Nous venons d’accomplir un beau geste répété par l’Eglise depuis longtemps, c’est la procession des cierges, qui a donné son origine à la « chandeleur ». On célébrait déjà cette fête au IV siècle à Jérusalem, mais on croit qu’elle était aussi présente dans d’autres églises.
L’évangile qui l’inspire c’est celui de la présentation du Seigneur au temple de Jérusalem, on vient de l’entendre. C’est pour cela que les grecs appelaient à cette fête, la Hypapante, fête de la rencontre, elle fait référence au moment où le grand prêtre Syméon et la prophétesse Anne rencontrent l’enfant Jésus ; mais il faut savoir que nous aussi, nous sommes venus à l’Eglise rencontrer le Seigneur ; ou plutôt c’est lui qui vient à notre rencontre et nous sortons avec nos lampes allumées comme le dit la parabole.
Alors pour nous cette fête a encore d’autres significations dont il est beau de se souvenir : comme nous le savons, elle se trouve à mi-chemin entre Noël et la fête de la Pâque, avec la procession des cierges prépare l’esprit pour la Pâque et pour ce grand temps de préparation, qui est le carême.
Selon la tradition juive, quarante jours après la naissance, un enfant garçon devait être présenté à Dieu, il devait être offert à Dieu, consacré : selon la loi, le tout premier né mâle appartenait à Dieu, les animaux devaient être offerts en sacrifice et les enfants étaient rachetés. Les parents devaient offrir un mouton en holocauste et une tourterelle pour la purification de la mère (selon la loi, elle restait impure tout ce temps après la naissance) ; mais s’il s’agissait d’une famille pauvre, à la place d’un mouton, elle pouvait offrir une autre tourterelle, comme nous le voyons, c’est le cas pour la sainte Famille. La Mère qui portait l’Agneau de Dieu venu sauver ce monde n’avait pas d’agneau à offrir, en dehors de l’Agneau de Dieu. Marie accepte aussi l’humiliation du rite de purification, elle qui avait été conçue sans tâche.
Alors, l’évangile nous enseigne que Syméon bénit les parents, mais qu’il ne bénit pas l’Enfant, et il est évident, car sur Lui reposaient déjà toutes les bénédictions. Le prêtre s’adresse à la Mère, c’est elle qui portera l’épée des douleurs et pas saint Joseph :
« Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction… » L’enfant suscitera une terrible contradiction entre le bien et le mal, arrachant le masque de chacun et provocant ainsi une haine implacable envers lui. Il allait être maintenant une pierre d’achoppement, un glaive qui séparerait le bien du mal, une pierre de touche qui allait révéler les secrètes dispositions des cœurs.
Mais il ne faut pas comprendre que le Seigneur serait « la cause de chute », plutôt ce mot est plutôt mis en juxtaposition avec le deuxième, ensemble ces mots veulent signifier que « ceux qui n’accepteront pas Notre Seigneur ne pourront pas se relever de l’état déchu, et ceux qui veulent l’accueillir dans leur cœur pourront se relever de l’état auquel le péché les avait condamnés ». En fait, la mission de l’Enfant ne serait pas de juger mais de racheter les hommes, et malgré cela beaucoup, à cause de leurs péchés, détesteraient Sa Venue.
L’on parlait
de la Pâque et de la relation avec cette fête ; et Marie, à partir de ce
moment, a compris que si l’Enfant était consacré pour la souffrance, elle l’était
elle aussi.
« A peine cette jeune vie avait-elle pris son départ que Syméon, tel un vieux marin, parlait de son naufrage. La coupe d’amertume n’avait pas encore été présentée par le Père aux lèvres de l’Enfant, que déjà un glaive était montré à sa Mère. »
Pratiquement Syméon désigne Jésus comme le « divin agitateur» qui invitera les cœurs humains à choisir entre le bien et le mal, une fois mis en sa présence, ils devront opter pour la lumière ou pour les ténèbres, chacun est obligé de découvrir ses pensées intimes sur la bonté aussi bien que sur Dieu.
De même que le Soleil avec ses rayons peut amollir la cire et au même temps durcir la boue, de même la présence du Seigneur peut transformer la vie des uns ou démasquer les désirs pleins de haine et d’orgueil des autres, comme nous le voyons dans la vie du Seigneur.
Dans ce simple moment qui n’a dû durer que quelques minutes, la vie du Christ était encore une fois exposée en prophétie. A 40 jours de sa naissance, l’enfant touchait sa croix, encore plus la passion se signait sur son front, cette lumière que l’ancien avait chantée, illuminait déjà une croix qui sera placée non loin de ce temple.
Lorsqu’on pose des questions sur les raisons du célibat, on doit faire attention à ne pas donner des réponses faciles, mais qui, fondamentalement, ne répondent pas adéquatement au problème.
Un peu d’histoire
Historiquement, nous savons que Jésus-Christ, dans le Nouveau Testament, ne l’a pas imposé bien qu’il l’ait recommandé, à la fois par son propre exemple (il était vierge) soit explicitement comme l’idéal de la vie chrétienne pour le Royaume des Cieux (cf. Mt 19,12; 19 , 29). Il en est de même de saint Paul (cf. 1 Co 7,7 et ss). Dans l’Antiquité chrétienne, les Pères et les écrivains ecclésiastiques témoignent de la diffusion, tant en Occident qu’en Orient, de la libre pratique du célibat parmi les ministres sacrés pour la grande convenance qui existe avec le dévouement total au service de Dieu et de son Église.
L’Église d’Occident, depuis le début du quatrième siècle, a corroboré, étendu et sanctionné cette pratique. Même (et cela doit être noté) en période de grand déclin moral parmi le clergé car elle a toujours vu dans le célibat une grâce et un don qu’elle devait conserver. L’obligation de célibat a été solennellement sanctionnée par le Concile de Trente [1] et incluse dans le Code de droit canonique: «Les clercs sont tenus d’observer la continence parfaite et perpétuelle du Royaume des cieux et sont donc soumis au célibat , qui est un don particulier de Dieu, par lequel les ministres sacrés peuvent plus facilement adhérer au Christ avec un cœur sans partage et se consacrer plus librement au service de Dieu et des hommes »[2].
La législation des Églises orientales n’est différente que dans une certaine mesure. Le Conseil « in Trullo », en 692, a sanctionné la coutume d’exiger la continence absolue des évêques, tout en accordant la permission de se marier pour tout le bas clergé avant l’ordination; mais non après. Par conséquent, en Orient, il existe également une tradition de célibat (pour les évêques, qui ont la plénitude de la prêtrise, et pour les prêtres qui ont été ordonnés sans s’être mariés auparavant) [3].
I. Les raisons du célibat
Comme l’a
souligné le Concile Vatican II, le célibat « n’est pas exigé par la nature même
du sacerdoce » (en fait, dans l’Église primitive, il y avait une pratique
courante du sacerdoce célibataire et du sacerdoce pour les hommes déjà mariés ,
qui est également toujours utilisé dans la tradition de la Églises orientales),
mais néanmoins «le célibat a de multiples convenances avec le sacerdoce »
[4]. Notons cette distinction : elle
n’est pas requise par la nature, mais il y a une harmonie multiple avec cette
nature. Cela signifie qu’entre le sacerdoce et le célibat, il existe de
multiples raisons de convenance. Quelles sont donc ces raisons ?
1) La convenance avec la nature même
du sacerdoce [5].
Le sacerdoce ministériel est une configuration avec Jésus-Christ, le seul prêtre. Le célibat rend plus radicale cette configuration.
En effet, le
prêtre est un autre Christ sacramentel, ontologiquement assimilé, en vertu de
son «character», au Verbe Incarné, au Christ prêtre immolé sur la croix et au
Christ ressuscité.
Alors donc,
la virginité fait partie de la création renouvelée par le Christ, le nouvel
Adam. Il est entré dans le monde et dans l’histoire pour fonder ce nouvel ordre
de choses qui n’était pas un hommage à la chair et au sang, l’économie du Saint-Esprit.
Par conséquent, étant prêtre d’une nouvelle humanité, il ne doit pas naître
comme les autres hommes mais de l’Esprit Saint et de la Vierge Marie. Saint
Ambroise a écrit: «Adam est né de la terre vierge, le Christ de la Vierge» [6].
