Archives par mot-clé : la foi de Pierre

SAINT PIERRE ET LE COQ

Nous sommes dans la Basilique de Saint Pierre et célébrons le 20e. Anniversaire de la fondation de la congrégation religieuse argentine des Servantes du Seigneur et de la Vierge de Matara et la profession de vœux perpétuels de six sœurs, qui s’ajoutent à trente-huit autres qui feront de même dans le monde entier au cours de cette année.

A cette occasion, je veux rappeler un fait très important dans la vie de saint Pierre : sa triple négation de Jésus-Christ, comme Jésus lui-même l’avait prophétisé, et sa relation avec le coq. À Jérusalem, l’événement est rappelé dans l’église de San Pedro in Gallicantu (au sud, près du Cénacle). Les Sœurs Servantes (du Seigneur et de la Vierge) se souviennent de lui grâce au coq de la croix Matara qu’elles portent. Ici, en entrant dans l’atrium de la Basilique, à droite, dans le deuxième tondo[1], du plafond (ou « volta dell’atrio »), dans la troisième négation de Pierre, nous trouvons un coq[2]. Dans un sarcophage du IVe siècle, qui se trouve dans les Grottes, est sculptée la scène de Saint Pierre et du coq, celui-ci sur une colonne, debout devant Saint Pierre, signe du pécheur repentant[3]. En fait, cette scène se retrouve plus d’une centaine de fois dans les sarcophages romains, occupant parfois le centre et d’autres fois constituant la scène unique[4]. Le « coq de bronze » (IXe siècle ?) du dénommé Trésor de Saint Pierre, pesant 46 kg, semble avoir été dans la partie la plus élevée du campanile de León IV, il ne fait pas directement référence à San Pedro.

On sait que le coq (du latin gallus) est un oiseau de l’ordre des galliformes, d’apparence arrogante, une tête ornée d’une crête rouge, charnue et généralement dressée, un bec court, épais et arqué, des caroncules rouges et qui pendent des deux côtés du visage. Il a un plumage abondant et brillant, souvent avec des stries irisées, une queue avec quatorze plumes courtes et relevées, sur lesquelles s’élèvent et s’étendent en arc les lancettes, et des pattes fortes et écailleuses, armées d’éperons longs et pointus.

Job demande : « Qui a donné l’intelligence au coq ? » (38,36) pour sa capacité à prédire le temps.

I. Les négations.

 Le coq nous rappelle les trois reniements de Pierre, provoqués par sa triple faute :

Premier reniement de Pierre [5]

Mt. 26, 58 ; 26, 69-70, Marc. 14, 54 ; 14, 66-68. Luc 22, 55-57. Jn. 18, 15-17.

Jn. 18. 15 Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus[6]. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre. 16 Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre – sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. 17 Cette jeune servante dit alors à Pierre : « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? » Il répondit : « Non, je ne le suis pas ! ».

Luc 22. 55 On avait allumé un feu au milieu de la cour, et tous étaient assis là. Pierre vint s’asseoir au milieu d’eux. 56 Une jeune servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit : « Celui-là aussi était avec lui. » 57 Mais il nia : « Non, je ne le connais pas. »

Deuxième reniement de Pierre

Mt. 26, 71-72. Marc 14, 69-70 a. Luc 22, 58. Jn. 18, 18 ; 18, 25.

Mt.26. 71 Une autre servante le vit sortir en direction du portail et elle dit à ceux qui étaient là : « Celui-ci était avec Jésus, le Nazaréen. » 72 De nouveau, Pierre le nia en faisant ce serment : « Je ne connais pas cet homme. »

Jn. 18. 18 Les serviteurs et les gardes se tenaient là ; comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer. 25 Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui dit : « N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples ? » Pierre le nia et dit : « Non, je ne le suis pas ! »

Troisième reniement de Pierre

Mt. 26, 73-75. Marc 14, 70 b-72. Luc 22, 59-62. Jn. 18, 26-27.

Luc 22. 59 Environ une heure plus tard, un autre insistait avec force : « C’est tout à fait sûr ! Celui-là était avec lui, et d’ailleurs il est Galiléen. » 60 Pierre répondit : « Je ne sais pas ce que tu veux dire. » Et à l’instant même, comme il parlait encore, un coq chanta.

Mt. 26. 73 Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, ta façon de parler te trahit. » 74 Alors, il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme. » Et aussitôt un coq chanta.

