi d’après l’attitude de ce personnage, « il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là ». Ces actions ne sont pas celles d’un adulte, moins encore d’un homme riche ; c’est l’attitude d’un enfant ou d’un jeune. Mais Zachée ne fait pas attention à cet abaissement de sa dignité (combien de fois sommes-nous plus intéressés de ce que les autres peuvent voir en nous et dire de nous que de faire les choses par amour de Dieu et pour sa gloire !).

Saint Luc répète encore l’action « il fait tout cela pour voir ».  Mais il veut observer Jésus, le contempler, le regarder avec attention en essayant de voir le fond de la personne ; nous pouvons traduire ce verbe comme : « il voulait comprendre Jésus, le connaître profondément avec son intelligence mais aussi avec son cœur ».

Arrivé à cet endroit, où était Zachée, « Jésus leva les yeux et lui dit : ‘Zachée, descends vite’ » Lorsque le publicain avait montré l’envie de le voir et le connaître, Jésus lui montre maintenant qu’il a lui aussi le désir de le rencontrer, de le voir et de demeurer chez lui. 

Un jour, dans une vision, Notre Seigneur avait dit à une bienheureuse, Dina Bélanger : « Je veux mendier l’amour, comme les pauvres mendient un morceau de pain. Je suis le mendient des cœurs ». Il cherchait Zachée, avant même que celui-ci le cherche à Jéricho.

En effet Jésus l’appelle par son nom, car le Seigneur le connaissait déjà, chose que Jésus laisse maintenant en évidence.

« Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. »

Il faut comprendre que « demeurer dans ta maison » ne signifie pas l’édifice matériel, mais plutôt la famille de Zachée dont il est le chef. Et pour cela, le Seigneur dira après : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison ».

Le verbe « demeurer » ne se réfère pas tellement à l’endroit physique mais plutôt à l’âme de la personne : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. » (Jn 14,23). Jésus veut habiter le cœur de Zachée et son amour est pressé de le faire : « aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison ».

A cette demande du Seigneur, le petit publicain répond avec promptitude et joie :  « Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. »

La rencontre avec Jésus est tellement profonde, Zachée a tellement découvert Jésus que sans que le Seigneur lui rappelle ses péchés, il se convertit totalement, il ne veut pas seulement remédier au mal qu’il a fait, mais ce riche publicain veut extirper de son cœur l’envie de richesses en donnant la moitié de ses biens aux pauvres. Comme dit saint Bède : « Voici que le chameau a déposé la lourde protubérance qu’il portait sur son dos, et il passe par le trou d’une aiguille, c’est-à-dire, un riche, un publicain, sacrifie l’amour des richesses, renonce à tous ses profits frauduleux, et reçoit la bénédiction que lui apporte la visite du Sauveur ».

Et si le pécheur cherche Jésus pour le voir et le connaître, il sait désormais que Jésus, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Lorsque Jésus utilise ce verbe : « perdu », cela indique une perte totale, dans les évangiles cela signifie la condamnation éternelle : Zachée allait vers l’enfer et Jésus l’a sauvé. 

Laissons le grand saint Augustin faire le commentaire spirituel de cet évangile :  « Reconnais donc le Christ ; il est plein de grâce et il veut répandre en toi ce qui déborde en lui. Il te dit : Recherche mes dons, oublie tes mérites ; jamais, si je faisais attention à tes mérites, tu n’obtiendrais mes faveurs. Ne t’élève pas ; sois petit, petit comme Zachée.

Tu vas me dire : Si je suis petit comme Zachée, la foule m’empêchera de voir Jésus. Ne t’afflige point : monte sur l’arbre où Jésus a été fixé pour toi (la croix), et tu verras Jésus. 

Arrête maintenant les yeux sur mon modèle Zachée ; considère, je t’en prie, avec quelle ardeur il voudrait voir Jésus du milieu de la foule, et ne le peut. C’est qu’il était petit, et cette foule orgueilleuse ; aussi cette foule, ce qui du reste arrive d’ordinaire, s’embarrassait elle-même et ne pouvait bien voir le Sauveur. Zachée, donc sort de ses rangs, et ne rencontrant plus cet obstacle, il contemple Jésus.

N’est-ce pas la foule qui dit, avec ironie, aux humbles, à ceux qui marchent dans la voie de l’humilité, qui abandonnent en Dieu le poids des outrages qu’ils reçoivent et qui ne veulent pas se venger de leurs ennemis : Pauvre homme désarmé, tu ne saurais même te défendre?