Ainsi, n’est-il pas convenable pour le prêtre, configuré en vertu de son « character »
immuable et en appartenance perpétuelle au Christ, unique médiateur, de
traduire cette appartenance par son célibat qui le fait vivre exclusivement
pour son Maître ? Du fait que Jésus devait naître d’une Vierge, saint Cyrille
de Jérusalem en déduit que «tout prêtre qui veut servir le Fils de Dieu comme
il se doit, doit s’abstenir de la femme» [7].
De même, le Christ, prêtre de l’humanité, se rend solidaire avec nous en assumant notre chair de péché (cf. Rm 8,3). Mais cette chair de péché était par Lui définitivement immolée sur la croix (cf. Rm 8,3; Ep 2,14-16). Le Christ est mort à la chair une fois pour toutes ; les chrétiens unis à Lui ne sont plus dans la chair (cf. Rm 7,5; 8,9); ils sont crucifiés (cf. Gal 5,24) et en sont dépouillés par le baptême (cf. Col 2,11). Ils marchent dans la chair, mais ils n’y sont pas soumis (cf. 2Cor 10.3) et ils la dominent par leur union avec le Christ dans la foi (cf. Gal 2,20). Et parmi tous les chrétiens, les vierges dominent la chair à un point tel qu’elles sont volontairement déracinées de la chair et tentent de vivre au-dessus de ce monde qui passe, comme si les lois de ce monde n’avaient plus à faire avec elles.
Il est
logique que le prêtre, configuré avec le Christ immolé et mort à la chair, soit
aussi, par son célibat, déraciné de la sphère charnelle, afin d’être le plus
près possible de Lui.
2) Convenance psychologique du célibat
: il permet de se consacrer exclusivement au Christ.
Sur le plan psychologique, le célibat n’est pas un renoncement à l’amour ; il est plutôt amour et signe de l’amour. Tertullien l’a déjà proclamé comme une union de divins fiancés : “ Combien nous en voyons dans les ordres sacrés qui ont embrassé la continence ont donc préféré épouser Dieu ; ils ont restauré l’honneur de leur chair et, enfants du temps, se sont consacrés à l’éternité, mortifiant en soi la convoitise du désir et tout ce qui est exclu du paradis »[8].
Il est de toute évidence, comme le dit saint Grégoire, que sans charité “la chasteté n’est pas grande”; elle n’est valable que par l’amour qui l’inspire et pour l’amour le plus élevé auquel elle conduit [9]. C’est pourquoi saint Paul voit dans le chrétien non lié par les liens du mariage, un homme qui se soucie des choses du Seigneur, comment plaire au Seigneur, tandis que l’homme marié se soucie des choses du monde, comment plaire à sa femme et, pour cette raison, est divisé (cf. 1Cor 7,29-34). La chasteté donne à l’amour le visage austère de la croix, le même signe par lequel Dieu a choisi de nous aimer, parce que son amour pour nous s’est exprimé dans le sacrifice de lui-même pour nous sauver.
3) Convenance sociale du célibat : il
accorde un amour universel
La chasteté sacerdotale accorde au prêtre d’aimer avec un amour universel offert à tous, avec un amour transcendant à la manière de l’amour paternel de Dieu. Le célibat du prêtre unit le prêtre indivisiblement à la communauté et le met à son service pour une paternité supérieure. Origène a déjà dit (3e siècle): “ Dans l’Église, les prêtres peuvent aussi avoir des enfants, mais de la manière qui a été dite: « Mes enfants, pour qui je souffre à nouveau de douleurs d’enfantement, jusqu’à ce que le Christ se forme en vous » (Gal 4 , 19) »[10]. Saint Ephrem a félicité un évêque du nom d’Abraham en disant: «Vous honorez votre nom, car vous êtes devenu le père de beaucoup; et pourtant vous n’avez pas de femme, comme Abraham avait Sara . Ta femme est ton troupeau » [11].
4) Dimension eschatologique du célibat
: c’est un signe de vie future [12]
Le Seigneur
a dit aux Sadducéens : « Les enfants de ce monde prennent femme et
mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et
à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils
ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants
de Dieu et enfants de la résurrection (Lc 20,34-36).
Par le
sacrifice de l’amour charnel humain, le prêtre qui, par métier, doit orienter
les hommes vers le monde à venir, est déjà une anticipation vivante de cette
nouvelle humanité. Sa chasteté est une immense avancée vers le futur, a une
valeur eschatologique et amène le monde actuel dans le futur. Comme le
dit Saint Paul : Frères, je dois vous le dire : le temps est limité. Dès
lors, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de
femme … ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas
vraiment. Car il passe, ce monde tel que nous le voyons. (1 Co 7,29.31).
II. Quelques objections courantes
contre le célibat
Reprenons
maintenant quelques-unes des principales objections qui sont souvent entendues
contre le célibat.
1ère objection : le célibat (chasteté
parfaite) est tout simplement impossible à réaliser.
Réponse : Bien qu’il n’y ait pas beaucoup de
gens qui mettent cette objection de façon frontale, nous devons reconnaître que
certains l’utilisent encore ; c’est pourquoi nous devons y réfléchir.
La réponse
est un argument très élémentaire : il y a des gens (et beaucoup) qui ont vécu
et vivent (et avec bonheur) la chasteté perpétuelle, donc la chasteté est
possible.
Paul VI le
dit avec de belles paroles quand il se souvient : « la voix séculaire et
solennelle des Pasteurs de l’Eglise, des maîtres spirituels, du témoignage vécu
d’une légion innombrable de saints et de fidèles ministres de Dieu, qui ont
fait du célibat la réalité intime et le signe visible de leur donation totale
et joyeuse au mystère du Christ. Non, cette voix garde sa force et sa sérénité
; elle ne nous vient pas du seul passé, mais elle parle encore maintenant.
Toujours attentif à scruter la réalité, Nous ne pouvons fermer les yeux à cette
réalité étonnante et magnifique : de nos jours encore il y a dans la sainte
Eglise de Dieu, en toutes les parties du monde où elle a planté ses tentes, des
ministres sacrés sans nombre – diacres, prêtres, évêques – qui vivent en toute
pureté le célibat volontaire et consacré »[13].
2ème objection : le célibat
n’apparaît pas comme requis dans le Nouveau Testament aux ministres sacrés,
mais il est plutôt proposé comme réponse libre à une vocation spéciale ou
charisme (cf. Mt 19, 11-12). Jésus lui-même n’a pas imposé cette condition à
ses apôtres, ni celle-ci était une condition pour désigner ceux qui dirigeaient
les premières communautés chrétiennes (cf. 1 Tm 3.2-5; Tit 1.5-6).
Réponse : c’est vrai. Mais il est également
vrai qu’il a donné aux apôtres et à leurs successeurs légitimes le pouvoir de réglementer
sur les sacrements et sur la vie de l’Église (« tout ce que tu auras lié
sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la
terre sera délié dans les cieux »). D’un autre côté, il est clair que
Jésus a personnellement donné l’exemple de la virginité ; et il a recommandé la
virginité (Mt 19,12: « Parce que … il y en a qui ont choisi de ne pas se
marier à cause du royaume des Cieux. Celui qui peut comprendre, qu’il
comprenne ! ; cf. aussi l’invitation de Mt 19,29). Et le même exemple
et le même conseil ont été donnés par l’apôtre Paul (cf. 1 Co 7,7). Par
conséquent, dès les premiers temps, de nombreux membres du clergé ont choisi la
virginité consacrée. Tenant compte, au fil du temps, l’Église a sanctionné les
deux traditions : en Orient déjà en 692 dans le concile « in Trullo »
(à Constantinople) a été sanctionnée la coutume actuelle pour les catholiques
orientaux (continence absolue pour les évêques ; et permission de se marier
pour tout le bas clergé avant l’ordination); en Occident, le célibat
obligatoire a été déterminé pour tous les prêtres au Conseil d’Elvire (entre
295 et 304) [14].
3ème objection : La relation établie
entre le sacerdoce ministériel et la virginité sacrée s’explique par une vision
historique inspirée d’un pessimisme excessif sur la condition humaine de la
chair et de la sexualité comme indigne d’entrer en contact avec des choses
sacrées.
