La vocation est un mystère d’amour

Dimanche IV Pâques – Dimanche du Bon Pasteur

Nous sommes dans le quatrième dimanche de Pâques, dimanche du Bon Pasteur. C’est aussi le dimanche où l’Eglise prie pour les vocations, les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée.

Le pape François a dit au début de son pontificat (21-04-2013) : « Derrière et avant toute vocation au sacerdoce ou à la vie consacrée, il y a toujours la prière forte et intense de quelqu’un : d’une grand-mère, d’un grand-père, d’une mère, d’un père, d’une communauté… Voilà pourquoi Jésus a dit : « Priez le maître de la moisson — c’est-à-dire Dieu le Père — d’envoyer des ouvriers à sa moisson ! » (Mt 9, 38). Les vocations naissent dans la prière et de la prière ; et elles ne peuvent persévérer et porter du fruit que dans la prière. ».

Nous prions chaque dimanche pour les vocations, et nous devons savoir quelle est vraiment la nature d’une vocation.

Une vocation est un appel décisif que le Christ adresse à certaines âmes par l’intermédiaire de son Eglise à tout laisser pour Le suivre.  Aux apôtres le Seigneur dit dans les évangiles : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis » (Jn. 15,16) ; alors, les méthodes de Dieu n’ont pas changé et comme Il le faisait autrefois Notre Seigneur Jésus-Christ appelle tous ceux qu’Il veut.

Si Dieu appelle un homme au sacerdoce, c’est pour qu’il imite notre Seigneur dans sa vie, essentiellement pour être serviteur de son peuple à travers les sacrements, la prédication de la Parole de Dieu, guidant aussi les âmes vers Dieu. A l’imitation de notre Seigneur qui dans son ministère guérissait les corps et les âmes, annonçait l’évangile et guidait les disciples vers la véritable vie.

Si Dieu appelle un homme ou une femme, à lui consacrer la vie comme religieux ou religieuse, c’est pour qu’elle imite aussi notre Seigneur, à travers l’holocauste de sa vie, une vie totalement donnée à Dieu, à travers la prière et le sacrifice, une vie destinée à annoncer avec ses paroles ou avec ses actes que le Ciel doit être le terme de notre vie.

Ces deux vocations, le sacerdoce et la vie consacrée, impliquent un amour exclusif, unique, total envers Dieu et une intimité plus profonde avec Lui. Et pour cela un détachement des choses de ce monde est toujours exigé pour que la vocation soit vécue en plénitude ; en définitive, une personne consacrée continue à vivre dans ce monde mais sans appartenir à lui, à ses principes.  Comme disait un docteur de l’Eglise, saint Jean d’Avila, un religieux ou une religieuse « n’a rien d’autre chose à faire sur la terre sinon aimer le Roi du Ciel », cela est sa principale occupation et les autres occupations dépendent de celle-là et trouvent en elle leur véritable sens.

C’est pour cela que la vocation au sacerdoce et à la vie religieuse est un mystère d’amour entre Dieu et un homme ou une femme qui répondent en totale liberté et par amour. La vocation est un mystère d’amour et l’amour est libre. Si la personne ne répond pas avec générosité, l’appel de Dieu sera vain, il tombera dans le vide.

Beaucoup pensent que la vie religieuse est une vie malheureuse, sans amour. Alors, quelle grande erreur que de penser que Dieu puisse nous proposer quelque chose qui ne nous rende pas heureux !

Et ce désir de se consacrer à Dieu, peut-il venir de nous, peut-il être le résultat de notre imagination ?

Ecoutons ce que dit saint Jean Bosco : « Ceux qui sentent (aperçoivent) dans leur cœur le désir d’embrasser l’état de perfection et de sainteté, peuvent croire, sans aucun doute, qu’une telle pensée vient du Ciel, parce qu’elle est assez généreuse et est vraiment au-delà de tout sentiment de la nature (humaine) ». Et saint Thomas d’Aquin dit : parce que cet appel est un désir qui dépasse la nature (c’est-à-dire qu’il vient de Dieu), il doit donc être suivi au même instant (on ne peut pas hésiter). Aujourd’hui comme hier sont toujours valables les paroles de Jésus dans l’évangile : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes ; puis viens, suis-moi. » (Mt 19, 21) ; le Christ adressait ce conseil à tous les hommes, de n’importe quel moment de l’histoire et de n’importe quel lieu. Ainsi, tous, encore aujourd’hui, doivent recevoir ce conseil comme s’ils l’écoutaient de la bouche même du Seigneur.