Ainsi empêche-t-elle de voir Jésus ; si heureuse et si fière d’avoir pu se venger, cette foule ne permet pas de voir Celui qui disait sur la croix : ” Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font “.

Alors, c’est la grâce qui se répand en Zachée, c’est la foi qui agit par amour ; le Christ entre dans sa demeure, mais Il habitait déjà son cœur. Et le salut est arrivé pour cette maison.

Que la Sainte Vierge nous donne la grâce d’avoir cette profonde connaissance son Fils et de l’aimer pour toujours. 

P. Luis Martinez IVE.

Pourtant, ils murmuraient…

Lire lévangile du dimanche XXXI ( Lc 19, 1-10)

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Le passage de l’évangile de ce dimanche nous décrit la rencontre de Zachée avec Notre Seigneur à Jéricho, une ville de frontière comme elle l’est encore aujourd’hui ; au temps de Jésus elle séparait la province de Judée avec la province de l’Arabie (la Jordanie de nos jours). Cela donnait à Jéricho la particularité d’être une ville « douane », où les romains avaient évidement mis des postes pour percevoir leurs impôts. Comme nous l’avons déjà dit la semaine dernière, un publicain était considéré « pécheur » par les juifs, non seulement pour travailler avec l’argent et avec cela commettre des injustices (ce qui n’était pas quelque chose de trop scandaleux pour les juifs), mais surtout parce qu’ils le considéraient comme un traitre, un publicain était un traitre de la nation juive, car ils prenaient leurs biens pour en donner aux Romains, les envahisseurs.

Et voilà que nous trouvons notre personnage Zachée, publicain de Jéricho, son nom  est une abréviation de Zacharie (« Dieu s’est rappelé », « Il s’est souvenu »), et vraiment Dieu s’est souvenu de lui, on peut dire un cas très difficile, un pécheur publique qui est en plus le chef d’autres pécheurs,  riche aussi, on peut le dire : il s’agit un double défi et pour le Seigneur de le sauver et pour lui d’être sauvé.

zachee_institut_du_verbe_incarneEt voici encore un autre obstacle, parfois infranchissable, Zachée était de petite taille. Mais le désir de voir le Seigneur, de qui il avait beaucoup entendu parler, fait que Zachée grimpe au  sycomore, cet arbre aux grandes racines qui sortent du sol et dont les branches se déploient de façon horizontale. Zachée monte donc sur cet arbre et part vers le haut.

Alors, ce riche qui avait le travail d’humilier les gens de sa race leur rappelant la domination étrangère, fait un grand acte d’humilité (grâce bien sûr à une motion de l’Esprit Saint, une grâce actuelle) sans se soucier de ce que les gens pouvaient rire de lui.

Il veut voir Jésus et Jésus donne à Zachée encore la grâce venir chez lui ; on dirait que d’abord le Seigneur entre dans son cœur, pour venir après dans sa maison.

La grâce de la conversion va au-delà de toute justice, il ouvre son cœur à la générosité. Aujourd’hui c’est comme Noël pour Zachée, Dieu est né dans son cœur, comme dit le Seigneur : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison »           

Pourtant, ils murmuraient…

On pourrait méditer et avec beaucoup de fruit cette belle conversion. Mais l’évangéliste fait noter qu’au milieu de toute cette joie, il y a quelque chose d’amer ; en vérité, tous n’étaient pas joyeux avec Zachée, saint Luc souligne encore : Voyant cela, tous récriminaient (murmuraient, peut-être par jalousie) : « Il est allé loger chez un pécheur. »

murmuratio_institut_du_verbe_incarnePar fois dans notre vie, nous ne sommes pas du coté de Zachée, pour nous réjouir avec les autres, tout au contraire, le manque d’amour, nous fait penser et parler mal des autres, ce que nous appelons le fait de « murmurer ».

Saint Thomas d’Aquin explique que le fait de murmurer des autres implique l’action d’amoindrir la gloire d’autrui, soit qu’on le fasse secrètement et c’est alors le « chuchotement malveillant » ; soit qu’on le fasse ouvertement, et c’est la « diffamation », ces deux actions sont des filles de la jalousie.