Réponse: On ne peut nier qu’il y a eu des auteurs ecclésiastiques qui ont laissé des écrits sur la sexualité avec des tons assez pessimistes; mais il est évident que le Magistère de l’Église a toujours eu une haute estime pour le mariage chrétien, comme on peut le lire dans tant de documents consacrés à ce sacrement; pour cette raison, il est impossible affirmer avec fondement que la principale raison de la promulgation de la loi sur le célibat ait été une sous-estimation du mariage ou de la sexualité. Au contraire, ce qui préparait la loi écrite du célibat et ce qui a permis son acceptation, depuis le troisième siècle, était la coutume du célibat chez de nombreux membres du clergé et la diffusion, en Orient comme en Occident, de la libre pratique entre les ministres sacrés. En témoignent de nombreux écrivains et Pères ecclésiastiques tels que Tertullien, Saint Epiphanie, Saint Ephrem, Eusèbe de Césarée, Saint Cyrille de Jérusalem, Saint Ambroise de Milan, Saint Augustin, Saint Jérôme [15].
4ème objection : à proprement parler,
le charisme de la vocation sacerdotale ne coïncide pas avec le charisme de la
chasteté parfaite (c’est le cas par exemple des prêtres orientaux mariés) ;
c’est pourquoi il n’est pas juste éloigner du sacerdoce ceux qui ont une « vocation
ministérielle » du sacerdoce, mais qui n’ont pas de « vocation
célibataire ».
Réponse : Paul VI répond à cette objection en rappelant
qu’il est vrai que les deux charismes ne coïncident pas. Cependant, doit-on se
souvenir également que «la vocation sacerdotale, encore qu’elle soit divine en
son inspiration, ne devient pas définitive et efficace sans l’approbation et
l’acceptation de ceux qui dans l’Eglise ont le pouvoir et la responsabilité du
ministère pour la communauté ecclésiale. Il appartient ainsi à l’autorité de
l’Eglise d’établir, selon les temps et les lieux, les qualités à requérir
concrètement des candidats pour qu’ils soient jugés aptes au service religieux
et pastoral de cette même Eglise. » [ 16].
5ème objection : le célibat est une
des causes de la diminution des vocations au sacerdoce (car le poids de
l’obligation du célibat en éloigne beaucoup). S’il était supprimé, cela
résoudrait le problème.
Réponse : Tout d’abord, l’erreur de cette
objection est mise en évidence par les faits : les églises orthodoxes et
évangéliques déclarent que malgré l’autorisation de mariage elles n’augmentent
pas leur vocation (et dans certains cas elles diminuent jusqu’à l’extinction)
[17]. Paul VI a écrit : « C’est surtout d’autres côtés qu’il faut chercher la
cause de la diminution des vocations sacerdotales: par exemple, dans la perte
ou l’affaiblissement du sens de Dieu et du sacré au niveau individuel et parmi
les familles, dans le fait qu’on estime moins ou qu’on méconnaît l’Eglise comme
l’institution qui apporte le salut par la foi et les sacrements. Il faut donc,
dans l’étude du problème, aller aux éléments vraiment fondamentaux. » [18].
En plus : «Notre
Seigneur Jésus-Christ n’a pas hésité à confier à une poignée d’hommes que tout
le monde aurait jugés insuffisants en nombre et en qualité, la charge écrasante
d’évangéliser le monde connu d’alors. A ce “petit troupeau”, il
enjoignit de ne pas perdre courage (Luc 12, 32), parce qu’il remporterait
avec Lui et par Lui, grâce à son assistance toujours présente (Mt. 28,
20), la victoire sur le monde (Jean 16, 33) … Les projets et la prudence
humaines ne peuvent usurper le rôle de la mystérieuse sagesse de Celui qui au
cours de l’histoire a défié par sa folie et sa faiblesse la sagesse et la
puissance de l’homme (1 Cor. 1, 20-31). » [19].
6ème objection : Beaucoup de prêtres
vivent mal leur célibat, ils remplissent ainsi l’Église de douleur et sont cause
de scandale pour les fidèles. L’obligation de célibat supprimée, le problème
est résolu.
