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SAINT PIERRE ET LE COQ

Nous sommes dans la Basilique de Saint Pierre et célébrons le 20e. Anniversaire de la fondation de la congrégation religieuse argentine des Servantes du Seigneur et de la Vierge de Matara et la profession de vœux perpétuels de six sœurs, qui s’ajoutent à trente-huit autres qui feront de même dans le monde entier au cours de cette année.

A cette occasion, je veux rappeler un fait très important dans la vie de saint Pierre : sa triple négation de Jésus-Christ, comme Jésus lui-même l’avait prophétisé, et sa relation avec le coq. À Jérusalem, l’événement est rappelé dans l’église de San Pedro in Gallicantu (au sud, près du Cénacle). Les Sœurs Servantes (du Seigneur et de la Vierge) se souviennent de lui grâce au coq de la croix Matara qu’elles portent. Ici, en entrant dans l’atrium de la Basilique, à droite, dans le deuxième tondo[1], du plafond (ou « volta dell’atrio »), dans la troisième négation de Pierre, nous trouvons un coq[2]. Dans un sarcophage du IVe siècle, qui se trouve dans les Grottes, est sculptée la scène de Saint Pierre et du coq, celui-ci sur une colonne, debout devant Saint Pierre, signe du pécheur repentant[3]. En fait, cette scène se retrouve plus d’une centaine de fois dans les sarcophages romains, occupant parfois le centre et d’autres fois constituant la scène unique[4]. Le « coq de bronze » (IXe siècle ?) du dénommé Trésor de Saint Pierre, pesant 46 kg, semble avoir été dans la partie la plus élevée du campanile de León IV, il ne fait pas directement référence à San Pedro.

On sait que le coq (du latin gallus) est un oiseau de l’ordre des galliformes, d’apparence arrogante, une tête ornée d’une crête rouge, charnue et généralement dressée, un bec court, épais et arqué, des caroncules rouges et qui pendent des deux côtés du visage. Il a un plumage abondant et brillant, souvent avec des stries irisées, une queue avec quatorze plumes courtes et relevées, sur lesquelles s’élèvent et s’étendent en arc les lancettes, et des pattes fortes et écailleuses, armées d’éperons longs et pointus.

Job demande : « Qui a donné l’intelligence au coq ? » (38,36) pour sa capacité à prédire le temps.

I. Les négations.

 Le coq nous rappelle les trois reniements de Pierre, provoqués par sa triple faute :

Premier reniement de Pierre [5]

Mt. 26, 58 ; 26, 69-70, Marc. 14, 54 ; 14, 66-68. Luc 22, 55-57. Jn. 18, 15-17.

Jn. 18. 15 Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus[6]. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre. 16 Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre – sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. 17 Cette jeune servante dit alors à Pierre : « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? » Il répondit : « Non, je ne le suis pas ! ».

Luc 22. 55 On avait allumé un feu au milieu de la cour, et tous étaient assis là. Pierre vint s’asseoir au milieu d’eux. 56 Une jeune servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit : « Celui-là aussi était avec lui. » 57 Mais il nia : « Non, je ne le connais pas. »

Deuxième reniement de Pierre

Mt. 26, 71-72. Marc 14, 69-70 a. Luc 22, 58. Jn. 18, 18 ; 18, 25.

Mt.26. 71 Une autre servante le vit sortir en direction du portail et elle dit à ceux qui étaient là : « Celui-ci était avec Jésus, le Nazaréen. » 72 De nouveau, Pierre le nia en faisant ce serment : « Je ne connais pas cet homme. »

Jn. 18. 18 Les serviteurs et les gardes se tenaient là ; comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer. 25 Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui dit : « N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples ? » Pierre le nia et dit : « Non, je ne le suis pas ! »

Troisième reniement de Pierre

Mt. 26, 73-75. Marc 14, 70 b-72. Luc 22, 59-62. Jn. 18, 26-27.

Luc 22. 59 Environ une heure plus tard, un autre insistait avec force : « C’est tout à fait sûr ! Celui-là était avec lui, et d’ailleurs il est Galiléen. » 60 Pierre répondit : « Je ne sais pas ce que tu veux dire. » Et à l’instant même, comme il parlait encore, un coq chanta.

Mt. 26. 73 Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, ta façon de parler te trahit. » 74 Alors, il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme. » Et aussitôt un coq chanta.

