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“Est-ce que Dieu pouvait abandonner son Fils ?”

Nous sommes arrivés à la Semaine la plus importante pour l’Eglise, et pour cela nous l’appelons du nom de Semaine Sainte.

Le dimanche qui l’ouvre a reçu au cours de l’histoire, le nom « Dimanche de Rameaux », d’après le rite de la bénédiction et de la procession de Rameaux dont nous avons commencé la messe. Ce dimanche est aussi appelé Dimanche de la Passion, tout d’abord parce que l’Eglise nous fait écouter les évangiles de Passion de Notre Seigneur (cette année d’après saint Marc), mais aussi parce que les lectures et les autres textes de la messe nous aident à revivre, à participer d’une façon plus intime à la souffrance de notre Seigneur, comme le dit saint Paul, en contemplant le mystère de la croix « que toute langue proclame : ‘ Jésus Christ est Seigneur’ ».

Lorsque nous contemplons la Passion, nous sommes conscients que c’est pour nous que le Seigneur marche à sa Passion, plus précisément pour nos péchés. Dieu l’avait déjà révélé depuis l’origine de l’histoire humaine : le Messie devait souffrir pour nos péchés.

De manière admirable le prophète Isaïe entrevoyait cela entre les images voilées du mystère qu’il contemplait, plus de sept siècles avant la naissance de Jésus : « c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous » Isaïe 53, 5-6.

Saint Paul exposera cette vérité, déjà accomplie pour lui et pour les chrétiens à travers une belle image : Le Christ a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix.

Mais, nous pouvons nous poser une première question aujourd’hui : Si le Dieu le Père pouvait épargner de la Passion à son Fils, pour quoi ne l’a-t’ Il pas fait ? Nous avons entendu le cri de notre Seigneur avant sa mort qui Le montrait dans une grande angoisse : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Est-ce que Dieu pouvait abandonner son Fils ?

D’abord, nous devons dire que Notre Seigneur n’a jamais cessé d’être Dieu durant sa Passion, parce qu’Il est la Deuxième Personne de la Trinité, le Fils, Dieu qui ne peut pas être écarté de Dieu. Mais cette personne Divine a pris la nature humaine, de façon à ce que Celui qui subissait la mort sur la croix fût Dieu et homme au même temps.

Alors, le Christ qui a voulu souffrir toutes les conséquences du péché a souffert aussi cette solitude amère que souffre toute âme lorsqu’elle s’éloigne de Dieu, Dieu m’a laissé parce que j’ai voulu Le laisser d’abord.

Dans sa Passion, la Divinité était pourtant toujours présente dans le Corps et l’Ame de Jésus, mais cachée, laissant sa nature humaine souffrir comme seule, sans la consolation de savoir que Dieu était Présent en elle.

Mais nous pouvons dire que ce cri est le début d’une prière, c’est le psaume que nous avons chanté avant la deuxième lecture et l’évangile, le ps. 21 :   « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Une prophétie, qui commence avec la souffrance mais si nous le relisons on voit qu’il chante à la fin ce triomphe : « Tu m’as répondu ! Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée ». « Tu m’as répondu ! » Le Christ pensait à sa Résurrection, ce psaume devenait un chant de consolation plutôt que de douleur pour Lui.

Malgré ce que nous venons de dire, nous avons encore une vérité à assumer, car selon ce que saint Paul a écrit (Rm 8, 32) : ” Dieu n’a pas épargné son Fils unique, mais il l’a livré pour nous tous “.

Est-ce donc le Père qui a livré le Christ à la Passion ?

Saint Thomas d’Aquin répond : « Il est impie et cruel de livrer un homme innocent à la passion et à la mort contre sa volonté. » Mais ce n’est pas ainsi que le Père a livré le Christ, mais en lui inspirant la volonté de souffrir pour nous. Par là on constate tout d’abord la sévérité de Dieu qui n’a pas voulu remettre le péché sans châtiment, ce que souligne l’Apôtre (Rm 8, 32) : ” Il n’a pas épargné son propre Fils ” ; et aussi sa bonté en ce que l’homme ne pouvant satisfaire en souffrant n’importe quel châtiment, il lui a donné Quelqu’un (son Fils) qui le satisferait pour lui, ce que l’Apôtre a souligné ainsi : ” Il l’a livré pour nous tous. ” Et il dit (Rm 3, 25) : ” Lui dont Dieu a fait notre propitiation par son sang. “

Il y a donc trois façons par lesquelles Dieu le Père a livré le Christ à la passion:

Selon Sa volonté éternelle, Il a ordonné par avance la passion du Christ pour la libération du genre humain, selon cette prophétie d’Isaïe (53, 6) : ” Le Seigneur a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous. ” Et il ajoute : ” Le Seigneur a voulu le broyer par la souffrance. “

Il lui a inspiré la volonté de souffrir pour nous, en infusant en lui la charité, l’amour. Aussi Isaïe ajoute-t-il ” Il (le prophète parle de Jésus) s’est livré en sacrifice parce qu’il l’a voulu. “

