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“Laissez les enfants venir à Moi”

La famille: la première école de vie chrétienne

Lire l’évangile du dimanche XXVII du temps ordinaire (Mc. 10,2-16)

Le Seigneur dans l’évangile de ce dimanche nous rappelle que le sacrement du mariage est une institution divine, c’est Dieu qui l’a créé et l’homme ne pourra jamais le défaire sans contredire la loi de Dieu, car c’est elle qui fait de l’homme et la femme au moment du mariage, une seule chair. Cette expression sémitique qui veut dire « une seule chose », qu’on ne peut diviser sans blesser la nature que Dieu lui a donnée. On peut faire une analogie avec notre corps, nous disons que notre cœur fait partie de nous, il forme un tout avec notre corps, et nous ne pouvons donc dire que notre corps possède un cœur dont il pourrait se débarrasser sans souffrir aucun mal.

L’union du mariage constitue une famille, dont les fruits de l’amour sont les enfants. Rappelons-nous que dans l’évangile d’aujourd’hui il y a une deuxième partie : les enfants qui viennent vers Jésus, « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas » dit le Seigneur. Précisément la mission d’une famille, surtout des parents c’est de conduire leurs enfants vers Dieu.

Cette mission de conduire les enfants vers Dieu est seulement possible si les parents veillent sur la formation humaine et chrétienne des enfants que Dieu leur a donnés et confiés. Sachant qu’ils en rendront comptent à Dieu au jour de Jugement.

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous apprend que dans nos jours et dans ce monde souvent étranger et même hostile à la foi, les familles croyantes sont de première importance, comme foyers de foi vivante et rayonnante. C’est au sein de la famille que les parents sont ” par la parole et par l’exemple … pour leurs enfants les premiers hérauts de la foi, au service de la vocation propre de chacun et tout spécialement de la vocation sacrée “. Le foyer est ainsi la première école de vie chrétienne et ” une école d’enrichissement humain “ (GS 52, § 1). C’est ici que l’on apprend l’endurance et la joie du travail, l’amour fraternel, le pardon généreux, même réitéré, et surtout le culte divin par la prière et l’offrande de sa vie. (C. E. C. 1656)

Les parents sont donc les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants. Les parents enseigneront aux enfants à subordonner ” les dimensions physiques et instinctives aux dimensions intérieures et spirituelles ” (CA 36). C’est une grave responsabilité pour les parents de donner de bons exemples à leurs enfants. Aux parents aussi la charge de les guider et de les corriger : «  Qui aime son fils lui donne souvent le fouet, pour qu’il fasse, plus tard, sa joie. Qui élève bien son fils en retirera des satisfactions (Si 30, 1-2) ». « Et vous, pères, n’irritez pas vos enfants, élevez-les au contraire en les corrigeant et avertissant selon le Seigneur » (Ep 6, 4).

Alors, le pouvoir civil doit considérer comme un devoir grave de ” reconnaître et de protéger la vraie nature du mariage et de la famille, de défendre la moralité publique et de favoriser la prospérité des foyers ” (GS 52, § 2). Cela  veut dire que l’autorité publique ne peut pas remplacer la famille, si elle est bien constituée, ni remplacer la fonction des parents, sauf dans le cas où le bien des enfants le requiert.

Le Catéchisme nous dit aussi  que les premiers responsables de l’éducation des enfants ce sont leurs parents et qu’ils ont le droit de choisir pour eux une école qui corresponde à leur propres convictions. Ce droit est fondamental. Les parents ont, autant que possible, le devoir de choisir les écoles qui les assisteront au mieux dans leur tâche d’éducateurs chrétiens (cf. GE 6). Les pouvoirs publics ont le devoir de garantir ce droit des parents et d’assurer les conditions réelles de son exercice.

La mission des parents

La mission des parents n’est pas du tout facile. Elle a des caractéristiques qui semblent opposées : savoir comprendre mais aussi exiger ; respecter la liberté des enfants tout en les guidant et corrigeant ; les aider dans les tâches sans leur éviter l’effort éducatif et la satisfaction de les avoir accomplies.

