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Comment découvrir une vocation divine?

SIGNES D’UNE VÉRITABLE VOCATION

Ce texte pris d’un très beau livre « Vocation, les chercher les trouver, les examiner », nous offre un grand éventail de signes concrets pour pouvoir découvrir une vocation, chez quelqu’un d’autre (un enfant, un jeune homme, une jeune fille) ou bien en nous même, si dans un moment de notre vie nous nous sentons appelés par Dieu à donner totalement notre vie.

Article pris du site : « 40horas » Auteur P. E. Busuttil SI

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1) La peur du monde et de ses dangers.

            Il ne s’agit pas de lâcheté, c’est-à-dire de la peur d’être maltraités ou de ne pas pouvoir mener une vie bourgeoise et sereine. Il s’agit plutôt d’une véritable prise de conscience de la malveillance spirituelle et morale du monde et de la grave difficulté de rester fidèle à la Loi de Dieu.

Et si nous sommes sincères :  

Combien il est difficile de rester pur dans le monde avec tant d’incitations, d’exemples et de tentations venant de toutes sortes de personnes, d’entreprises, de lectures et de circonstances de la vie !   

Comment pouvons-nous être bons dans un monde où il est insensé d’être loyal, répugnant d’être chrétien, anormal de ne pas être bestialement impur, proie facile d’être consciencieux ?  

Il est vrai que dans le monde il y a aussi des saints, mais à quel prix ? Quel tempérament doivent avoir les chrétiens ? Après mille chutes et une vie chaotique, ils peuvent atteindre effectivement un certain niveau de bonté, et grace à une forte intervention divine….. 

Est-ce que je pense qu’il est possible pour moi de traverser ce bourbier sans devenir boueux ?  

Beaucoup de jeunes, à la vue d’un tel spectacle infâme du monde, n’en ressentent rien. Ils ne pensent pas ou n’aspirent pas à être bons. D’autres, au contraire, se sentent troublés et bouleversés ; cela signifie qu’ils portent dans leur cœur la semence d’une voie élevée et sainte, c’est-à-dire la vocation. 

 2) Attirance pour la pureté

Bienheureux les cœurs purs car ils verront Dieu, et même bien des fois… ils le toucheront dans les mystères divins. Parfois, on rencontre des jeunes qui sont une exception, ils traversent un monde de péché et il semble qu’ils ne ressentent rien, ils vivent dans certaines situations difficiles et se déplacent comme s’ils étaient aveugles, ils sont pleins de vie et de force et complètement maîtres d’eux-mêmes. 

On voit que pour eux, il y a une Providence spéciale. Alors que d’autres, dans des circonstances moins dangereuses, tombent, eux … rien, et bien souvent sans grand effort. Dieu les préserve intacts ; l’Ange de la Pureté met le bouclier de ses ailes devant leurs yeux et ils ne voient pas, n’entendent pas et ne comprennent pas, savent mais ne réalisent pas.   

Pourquoi Dieu les garde-t-il intacts ? Certainement pour une raison quelconque. Dieu travaille toujours dans un but précis. Très probablement parce qu’il veut les mettre sur le chemin qui ne peut être parcouru sans pureté. Et plus encore s’il s’agit d’un jeune qui sait, qui a vu, qui comprend et qui a peut-être ressenti en lui les passions les plus violentes mais qui a trouvé dans la grâce et un peu dans son caractère la force et l’énergie pour ne pas tomber. Il est donc clair qu’il y a le doigt de Dieu et que nous sommes en face d’un jeune homme appelé à la perfection. 

Il est également très clair lorsqu’il y a ce que les ascètes appellent « l’instinct » de pureté. C’est quelque chose qui ne peut être défini ou décrit, mais qui rend néanmoins l’âme si délicate qu’elle évite toute ombre d’impureté, et peut-être même sans savoir ce que signifie la pureté. C’est comme les paupières qui se ferment instinctivement dès qu’un moustique indésirable s’approche de l’œil. C’est comme un instinct de virginité, une aversion presque naturelle pour le péché impur.   