Le Père ne l’a pas mis à l’abri de la passion, mais il l’a abandonné à ses persécuteurs. C’est pourquoi il est écrit (Mt 27, 46) que, sur la croix, le Christ disait : ” Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ” Parce que, remarque S. Augustin « Dieu a abandonné le Christ à ses persécuteurs. »

Mais bien que le Père ait voulu livrer le Fils, l’amour n’y est jamais obligé, l’amour est libre. C’était aussi la volonté de Son Fils de vouloir souffrir pour nous : (Jn 10, 18) : ” Personne ne me prend ma vie, c’est moi qui la donne. “

De quelle façon a t’Il accompli cela dans Sa Passion ? Au moment où Il n’a pas évité les souffrances, mais où Il les a acceptées pour nous. « Le Christ n’a pas écarté de son propre corps les coups qui lui étaient portés, mais a voulu que sa nature corporelle succombe sous ces coups, on peut dire donc que le Christ a donné sa vie ou qu’il est mort volontairement ».

Et pour montrer que la passion qu’il subissait par violence ne lui arrachait pas son âme, le Christ a gardé sa nature corporelle dans toute sa force ; ainsi, en ses derniers instants, Jésus a poussé un grand cri ; c’est là un des miracles de sa mort. D’où la parole de Marc(15, 39):  « Le centurion qui se tenait en face, voyant qu’il avait expiré en criant ainsi, déclara : “Vraiment cet homme était le Fils de Dieu !” »

Il y a eu encore ceci d’admirable dans la mort du Christ, qu’il mourut plus rapidement que les autres hommes soumis au même supplice. Selon la Passion selon S. Jean (19, 32) on ” brisa les jambes ” de ceux qui étaient crucifiés avec le Christ ” pour hâter leur mort ” : mais ” lorsqu’ils vinrent à Jésus, ils virent qu’il était déjà mort et ils ne lui rompirent pas les jambes “. D’après S. Marc (15, 44), ” Pilate s’étonna qu’il fût déjà mort “. De même que, par sa volonté, sa nature corporelle avait été gardée dans toute sa vigueur jusqu’à la fin, de même c’est lorsqu’il le voulut qu’il céda aux coups qu’on lui avait porté.

Dans ce jour où nous commençons cette Semaine Sainte, demandons à la Sainte Vierge qu’elle nous accompagne dans la méditation et la contemplation de la Passion de son Fils pour vivre avec Lui la joie de la Résurrection.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

Unir ma douleur à la Croix du Christ

Lire l’évangile du Vème dimanche de Carême (Jn 12, 20-33)

Nous sommes déjà dans le dernier dimanche de Carême et l’évangile de saint Jean que l’Eglise nous fait proclamer aujourd’hui c’est encore une fois, une prophétie de Notre Seigneur sur Sa Mort et le fruit qu’elle produira, la rédemption de l’humanité : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit », « quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. ». Il signifiait par-là, dit l’évangile, de quel genre de mort il allait mourir.

Nous orienterons la réflexion de ce dimanche sur le même sujet que la semaine dernière, notre souffrance en union avec celle de Notre Seigneur.

D’abord, il y a une grande vérité que saint Paul apôtre nous a enseignée dans la deuxième lettre aux Corinthiens (IV, 16): « ne perdons pas courage, notre détresse du moment présent (la souffrance) est légère par rapport au poids vraiment incomparable de gloire éternelle qu’elle produit pour nous ».

Ce ne sont pas tous les hommes dans ce monde qui arrivent à saisir cette vérité, seul celui qui comprend le Christ portant sa croix. Combien ne Le comprennent pas encore ! ils peuvent résoudre les problèmes les plus difficiles, mais non le grand secret de la croix.

Mais l’on dirait que le Seigneur ne connaissait pas la nature de l’homme !   Comment pouvait- Il nous demander de nous réjouir dans la souffrance ?! Car Il est évident que toute personne cherche dans ce monde le bien, le bon, la joie…

Notre Seigneur le savait très bien ; mais s’Il nous a appris avec tant de netteté à accepter la souffrance c’est parce qu’Il voit en elle quelque chose de grand, de précieux, de haute valeur.

Un écrivain disait : « Dieu se comporte avec nous comme les peintres le font dans leurs tableaux, à côté du doré et du blanc, il faut aussi du brun et du gris. La Divine Providence  aussi  emploie diverses couleurs pour peindre l’histoire du monde : à côté des rayons du soleil et des joies, il y a la nuit, le brouillard, l’amertume, la douleur, mais je sais que ce qu’elle veut c’est le meilleur pour moi, et si mon âme gémit sous la souffrance, je dois malgré toute la douleur et avec elle lui dire : ‘ mon Père, fais non pas comme je voudrais, mais comme Tu veux faire ».

Dans quels sentiments faut-il accueillir la souffrance ?  Quelle est l’attitude d’un vrai chrétien face à la souffrance ?