Les parents chrétiens doivent savoir demander et exiger plus. On ne peut pas se contenter d’éviter le pire, le mal ; ils devraient les éduquer dans les valeurs de la personne, qui sont sublimées par la foi, l’espérance et la charité : la liberté, la responsabilité, la maternité et paternité, le service, le travail, la solidarité, l’honnêteté, la joie de se savoir enfants de Dieu, etc.

Cela implique de dédier du temps pour les enfants, d’être avec eux, de connaître leurs défauts et leurs vertus et de les aimer sincèrement.

Une anecdote raconte qu’un couple un peu fatigué du comportement de son enfant cherchait un cadeau pour lui dans un magasin de jouets. Ils cherchaient quelque chose pour l’amuser, le maintenir dans le calme et surtout un jouet qui lui enlève la sensation de solitude. La dame qui gérait le magasin  leur répond avec un très bon sens: « je suis désolée, mais dans ce magasin on ne vend pas des parents… ».

Si l’amour a engendré l’enfant, cet amour doit l’accompagner au long de sa vie.

L’amour se montre aussi par l’exemple, qui est le meilleur éducateur. Les paroles s’envolent, mais l’exemple demeure, illumine la conduite et surtout entraîne à imiter.

Il est vrai que les parents doivent savoir récompenser les enfants mais le fait de donner trop de gratifications peut en revanche produire un effet de déception lorsque celles-là viendraient à manquer. L’enfant serait tenté de prendre ce manque pour une punition. L’enfant doit comprendre que la meilleure récompense c’est le fait de savoir que son devoir a été réalisé devant Dieu.

Nous devons nous rappeler cette loi basique : éduquer ne signifie pas faire que l’autre se trouve toujours content et satisfait d’avoir rassasié tous ses caprices et désirs. « Éduquer » veut dire conduire en dehors de lui-même, cela signifie un effort des parents et de l’enfant pour faire sortir de lui toute la richesse qu’il contient, et qui fera de lui une bonne personne, en plus de le rendre joyeux.

Un grand défi aujourd’hui pour les responsables de l’éducation des petits c’est évidement la formation de la conscience. Le monde sans Dieu fabrique actuellement des idéaux qui n’aident pas, qui sont par contre mauvais pour le développement de la personne et incapables de donner la joie. La solution ne consiste pas dans un régime de police, composé de contrôle et des châtiments. Il faut qu’ils arrivent à concevoir en eux des critères corrects, distinguer eux même le bon du mauvais, le bien du mal.

Nous devons montrer la beauté et l’humanité de la vertu, découvrir la beauté réelle qui existe dans l’accomplissement du bien. Il faut que l’enfant apprenne à se poser des questions sur la moralité de ses actes, la finalité qu’il cherche soit lorsqu’il commet une faute soit aussi lorsqu’il agit par vertu.

Nous formons aussi la conscience de quelqu’un lorsque nous le prévenons de la bonté ou de la malice de la conduite ou de l’action qu’il envisagait. Nous éduquons aussi l’esprit de l’enfant en montrant la décision que nous aurions prise à sa place et expliquant la raison : « moi, à ta place, je ferais cela ou cela ».

L’éducation de la conscience marche ensemble avec la formation de la liberté. Qui est celui qui est authentiquement libre ? Celui qui, une fois qu’il a connu la bonté d’un acte l’accomplit, parce qu’il veut le faire, par amour du bien.  Cas contraire, l’homme perd sa liberté. Par exemple, quelqu’un peut croire qu’il peut s’enlever la vie parce qu’il est libre, mais personne ne dirait que le suicide va l’améliorer comme personne, ni que le suicide le rendra plus libre dans cette vie…

Tout ce que l’on vient de dire serait impossible à réaliser sans l’aide nécessaire de Dieu, nous sommes des collaborateurs de Dieu dans le développement d’une personne.  Un enfant n’est pas « propriété » de ses parents, il appartient en définitive à Dieu.

Nous n’avons pas le droit de le faire à notre image et ressemblance. Notre tâche consiste à le faire à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Prions pour ne pas empêcher les enfants de venir à Dieu, prions la très Sainte Vierge Marie de former les enfants à l’image de Jésus, son Fils.

