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La vocation de Marie au moment de l’Annontiation

Dimanche IV du temps de l’Avent, année B (Lc. 1, 26-38).

Dans ce dernier dimanche du temps de l’Avent, la liturgie de la Parole de cette année nous invite à méditer l’annonce de l’Ange à Marie et la conception de Jésus.

C’est un texte très beau, qu’il faut lire avec la profondeur théologique donnée par son auteur, l’Esprit Saint; le moment est décrit par saint Luc, mais Dieu a voulu qu’il choisisse les paroles exactes afin de nous dévoiler quelques traces de ce grand mystère : l’Incarnation du Verbe et la Maternité divine de Marie avec sa participation dans le plan du salut.

Commençons donc par la première parole adressée à Marie : « Je te salue ». Mais la parole grecque qui est traduite, “Kaire”, signifie en soi “réjouis-toi”, “sois contente”. Et il y a là un premier élément qui surprend:  la salutation entre les juifs était “Shalom”, “paix”, alors que dans le monde grec le mot : “Kaire”, “réjouis-toi” était habituel. Il est surprenant que l’Ange, en entrant dans la maison de Marie, salue avec le salut des grecs :  “Kaire”, “réjouis-toi, sois contente”. Et les Grecs, lorsqu’ils lurent cet Evangile quarante ans plus tard, ont pu voir ici un message important:  ils ont pu comprendre qu’avec le début du Nouveau Testament avait également eu lieu l’ouverture au monde des peuples, à l’universalité du Peuple de Dieu.

Mais il est aussi important de noter, affirme le pape Benoît (homélie 18/12/2005), que les paroles de l’Ange sont la reprise d’une promesse prophétique tirée du Livre du prophète Sophonie. Le prophète, inspiré par Dieu, dit à Israël:  “Réjouis-toi, fille de Sion; le Seigneur est avec toi et prend en toi sa demeure”. Nous savons que Marie connaissait bien les Saintes Ecritures. Son Magnificat est une étoffe tissée des fils de l’Ancien Testament. Nous pouvons donc être certains que la Sainte Vierge comprit immédiatement qu’il s’agissait des paroles du Prophète Sophonie adressées à Israël, à la “fille de Sion”, considérée comme demeure de Dieu. A présent, la chose surprenante qui fait réfléchir Marie est que ces paroles, adressées à tout Israël, sont adressées de manière particulière à Elle, Marie. Elle est appelée à être la véritable demeure de Dieu, une demeure qui n’est pas faite de pierres, mais de chair vivante, d’un cœur vivant ; que Dieu entend en réalité la prendre précisément elle, la Vierge, comme son véritable temple. Nous pouvons alors comprendre que Marie commence à réfléchir avec une intensité particulière sur ce que signifie cette salutation.

L’ange Gabriel s’adresse à Marie, avec un nom nouveau, Pleine de Grâce, Comblée-de-grâce, cela montre qu’elle reçoit un nom « nouveau » à cause d’une mission nouvelle donnée par Dieu, comme c’est le cas d’Abraham ou bien de saint Pierre dans le Nouveau Testament. La mission de Marie ou plutôt sa vocation a besoin pour ainsi dire, de la joie, de la grâce et de l’assistance et de la compagnie de Dieu, tous ces éléments sont réunis dans les premiers mots de l’ange.

Alors, bien que l’ange lui commande la joie, se réjouir, parmi les réactions de Marie devant ces paroles (elle est bouleversée, elle se demandait le sens de cette salutation et l’explication, et finira par accepter) l’évangile ne dit pas qu’elle s’était réjouie. C’est après, lors de la visite à sa cousine Elisabeth que Marie dira que son esprit exulte de joie en Dieu. Mais nous avons la certitude que dans toute vocation et mission donnée par Dieu se trouvent toujours le défi et le sacrifice.

Tout laisser pour le Christ ne provoque pas nécessairement une joie sensible et immédiate, mais dans la fidélité quotidienne à cette vocation, on trouve une joie complète. La joie est ce qui rend l’appel de Dieu reconnaissable, c’est l’un des signes qui garantit que cette vocation vient de Dieu. Cette «joie» que l’Ange dit à Marie est un impératif qui préserve sa nature malgré la douleur.

« Le Seigneur est avec toi »: Il ne s’agit pas ici d’une présence générique de Dieu, mais de son aide réelle et efficace. Cette assurance n’est pas donnée dans la Bible à n’importe quelle personne, mais uniquement aux grands appels de l’histoire du peuple de Dieu (Jacob, Moïse, Josué, Gédéon et David). Dans le développement de la mission, ils ne dépendent pas uniquement de nos propres forces humaines. Dieu ne se limite pas à appeler, pour abandonner ceux qu’Il a appelés à leur sort, mais il les accompagne et leur permet d’accomplir leur mission. Il est attentif et reste fidèle. Il leur assure sa constante assistance.