Réponse : C’est une fausse solution et il est
dégradant pour les prêtres de penser seulement cela (d’y seulement penser ?).
Le célibat est un don et une grâce, pour le prêtre et pour l’Église. En soi, il
renforce le sacerdoce. Le supprimer parce que certains prêtres ne le vivent pas
bien n’est donc pas une solution.
La solution
est que puissent accéder au sacerdoce ceux qui acceptent librement de vivre correctement
; et qu’une fois ordonné ils procurent les moyens ordinaires pour garder et protéger
la vocation et la chasteté.
Personne n’est obligé de faire la promesse du célibat ; mais une fois faite, on est tenu d’être fidèle à sa parole. De la même manière que personne n’est obligé de se marier, mais une fois marié, il est obligé de rester fidèle à son conjoint.
Est-ce que
cela promet moins de garder le célibat que la parole donnée dans le mariage ?
Certains maris et femmes, et peut-être beaucoup, ne sont pas fidèles à leur conjoint
; faudrait-il supprimer la monogamie ou la fidélité matrimoniale pour résoudre
les problèmes conjugaux ?
7ème objection : Le prêtre, en vertu
du célibat, se trouve dans une situation physique et psychologique contre
nature et nuisible à l’équilibre et à la maturation de sa personnalité humaine.
Réponse : « l’Eglise ne peut ni ne doit
ignorer que c’est la grâce qui préside au choix du célibat – pourvu qu’on le
fasse en toute prudence humaine et chrétienne, de manière responsable. Or la
grâce ne détruit pas la nature et ne lui fait pas violence, mais elle l’élève
et lui donne des capacités et des énergies surnaturelles. Dieu, qui a créé
l’homme et l’a racheté, sait ce qu’il peut lui demander et lui donne tout ce
qu’il faut pour accomplir ce que lui demande son Créateur et Rédempteur. Saint
Augustin, avec sa large et douloureuse expérience de ce qu’est la nature de
l’homme s’écriait : “Seigneur, donne-nous ce que Toi-même Tu commandes et
commande ce que Tu veux” ». [20].
Pour cette
raison, « d’après les acquisitions désormais assurées de la science, on n’a pas
le droit de redire encore (cf. n. 10) que le célibat est contre-nature du fait
qu’il s’oppose à des exigences physiques, psychologiques et affectives
légitimes, auxquelles il faudrait nécessairement donner satisfaction pour
permettre la complète maturité de la personne humaine. L’homme, créé à l’image
et à la ressemblance de Dieu (Genèse 1, 26-27), n’est pas composé
seulement de chair et l’instinct sexuel n’est pas tout en lui. L’homme est
aussi et avant tout intelligence, volonté, liberté : ces facultés le rendent
supérieur à l’univers et obligent à le regarder comme tel ; elles lui donnent
de pouvoir maîtriser ses tendances physiques, psychologiques et affectives. » [21].
8ème objection : le célibat n’est
obligatoire que pour l’Église latine et non pour l’orientale. Alors pourquoi ne
pas opter pour le célibat dans tous les rites catholiques ?
Réponse : La place du célibat dans l’Église du
rite oriental n’est pas bien exprimée dans l’objection. Les Églises catholiques
de rite oriental ont le célibat et aussi la tradition du sacerdoce marié. La
valeur que les Pères orientaux ont toujours donnée à la chasteté sacerdotale
est remarquable. Par exemple, saint Grégoire de Nisse déclarait que «la vie virginale
est l’image du bonheur qui nous attend dans le monde futur » [22]; et Saint
Jean Chrysostome: «quiconque s’approche au sacerdoce doit être pur comme s’il
était au ciel» [23].
Et le célibat est obligatoire dans certains cas : seuls les prêtres célibataires peuvent être évêques ; et les prêtres eux-mêmes ne peuvent pas se marier après leur ordination sacerdotale. « D’où il apparaît en quel sens ces Eglises si respectables possèdent jusqu’à un certain point le principe du sacerdoce célibataire et celui d’une certaine convenance entre le célibat et le sacerdoce chrétien, dont les Evêques possèdent le couronnement et la plénitude ».