P. Luis Martinez, IVE.

Monastère “Bx. Charles de Foucauld”

“Abondance de paix pour ceux qui aiment ta loi”

Lire l’évangile du dimanche XXVI (Mc. 9, 38-48)

Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! »C’était le souhait de Moïse, nous l’avons entendu il y a quelques instants dans la première lecture. Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! Voyons que c’est un désir, pas une réalité accomplie, comme nous devons avoir aussi le désir que beaucoup d’autres reçoivent l’Esprit de Dieu.

Le texte de l’évangile de ce dimanche commence par une situation semblable à celle de la première lecture et l’évangéliste y ajoute deux autres enseignements du Seigneur, donnés peut être ce même jour ou dans un autre moment mais qui sont en étroite relation.

Le premier d’abord, Jean, le plus jeune des apôtres voit quelqu’un faire un exorcisme au nom de Jésus et vient le raconter en demandant simultanément de l’en empêcher, au centre de la réponse du Seigneur nous trouvons ces paroles : Celui qui n’est pas contre nous, est pour nous. C’est-à-dire qu’en fin de compte il nous aide, il fait le plan de Dieu, même s’il ne fait pas encore partie du groupe des apôtres ou disciples ; il est un instrument de Dieu dans cette situation concrète.

Juste après, il y l’autre enseignement : celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense. C’est-à-dire parce que vous êtes disciples du Christ.

Nous pouvons dire dans ce cas que Dieu aura envers lui une attention particulière. Le Seigneur donne une récompense, on ne peut pas conclure tout de suite que cela signifie le Ciel. C’est Dieu seulement celui qui sait comment bénir ces œuvres de charité.

Nous disons cela parce qu’il y a parfois une tendance erronée à dire qu’une personne tant qu’elle fait le bien est déjà prête pour entrer au Ciel et cela vaut pour tous (n’importe quelle religion).

Il faudrait penser plutôt que ces actes de charité  servent à  faire cheminer leurs acteurs vers la Vérité tout entière, qui est le Christ. Je dois donc me réjouir que ces gens qui ne connaissent pas Jésus-Christ fassent de bonnes œuvres et en même temps je dois prier pour que cela les conduise à découvrir pleinement la Vérité. Tandis que moi aussi en tant que chrétien je suis obligé de travailler pour grandir dans la connaissance de Jésus, et de montrer par mes actes la foi en Jésus-Christ et l’amour que j’ai pour Lui.

Parlons maintenant de la troisième partie de l’évangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous parle du scandale, on peut dire que le Seigneur est très dur dans ses paroles, mais ce qu’il faut dire c’est qu’Il est extrêmement réaliste, parce que la vie corporelle ou une partie de notre corps valent infiniment moins que le salut éternel. Encore pire, lorsque nous sommes l’occasion que d’autres perdent la vie éternelle à cause d’un péché.

Il faut remarquer que Jésus dit « mieux vaudrait pour lui (le coupable du scandale) qu’on lui attache au cou une de ces meules, il s’agissait de ces grosses pierres en forme de roue pour pouvoir la faire tourner et écraser les grains, qui pesait environ une tonne et demie ». Mieux voudrait pour lui, indique que le châtiment sera encore plus dur, que celui de le jeter au fond de la mer. Nous pouvons comparer cette sentence avec celle que Jésus donne sur Judas et sa trahison : « malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né » (Mt 26,24)

Quant à couper une partie du corps parce qu’elle constitue une cause de péché, cela ne doit pas nous surprendre. Si nous comparons la médecine, où parfois l’on ampute une partie du corps pour sauver la vie d’une personne si cela est possible (et nous en serons même d’accord) … alors combien plus il faudrait faire, lorsqu’il s’agit de la vie éternelle.

Une autre précision, l’enfer est qualifié de « géhenne » là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. Dans l’histoire du peuple d’Israël un roi impie, Achaz avait institué dans cet endroit (hors de la ville de Jérusalem) un lieu de sacrifice d’enfants en l’honneur du dieu du feu, Hinnom, d’où cette vallée était connue comme Guei ben Hinnom, Vallée des Fils de Hinnom, ce nom étant devenu ensuite en grec  Géhenne. Le temps passant, les juifs ont fait de cet endroit le lieu pour déposer et bruler les ordures de la ville, en signe de mépris à cause des abominations commises dans le passé. Et dans cette poubelle, le feu ne s’éteignait littéralement jamais et le ver de la putréfaction n’y mourait jamais non plus.