Et Marie réagira à ces paroles de l’ange sur un plan émotionnel et rationnel, de toute sa personne. Sur le plan émotionnel, elle réagit par le bouleversement (comme celui qui reçoit beaucoup de bonnes idées mais ne sait pas par où commencer et se sent en plus, dépassé). Sur un plan rationnel, elle réagit en délibérant et en réfléchissant (en grec: dielogídseto, « elle dialoguait avec elle-même »). Elle demeure ouverte au message et travaille pour le comprendre plus profondément.

Bien comprendre sa vocation, c’est aussi comprendre sa propre insuffisance pour l’accomplir. L’accomplissement de sa vocation ne peut jamais être basé sur une tranquille confiance en ses propres forces. Il est tout à fait normal et légitime que les appelés reconnaissent leurs propres limites, leur petitesse, leurs péchés (pas dans le cas de Marie) et qu’ils attendent tout de l’aide de Dieu. C’est pourquoi l’ange dit aussi à Marie: «ne crains pas». Si Dieu a jugé qu’il fallait dire «ne crains pas» à la Vierge Marie, à plus forte raison il n’est pas anormal que nous éprouvions en nous un certain frémissement devant une vocation et à une mission. La force de l’Esprit se trouve dans l’appel devant l’expression de ses limites et de sa petitesse.

Marie est étonnée et demande: “Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais aucun homme?” C’est une parole étrange sûrement, car elle était fiancée à un homme, Joseph, de la maison de David, d’où viendra le Messie comme l’ange venait de lui annoncer. Marie voulait dire que, étant vierge, comme l’ange le savait, elle voulait rester dans cette condition ; ou bien, comme les théologiens l’ont interprété, elle avait fait un vœu de virginité et espérait le garder. Elle n’osait cependant pas contredire les volontés de Dieu, qui avait déjà commencé à communiquer avec elle. «Je ne connais pas d’homme» signifie dans sa pensée: «Je ne veux pas le connaître». Mais elle ne dit pas «je ne le connaîtrai jamais » parce qu’elle ne s’oppose pas aux desseins de Dieu et elle attend la solution de cette énigme.

Dieu répond par la force du Saint-Esprit pour dévoiler enfin la mission à laquelle Marie est appelée: “Le Saint Esprit descendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre.” Ce que Marie ne peut pas faire avec sa propre force, la puissance et la force de Dieu le feront. C’est ainsi que Dieu avait agi dans la création, faisant tout sortir du rien. Et ainsi qu’Il fera par la résurrection des morts. Et c’est pourquoi il rend possible l’accomplissement de chaque vocation.

A la fin du ce dialogue rempli de mystère, une fois que tout le plan de Dieu est révélé, Marie répond à l’Ange:  “Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole”. Marie anticipe ainsi la troisième invocation du Notre Père:  “Que ta volonté soit faite”. Elle dit “oui” à la grande volonté de Dieu, une volonté apparemment trop grande pour un être humain; Marie dit “oui” à cette volonté divine, elle se place dans cette volonté, elle insère toute son existence à travers un grand “oui” dans la volonté de Dieu et ouvre ainsi la porte du monde à Dieu. Adam et Eve, avec leur “non” à la volonté de Dieu, avaient fermé cette porte. “Que la volonté de Dieu soit faite”:  Marie nous invite nous aussi à prononcer ce “oui” qui apparaît parfois si difficile. Nous sommes tentés de préférer notre volonté, mais Elle nous dit:  “Sois courageux, dis-toi aussi:  “Que ta volonté soit faite”, car cette volonté est bonne”. Tout d’abord elle peut apparaître comme un poids presque insupportable, un joug qu’il n’est pas possible de porter; mais en réalité, la volonté de Dieu n’est pas un poids, la volonté de Dieu nous donne des ailes pour voler haut, et nous pouvons ainsi aussi oser, avec Marie, ouvrir à Dieu la porte de notre vie, les portes de ce monde, en disant “oui” à sa volonté, en ayant conscience que cette volonté est le vrai bien et nous guide vers le vrai bonheur. 