Comme Sainte Marguerite Marie Alacoque, qui à l’âge de trois ans, sans savoir ce que cela signifiait, fait vœu de virginité. Sainte Rose de Lima fait de même à l’âge de cinq ans.   

Saint Louis de Gonzague à l’âge de huit ans, en prévient également la tentation. C’est un privilège spécial de Dieu ! 

Lorsqu’une grâce aussi sublime se trouve dans une âme, il est très clair que Dieu ne veut pas qu’elle mène une vie commune et presque insignifiante. Il veut certainement qu’elle se distingue dans la vie de sainteté et qu’elle fasse de grandes choses pour sa gloire.   

3) Désir d’avoir une vocation 

            Combien de fois, quand vous voyez un religieux passer dans la rue, vous dites en votre cœur : « Heureux, si seulement j’avais moi aussi une vocation, la grâce d’être comme lui ! »

Ce désir ne vient sûrement pas du diable ni même de la nature même de chacun, car nous savons tous que la vie d’un religieux est une vie pleine de sacrifices et de renoncements.   

C’est pourquoi il y a quelque chose de surnaturel dans ce qui plaît et attire.

Lorsqu’un jeune commence à avoir ce désir secret, il peut très bien se douter qu’il est sous l’action de Dieu. Même si ce désir n’existe pas actuellement, s’il a déjà existé dans le passé, il ne doit pas être méprisé, mais il doit être examiné et les causes pour lesquelles il a été abandonné doivent être revues. Peut-être est-ce une grâce de Dieu qui a été perdue à cause d’une conduite indigne, peut-être est-elle seulement endormie et alors elle peut être réveillée par la prière. 

C’est un désir qui se fait sentir de temps en temps et qui revit dans la prière ou après la Sainte Communion ou dans les jours de calme et les Exercices Spirituels. Lorsque l’âme entre en contact avec Dieu, Dieu lui parle plus clairement. 

Et souvent, ce désir indéfini atteint la certitude de la conviction : « Oui, je vais devenir religieux ; le reste ne vaut rien ; c’est ce qui est bon pour moi… ».   

Ici, Dieu appelle clairement. 

            Un jour, un jeune garçon de quinze ans est venu me voir :

– Père, j’ai besoin de prières, priez pour moi !  

Ses yeux étaient pleins de larmes. 

            -Bien mais, qu’est-ce que vous voulez obtenir ?  

-J’ai un grand désir de devenir prêtre, mais je crains de ne pas y arriver. Je crains de ne pas avoir la vocation. Mais je veux l’avoir. Je ne sais pas si c’est un péché, mais je veux vraiment cette grâce !  

J’ai souri. Quel signe plus clair ce garçon voulait-il pour être sûr que Dieu l’appelait ? 

Le père Doyle dit : t’est-il venu à l’esprit de te demander : Comment puis-je savoir si j’ai la vocation ou non ? Ce serait suffisant pour te donner un vrai signe de ta vocation.[1] 

Mais il pourrait s’agir d’une velléité ! C’est vrai. C’est précisément pour cela qu’il faut cultiver ce désir, le demander et ensuite attendre que le temps fasse son office. Un désir qui dure trois mois ne peut pas être une chose passagère. Et s’il dure un an chez un jeune de quinze ans, alors on peut dire que c’est une chose très sérieuse.   

 4) Conscience de la vanité des choses terrestres.

Tout fini, tout est vain. Cela vaut-il la peine de passer toute une vie à la recherche de ces biens sans valeur, dépassés, incapables de donner une minute de bonheur serein ?               

Et ce sentiment s’infiltre sournoisement pendant les amusements ou peu de temps après. Quelle folie que la manière de penser et d’agir des hommes ! Tout est artificiel, tout est passager !   