Alors il faut encore préciser : si nous voulons affaiblir la gloire de quelqu’un en publiant un défaut ou bien un péché qu’il a vraiment commis, il s’agit donc de la diffamation ; si par contre ce que nous disons de lui est faux, donc pas vrai (ce que nous disons c’est une invention pour lui faire du mal), là nous sommes devant une « calomnie ». Dans le domaine de la théologie on retrouve aussi d’autres distinctions, mais nous donnons ici celles qui sont les plus importantes.

murmuration_institut_du_verbe_incarneDans Le livre de l’Ecclésiastique, il y a un dicton qui dit : “ Le serpent mord sans faire de bruit et celui qui diffame en secret ne fait pas autre chose. ” Nous pouvons aussi ajouter que diffamer c’est le fait de déchirer en secret la réputation de quelqu’un.

Alors, si nous relisons tout l’évangile, il revient à chaque fois que « les juifs murmuraient » de ce que le Seigneur faisait, à leurs yeux les actions accomplies par Lui étaient contre la loi (plutôt contre l’interprétation qu’ils faisaient de la loi), comme c’est le cas aujourd’hui. On peut penser combien d’âmes auraient été éloignés du Seigneur à cause de gens qui parlaient contre lui.

La plaie qui détruit les groupes

murmuration_institut_du_verbe_incarneMais, comme nous le savons, ce défaut n’appartenait pas seulement aux gens du temps de Jésus, sinon qu’on le trouve au long de l’histoire et répandu partout.  Le « chuchotement malveillant, la diffamation et la calomnie » sont comme la plaie des groupes ; c’est-à-dire ils attaquent les familles, les groupes de travail, les amitiés, et même les gens d’Eglise. Et pour cela, il faut beaucoup s’examiner.

Saint Basile comparait les calomnies à une flèche qui blessait trois personnes en même temps, d’abord celui qui est calomnié, celui qui écoute la calomnie et celui qui la profère.

L’Apôtre Saint Jaques qui trouvait déjà ce problème chez les premiers chrétiens, écrit dans sa lettre : « notre langue, qui est une si petite partie de notre corps : elle peut se vanter de faire de grandes choses. Voyez encore : une toute petite flamme peut mettre le feu à une grande forêt. 
murmuration_institut_du_verbe_incarneLa langue aussi est un feu, elle est « le monde de la méchanceté » ; cette langue est une partie de nous-mêmes, et c’est elle qui contamine le corps tout entier, elle met le feu à toute notre existence, un feu qu’elle tient de l’enfer. (3, 5-6)

Il faut se rappeler souvent de ce que le Seigneur a dit dans l’évangile : toute parole creuse que prononceront les hommes, ils devront en rendre compte au jour du Jugement.  D’après tes paroles, en effet, tu seras reconnu juste ; d’après tes paroles tu seras condamné. (Mt. 12, 36-37)

Alors, quelqu’un peut se plaindre et dire : « Mais, mon père, si ce que je dis de tel ou tel est toujours vrai !». Et c’est Saint Jean Chrysostome répond : « Que personne ne me dise qu’il ne murmure que ce qui est vrai ; parce que, même si cette mauvaise action qu’il découvre du prochain existe, c’est toujours un péché que de le communiquer aux autres. »

Faisons un examen de conscience, et si nous avons commis ce péché, la justice de Dieu nous demande de faire restitution de l’honneur que nous avons blessé chez quelqu’un. Examinons nous pour l’avenir, que ce défaut ne nous rende pas triste, au contraire, demandons la grâce de travailler pour l’enlever de notre vie spirituelle.

Nous allons finir avec cette recommandation de saint Anselme à ses fidèles :

« Ne déchirez pas la réputation du prochain, ne tachez pas votre bouche divulguant les péchés des autres. Ayez de la compassion pour le mal que le pécheur s’est fait lui-même, à la place de publier sa honte. Craignez qu’il ne nous arrive ce que si légèrement vous dites des autres. murmuration_institut_du_verbe_incarneLa calomnie est encore un plus grand péché que ce qu’on pense, elle entraine à la condamnation la plus horrible.

Il n’y a pas de chose plus indigne et honteuse que ce vice. Ce des chiens que de mordre et arracher avec rage et de tacher leur langue avec l’ordure la plus ignoble ».

Que la vierge Marie nous donne la grâce à nous tous, de marcher par la voie droite de l’Evangile.

P. Luis Martinez. V. E.

Monastère « Bx . Charles de Foucauld »