Euthyme[7] considère que Pierre a renié le Christ pour trois raisons :

  1. Pour avoir contredit le Christ : « Alors Jésus leur dit : « Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute… Pierre lui dit : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas.» (Mt 25, 31.33).
  2.  Se considérer supérieur aux autres : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » (Mt 25, 34)
  3. Pour ne pas recourir à la prière et à la vigilance, comme le Christ le lui avait conseillé : « Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » (Mt 26, 41), confiant excessivement en lui-même.

En ne fuyant pas l’occasion de péché qui était pour lui de rester dans la maison de Caïphe, Pierre a commis des péchés de plus en plus, graves. Il a nié le Christ et a nié être chrétien [8], puis il l’a nié par serment – c’est-à-dire a parjuré -, enfin il l’a nié par serment et par imprécations[9].

II. Le regard du Christ à Pierre

Lc 22. Et à l’instant même, comme il parlait encore, un coq chanta. 61 Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre. Alors Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois. » 62 Il sortit et, dehors, pleura amèrement.

La tradition dit que partout où il se trouvait, que ce soit à Jérusalem, Antioche, Rome… lorsqu’il entendait le chant du coq, il se mettait à pleurer, à tel point que de petits canaux se sont formés dans ses conduits lacrymaux.

Le poète Francisco Quevedo[10] s’en souvient ainsi :

À saint Pierre, lorsqu’il renia le Christ, notre Seigneur

Où est la bravoure, Pierre?

que les jours passés

as-tu dit au Seigneur ? Où les forts

membres pour souffrir avec lui mille morts.

Eh bien, une seule femme, une portière,

elle te fait trembler de cette manière ?

Tu as renié Dieu ; puis le coq a chanté pour toi,

et un autre coq te chantera lorsque tu ne le nieraspas ;

mais que le coq chante

pour toi, lâche Pierre, que cela ne t’effraye :

ce n’est pas une chose très nouvelle ou étrange

voir le coq chanter pour une poule[11]

Le Père La Palma dit que « ce n’est pas sans raison que le Seigneur a permis tant de faiblesse chez celui qu’il avait désigné comme la pierre angulaire de notre Église ; entre autres:

-pour qu’aucun ne fasse présomptueusement confiance en lui-même ;

– pour qu’aucun ne perde la confiance en Dieu, aussi déchu qu’il puisse paraître ;

-pour que le même Apôtre demeure après humble et plus modeste ;

-pour que celui qui allait être Pasteur de l’Église, apprenne dans sa propre culpabilité à sympathiser avec celle des autres »[12].

Le coq nous rappelle aussi la réhabilitation de Pierre. En effet, à la réponse de Pierre : Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » (Mt 16, 16-19).

Après la résurrection, Jésus-Christ l’investit de la primauté après trois questions : Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. » (Jn 21, 15-17). Saint Augustin dit : « Ne sois pas triste, Apôtre ; réponds une fois, réponds deux fois, réponds trois. Que ta profession d’amour triomphe trois fois, puisque la peur a vaincu trois fois ta présomption. Ce que tu as lié trois fois doit être délié trois fois. Libère par l’amour ce que tu as lié par la peur.

Malgré sa faiblesse, pour la première, la deuxième et la troisième fois, le Seigneur a confié ses brebis à Pierre »[13].

III. Le témoignage suprême

Et Rome fut la ville où Pierre donna le témoignage suprême du Christ donnant sa vie, crucifié la tête en bas.

Rome garde dans ses entrailles le tombeau et les reliques du Prince des Apôtres.

Mais la chose la plus grande et la plus glorieuse est que Pierre survit. Oui, il survit. En la personne de l’évêque de Rome, le Pape ! Maintenant, Benoît XVI. « Son nom ancien n’est plus intéressant. …Son origine et son passé, sa propre conception des problèmes actuels, ses opinions et préférences n’ont également aucun intérêt »[14]. Ce qui est intéressant, c’est que c’est Pierre maintenant. Il a la même et identique mission que Pierre, Lin, Clément, Damase, Léon, Grégoire, Boniface, Pie, Jean, Paul ou Jean-Paul : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. » (Mt 16, 18)… « mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. » (Lc 22, 32)… « Sois le berger de mes agneaux »… « Sois le pasteur de mes brebis. »… « Sois le berger de mes brebis » (Jn 21, 15-17).

Saint Léon le Grand disait : « De même que ce que Pierre a cru au Christ dure à jamais, de même ce que le Christ a institué en Pierre durera à jamais »[15] et les pères du Concile de Chalcédoine (année 451) reçoivent l’épître dogmatique du même pape saint Léon I le Grand (la Lettre dogmatique 28 Lectis dilectionis tuae, à Flavien, patriarche de Constantinople, du 13 juin 449, plus connue sous le nom de « Tomus ad Flavianum ») acclamant : « Pierre a parlé par la bouche de León »[16]

Chers frères et sœurs :

Ne contredisons jamais le Christ, ni par nos paroles ni par nos actes.

Ne nous considérons pas supérieurs aux autres.

Recourons toujours à la prière, au lieu de compter excessivement sur nous-mêmes.

Ne faisons jamais confiance en nous-mêmes avec présomption.

Ne perdons jamais confiance en la miséricorde de Dieu, même si nous semblons déchus.

Apprenons dans nos défauts comment nous devons avoir pitié avec ceux des autres.

Allons toujours à Saint Pierre pour aider notre faiblesse.

Que cellesqui prononcent aujourd’hui leurs vœux perpétuels apprennent de saint Pierre à être fidèles jusqu’à la mort !

Que la Reine des Apôtres vous obtienne une foi intrépide et une charité ardente !

+ P. Carlos Miguel Buela IVE.

Fondateur de la Famille Religieuse du Verbe Incarné


[1]Tableau de forme circulaire. (Peinture de la Renaissance italienne.)

[2]Franco Cósimo Panini Ed., La Basilique Saint-Pierre au Vatican, T. 1 (Atlas), p. 300, photo n° 283.

[3]D. Rezza (ed.), Beatus Petrus. Inni medievali latini (Rome 2003), 266.

[4]Umberto M. Fasola, Pierre et Paul à Rome, 1980, p. 94.

[5]P. Pietro Vanetti, S. J., L’Évangile Unifié, Barcelone, 1964, 298-300.

[6]Les quatre évangélistes racontent le triple reniement de Pierre. Mais leurs récits diffèrent tellement dans les détails que le problème se pose de savoir s’il s’agit de trois négations numériques racontées de différentes manières ou s’il s’agit plutôt de trois moments dans chacun desquels se trouvent plusieurs négations. Mais même admettre cette seconde hypothèse n’harmonise pas toutes les divergences. C’est pour cette raison que nous avons largement collecté les données attestées par les évangélistes. Voici brièvement quelques divergences : le premier reniement, selon Jean (18, 17, n. 291), se produit lorsque Pierre entre dans le palais ; d’après les synoptiques, déjà dans le patio, à côté du feu. Le deuxième reniement, selon Jean (18, 18, n. 292), est causé par les serviteurs et les gardes qui se réchauffent au feu ; selon Matthieu, par une autre servante ; selon Marc, par la même servante d’avant ; selon Luc, par quelqu’un d’autre part. Enfin, le troisième reniement, pour Matthieu et Marc, survient peu après le deuxième ; pour Luc, presque une heure plus tard. En dehors de ces divergences de succession, chacun des évangélistes atteste clairement trois dénégations différentes.

[7]ML 129 ; cit. Manuel de Tuya, Du Cénacle au Calvaire, Salamanca, 282.

[8] Cf. Jn 18, 17.

[9]Cf. Mt 26, 74; Marc 14, 71.

[10]Œuvres complètes de Francisco de Quevedo, Poésie, n. 187, T. I, Madrid, Turner, 1995, p. 182.

Cfr.http://descargas.cervantesvirtual.com/servlet/SirveObras/46804519904462839600080/026492_0003.pdf

[11]Dans certains pays hispanophones, on traite les lâches de ” poules “.

[12]Luis de La Palma, SJ, Histoire de la Sainte Passion, Madrid 1967, p. 158.

[13]Sermon n. 295.

[14]Julio Meinvielle, Pasteur Angelicus, dans “Soleil et Lune”, n. 2, p. 101.

[15] Sermo 3, 2.

[16]Denzinger, Le Magistère de l’Église, Ed Herder, Barcelone, 1963, p. 55, note 1.

“POUR QUE TA FOI NE DÉFAILLE PAS!”

Fête de la Chaire de saint Pierre

Nous avons la joie de célébrer cet anniversaire de notre monastère le jour où l’Eglise fête la chaire de saint Pierre, une célébration qui fait référence au ministère du pape comme chef et pasteur de l’Eglise. Nous venons d’entendre l’évangile : “Tu es le Christ”…”Tu es Pierre”.

« Tu es le Christ» :  sur cette profession de foi de Pierre, et sur la déclaration de Jésus qui s’ensuit:  « Tu es Pierre », se fonde l’Eglise. Un fondement invincible, que les puissances du mal ne peuvent pas abattre, car c’est la volonté même du “Père qui est dans les cieux” (Mt 16, 17) qui le protège. La Chaire de Pierre, que nous célébrons aujourd’hui, ne repose pas sur des certitudes humaines – “la chair et le sang” – mais sur le Christ, pierre d’angle. Et nous aussi, comme Simon, nous nous sentons “bienheureux”, car nous savons n’avoir aucun motif de nous vanter, si ce n’est dans le dessein éternel et providentiel de Dieu. Dieu ne change pas ses desseins, les promesses de Dieu ne sont pas révocables, ne changeront jamais.

Mais, nous devons nous rappeler que la promesse du Christ allait au-delà de la chair et du sang de Pierre, parce que malgré l’humanité faible de l’apôtre, la faiblesse humaine blessée par le péché, Dieu voulait se servir de lui pour confirmer son Eglise.

Cette faiblesse, Simon allait la montrer un moment après sa profession de foi, mais encore plus « douloureusement », nous pouvons dire lorsqu’il abandonnera son Seigneur et le niera devant les hommes le premier jeudi saint de l’histoire. 

Jésus avait dit aux Apôtres :  “Tous vous aller succomber, car il est écrit:  Je frapperai le pasteur et les brebis seront dispersées” (Mc 14, 27). Et Pierre répondit:  “Même si tous succombent, du moins pas moi!” (Mc 14, 29) Jamais je ne succomberai, jamais je ne te laisserai… Et Jésus lui dit:  “En vérité, je te le dis:  toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois” (Mc 14, 30) “Dussé-je mourir avec toi, non, je ne te renierai pas” (Mc 14, 31), avait fermement répliqué Pierre, et avec lui tous les autres Apôtres. Et Jésus:  “Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment; mais moi j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères” (Lc 22, 31-32).

Voilà la promesse de Jésus, notre certitude réconfortante:  le ministère pétrinien ne se fonde pas sur la capacité et sur les forces humaines, mais sur la prière du Christ, qui implore le Père pour que la foi de Simon “ne défaille pas” (Lc 22, 32). “Une fois revenu”, Pierre pourra accomplir son service parmi ses frères. Le retour de l’Apôtre – nous pouvons presque dire sa seconde conversion – constitue ainsi le passage décisif dans son itinéraire à la suite du Seigneur.

Nous sommes précisément aidés en cela par l’épisode de Pierre, par son expérience de la faiblesse humaine, qui le conduisit, peu après ce dialogue avec Jésus, à oublier les promesses faites avec tant d’insistance et à renier son Seigneur. Malgré son péché et ses limites, le Christ le choisit et l’appela à une très haute tâche :  celle d’être le fondement de l’unité visible de l’Eglise et de confirmer les frères dans la foi (S. Jean Paul II, 22/02/2000)

« Ces mots ont une signification particulière pour moi, disait saint Jean Paul II. Ils sont l’expression de ce qui constitue le cœur de ma mission de Successeur de Pierre. Jésus-Christ est le centre de l’univers et de l’histoire. Lui seul est le Rédempteur de chaque être humain. Dans la providence impénétrable de Dieu, j’ai été choisi pour continuer la mission de Pierre et répéter avec une similaire conviction : “Tu es le Messie, le Christ, le Fils du Dieu vivant”. Rien dans mon ministère ou dans ma vie ne peut précéder cette mission: proclamer le Christ à toutes les nations, parler de sa merveilleuse bonté, annoncer sa puissance salvatrice et assurer à chaque homme ou femme que celui qui croit en Christ ne mourra pas, mais qu’Il aura la vie éternelle (cf. Jn 3, 16) ».

Le Seigneur communique aussi le pouvoir à saint Pierre, dans l’image des clés du royaume des cieux, les clés qui sont devenues le symbole du ministère de Pierre.

Le p. Buela se demandait : pour quoi n’y-t-il que deux clés ? Il est vrai que dans le nouveau Testament l’expression est au pluriel : « les clés ».

Deuxièmement, il y a deux clés car elles indiquent la double puissance du Pape, sur terre et dans le ciel: ” tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux…” Les clés sont généralement décorées, parfois l’une est dorée et l’autre argentée et sont le signe spécifique du pouvoir papal que Jésus a donné à Saint Pierre et qui passe aux successeurs de Saint-Pierre.

-Une cascade de clés apparaît dans la basilique de Saint Pierre ! Et pourquoi une telle quantité?

En premier lieu, parce que c’est l’une des métaphores utilisées par Quelqu’un qui a dit un jour à qui est ici où se trouve son tombeau : “… Je te donnerai les clés …”, c’est-à-dire le pouvoir d’ouvrir et de fermer, de lier et de délier qu’il a donné à Pierre et à ses successeurs.

Deuxièmement, parce que les clés expriment pour nous la défense de notre vie la plus profonde et la plus importante : “Confirme tes frères dans la foi” (Lc 22,32), et que nous défendons par l’instinct surnaturel de la grâce.

Troisièmement, parce que les clés ne sont pas quelque chose d’inerte, statique, vide, mais au contraire elles sont quelque chose de vivant, dynamique et rempli qui expriment une vérité de foi et expriment chacun de nous (donnent un sens à notre existence), parce que la vitalité inépuisable de l’Église catholique Elle trouve sa source dans la foi de Pierre en notre Seigneur Jésus-Christ, comme l’enseigne saint Léon le Grand, également enterré ici: «Tout cela, chers frères, est le résultat de cette profession de foi inspirée par le Père dans le cœur de l’apôtre, [qui] a surmonté les incertitudes des opinions humaines et a obtenu la fermeté d’une pierre, capable de résister à tout coup sans crainte.

C’est quelque chose de tous les jours et qui affecte toute l’Église, qui reconnaît que Jésus est le Seigneur, parce que quiconque reconnaît que la vérité est liée à l’enseignement de Saint-Pierre est, dans sa mesure, comme une extension de celui-ci.

“Ainsi, comme dans toute l’Église, Pierre affirme chaque jour :” Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant “, chaque langue qui reconnaît le Seigneur est imprégnée de l’enseignement de cette voix”, poursuit saint Léon le Grand. Chaque frère et sœur, dans n’importe quelle partie du monde où il se trouve, qui confesse que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, est inculqué, inspiré, influencé et persuadé par la confession de Pierre, par le magistère de sa voix, la voix de celui à qui les clés ont été remises. C’est pourquoi saint Augustin enseigne: «… ces clés n’ont pas été reçues par un seul homme, mais par l’Église unique. D’où l’excellence de la personne de Pierre, en ce qu’il représentait l’universalité et l’unité de l’Église … “

Grâce au pouvoir des clés, l’Église catholique arrivera jusqu’à la fin des temps, infaillible dans sa hiérarchie in docendo et en nous in credendo, et sans erreur, sans que puissent la détruire les persécutions, les tempêtes, la cruauté des tyrans, non plus les lobbies ennemis !

Grâce aux clés nous vient la table de Son Corps et Son Sang!

Grâce aux clés nous obtenons la douceur de la Vierge Marie!

Grâce aux clés, nous avons la certitude qu’il y a la vie éternelle et que «ce qu’il a promis ne peut manquer de se réaliser:« À tous ceux qui me reconnaissent devant les hommes, je le reconnais aussi devant mon Père qui est aux cieux » !

Grâce aux clés, nous pouvons jouir d’une paix et d’une joie que le monde ne peut pas donner !

Grâce aux clés, l’Église est un défenseur invaincu de toute vie humaine !

Grâce aux clés, même si l’Antéchrist marchait sur nos têtes, avec notre dernier souffle, imprégnés de l’enseignement de Pierre, par la grâce de Dieu, nous confesserions: « Tu es le Messie, le Fils de Dieu vivant! »

Demandons ces grâces à notre Mère du Ciel.

P. Luis Martinez IVE.