J’étais présent lors d’une conversation entre deux jeunes hommes. L’un d’eux parlait de ses projets de carrière, de richesse et de gloire. L’autre, de temps en temps, intervenait : « À quoi bon tout cela ? À quoi cela va-t-il te servir ? A quoi te servent les applaudissements et de l’estime de tous ? »  

J’ai été impressionné et j’ai voulu lui demander en aparté.   

-Et toi que veux-tu ?  

-Je ne sais pas ; j’espère que Dieu me donnera la grâce de devenir prêtre. Je ne veux pas posséder autant de futilités que mon ami ! Quelle naïveté ! Je ne comprends pas le plaisir qu’il trouve à vouloir être riche et puissant….  

Et puis il a ajouté :  

-Ce n’est pas ça la grandeur ! 

Le cas d’Eva Lavallière est encore récent. Ce soir-là, ils l’ont fait revenir sur scène à plusieurs reprises pour la saluer avec effusion. Les applaudissements du public en délire ont montré qu’ils voyaient en elle la diva, la reine de la scène. Mais peu après la représentation, elle s’est rapidement changée et a emprunté un chemin solitaire vers la Seine. Le regard perdu, le pas incertain, le front plissé, indiquaient clairement qu’elle souffrait d’une tempête dans son cœur. Exactement ! C’était l’amertume désespérée qui laisse dans le cœur la gloire humaine mensongère qui n’est capable de rassasier que ceux qui n’ont pas de nobles sentiments. Eva Lavallière a pensé se jeter dans la rivière et en finir pour toujours avec cette vie qui ne savait pas lui donner ce dont elle avait besoin. Et de façon désespérée, elle a crié au batelier qui l’a récupérée :  

-Laissez-moi tranquille, je suis la femme la plus malheureuse du monde, je suis désespérée !  Plus tard, lorsqu’après son noviciat elle a prononcé ses vœux religieux dans un monastère, elle a dit aux journalistes qui voulaient l’interviewer pour publier les détails passionnants de ce changement extraordinaire :    

-Dites à tout le monde que je suis la femme la plus heureuse du monde !

Ce mépris du monde frise parfois la haine, un sentiment que Jésus lui-même avait, car il maudit le monde et ne voulut pas prier pour lui. Remarquons que ce n’est pas de la haine envers les hommes, mais plutôt envers la façon de penser, d’agir et de considérer les choses qu’ont ceux qui vivent selon les maximes du monde.

5) Attirance pour la prière

            Un désir indicible de se sentir uni à Dieu, de converser avec Lui, de prier. Vouloir être seul, presque se cacher ; aimer, penser et prier. Le jeune sent qu’il veut prier, il est assailli par la peur de ne pas prier assez, et dans la prière il trouve le calme et la joie parce qu’il prie ou parce qu’il a prié. 

N’êtes-vous jamais entré dans une église le soir ? Entrez et il ne sera pas rare de voir un jeune homme prier dans un coin.       

La vie eucharistique est intensifiée de façon presque naturelle. Parmi les jeunes que j’ai aidés dans leur vocation, je peux affirmer qu’il n’y en a pas un seul qui n’ait pas reçu la Sainte Communion quotidiennement.  Cependant, il n’est pas nécessaire de recevoir la communion tous les jours pour pouvoir dire qu’un jeune est attiré par la prière. Quand on voit que l’on passe de la Communion mensuelle à la Communion hebdomadaire ou d’un manque presque total de prière à la conviction ou à la nécessité de prier beaucoup, cela peut être un signe que Dieu veut se faire entendre.  

Un jour, j’ai eu une conversation avec un jeune homme de quatorze ans et ce qui m’a le plus frappé, c’est son inquiétude, car il m’a dit qu’il priait très peu et qu’il ne savait pas comment prier. C’était son problème. Trois mois plus tard, il avait déjà la vocation.  

Un autre m’a dit qu’il récitait six chapelets par jour. 

-Et comment pouvez-vous faire cela ? Pendant les cours ? 

 -Non ! Dans la rue, en rentrant chez moi, pendant les files d’attente, en attendant le professeur, et puis j’en dis deux en toute tranquillité à la maison ou à l’église.   