Pour conclure cette méditation, l’Évangile de Saint Luc dit immédiatement après ce récit: «Marie se leva (anastâsa) et se rendit rapidement (metaspoudês) dans la région montagneuse, dans une ville de Juda; elle entra dans la maison de Zacharie et  salua Elisabeth ». « Marie se leva », c’est le même verbe pour dire « ressusciter » en grec, car accomplir la mission que Dieu nous a donnée signifie vivre déjà comme ressuscités dans ce monde. Et Elle a commencé à accomplir sa vocation « rapidement». Nous devons donc, nous aussi, accepter l’appel de Dieu et entrer « promptement » à son service. Les apôtres, lorsqu’ils ont été appelés, ont aussi répondu « immédiatement»: «Ils ont immédiatement laissé les filets et l’ont suivi» (Mc 1,18; grec: euthéos, immédiatement, instantanément).

Que la très Sainte Vierge Marie prépare nos cœurs pour recevoir son Fils, l’Emmanuel dans quelques jours.

P. Luis Martinez IVE.

“Une lampe fut allumée pour que les hommes trouvent le Christ”

Homélie pour le Dimanche III Avent, année B (Jn 1, 6-8.19-28).

Ce troisième dimanche du temps de l’Avent est appelé Dimanche « Gaudete », « soyez dans la joie ». C’est la première parole qui ouvre la liturgie de la messe, l’antienne d’entrée, que nous remplaçons par un chant. L’expression est reprise dans la deuxième lecture : « soyez toujours dans la joie ». Dans ce texte de la lettre aux Thessaloniciens, saint Paul nous donne une série de conseils pour vivre en attente du retour du Seigneur. 

Le même apôtre exhortait souvent dans ses lettres aux chrétiens de ce premier temps de l’Eglise à être dans la joie car la venue de notre Seigneur est déjà certaine : “Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; car le Seigneur est proche” (Ph 4, 4-5) .

Mais que signifie : “le Seigneur est proche ?” Comment devons-nous comprendre cette “proximité” de Dieu ? Écrivant aux chrétiens de Philippes, l’apôtre Paul pense bien sûr au retour du Christ et il les invite à se réjouir car ce retour est certain. Cependant, dans sa Lettre aux Thessaloniciens, ce même saint Paul fait remarquer que personne ne peut connaître le moment de la venue du Seigneur (cf. 1 Th 5, 1-2) et met en garde contre tout alarmisme comme si le retour du Christ était imminent (cf. 2 Th 2, 1-2). Ainsi, déjà à cette époque, éclairée par l’Esprit Saint, l’Église comprenait toujours mieux que la “proximité” de Dieu n’est pas une question d’espace et de temps, mais une question d’amour : l’amour rapproche ! Le prochain Noël viendra nous rappeler cette vérité fondamentale de notre foi et, devant la crèche, nous pourrons goûter la joie chrétienne, en contemplant à travers Jésus nouveau-né, le visage du Dieu qui par amour s’est fait proche de nous. (Benoît XVI)

Ce dimanche nous méditons toujours sur la figure de saint Jean Baptiste. Pourquoi donc baptises-tu ? C’est la question posée par les chefs religieux. En effet, ce geste de baptiser bien qu’il fût connu par les gens religieux de ce peuple, n’était jamais pratiqué sur ceux qui appartenaient au peuple d’Israël, mais sur ceux qui venaient d’autres nations et d’autres peuples. Car les descendants d’Abraham selon le sang faisaient partie du peuple d’Israël par droit de naissance, tandis que les païens devaient être « lavés » et purifiés pour accéder au droit de la circoncision et appartenir définitivement à la religion juive.

Pourtant Jean pratiquait ce baptême de l’eau sur les juifs qui venaient confesser leurs péchés devant lui. Il était en train de suggérer que même son peuple devait aussi se purifier, que la sainteté n’est pas une raison de race, mais une grâce de Dieu qui a besoin d’un profond changement du cœur pour renoncer à ce qui n’est pas Dieu, pour renoncer à ce qui nous éloigne de Dieu qui est le péché.

Comme nous le voyons dans l’évangile, saint Jean est soumis à un interrogatoire pour déclarer ce qu’il était.

« ‘Que dis-tu de toi-même?’ Remarquons combien Jean est consacré, remarque saint Thomas d’Aquin. Il a déjà réalisé ces paroles de l’Apôtre : ‘Je vis, mais non pas moi, c’est le Christ qui vit en moi’. C’est pourquoi il ne répond pas : “Je suis le fils de Zacharie, ou tel et tel” : il dit uniquement sa dépendance à l’égard du Christ. Jean n’est qu’une voix qui prépare la venue du Seigneur.

« Je suis la voix de celui qui crie dans le désert » Pourquoi crier et ne pas prêcher ?

Celui qui crie peut le faire pour quatre raisons, explique encore saint Thomas.

