Archives par mot-clé : apôtres

Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous! – Comment acquérir la vertu de l’humilité ?

Homélie pour le Dimanche XXIX du temps ordinaire, année B (Mc 10, 35-45).

L’évangile de ce dimanche est issu du chapitre 10 de saint Marc, et précédé par une nouvelle annonce de la passion, de la mort et la résurrection du Seigneur, il s’agit de la troisième. Comme nous l’avons déjà vu les autres dimanches, Jésus se dirige vers Jérusalem, c’est son dernier voyage et il va vers sa passion et sa mort.

« Les disciples étaient en route pour monter à Jérusalem ; Jésus marchait devant eux ; ils étaient saisis de frayeur, et ceux qui suivaient étaient aussi dans la crainte. Prenant de nouveau les Douze auprès de lui, il se mit à leur dire ce qui allait lui arriver : « Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort, ils le livreront aux nations païennes, qui se moqueront de lui, cracheront sur lui, le flagelleront et le tueront, et trois jours après, il ressuscitera. ». Et c’est là que commence le passage que nous avons proclamé il y a quelques instants.

Dans cette troisième annonce, il est exprimé avec une plus grande clarté que Jésus marche et qu’il s’agit d’une ascension à Jérusalem (« pour monter à Jérusalem ») ; l’évangéliste veut décrire le désir, la fermeté et l’amour de Jésus dans sa décision d’affronter le destin de la croix qui l’attend, qui s’exprime dans le fait de marcher devant le groupe et dans la réaction de ses disciples, surpris et effrayés.

C’est alors que les apôtres frères Jacques et Jean viennent demander au Seigneur un poste dans la Gloire, peut être veulent-ils échapper à la pensée de la croix, en proposant au Seigneur un autre sujet de discussion; mais une fois émise la réponse du Seigneur, la proposition des frères sera l’origine d’une dispute entre les apôtres, encore une fois sur la primauté : qui doit commander dans l’église, qui est le premier, le plus grand parmi eux. C’est ce qui est arrivé aussi dans la deuxième annonce (Mc 9, 30-37),

Et Jésus donnera une fois de plus le principe essentiel : toute mission, même celle de gouverner dans l’Eglise est toujours un service. Vérité qu’Il va très bien représenter lors de la dernière cène avec le lavement de pieds : « Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (Jn. 13,13-14).   

Dans sa réponse -et on peut le dire aussi, dans cette troisième annonce de sa passion- Jésus utilise le terme « esclave » (doûlos en grec) : « Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous » ; et Jésus est en train de s’adresser à tous ses disciples. Le terme « serviteur » est le terme dominant, il est utilisé trois fois dans les annonces de sa passion (Mc 9,35 ; 10,43,45), voire pour désigner la mission du Fils de l’homme. Le passage à « esclave », qui désigne la personne qui n’est pas libre mais soumise à la volonté de son propriétaire, peut indiquer le fait que, pour ceux qui veulent suivre Jésus, le service est une attitude obligatoire. Le service, de manière nécessaire et inévitable, fait partie de la suite de ce Fils de l’homme qui est venu et que Dieu a envoyé « pour servir ». Celui qui veut suivre Jésus, être en communion avec Lui, doit servir.

Dans son commentaire à l’évangile de ce dimanche, saint Jean Chrysostome dit : « une chose répréhensible est de vouloir se considérer placé sur tout le monde ; mais c’est une chose trop glorieuse le fait de tolérer un autre être sur nous. Ainsi, nous devons réprimer en nous à la fois l’ambition qui nous pousse à nous élever, ainsi que l’envie et la jalousie, qui nous obligent à vouloir que les autres diminuent. Les princes du monde dominent les autres, leur imposent des charges et les utilisent à leur profit, jusqu’à la mort. Les guides de l’Église, par contre, sont constitués pour servir ceux qui leur sont inférieurs, et leur administrer tout ce qu’ils ont reçu du Christ, laissant de côté leurs propres utilités et cherchant celles des autres, n’évitant pas de mourir pour le salut des inférieurs. Pour cette raison, vouloir les postes les plus élevés dans l’Église n’est ni juste ni utile. Aucun homme en raison ne se soumet volontairement à la servitude et au danger de rendre compte de l’Église entière ». Autrement dit, dans l’Eglise personne ne doit chercher un poste d’honneur, si Dieu l’appelle à cela, il doit savoir que c’est un service et qu’il devra répondre pour l’Eglise au jour du jugement.

Alors, Jésus nous demande à tous de devenir serviteurs, de grandir dans l’humilité qui est la meilleure manière de l’imiter : « devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur» (Mt 11,29).

Comment acquérir la vertu de l’humilité ?

Tout d’abord, pour atteindre l’humilité, nous devons faire un travail sur le plan de la connaissance. Car l’humilité jaillit d’une lumière divine sur l’âme , il serait inutile de prétendre l’acquérir par nos propres efforts.

L’humilité est, comme le dit sainte Thérèse d’Avila, la « vérité » : la vérité sur nous-mêmes et sur notre réalité devant Dieu. Saint Augustin demandait : Noverim me, noverim Te : que je me connaisse, Seigneur, et que je te connaisse ! De la même manière, on lit que saint François a dit : « Qui es-tu et qui suis-je ? Ce sont des expressions de ceux qui ont compris le besoin d’être humble. Ceux qui ne sont pas convaincus de la nécessité et de l’importance de l’humilité n’aspirent pas à l’humilité.

En effet, les saints se sont humiliés jusqu’aux entrailles de la terre ; plus ils connaissaient Dieu, plus ils se voyaient pauvres et pleins de défauts.

« As-tu quelque chose sans l’avoir reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te vanter comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1Co 4, 7). Ce que nous avons, nous l’avons reçu de Dieu… et Dieu peut nous le reprendre à tout moment. Et malheur à celui qui s’approprie de son don comme s’il lui appartenait de droit, car il va le perdre avant les autres !

« Dieu est haut, dit saint Augustin : si tu t’élèves, il s’enfuit et se cache de toi ; si tu t’humilies, il revient à toi »

Pour acquérir l’humilité il faut prier, méditer et s’examiner. Comme toutes les autres vertus, il faut la demander à Dieu et la demander tous les jours (…)

Deuxièmement, nous devons méditer fréquemment sur la vertu d’humilité et ses moyens pour combattre l’orgueil, surtout ceux qui nous sont facilités par l’exemple et les paroles de Notre-Seigneur et des saints.

Troisièmement, s’examiner : « Quand vous ne savez pas quoi faire à l’examen de conscience particulier, vous ne vous tromperez jamais si vous le faites sur l’humilité ou sur l’orgueil. Et nous devons y aller à fond lorsque nous nous examinons. Ne nous contentons pas de dire « je suis orgueilleux » et nous arrêter là. Examinez-vous et voyez si, par exemple, lorsque vous entendez quelqu’un faire l’éloge d’une autre personne, vous ne ressentez pas un peu d’envie, ou encore si vous évitez les humbles travaux… » (Bienheureux Joseph Allamano)

Nous devons atteindre l’humilité par les actes :

1er Détester le vice de l’orgueil.

2e Ne pas se vanter du bien que l’on fait ; il est vrai que Dieu nous utilise souvent pour faire un grand bien, mais c’est lui qui le fait ! « Par la grâce de Dieu je suis ce que je suis », dit saint Paul (1Co 15,10).

3e Se méfier de soi « Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme » (Jr 17, 5).

« Sans moi, vous ne pouvez rien faire », dit Saint Jean (15,5). « Rien », dit Augustin ; « Pas un peu, mais rien. » D’un autre côté, que de grandes choses peuvent faire les humbles! « Rien n’est difficile pour les humbles », dit saint Léon le Grand.

4e Vivre l’humilité sans y penser. « Une vertu qui se savoure, c’est à peine une vertu. La beauté des roses, c’est qu’étant si belles, elles ne savent pas qu’elles le sont » (Peman, poète espagnol).

5e La Pratiquer en paroles, en actes et en gestes ; Saint Thomas dit que les actes extérieurs naissent de la disposition intérieure à l’humilité qui s’exprime dans « les paroles, les actes et les gestes »

6e Accepter les humiliations… et même les rechercher !

« L’humiliation, dit saint Bernard lui-même, est le chemin de l’humilité. Et il exhorte : « Si vous voulez l’humilité, ne vous éloignez pas du chemin de l’humiliation. Celui qui évite les petites humiliations, n’aime ni n’a l’humilité. Il est vrai que ces choses extérieures ne suffisent pas et ce seront de l’hypocrisie si elles ne sont pas accompagnées de l’intérieur, mais l’intérieur ne suffit pas non plus »

Demandons la grâce à la très sainte Vierge Marie, de grandir chaque jour dans cette sublime vertu, l’humilité.

P. Luis Martinez IVE.

Saint André, apôtre

La première caractéristique qui frappe chez André est son nom: il n’est pas juif, comme on pouvait s’y attendre, mais grec, signe non négligeable d’une certaine ouverture culturelle de sa famille. Nous sommes en Galilée, où la langue et la culture grecques sont assez présentes.

« C’était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe :  Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations ! Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée. » (Mt 4, 15-16)

Les Evangiles synoptiques nous apportent le lien de sang entre Pierre et André, ainsi que l’appel commun qui leur est adressé par Jésus, apparaissent explicitement dans les Evangiles. On y lit: « Comme il [Jésus] marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac: c’était des pêcheurs. Jésus leur dit:  « Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes » » (Mt 4, 18-19; Mc 1, 16-17)

L’Evangile de Saint Jean nous raconte que l’apôtre André était disciple de Jean Baptiste; et cela nous montre que c’était un homme qui cherchait, qui partageait l’espérance d’Israël, qui voulait connaître de plus près la parole du Seigneur, la réalité du Seigneur présent. C’était vraiment un homme de foi et d’espérance; et il entendit Jean Baptiste un jour proclamer que Jésus était l' »agneau de Dieu » (Jn 1, 36); il se mit alors en marche et, avec un autre disciple qui n’est pas nommé, il suivit Jésus, Celui qui était appelé par Jean « Agneau de Dieu ». L’évangéliste rapporte:  ils « virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là » (Jn 1, 37-39). André put donc profiter de précieux moments d’intimité avec Jésus. Le récit se poursuit par une annotation  significative:   « André,  le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples  qui avaient entendu Jean Baptiste et qui avaient suivi Jésus. Il trouve d’abord son frère Simon et lui dit:  « Nous avons trouvé le Messie (autrement dit:  le Christ) ». André amena son frère à Jésus » (Jn 1, 40-43)

C’est précisément sur cette base que la liturgie de l’Eglise byzantine l’honore par l’appellation de Protóklitos, qui signifie précisément « premier appelé ».

L’évangile de saint Jean nous rapporte encore une autre intervention de cet apôtre, le cadre est encore Jérusalem, peu avant la Passion. « Pour la fête de Pâques – raconte Jean – quelques Grecs étaient eux aussi venus dans la ville sainte, probablement des prosélytes ou des hommes craignant Dieu, venus pour adorer le Dieu d’Israël en la fête de la Pâque ». André et Philippe, les deux Apôtres aux noms grecs, servent d’interprètes et de médiateurs à ce petit groupe de Grecs auprès de Jésus. La réponse du Seigneur à leur question apparaît – comme souvent dans l’Evangile de Jean – énigmatique, mais précisément ainsi, elle se révèle riche de signification. Jésus dit aux deux disciples et, par leur intermédiaire, au monde grec :  « L’heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié. Amen, amen, je vous le dis:  si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit » (Jn12, 23-24). »

Dans son Martyre on voit comment ces paroles de Jésus ont été semé nous le cœur de l’apôtre et comment elles ont donné des fruits. Une tradition successive, raconte le martyre mort d’André à Patras, où il subit lui aussi le supplice de la crucifixion. Cependant, au moment suprême, de manière semblable à son frère Pierre, il demanda à être placé sur une croix différente de celle de Jésus. Dans son cas, il  s’agit d’une croix décussée, c’est-à-dire dont le croisement transversal est incliné, qui fut donc appelée « croix de saint André ». Voilà ce que l’Apôtre aurait dit à cette occasion, selon un antique récit (début du VI siècle) intitulé Passion d’André : « Je te salue, ô Croix, inaugurée au moyen du Corps du Christ et qui as été ornée de ses membres, comme par des perles précieuses. Avant que le Seigneur ne monte sur toi, tu inspirais une crainte terrestre. A présent, en revanche, dotée d’un amour céleste, tu es reçue comme un don. Les croyants savent, à ton égard, combien de joie tu possèdes, combien de présents tu prépares. Avec assurance et rempli de joie, je viens donc à toi, pour que toi aussi, tu me reçoives exultant comme le disciple de celui qui fut suspendu à toi… O croix bienheureuse, qui reçus la majesté et la beauté des membres du Seigneur!… Prends-moi et porte-moi loin des hommes et rends-moi à mon Maître, afin que par ton intermédiaire me reçoive celui qui, par toi, m’a racheté. Je te salue, ô Croix; oui, en vérité, je te salue! ».

Comme on l’aperçoit ici, il y a là une très profonde spiritualité chrétienne, qui voit dans la croix non pas tant un instrument de torture, mais plutôt le moyen incomparable d’une pleine assimilation au Rédempteur, au grain de blé tombé en terre. Nous devons en tirer une leçon très importante: nos croix acquièrent de la valeur si elles sont considérées et accueillies comme une partie de la croix du Christ, si elles sont touchées par l’éclat de sa lumière. Ce n’est que par cette Croix que nos souffrances sont aussi ennoblies et acquièrent leur sens véritable.

D’âpres de l’audience du Pape Benoit XVI du 24 juin 2006.