Euthyme[7] considère que Pierre a renié le Christ pour trois raisons :

  1. Pour avoir contredit le Christ : « Alors Jésus leur dit : « Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute… Pierre lui dit : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas.» (Mt 25, 31.33).
  2.  Se considérer supérieur aux autres : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » (Mt 25, 34)
  3. Pour ne pas recourir à la prière et à la vigilance, comme le Christ le lui avait conseillé : « Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » (Mt 26, 41), confiant excessivement en lui-même.

En ne fuyant pas l’occasion de péché qui était pour lui de rester dans la maison de Caïphe, Pierre a commis des péchés de plus en plus, graves. Il a nié le Christ et a nié être chrétien [8], puis il l’a nié par serment – c’est-à-dire a parjuré -, enfin il l’a nié par serment et par imprécations[9].

II. Le regard du Christ à Pierre

Lc 22. Et à l’instant même, comme il parlait encore, un coq chanta. 61 Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre. Alors Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois. » 62 Il sortit et, dehors, pleura amèrement.

La tradition dit que partout où il se trouvait, que ce soit à Jérusalem, Antioche, Rome… lorsqu’il entendait le chant du coq, il se mettait à pleurer, à tel point que de petits canaux se sont formés dans ses conduits lacrymaux.

Le poète Francisco Quevedo[10] s’en souvient ainsi :

À saint Pierre, lorsqu’il renia le Christ, notre Seigneur

Où est la bravoure, Pierre?

que les jours passés

as-tu dit au Seigneur ? Où les forts

membres pour souffrir avec lui mille morts.

Eh bien, une seule femme, une portière,

elle te fait trembler de cette manière ?

Tu as renié Dieu ; puis le coq a chanté pour toi,

et un autre coq te chantera lorsque tu ne le nieraspas ;

mais que le coq chante

pour toi, lâche Pierre, que cela ne t’effraye :

ce n’est pas une chose très nouvelle ou étrange

voir le coq chanter pour une poule[11]

Le Père La Palma dit que « ce n’est pas sans raison que le Seigneur a permis tant de faiblesse chez celui qu’il avait désigné comme la pierre angulaire de notre Église ; entre autres:

-pour qu’aucun ne fasse présomptueusement confiance en lui-même ;

– pour qu’aucun ne perde la confiance en Dieu, aussi déchu qu’il puisse paraître ;

-pour que le même Apôtre demeure après humble et plus modeste ;

-pour que celui qui allait être Pasteur de l’Église, apprenne dans sa propre culpabilité à sympathiser avec celle des autres »[12].

Le coq nous rappelle aussi la réhabilitation de Pierre. En effet, à la réponse de Pierre : Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » (Mt 16, 16-19).

Après la résurrection, Jésus-Christ l’investit de la primauté après trois questions : Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. » (Jn 21, 15-17). Saint Augustin dit : « Ne sois pas triste, Apôtre ; réponds une fois, réponds deux fois, réponds trois. Que ta profession d’amour triomphe trois fois, puisque la peur a vaincu trois fois ta présomption. Ce que tu as lié trois fois doit être délié trois fois. Libère par l’amour ce que tu as lié par la peur.

Malgré sa faiblesse, pour la première, la deuxième et la troisième fois, le Seigneur a confié ses brebis à Pierre »[13].

III. Le témoignage suprême

Et Rome fut la ville où Pierre donna le témoignage suprême du Christ donnant sa vie, crucifié la tête en bas.

Rome garde dans ses entrailles le tombeau et les reliques du Prince des Apôtres.

Mais la chose la plus grande et la plus glorieuse est que Pierre survit. Oui, il survit. En la personne de l’évêque de Rome, le Pape ! Maintenant, Benoît XVI. « Son nom ancien n’est plus intéressant. …Son origine et son passé, sa propre conception des problèmes actuels, ses opinions et préférences n’ont également aucun intérêt »[14]. Ce qui est intéressant, c’est que c’est Pierre maintenant. Il a la même et identique mission que Pierre, Lin, Clément, Damase, Léon, Grégoire, Boniface, Pie, Jean, Paul ou Jean-Paul : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. » (Mt 16, 18)… « mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. » (Lc 22, 32)… « Sois le berger de mes agneaux »… « Sois le pasteur de mes brebis. »… « Sois le berger de mes brebis » (Jn 21, 15-17).

Saint Léon le Grand disait : « De même que ce que Pierre a cru au Christ dure à jamais, de même ce que le Christ a institué en Pierre durera à jamais »[15] et les pères du Concile de Chalcédoine (année 451) reçoivent l’épître dogmatique du même pape saint Léon I le Grand (la Lettre dogmatique 28 Lectis dilectionis tuae, à Flavien, patriarche de Constantinople, du 13 juin 449, plus connue sous le nom de « Tomus ad Flavianum ») acclamant : « Pierre a parlé par la bouche de León »[16]

Chers frères et sœurs :

Ne contredisons jamais le Christ, ni par nos paroles ni par nos actes.

Ne nous considérons pas supérieurs aux autres.

Recourons toujours à la prière, au lieu de compter excessivement sur nous-mêmes.

Ne faisons jamais confiance en nous-mêmes avec présomption.

Ne perdons jamais confiance en la miséricorde de Dieu, même si nous semblons déchus.

Apprenons dans nos défauts comment nous devons avoir pitié avec ceux des autres.

Allons toujours à Saint Pierre pour aider notre faiblesse.

Que cellesqui prononcent aujourd’hui leurs vœux perpétuels apprennent de saint Pierre à être fidèles jusqu’à la mort !

Que la Reine des Apôtres vous obtienne une foi intrépide et une charité ardente !

+ P. Carlos Miguel Buela IVE.

Fondateur de la Famille Religieuse du Verbe Incarné


[1]Tableau de forme circulaire. (Peinture de la Renaissance italienne.)

[2]Franco Cósimo Panini Ed., La Basilique Saint-Pierre au Vatican, T. 1 (Atlas), p. 300, photo n° 283.

[3]D. Rezza (ed.), Beatus Petrus. Inni medievali latini (Rome 2003), 266.

[4]Umberto M. Fasola, Pierre et Paul à Rome, 1980, p. 94.

[5]P. Pietro Vanetti, S. J., L’Évangile Unifié, Barcelone, 1964, 298-300.

[6]Les quatre évangélistes racontent le triple reniement de Pierre. Mais leurs récits diffèrent tellement dans les détails que le problème se pose de savoir s’il s’agit de trois négations numériques racontées de différentes manières ou s’il s’agit plutôt de trois moments dans chacun desquels se trouvent plusieurs négations. Mais même admettre cette seconde hypothèse n’harmonise pas toutes les divergences. C’est pour cette raison que nous avons largement collecté les données attestées par les évangélistes. Voici brièvement quelques divergences : le premier reniement, selon Jean (18, 17, n. 291), se produit lorsque Pierre entre dans le palais ; d’après les synoptiques, déjà dans le patio, à côté du feu. Le deuxième reniement, selon Jean (18, 18, n. 292), est causé par les serviteurs et les gardes qui se réchauffent au feu ; selon Matthieu, par une autre servante ; selon Marc, par la même servante d’avant ; selon Luc, par quelqu’un d’autre part. Enfin, le troisième reniement, pour Matthieu et Marc, survient peu après le deuxième ; pour Luc, presque une heure plus tard. En dehors de ces divergences de succession, chacun des évangélistes atteste clairement trois dénégations différentes.

[7]ML 129 ; cit. Manuel de Tuya, Du Cénacle au Calvaire, Salamanca, 282.

[8] Cf. Jn 18, 17.

[9]Cf. Mt 26, 74; Marc 14, 71.

[10]Œuvres complètes de Francisco de Quevedo, Poésie, n. 187, T. I, Madrid, Turner, 1995, p. 182.

Cfr.http://descargas.cervantesvirtual.com/servlet/SirveObras/46804519904462839600080/026492_0003.pdf

[11]Dans certains pays hispanophones, on traite les lâches de ” poules “.

[12]Luis de La Palma, SJ, Histoire de la Sainte Passion, Madrid 1967, p. 158.

[13]Sermon n. 295.

[14]Julio Meinvielle, Pasteur Angelicus, dans “Soleil et Lune”, n. 2, p. 101.

[15] Sermo 3, 2.

[16]Denzinger, Le Magistère de l’Église, Ed Herder, Barcelone, 1963, p. 55, note 1.

“Qu’est-ce que cette tempête, sinon la passion de chacun?”

L’importance de travailler dans la vertu de la tempérance

Homélie pour le Dimanche XIX, année A (Mt 14, 22-33)

Le miracle que nous venons de proclamer dans l’évangile d’aujourd’hui est la continuation historique du miracle raconté dans l’évangile du dimanche dernier : le Seigneur avait multiplié les pains et les poissons pour plus de cinq mille personnes. « Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive », tandis que le Seigneur renverrait les foules pour dédier ensuite un moment bien prolongé à la prière sur une colline pendant la nuit ; cette description nous montre d’un côté l’humanité du Seigneur saluant les gens qui le suivaient et d’un autre côté la profonde communication qu’Il avait avec Dieu, le Père, car Jésus laissait de côté le sommeil et la fatigue d’une longue journée de prédication pour se plonger dans un profond dialogue d’amour avec Dieu, ce qui ne laisse d’être un grand exemple nous pour.

Ensuite, il y a la description de ce fait prodigieux, Jésus qui vient rejoindre ses disciples marchant sur les eaux au milieu d’une mer agitée (rappelons-nous ici qu’il s’agit d’un lac, le lac de Tibériade ou de Génésareth, qui reçoit aussi le nom de Mer de Galilée dans les évangiles).

Bien que les disciples retrouvent le calme en sachant qu’il ne s’agissait pas d’un « fantôme », le fait de voir leur Maître marcher sur les eaux n’enlève pas le caractère extraordinaire de ce moment.

L’apôtre saint Pierre avec le tempérament qui le caractérise, passe à ce moment vite de la stupéfaction à l’audace et demande de venir à la rencontre de son maître. Mais son manque de foi, lorsqu’il se trouvait déjà en marchant sur la mer, le fait enfoncer dans l’eau. Il reçoit l’aide du Seigneur et une exhortation à la foi. Selon le grand saint Augustin :  

« Ainsi Pierre a marché sur les eaux à la voix du Seigneur, et sachant bien que ce pouvoir ne venait pas de lui-même. La foi l’a rendu capable de ce que ne peut la faiblesse humaine. Tels sont les forts de l’Église.  Soyez attentifs, écoutez, comprenez, pratiquez. Jamais il ne faut traiter avec les forts pour les rendre faibles, mais avec les faibles pour les rendre forts. Ce qui empêche un grand nombre de devenir forts, c’est la confiance qu’ils le sont (ils se croient forts sans compter avec Dieu). Car Dieu ne rendra fort que celui qui se sent faible. » (Sermon 76)

C’est le même grand docteur et père de l’Eglise, qui compare ce moment, cette expérience de saint Pierre avec les passions des hommes, c’est-à-dire, le fait de nous laisser envahir et engloutir par les passions de ce monde, lorsque ce qui est plus « animal » en nous commence à gouverner notre existence, supprimant le rationnel (le pouvoir de la raison) et supprimant aussi le spirituel, ce que nous pouvons dire, le domaine de la foi.

L’homme est une seule chose composée d’un corps et d’une âme spirituelle. Comme nous savons pour que l’homme soit vraiment ce qu’il doit être, l’âme doit gouverner sur corps et sur les passions qui font partie de ce côté animal en nous. Encore plus l’âme composée elle-même par l’intelligence et la volonté, doit être dirigée aussi par les principes de la foi ; on dit notre intelligence et notre volonté doivent être informées par la fois (elles reçoivent une forme, elles sont comme imprégnées de la foi).

De façon que lorsqu’une personne ne se laisse pas guider par l’intelligence illuminée par la foi, sinon qu’elle se laisse gouverner par les passions, on peut dire qu’elle descend de catégorie, et devient un simple animal. Encore pire, lorsque les hommes utilisent l’intelligence et la volonté pour satisfaire leurs instincts, leurs passions, on peut dire qu’ils font un attentat contre leur dignité, car Dieu nous a créés pour que nous sachions utiliser les choses de ce monde pour pouvoir aller vers Lui et non pour en devenir leurs esclaves.

Notre monde aujourd’hui a instauré le règne des passions, les hommes de ce monde sont poussés à servir leurs passions plutôt qu’à atteindre le ciel. Tout est fait pour satisfaire nos passions, tout est autorisé pour satisfaire en nous les sens.

Cela exige de nous un grand travail, précisément, d’abord en disant que les passions ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, mais que nous devons savoir les ordonner pour qu’elles servent à notre but : sauver notre âme, rencontrer Dieu et nous unir éternellement avec Lui.

Pour cette raison, nous devons travailler avec l’aide de Dieu dans les différentes vertus qui nous peuvent ordonner nos passions et les rendre utiles dans notre vie.

Aujourd’hui nous allons parler un peu de la vertu de la tempérance. (cf. Somme Théologique II-II, question 141. Saint Thomas d’Aquin )

Comme son nom même l’indique, elle comporte une certaine modération, un ” tempérament “.

La nature incline vers ce qui convient à chacun. C’est pourquoi l’homme désire naturellement la jouissance qui lui convient. Mais l’homme, en tant que tel, est un être raisonnable ; en conséquence, les jouissances qui conviennent à l’homme sont celles qu’approuve la raison. La tempérance n’éloigne pas de celles-ci, elle éloigne plutôt des jouissances contraires à la raison. Il est donc clair que la tempérance ne contrarie pas le penchant de la nature humaine, mais s’accorde avec lui. Elle contrarie cependant l’inclination de la nature bestiale qui n’est pas soumise à la raison.

Où agit cette vertu ? Dans quels actes humains ?

Ce qui est par-dessus tout naturel aux êtres vivants, ce sont les actes par lesquels se conserve la nature de l’individu : le manger et le boire, et la nature de l’espèce : l’union de l’homme et de la femme. Voilà pourquoi ce sont les plaisirs de la nourriture et de la boisson et les plaisirs sexuels qui sont proprement l’objet de la tempérance.

La tempérance vient pour ordonner donc ces plaisirs pour qu’ils puissent vraiment servir l’homme et afin qu’il n’en devienne pas un esclave.

S. Augustin déclare ” L’homme tempérant dans les choses de cette vie trouve sa règle confirmée par les deux Testaments : il n’en aime aucune, il ne pense pas devoir les désirer pour elles-mêmes, mais il s’en sert autant qu’il faut pour les nécessités de cette vie et de ses tâches, avec la modération de l’usager, et non avec la passion de l’amant. “

Comment vivre cette vertu, comment nous pouvons la cultiver dans notre vie.

Vivre la vertu de la tempérance vivante signifie:

1. S’efforcer quotidiennement pour être meilleur.

2. Ne pas céder aux plaisir, aux désirs ou aux caprices qui peuvent nuire à l’amitié avec Dieu.

3. Etre heureux de savoir que l’on peut exercer un contrôle sur soi-même.

4. Être seigneur de soi-même, de ses propres actions.

5. Conformer ses paroles et ses idées à ses actions.

6. Ne pas se justifier du mal et ne pas donner de faux prétextes.

7. Connaître ses propres faiblesses et éviter de tomber dans des circonstances qui mettent la volonté en danger.

8. Vaincre le désir de plaisir et de confort par l’amour de charité et le vaincre avec intelligence.

9. La personne modérée oriente et commande ses appétits sensibles vers le bien et ne se laisse pas emporter par ses passions.

Qu’est-ce qu’elle nous apporte l’expérience de cette vertu ?

1. L’humilité qui nous aide à reconnaître nos propres déficiences et nos qualités et à en profiter sans attirer l’orgueil.

2. La sobriété qui nous aide à distinguer entre ce qui est raisonnable et ce qui est immodéré et nous aide à utiliser aussi correctement nos sens, nos efforts, notre argent, etc. selon des critères droits et vrais.

3. La chasteté qui nous aide à reconnaître la valeur de notre vie privée (intimité) et à nous respecter et à respecter les autres.

4. La douceur qui nous aide à surmonter la colère et à supporter l’inconfort avec sérénité.

5. La connaissance de nos propres faiblesses.

6. La formation d’une conscience droite et délicate.

7. Elle nous permet d’avancer dans la capacité morale qui aide à faire la distinction entre ce qui est vraiment nécessaire et les caprices.

8. Elle nous permet de dialoguer en famille, ce qui nous aide à mieux comprendre comment agir dans différentes situations.

9. La tempérance donne une plus grande connaissance de nos dons et de nos capacités.

10. Elle donne aussi la capacité de faire des sacrifices et des mortifications pour Dieu et les autres.

11. Elle permet développer un grand discernement qui vous invite à réfléchir avant de nous laisser emporter par nos émotions, nos désirs ou nos passions.

Efforçons nous de travailler dans cette vertu et dans toutes les autres vertus qui nous éloignent du péché et nous approchent de Dieu.

Laissons les dernières pensées au grand docteur, saint Augustin:

“Allons, mes frères, il faut terminer ce discours. Considérez ce monde comme une vaste mer; le vent y est grand et la tempête violente. Qu’est-ce que cette tempête, sinon la passion de chacun? Aime-t-on Dieu? On marche alors sur la mer et on foule aux pieds l’orgueil du siècle. Aime-t-on le siècle? On y sera englouti; car il dévore ses amis au lieu de les porter. A-t-on le cœur agité par la passion? Il faut, pour la dompter, recourir à la divinité du Christ.

Apprends donc à mépriser le monde, à mettre ta confiance au Christ. Et si ton pied chancelle, si tu trembles, si tu ne t’élèves pas au dessus de tout, si tu commences à enfoncer, dis: «Je suis perdu Seigneur, sauvez-moi.» Dis: «Je suis perdu,» pour ne l’être pas. Car il n’y a pour te délivrer de la mort de la chair que Celui qui dans sa chair est mort pour toi.” (Sermon 76)

Que Marie nous donne la grâce confier pleinement en son Fils.

P. Luis Martinez IVE.