Nous voyons cette disposition à l’écoute dans l’appel du prophète Isaïe (50,5): « Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé » ; nous devons aussi nous rappeler que ceux qui se laissent guider par l’Esprit de Dieu, sont des enfants de Dieu, et sont dirigés par la grâce (cf. Rm. 8, 14).

Il est intéressant de savoir ce que n’est pas une vocation, pour ne pas confondre.

La vocation n’est pas un « sentiment », en réalité la vocation n’est pas sensible. Elle est par contre une certitude intérieure, née de la grâce de Dieu qui touche l’âme et demande une réponse concrète. Si Dieu appelle, la certitude grandira toujours, dans la mesure où la réponse sera plus généreuse.

La vocation à la vie consacrée n’est pas un refuge, parce qu’on a peur de la vie. Elle n’est pas non plus une profession ou un métier (avocat, charpentier), c’est une histoire d’amour.

La vocation à la vie consacrée n’est pas une sûreté mathématique. Car il faut toujours accepter le risque de l’amour et de la foi, mais c’est un risque entre les mains de Dieu, qui est toujours fidèle. Abraham, notre père dans la foi, lorsque Dieu lui demande d’aller vers la Terre Sainte pour y faire sa patrie, sort de son pays d’origine, sans savoir où Il va, obéissant à la seule Parole de Dieu (Hébreux 11,8).

En effet, Dieu ne donne presque jamais de réponses « fulminantes » ; dans la plupart des cas, Il se cache un peu lorsqu’il appelle et c’est parce qu’Il veut laisser aussi la place à notre liberté. Dans le cas contraire, la vocation ne serait pas une histoire d’amour mais d’esclavage.

Toujours en parlant de la nature de l’appel de Dieu, nous devons spécifier quels sont les signes, à travers lesquels Dieu appelle quelqu’un à son service. On pourrait dire, quels sont les symptômes les plus fréquents d’une personne qui est appelée à consacrer sa vie à Dieu :

  • Vouloir faire quelque chose de grand dans la vie.
  • Etre conscient que Dieu attend d’elle quelque chose de plus.
  • Un amour spécial pour l’humanité, un désir de leur montrer le bon chemin pour rencontrer Dieu, la douleur à cause des péchés, un regard surnaturel porté vers les personnes et vers les différentes situations de la vie. 
  • La vie normale plaît beaucoup à celui qui est appelé, mais il sent qu’il y a quelque chose au fond qui lui manque…

Il faut dire encore que l’homme ou la femme qui sont appelés doivent être honnêtes envers Dieu et envers eux-mêmes ; il faut qu’ils donnent une réponse seulement à Dieu. Mais, certains ont peur de trop s’interroger sur leur vocation et préfèrent se cacher derrière différents prétextes.

Certains parlent aussi de « réunir des qualités nécessaires pour devenir prêtre ou religieux, religieuse ». Alors, nous répondons à cela disant que si Dieu appelle, il donnera évidement les qualités qui sont nécessaires pour la réponse. En plus, la vocation est un processus, une partie de ce processus se fait déjà en chemin. Le religieux et la religieuse qui a déjà répondu à l’appel de Dieu grandira dans la vie religieuse. Dieu n’a pas trop exigé des apôtres, qui étaient tous presque analphabètes, sans culture et très jeunes comme ce fut le cas de saint Jean.

Pour conclure, la vocation n’est pas facile car les conditions qu’y met le Seigneur sont un grand défi : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes » (Mt 19, 21)  « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (Mt 16, 24). Le Seigneur demande à ses disciples de tout abandonner pour le suivre, mais Il a aussi dit que « celui qui aura quitté, à cause de mon nom, des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre, recevra le centuple, et il aura en héritage la vie éternelle ». (Mt 19, 29).

Ce que le disciple doit laisser est beaucoup, mais c’est aussi beaucoup, ce qu’il reçoit, s’il est fidèle à sa vocation.

Demandons la grâce à la très Sainte Vierge Marie de répondre avec générosité aux appels de Dieu et la grâce que par notre prière les vocations croissent au sein de l’Eglise.

P. Luis Martinez IVE.

“M’aimes-tu ?” ÉCOUTERONS-nous cette question ?

L’évangile de ce troisième dimanche de Pâques (Jn. 21,1-22) nous décrit une nouvelle manifestation de Notre Seigneur après sa Résurrection. Pour nous situer temporellement, cette scène évangélique se passe entre le deuxième dimanche de Pâques et l’Ascension, car à la fin de la première semaine de Pâques, les disciples se trouvaient encore à Jérusalem et ils y reviendront pour être présents lorsque le Seigneur montera au Ciel.  

Les apôtres laissent Jérusalem et retournent en Galilée, où Jésus leur avait annoncé qu’il serait : « une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée » (Mt. 26,32) et l’ange avait dit cela aussi aux femmes dans le saint Sépulcre (Mt. 28,7). 

La Galilée était leur patrie, et en rentrant chez eux, ils font ce qu’ils faisaient auparavant, c’est-à-dire, la pêche dans le lac de Génésareth (appelé aussi lac de Tibériade, nous le connaissons encore avec le nom de mer de Galilée).

Cet épisode de la vie du Christ ressuscité est décrit par saint Jean évangéliste. Et comme nous savons l’évangile de saint Jean garde une grande valeur « symboliste » dans la narration des faits de la vie du Seigneur. Le symbolisme est bien présent encore dans cette manifestation du Ressuscité et les pères de l’Eglise ont su les découvrir en méditant et expliquant cet évangile aux fidèles.

Pierre, chef de l’Eglise propose d’aller faire la pèche, dans sa barque (l’Eglise), le groupe est composé de 7 personnes, symbole de l’universalité ; ils travaillent au milieu de la mer, image toujours du monde. Par leurs propres efforts ils n’obtiennent rien après une nuit de travail.

Mais le Seigneur depuis un lieu tranquille et sûr (depuis le Ciel), veille sur eux, sur la barque de l’Eglise et sur leur travail. C’est aussi lui qui leur dit comment réaliser le travail, jeter les filets à droite fait penser aux élus (Mat. 25:33). Pierre et ceux qui sont dans sa barque de Pierre suivent maintenant les indications du Christ et se laissent guider par Lui. Et grâce à cette obéissance la pêche devient très abondante. Le filet avait été déjà présenté aux apôtres comme symbole du Royaume de Dieu (Mat. 4, 19 par.) et la pêche avait était un signe leur prédication (Luc 5,10).

Une fois les tâches finies, tous viennent vers le Seigneur pour montrer le fruit de leur travail, mais c’est le Seigneur qui prépare pour eux une récompense au Ciel : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. » (Mat. 11,28).

Un autre signe vu par les pères de l’Eglise : les apôtres travaillent avec peine toute la nuit sans rien obtenir, c’est au grand matin, à la lumière du Christ Ressuscité qu’ils obtiendront des fruits en abondance.

Au centre de ce miracle se trouve, le moment où Saint Jean, le disciple que Jésus aimait annonce à Pierre : « C’est le Seigneur ! », en effet c’est l’amour qui découvre la présence de l’Aimé, Jean est image de l’amour ; mais Pierre, image de la foi, va se jeter à l’eau, parce que la foi nous pousse à aller à la rencontre de Dieu, en dépassant tous les obstacles. Il faut encore dire que Pierre n’était pas tout dépourvu de vêtements, il avait juste un vêtement léger ; mais par respect envers le Seigneur il se met une tunique, même dans la tradition juive, le fait de saluer quelqu’un important constituait aussi un acte religieux et en quelque sorte solennel.

Lieu où le Seigneur a préparé le repas pour les apôtres

Alors, l’évangile de ce dimanche a une deuxième partie, c’est après le repas. Jésus établi un dialogue avec saint Pierre, un dialogue qui commence avec trois questions, sur l’amour de Pierre envers son Seigneur.

Une fois, Pierre avait trop présumé de son amour pour son Maître, la nuit de la dernière Cène : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » (Mt. 26,33). Maintenant Jésus interpelle l’apôtre avec son nom d’origine : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ». De cette manière, Notre Seigneur lui rappelle son passé, lorsque Simon était un homme de ce monde avant la grâce de la vocation divine, mais Il lui rappelle les trois fois que Pierre avait nié son Seigneur (et pour cela la question se répète trois fois). Pierre avait vécu plus avec la nature qu’avec la grâce. Mais le fait de l’appeler par ce nom gardait aussi une autre intention : il voulait rappeler sa profession de foi, lorsque Pierre l’avait confessé comme le Christ, le Messie et la réponse du Seigneur était : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas » pour lui confirmer après qu’il était le roc, la pierre sur laquelle le Christ allait bâtir son Église.

La réponse de Pierre à la différence de la dernière cène, ne provient pas de la confiance en lui-même, dans ses capacités, ses forces et ses mérites. Aujourd’hui, après l’expérience de la croix et de la Résurrection, Saint Pierre sait et donne sa réponse fondée sur la confiance mise seulement en Jésus-Christ : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. »

Evidemment, la mission que Jésus lui confère, comme n’importe quelle mission donnée par Dieu à quelqu’un dans son Église, demande un amour particulier envers le Christ. Mais, c’est Lui, c’est Dieu qui donne tout, même la capacité de répondre à la vocation, d’accomplir sa propre mission dans l’Église. Oui, il est précis de dire que « tout est grâce », comme disait Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, spécialement lorsqu’il s’agit d’un appel divin. Lorsque Dieu choisi quelqu’un, Dieu ne regarde pas s’il a les capacités, les compétences et une haute perfection spirituelle ou humaine, Dieu choisit en liberté, ce qu’Il attend c’est un cœur prompt à répondre généreusement, se laissant pousser par la grâce.

Il faut dire encore que le fait de répéter trois fois la même question était la formule habituelle et solennelle dans la législation juive pour confirmer l’acceptation d’une mission.

Nous allons citer maintenant quelques paragraphes d’une très belle homélie sur cet évangile prononcée par saint Jean Paul II, il y a presque 40 ans (Homélie, 30 mai 1980) ; à Paris, précisément à la Cathédrale de Notre Dame, dont nous gardons le triste souvenir très récent de son incendie.

A ce moment le Saint Pape commentait :

« M’aimes-tu? » Cette question est posée à l’homme par Dieu. Cette question, l’homme doit continuellement se la poser à lui-même.

« Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? ― Oui, Seigneur, tu sais bien que je t’aime ». Et Pierre s’engageait déjà, avec cette question et avec cette réponse, sur le chemin qui devait être le sien jusqu’à la fin de sa vie. Partout devait le suivre cet admirable dialogue.

Dans cette cité (et nous pouvons élargir et dire dans le monde entier), il y a eu, et il y a bien des hommes et des femmes qui ont su et qui savent encore aujourd’hui que toute leur vie a valeur et sens seulement et exclusivement dans la mesure où elle est une réponse à cette même question : Aimes-tu? M’aimes-tu? Ils ont donné, et ils donnent leur réponse de manière totale et parfaite ― une réponse héroïque ― ou alors de manière commune, ordinaire. Mais en tout cas ils savent que leur vie, que la vie humaine en général, a valeur et sens dans la mesure où elle est la réponse à cette question : Aimes-tu? C’est seulement grâce à cette question que la vie vaut la peine d’être vécue. 

La réponse qu’ils ont donnée à cette question : « Aimes-tu? » a une signification universelle, une valeur qui ne passe pas. Elle construit dans l’histoire de l’humanité le monde du bien. L’amour seul construit un tel monde. Il le construit avec peine. Il doit lutter pour lui donner forme : il doit lutter contre les forces du mal, du péché, de la haine, contre la convoitise de la chair, contre la convoitise des yeux et contre l’orgueil de la vie. »

A ces paroles du pape, nous ajoutons encore un autre détail, parce que ce dialogue se conclura lorsque Seigneur révèle à Pierre une prophétie sur la fin de sa vie et de sa mort :  Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi ». Voilà l’appel définitif.  

C’est ce même apôtre, désormais totalement libre et convaincu pour suivre Jésus, qui dira après (Actes 5,29) « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Nous sommes les témoins de tout cela, avec l’Esprit Saint, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. »

Et nous laissons encore la parole au pape Saint Jean Paul II :

Seul l’amour ne connaît pas de déclin. Seul l’amour dure toujours. Seul, il construit la forme de l’éternité dans les dimensions terrestres et fugaces de l’histoire de l’homme sur la terre.

Je souhaite à tous et à chacun d’entendre dans toute son éloquence la question que le Christ a adressée autrefois à Pierre : Aimes-tu? M’aimes-tu ? Que cette question résonne et trouve un écho profond en chacun de nous !

L’avenir de l’homme et du monde en dépend : écouterons-nous cette question ? Comprendrons-nous son importance ? Comment y répondrons-nous ?

Que Marie, elle qui a donné une unique et définitive réponse dans sa vie, disant « oui » à la volonté du Père, nous donne cette grâce.

P. Luis Martinez IVE.