Alors, le Seigneur parle de « scandale » et nous allons parler brièvement de la signification du scandale dans le sens théologique : S. Jérôme le définit “comme un acte ou une parole dite par quelqu’un et qui fournit (ou constitue pour autrui) une occasion de chute”.

Saint Thomas d’Aquin y ajoute que la personne victime d’un scandale est celle qui subit un certain ébranlement de l’âme à l’égard du bien.

Ainsi le mot scandale, d’après S. Jérôme, vient du grec « scandalon » et signifie «faux pas », chute ou heurt du pied.

Il arrive parfois en effet qu’un obstacle se présente sur le chemin et qu’en le heurtant on s’expose à tomber. Cet obstacle est appelé scandale. Pareillement il arrive qu’au cours de l’itinéraire spirituel, les paroles et les actions d’autrui exposent à la chute spirituelle dans la mesure où cet autre, par ses conseils, ses suggestions ou son exemple, entraîne au péché.

C’est proprement cela qu’on appelle scandale. Or, rien en raison de sa nature propre, n’expose à la chute spirituelle, sinon le défaut de rectitude, c’est-à-dire le fait de corrompre la bonté d’une chose et de devenir ainsi une occasion de péché pour quelqu’un. Voilà pourquoi cette définition du scandale est bonne : “Une parole ou un acte peu régulier offrant une occasion de chute.”

Alors, faisons attention à ne pas dire “qui offre une cause de chute” , il faut dire plutôt “qui offre une occasion ” parce que les paroles, les actes ou les désirs d’un autre ne peuvent être qu’une cause imparfaite de péché, conduisant plus ou moins à la chute. Parce que personne ne peut nous obliger à commettre un péché, le péché est commis avec notre volonté, librement, en  toute liberté, car celui qui scandalise est une occasion de péché mais non sa cause.

Alors si je suis l’occasion ou bien si je mets quelqu’un en occasion de péché, cela est toujours un péché. Soit d’abord parce que l’action même que je fais est un péché ; ou encore, si ce que je fais a l’apparence du péché, il faut donc toujours m’en abstenir par charité envers le prochain, car la charité impose à chacun de veiller au salut de son prochain ; et pour cela celui qui ne s’abstient pas agit contrairement à la charité.

Par exemple avec les paroles, lorsque j’incite les amis à médire, à dire du mal des autres, à insulter, à tenter l’imagination (« la folle de la maison ») à travers mes paroles j’entraîne les autres vers le péché. Cela concerne encore la façon de nous habiller, de nous comporter devant les autres pour attirer l’attention, ce qui touche aussi la pudeur de chaque personne. En général pour éviter le scandale, toute notre conduite, la façon de nous comporter et agir doit être droite, cherchant toujours vivre comme de bons chrétiens.

Alors, comme on vient de le dire, nous devons éviter tout ce qui peut être une occasion de chute pour le prochain.

Mais, comment faire pour ne pas succomber dans la tentation, lorsque nous sommes victimes du scandale ? Saint Thomas d’Aquin nous dit avec sagesse que celui qui est fort dans la vie spirituelle, ne peut être facilement entraîné dans le péché :

“Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur sont comme le mont Sion ; celui qui habite Jérusalem ne sera jamais ébranlé.” Voilà pourquoi, en ceux qui adhèrent parfaitement à Dieu par l’amour, le scandale ne se trouve pas, selon le mot du Psaume (119, 165) : “Abondance de paix pour ceux qui aiment ta loi, et il n’y a pas en eux de scandale.” Pour cette raison, nous devons toujours rechercher de vivre une vie sainte, vivant en esprit dans la Jérusalem Céleste qui est le Ciel, ayant dans notre cœur le trésor de la grâce, recevant habituellement les sacrements, spécialement celui de la Pénitence et l’Eucharistie, l’avant-goût du Ciel qui nous rend surtout forts pour combattre le péché dans cette vie.

Demandons à la très sainte Vierge Marie cette grâce.

P. Luis Martinez V. E.