En effet, le cri implique d’abord une manifestation et c’est pourquoi Jean crie, pour montrer que le Christ parlait manifestement en lui, comme lorsque le Seigneur criera Lui-même : « Le dernier jour de la fête, le plus solennel, Jésus debout s’écriait : ‘Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive’ »; alors que, dans les prophéties, Il n’a pas crié, parce que les prophéties furent données de manière énigmatique et sous forme de figures.

Ensuite, le cri s’adresse à des personnes éloignées ; or les Juifs s’étaient éloignés de Dieu ; aussi fallait-il crier.

En troisième lieu, le cri s’adresse à des gens qui n’entendent pas bien, ceux qui se sont fermés à la parole de Dieu et qu’il fallait comme réveiller.

Enfin, le cri exprime qu’on parle avec indignation, parce que celui qui crie s’adresse à ceux qui ont mérité la colère de Dieu. Le cri sert aussi pour les convertir.

Mais remarquons qu’il crie dans le désert, car Le Seigneur fit entendre sa parole à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. On peut trouver là un sens littéral et un sens mystique, suivant toujours saint Thomas d’Aquin.

Au sens littéral, Jean reste dans le désert pour être exempt de tout péché, afin d’être ainsi plus digne de porter témoignage pour le Christ et de rendre, par sa vie, son témoignage plus digne de foi auprès des hommes. Au désert on ne trouve pas les occasions de péché qui existent là où vivent les hommes. Et pour cela, les premiers moines se sont enfuis au désert pour s’éloigner du monde de péché.

Au sens mystique, le désert s’explique de deux façons. Le désert, en effet, représente d’abord les païens, conformément à cette parole d’Isaïe : « Les fils de la délaissée [du latin desertae] sont plus nombreux que les fils de celle qui avait un époux ». Ainsi, pour montrer que la connaissance de Dieu ne doit pas être prêchée seulement à Jérusalem, mais chez toutes les nations, il cria dans le désert. Le royaume de Dieu [dira le Christ aux Juifs] vous sera enlevé et il sera donné à une nation qui en produira les fruits.

Par désert, d’autre part, on entend la Judée, qui était alors déserte (abandonnée). Jean cria donc dans le désert, c’est-à-dire en Judée, pour faire comprendre que le peuple à qui il prêchait était alors déserté par Dieu.

« Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. »

Jean n’aurait rien pu évoquer de plus servile : dénouer la courroie des sandales était l’obligation des esclaves. Il y avait un dicton rabbinique selon lequel un disciple devrait être prêt à faire n’importe quoi pour son maître, sauf simplement dénouer ses sandales. C’était un service trop humiliant même pour un disciple à rendre à son maître. Mais Jean avait dit qu’il y avait un de qui il ne méritait pas même d’être son esclave.

« Voix de celui qui crie dans le désert, voix de celui qui brise le silence», comme l’affirmait le grand Saint Augustin: « Préparez la route pour le Seigneur, cela revient à dire : Moi, je retentis pour faire entrer le Seigneur dans le cœur ; mais il ne daignera pas y venir, si vous ne préparez pas la route. Que signifie : Préparez la route, sinon : Priez comme il faut ? Que signifie : Préparez la route, sinon : Ayez d’humbles pensées ? Jean vous donne un exemple d’humilité. On le prend pour le Messie, il affirme qu’il n’est pas ce qu’on pense, et il ne profite pas de l’erreur d’autrui pour se faire valoir.

S’il avait dit : Je suis le Messie, on l’aurait cru très facilement, puisqu’on le croyait avant même qu’il ne parle. Il l’a nié : il s’est fait connaître, il s’est défini, il s’est abaissé.

Il a vu où se trouvait le salut. Il a compris qu’il n’était que la lampe, et il a craint qu’elle ne soit éteinte par le vent de l’orgueil. »

La mission de Jean consistait seulement à préparer le chemin. La grandeur qui lui correspondait provenait de la grandeur suprême de celui dont il annonçait la venue. C’est le grand exemple de tous ceux qui sont prêts à s’effacer pour que Jésus-Christ soit vu, soit connu et reconnu. Jean n’était qu’un doigt pointé vers le Christ. Que Dieu nous donne la grâce de nous oublier nous-mêmes et de ne nous souvenir que du Christ.

Comme dit encore saint Augustin : “une lampe, c’est-à-dire Jean, fut allumée pour que les hommes trouvent le Christ”. Que la Très sainte Vierge Marie nous donne la grâce d’être, nous aussi des lumières qui guident les hommes vers le Christ.

P. Luis Martinez IVE.