Il est inutile de dire que l’idéal de la vocation était déjà élevé et splendide à l’horizon de son âme.   

Tout cela s’accompagne souvent d’un goût pour la prière et les consolations spirituelles. Le jeune homme qui ressent ces joies n’ira pas chercher son bonheur ailleurs ; il comprendra sans plus attendre que la vie religieuse doit être une vie de paradis et de vrai bonheur.

6) Désir de souffrir

            Il nous semble injuste de savoir que Jésus a souffert pour nous alors que nous jouissons de tant de petits conforts. La pensée de tant de péchés et de tant d’ingratitude envers Dieu de la part des hommes laisse, il est vrai, la plupart d’entre eux indifférents, mais elle blesse les autres dans les plus vifs et leur fait sentir le devoir de souffrir et de se sacrifier pour être comme Jésus et réparer ce que tant de pécheurs font. 

Souvent, ils ne pensent pas au pourquoi et au comment. Leur amour pour Dieu les y pousse. 

Il peut arriver que ce soit un pénitent sincère ; parfois, cependant, c’est comme un besoin du cœur qui comprend qu’il ne peut pas aimer Dieu sans souffrir. C’est alors que l’on voit ces âmes se donner au sacrifice, même renoncer volontairement aux distractions et futilités de ce monde ainsi qu’aux amusements autorisés, et se procurer des instruments de pénitence pour faire souffrir le corps et ainsi trouver la joie et la paix de l’âme et sentir la sensation qu’elles commencent sérieusement à aimer Dieu.  

Par conséquent, la dévotion au Sacré-Cœur grandit, une dévotion d’amour et de réparation, elles admirent les religieux parce qu’ils mènent une vie de sacrifice et pratiquent la contrition qui conduit à la mortification non seulement intérieure mais aussi extérieure. 

J’ai connu deux jeunes garçons qui, pendant la récréation, après avoir un peu prié, cherchaient un endroit caché et… ils se mettaient à genoux sur les pierres… pour souffrir. Un garçon de treize ans mettait une planche sur un matelas, faisant semblant de dormir plus confortablement ; un autre, comme Saint Louis, tourmentait son sommeil avec des cailloux coincés entre les draps. J’en ai vu d’autres dormir à même le sol, et combien d’autres m’ont demandé, non en vain, des instruments de pénitence !   

C’est l’un des signes les plus solides et les plus sûrs de la vocation, et à partir de ces pages, je voudrais dire à tous que nous devons présenter la vie religieuse telle qu’elle est réellement, c’est-à-dire une vie de renoncement et de sacrifice. Il est inutile d’essayer de cacher ce côté inconfortable de la vie religieuse. Ce ne serait pas sincère et, de plus, nous dissimulerions ce qu’il y a de plus attrayant dans la vie religieuse.  

Il y a quelques jours à peine, une jeune femme, que je dirige spirituellement, s’est présentée aux Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie pour être admise dans leur Congrégation. Dans leur première providence, les Sœurs ont commencé à la décourager en lui disant que leur règle était très rigide et difficile, que peu d’entre elles étaient capables de résister et que la plupart devaient faire demi-tour. Au début, elle était un peu angoissée, mais ensuite elle a voulu aller au noviciat de Grottaterta pour voir et découvrir la réalité. La Maîtresse des novices l’a accueillie en lui disant : « Pas question ! Notre règle est très dure ; vous ne pourrez pas résister ! »

J’ai loué la façon d’agir de ces religieuses, qui se sont montrées très sérieuses dans leur recrutement. Cependant, cela a eu l’effet inverse sur la jeune femme, car elle m’a dit :

            -Si l’on doit souffrir, tant mieux. Je ne veux pas devenir religieux pour être bien, mais pour me crucifier avec Jésus.

Et le fait est que celui qui a une véritable vocation n’a pas peur du sacrifice ; au contraire, si un jeune demande à embrasser la vie religieuse et reste perplexe à l’idée qu’il devra souffrir et renoncer à tout, il vaut mieux aller lentement et le faire attendre un peu plus longtemps et tant qu’il ne commence pas à vouloir souffrir, ne soyons pas trop enthousiastes pour sa vocation. 

La vie religieuse est un paradis, mais parce qu’elle est une crucifixion permanente : ce n’est pas la joie selon le monde, mais le contraire de celle du monde.  

Nous ne voulons pas de vocations à l’eau de rose, de jeunes qui veulent se donner à Dieu… jusqu’à un certain point. Si c’est le cas, ce n’est pas votre place ! La vie religieuse a besoin de héros et seul celui qui veut souffrir et suivre un roi couronné d’épines et couvert de crachat peut devenir un vrai religieux, et avec cela, saint, heureux et appelé par Dieu.   

7) Esprit de générosité envers Dieu

            Ne jamais être satisfait de ce que l’on fait pour Dieu, ne jamais dire que c’est suffisant, toujours vouloir en faire plus. Si nous commençons à éprouver une certaine inquiétude, une sainte impatience de faire toujours plus pour Dieu, nous sommes confrontés à un amour authentique pour Jésus, à la compréhension pratique de ce qu’il a fait pour nous, et à la nullité et à la faiblesse de nos efforts pour l’aimer et lui rendre son exquise bonté et sa condescendance. 

Ce désir d’aimer Jésus jusqu’à la folie, ce tourment continuel parce qu’ils n’aiment pas Dieu comme ils le voudraient, cette volonté de faire je ne sais quoi pour démontrer leur amour, poussent ces âmes à de véritables actes héroïques de générosité. L’amour de Dieu est à la fois joie et tourment ; joie parce qu’ils l’ont vraiment, tourment parce que ce n’est pas comme ils le voudraient et autant qu’ils le voudraient.   

Un état mystique ? Non, précisément. 

J’ai vu de telles âmes et je leur ai parlé de la vocation. La plupart d’entre elles n’y avaient jamais pensé, mais ma proposition leur semblait si naturelle qu’elles ne doutaient pas que Dieu les appelait à être tout à lui et pour toujours.   

8) La peur du péché 

 C’est une peur saine du péché, qui est considéré comme le vrai et seul mal de l’âme. En voyant des amis et des connaissances sombrer dans la corruption et la ruine spirituelle, ils désirent un moyen qui les préservera de tant de dangers. Ils cherchent un mode de vie dans lequel le péché est impossible.   

9) Désir de consacrer sa vie à la conversion ou au salut d’un être cher.

            Comme la fille du roi Louis XV, devenue religieuse pour sauver l’âme de son père, qui menait une vie peu édifiante. 

J’ai rencontré un jeune homme aux sentiments affectueux et délicats qui offrait sa vocation pour le salut éternel de sa mère, et au bout de trois mois, son frère a décidé de devenir religieux et a offert son « choix » pour le salut de son père. Aujourd’hui, ils sont tous deux religieux ; la mère s’est envolée au ciel et le père mène une vie véritablement chrétienne.

10) Délicatesse de conscience

 Il y a des âmes très sensibles à l’appel de la grâce et à la vie spirituelle, qui se gardent bien des moindres fautes. La simple crainte d’offenser Jésus, qu’elles aiment tant, les pousse à faire un quelconque renoncement. Elles sont sensibles et fidèles, et découvrent les plus petits défauts avec une dextérité surprenante. Ce sont des âmes appelées à la perfection, prêtes à répondre aux plus hautes aspirations.  

11) La crainte d’avoir une vocation 

            Parfois, on craint d’avoir une vocation ; on enlève toute pensée à ce sujet, qui revient avec insistance ; on prie pour ne pas l’avoir. « Que Dieu garde loin de moi une telle invitation, qui détruirait tant de projets imaginés et chéris ». On se méfie continuellement que celui-ci ou celle-là veuille « m’attraper » pour la vie religieuse ; on évite le danger d’aller avec des religieux ou avec des jeunes qui ont une vocation de peur que la conversation ne tourne sur un sujet aussi dangereux ; on craint les Exercices Spirituels, d’être trop bon et de recevoir les Sacrements, et pourtant on ne veut pas devenir mauvais parce que son âme est juste avec Dieu.

Tout cela, dit le Père Doyle[2], est parfois le signe d’une véritable vocation. 

Le diable, qui est très intelligent, peut prévoir avec une certaine probabilité que, s’ils deviennent prêtres ou missionnaires, ils feront beaucoup de bien, et c’est pourquoi il essaie de mettre ces peurs infondées dans leur cœur pour les écarter du chemin qui serait leur salut et leur sanctification et le salut de tant d’âmes.   

Les exemples de vocations commencées sur ce terrain, contraires et volontairement fuies, sont très nombreux.

            Nous avons lu que le Père Miguel Agustín Pro, S. J., ne pouvait pas du tout voir les jésuites. Il leur en voulait parce que, étant les directeurs spirituels de ses sœurs, ils les dirigeaient vers le cloître. Une grande mélancolie s’empara de lui et il s’enfuit dans la forêt lointaine ; il ne voulait voir personne.

Sa mère l’a cherché, l’a trouvé, l’a ramené à la maison et l’a persuadé de faire les Exercices Spirituels… avec les Jésuites détestés. 

Il est allé… …craignant qu’il ne trouve sa vocation. Ce serait un grand affront pour lui. Et en effet, Dieu l’a appelé, et il a eu la chance de suivre la voix du Seigneur. C’était un prêtre et un martyr, la gloire du Mexique, de la Compagnie de Jésus et de l’Église.  

12) Le zèle pour les âmes 

 La narration de la mission lointaine nous enchante et nous émeut. La pensée de millions d’âmes qui ne connaissent pas encore Jésus nous fait pleurer. Alors que d’autres restent froids, comme si c’était quelque chose qui ne les touchait pas, nous en ressentons une vive répercussion. Il nous semble que nous avons des obligations envers ces âmes, que nous devons faire quelque chose pour les aider, que nous ne pouvons pas rester tranquillement main dans la main, nous limitant à des paroles stériles de compassion. 

Parfois, cette pensée semble nous hanter, et la vue d’une rivière d’âmes à la dérive nous tendant les mains, implorant de l’aide, vient vivement à notre imagination. 

L’image de Jésus crucifié s’écriant « J’ai soif ! » nous brise l’âme et nous comprenons le sens profond de la lamentation du Sauveur : « A quoi bon mon sang ? » [3]

Ce sentiment altruiste, fleur de la charité chrétienne, se retrouve souvent dans les âmes jeunes et est un signe évident que Dieu appelle à l’idéal d’une paternité spirituelle, qui est l’expression la plus authentique de la charité et d’une vie consacrée pour le bien des autres.

13) Fuite de l’égoïsme 

Sentir la fraternité universelle, l’amour pour les pauvres, pour ceux qui cherchent à faire l’aumône, défendre les compagnons les plus faibles et ceux qui sont injustement harcelés par des jeunes mal élevés.   

 14) Ressentir une grande  envie de rentrer en religion.

            Lorsque nous voyons passer des religieux, un désir secret nous vient : « Ils sont heureux ! Si seulement j’étais comme eux ! comme ils doivent être heureux ! »

 15) Fuite de la médiocrité.

            Esprit chrétien combatif : toujours prêt à défendre sa propre foi, à goûter à l’honneur d’être des soldats du Christ. Vouloir offrir à Jésus de grandes choses. 

(*)Et nous pourrions continuer cette liste, mais que cela suffise pour l’instant. 

            En disant que ce sont des « signes de vocation », je ne veux pas dire que, ayant certaines de ces convictions ou de ces désirs, on a tout ce qu’il faut pour pouvoir déduire la présence d’une vraie vocation, mais je veux seulement dire que certains de ces « signes » sont déjà une indication pour moi, prêtre ou éducateur, pour argumenter avec une certaine certitude que Dieu a posé ses yeux sur l’âme de ce jeune pour lui donner la vocation qui, pour être vraiment authentique et certaine, doit avoir d’autres dons, comme nous le dirons plus tard.[4] 


[1] F. WILLIAM DOYLE, S.I., Vocations, p. 3

[2] Vocations, p.7.

[3] “Quae utilitas in sanguine meo”.

[4] Pour la commodité des prêtres, nous transcrivons succinctement ce que le Père Iorio, S. J., dit dans son Compendium Theologiae Moralis, vol. II, n. 157:  Quaenam sint signa Vocationis Religiosae?  Resp. Generatim loquendo seu iuxta providentiam ordinariam duo requiruntur et sufficiunt ad vocationem divinam probandam, scilicet debita aptitudo et voluntas.   1. Aptitudo intelligitur idoneitas ad statum religiosum in genere, et in particulari ad observantiam talis Ordinis aut Congregationis propriam. Consistit autem in recto praesertim iudicio, in indole bona, in animo submisso obedientiae iugo, in scientia relative sufficienti, et in carentia defectuum corporis et animi, qui rationi huius vitae repugnant.   2. Voluntas constans, quae proinde non sit frequentibus mutationibus obnoxia, non obstante alioquin quapiam praeterita tergiversatione ex daemonis tentationibus exorta, vel ex quadam naturae repugnantia. Non tamen requiritur ut voluntas ex spontaneitate seu propensione magis quam ex intima animi persuasione procedat. Porro voluntas illa recta esse debet, procedere scilicet ex intentione pura, ex mero desiderio salutem facilius consequendi, maiorem Dei gloriam vel etiam animarum salutem procurandi, etc.  Dixi generatim loquendo seu in providentia ordinaria: quia adsunt evidentiora vocationis signa, nempe 1) divina revelatio, ut vocatus est S. Paulus, S. Aloysius Gonzaga, S. Stanislaus Kostka, etc… 2º) inspiratio singularis, quae consistit in interno motu, quo quis vehementer ad vitam perfectionem impellitur, et quasi attrahitur.

Le prêtre, autre Christ

Nous voyons souvent chez les saints le grand besoin qu’ils avaient de fusionner leur vie avec la vie du Christ. Il est considéré comme une obsession très particulière en eux de vouloir être un avec le Christ.

– Ainsi, par exemple, Saint Louis Maria a dit: « Seigneur, que ceux qui me voient, te voient … ».

– Sainte Thérèse d’Avila : « Seigneur, je veux être une avec toi…».

– Le Saint Curé d’Ars: «Père éternel, je veux être un autre Christ…».

– Saint Jean l’évangéliste: « Mes Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. « (1Jn 3, 10).

– Marcelo Morsella[1]: «Seigneur, je veux être une hostie blanche…».

– Saint Paul missionnaire des gentils a dit: « c’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure »(2 Cor 12, 9). « Quoi que vous fassiez, en paroles ou en actes, faites-le au nom du Seigneur Jésus » (Col 3,17). « Ayez les mêmes sentiments que Jésus-Christ … »(Phil 2, 5). « À cause de lui, j’ai tout perdu ; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ… « (Phil 3, 7-8). Et son désir de ne faire qu’un avec Christ était si intense, que le Christ lui-même lui a donné la grâce de réaliser son désir ; et ainsi il pourrait dire : « je ne vis plus, c’est le Christ qui vit en moi … »(Gal 2, 20).

Alors, être un autre Christ est le but principal de notre vie: et d’une manière particulière, avec l’exemple silencieux de notre vie, manifester le Christ, la Lumière Éternelle. Nous avons été donc non seulement appelés à être proches du Christ, mais à être un autre Christ, sinon avec l’effort, du moins avec désir ; bien que le désir sans l’effort n’en profite pas.

Tout notre être et notre travail doivent parler du Christ et du Christ crucifié. Et certes, si nous étions fidèles aux grâces de Dieu et surtout à la grâce toute particulière de la vocation, en peu de temps on dirait de nous ce qu’avaient dit ceux qui sont allés voir le curé d’Ars : «Nous avons vu Dieu dans un homme… ». Ou quand quelqu’un nous parle, il devrait dire comme ces Juifs l’ont dit du Christ: «Personne ne nous a jamais parlé comme ça auparavant, il parle comme quelqu’un qui a de l’autorité…» (Mt 7, 29)

Il est vrai, comme le dit saint Thomas, « que les actions du Christ sont de la personne, donc tout ce qu’il a fait n’était qu’un acte divin, parce que sa personne était divine ».

Et cela devrait s’appliquer d’une manière analogue à nous. Toutes les actions que nous faisons, même les plus insignifiantes, doivent être attribuées à la personne du Christ en nous. Et cela, ce n’est pas seulement important mais fondamental et avec une résonance éternelle.

Mais pour devenir un avec le Christ ou être un autre Christ, comme les saints l’ont voulu et accompli, requiert de notre part, non un don de nous-mêmes « à la moitié » ; pas un don dans certains endroits ou dans certaines choses seulement ; pas un don à certains moments ; mais un abandon total et complet, par tout et en tout temps.  

Ce sont les prêtres que saint Philippe Neri a demandé à Dieu le Père quand il a dit: « Donne-moi mon Seigneur, dix prêtres avec l’esprit du Christ, ton divin Fils, et je réponds de la conversion du monde entier … ». Ou comme le diable a dit en se référant au curé d’Ars, qui était certainement un prêtre avec l’esprit du Christ: « Avec deux comme ça, j’aurais perdu tout mon royaume dans le monde … »

Et si nous parvenons à ne faire qu’un avec Christ, en premier lieu, ce ne sera certainement pas par quelque mérite que ce soit de notre part, mais par pure grâce et miséricorde de Dieu, qui connaît notre « rien ». Et après, alors à ce moment les gens pourront dire: «Nous avons vu Dieu dans un homme…».

Et dans cette œuvre personnelle de nous unir au Christ l’Église et les âmes ont toute leur espérance:

L’Eglise d’abord, car comme le dit le Pape saint Jean Paul II: «Aujourd’hui plus que jamais elle a besoin d’un clergé qui vit du Christ et en Christ, se présentant devant des hommes comme le Christ; un clergé qui illumine le monde entier qui est dans les ténèbres… Mais cela ne se réalisera, dit le Saint-Père, qu’en s’identifiant pleinement au Christ et au Christ crucifié… ».

Mais surtout, les âmes attendent notre union avec Christ, car leur salut dépend beaucoup de notre union avec Christ. Actuellement la crise des âmes et du monde entier est une crise d’identification au Christ, les âmes manquent du Christ, mais le principe dit bien: « nul ne donne ce qu’il n’a pas ». Ou comme un autre auteur l’a dit: « La glace du péché installée dans les âmes est devenue une pierre, et nous ne la fondrons pas avec des tièdes théories chauffées à la lueur des bougies, mais seulement avec le feu pénétrant de l’amour divin … ».

Par conséquent, que notre vie soit intimement unie avec la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ, dans la mesure où cela correspond à nous. De sorte que si nous illuminons quelque chose, c’est parce que nous sommes unis à Celui qui est la lumière essentielle; que si nous unissons une âme à la Passion du Christ, c’est parce que nous sommes cloués avec le Christ sur la croix; que si nous confirmons quelqu’un dans la foi, c’est parce que nous sommes confirmés par et avec le Christ; et enfin, si nous nous réjouissons et ressuscitons espérance des chrétiens, c’est parce que nous nous sommes réjouis de la résurrection de Christ, et que nous nous sommes ressuscités avec Christ et pour Christ, le seul qui a les paroles de la vie éternelle (Cfr. Jn 6, 68).

P. Carlos Buela IVE

Fondateur de la Famille Religieuse du Verbe Incarné


[1] Premier séminariste de l’Institut du Verbe Incarné, qui « a fondé au Ciel » une maison de l’IVE.