Nous trouvons la réponse dans l’exemple de Simon de Cyrène. Il était un simple ouvrier, qui suivait tranquillement son chemin, il revenait de travailler à la campagne. Il rencontre le Christ condamné à mort, portant sa croix, mais Il ne peut pas la porter plus longtemps. Les soldats empoignent Simon pour l’aider. Simon essaie de fuir devant la croix. Il proteste. C’est inutile. On le force. Que faire d’autre ? Il prend la croix. Mais une fois la croix sur l’épaule, il ne proteste plus, il la porta avec bonne volonté, sans murmurer. Il ne cherchait pas la croix, mais lorsqu’ au milieu de son travail journalier il la rencontra, il n’écarta pas le fardeau qu’on lui imposait.

Une deuxième question s’impose maintenant : Nous sommes obligés de rechercher la souffrance ? Non. Peut-on fuir ? Peut-on l’éviter ? Se défendre contre elle ? Oui ! On peut. Seulement si Dieu permet dans sa Providence que le mal nous atteigne, alors on ne doit pas se révolter.

Souffrir a été toujours et sera toujours le sort de l’humanité, mais c’est seulement la croix du Christ qui peut nous apprendre à ne pas nous perdre, à ne pas nous effondrer sous la souffrance, mais au contraire à la regarder comme un échelon qui nous permet de monter dans les hauteurs.

On pourrait dire encore : Oui, oui, Simon a porté volontiers la croix, car il venait en aide au Christ Souffrant. Mais moi, je supporterais plus joyeusement mes peines si je savais que par-là, j’adoucis les douleurs du Christ. Pourtant, Il ne vit plus dans ce monde, Il ne peut plus souffrir au Ciel ? Comme réponse l’Eglise nous dit que de même que le Christ a souffert pour tous les péchés, ceux du passé et ceux de l’avenir, les nôtres ; de même Il a prévu que la maîtrise que nous nous exerçons de notre esprit, ensemble à nos privations et à toutes les souffrances supportées en son Nom serviront à Le consoler et à Le réconforter. Celui qui porte sa croix sans murmurer, paisiblement, avec une âme généreuse soulage réellement le Seigneur, cette âme rend plus légère la croix de Jésus comme Simon de Cyrène.

Est-ce que Dieu peut nous donner une épreuve qui nous dépasse, qui écrase nous force ? Voilà la réponse : jamais Dieu ne peut nous éprouver au-delà de nos forces. Avec l’épreuve, Il nous donnera aussi sa grâce.

Une histoire raconte que deux enfants cherchant du bois avec leur père, le plus petit étendit le bras courageusement pendant que son père le chargeait. Son aîné, en voyant la quantité réagit et lui dit :

-Ça suffit Jean, tu ne peux emporter autant.

Mais le petit lui répond avec un sourire:

-Papa sait bien ce que je peux porter et il n’en met pas d’avantage sur mes bras.

Nous connaissons certainement Sainte Bernadette, la petite fille qui a contemplé la Vierge Marie à Lourdes. Mais peut-être ne connaissons nous pas quelle était l’une des vertus les plus admirables en elle. C’était précisément la façon dont elle a vécu la souffrance dans sa vie.

Asthmatique depuis toute petite, elle en a souffert toute sa vie, mais au couvent déjà elle attrapa en plus une grande pneumonie qui lui  valut presque la mort, elle en guérit miraculeusement après l’onction des malades. Mais sa santé demeurera faible jusqu’à sa mort qui est survenue alors qu’elle était très jeune.

« J’ai honte de vous dire que ma santé est très pauvre, écrivait-elle à une des supérieures, mais il est vrai que je me sens mieux les derniers jours. Je peux aller à la messe les dimanches, ce qui est une grande consolation pour moi. Je ne suis pas encore forte, et il faut que deux personnes m’aident à place d’une seule. C’est un peu humiliant mais qu’est-ce que je peux faire ? je dois l’accepter car c’est la volonté de Dieu ».

Sainte Bernadette. Son corps est incorrompu

Toute souffrance elle l’offrait pour les pécheurs, comme la Vierge lui avait dit. Comme un saint évêque a écrit une fois : « la tragédie la plus grande c’est la souffrance gaspillée».A la fin de sa vie, Bernadette priait ainsi :

« O mon Dieu, je ne te demande pas que tu m’évites de souffrir, mais  que tu sois avec moi dans la souffrance. O Cœur miséricordieux de mon Jésus, accepte chacune de mes larmes, chaque lamentation de douleur comme une prière pour ceux qui souffrent, pour ceux qui pleurent, pour ceux qui t’oublient ».

Il est toujours vrai que l’amour sans souffrance n’existe pas, l’amour sans la croix n’est pas un véritable amour.

 « O, mon Jésus, que je l’aime !, s’écriait-elle, Je suis moulue comme un grain de blé ». « Au Ciel je n’oublierai personne. »

Que la Vierge Marie nous donne la grâce d’associer nos souffrances à la croix de Notre Seigneur.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné